Les Roms de Roumanie, damnés de la Terre

mercredi 11 août 2010, par Astolfi Nathalie

Les Roms de Roumanie, damnés de la Terre

(Les Temps maudits, n° , mai-septembre 2003)

Les Roms de Roumanie, esclaves et sédentarisés
Les Roms de Roumanie, s’ils sont aussi tsiganes, sont sédentarisés pour la plupart d’entre eux depuis l’abolition de l’esclavage, en 1856. Cette abolition tardive ne fut pas le fruit d’un cheminement des consciences, mais se fit sous la pression internationale qui voyait d’un mauvais œil qu’une telle incongruité franchisse le seuil du XXe siècle en pleine Europe. Les lois changèrent donc : les Roms devinrent des citoyens roumains, libres de disposer de leur corps et de leurs biens. Certains choisirent d’émigrer ; ils partirent dans toute l’Europe... pour se fixer ailleurs, sous des climats moins xénophobes. Car si les lois changèrent, les mentalités, elles, ne bougèrent pas, et les Roms continuèrent d’être considérés par leurs congénères roumains comme des sous-hommes, sales, voleurs, feignants... Panoplie d’adjectifs que nous connaissons encore aujourd’hui, quand il s’agit de rejeter sur l’autre les causes de sa propre aliénation.

Dans ces conditions, les mesures d’extermination mises en œuvre par le régime nazi pendant la seconde guerre mondiale ne soulevèrent pas d’état d’âme particulier ; ainsi, furent gazés entre 250 000 et 500 000 tsiganes en Europe de l’Est. L’imprécision même de ces chiffres démontre leur extrême vulnérabilité ! N’étant pas constitués en État, avec administration, armée et territoire dûment consacrés, éternels oubliés de l’Histoire, ils n’eurent droit à aucune reconnaissance officielle pour ces déportations ni à aucune reconnaissance de dette pour leurs engagements résistants. Seules la Suisse et l’Allemagne mirent en place des dispositifs d’accueil dignes de ce nom, quoique insuffisants.

La "trêve" Ceaucescu
Puis vint le régime Ceaucescu : les Roms, pauvres parmi les pauvres, connurent néanmoins une relative trêve dans les persécutions d’État. Mais loin de jouer en faveur d’une intégration improbable, cela ne fit que renforcer les rancœurs et les fantasmes populaires : ils auraient vendu leurs enfants au Conducator, ils seraient donc des sans-cœur, des parias, des monstres. Ce que les Roumains 1 "oublient" de dire, c’est que la misère matérielle, mais aussi intellectuelle et morale (l’alcoolisme est apparu en Roumanie avec le régime communiste...), entraînée par le régime, poussa de nombreux Roumains à abandonner eux aussi leurs enfants dans les orphelinats. Désigner l’étranger, dans ces cas-là, a toujours mis à distance la mauvaise conscience, et surtout la douleur.

Ainsi donc, durant cette période, les Roms purent fréquenter les écoles, s’établir dans des villages et vivre leur vie de prolétaires ou d’ouvriers agricoles ; ce fut comme une trêve.

Violences étatiques et inter-ethniques
À la fin du régime Ceaucescu, la vindicte populaire put enfin reprendre ses droits et les exactions s’épanouir sous l’œil plutôt complaisant des autorités ; la situation intérieure était suffisamment tendue et chaotique : pendant qu’on s’en prenait aux Roms, on ne s’en prenait pas aux gouvernants.

Depuis 1989, les persécutions sont devenues quotidiennes, les discriminations fortes et les pratiques racistes généralisées et institutionnalisées. De l’aveu même d’une ONG rom roumaine, de 1993 à 1996, des pogroms réapparurent un peu partout en Roumanie. Depuis 1997, la situation s’est légèrement apaisée : les Roms n’y sont plus victimes que de persécutions et de discriminations raciales (!) : refus par les maires d’inscrire les enfants à l’école, attitudes discriminantes des enseignants, persécutions policières, travail uniquement saisonnier et non-qualifié, impossibilité d’accéder au système de santé, impossibilité d’accéder au logement. Notons au passage que le terme même de "Tsigani" en roumain est une insulte.
Ces puissantes raisons ont poussé des Roms à quitter la Roumanie et à se réfugier un peu partout en Europe. [On lira à ce sujet le récit de Stefan Papuca].


Discriminés là-bas, persécutés ici

Certains sont installés en France depuis plusieurs années mais, avec l’ouverture de l’espace Schengen (en janvier 2002, qui s’est accompagnée de la suppression des visas), ils furent plus nombreux à franchir le pas.

Mais attention aux effets médiatiques ! Ils ne sont aujourd’hui que 4 à 5 000 sur le territoire français. Comment alors parler d’"invasion" avec des chiffres aussi ridiculement bas ?

Les Roms arrivent en France et se regroupent sur des terrains, souvent en caravanes, pour des raisons de solidarité et parce que c’est à peu près le seul logement, à part les squats, qu’ils peuvent investir. Mais ils ne sont pas nomades. Alors qu’ils fuient la misère et les persécutions, ils retrouvent ici la misère et les persécutions : aucun moyen de subsistance hormis la mendicité ; leurs tenues vestimentaires et plus généralement leur aspect physique les désignent parmi la population...

Leurs conditions de vie dans les squats ou sur les terrains provoquent de nombreuses pathologies infectieuses, allergiques et parasitaires, ORL, respiratoires, gastro-intestinales, dermatologiques, etc. La mortalité néonatale et infantile est cinq fois plus élevée que dans les populations autochtones. Mais le problème le plus important est probablement celui de la souffrance psychique : l’angoisse perpétuelle des expulsions, celle des contrôles d’identité, la crainte d’être reconduits en Roumanie, l’humiliation permanente, les menaces, la précarité, l’incommunicabilité... D’où ulcères, hypertension, infarctus.

Ils savent que s’ils sont expulsés, ils iront en prison et leur passeport confisqué pour cinq ans. Sous la pression d’une probable entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne, le Parlement roumain a voté au dernier trimestre 2001, une loi qui punit de trois mois à trois ans d’emprisonnement et de la confiscation du passeport pour une durée de trois à cinq ans, toute personne sortie illégalement du territoire ou en infraction dans l’espace européen. Mais que fuient-ils donc pour endurer toutes ces souffrances ? C’est qu’ils savent qu’ils ne peuvent faire en Roumanie aucun projet d’avenir, ni pour eux, ni même pour leurs enfants. Leurs demandes pressantes pour obtenir la scolarisation de leurs enfants sont bien le signe de cette soif d’avenir.

Ce sont ces rêves d’avenir improbable qui viennent de subir un coup d’arrêt avec les projets de lois Sarkozy. Il faut rappeler à ce sujet qu’il existe bel et bien une tradition française en termes de politique anti-roms :

"L’adoption récente (janvier 2003) de la loi sur la sécurité intérieure (dite « loi Sarkozy ») qui prévoit, entre autres dispositifs répressifs, le durcissement de la criminalisation des « gens du voyage », nous rappelle que l’État français a de tout temps privilégié une approche discriminante et sécuritaire des populations romanies : des différents textes relatifs aux « vagabonds » et aux « errants » au XIXe siècle à la loi de 1912 instituant le carnet anthropométrique pour les « nomades », de l’internement des Roms sous Vichy aux insuffisances des « lois Besson » (1990 et 2000), la continuité frappante de cette volonté de coercition éclaire la construction d’un véritable antiromisme institutionnel." 2

Dernier avatar de cette politique discriminante, les lois Sarkozy ont pour effet de criminaliser les Roms à trois titres : pour occupation illégale de terrains en caravanes - donc en tant que gens du voyage, alors qu’ils sont sédentaires -, pour mendicité et, enfin, en tant que squatters (six mois de prison et 3 000 euros d’amende). La répression pour fraudes dans les transports les frappe aussi de plein fouet.

Côté administratif, les demandes d’asile sont toutes rejetées : la Roumanie intégrera l’Union européenne en 2007. C’est donc un pays qui offre toutes les garanties de bonne conduite démocratique envers tous ses ressortissants. Alors qu’ils deviendront citoyens européens d’ici quatre ans, comment justifier un tel acharnement ? Car le gouvernement français ne ménage pas sa peine pour les expulser !

On peut s’inquiéter du sort qui sera réservé aux Roms lors de l’entrée de la Roumanie dans l’Union Européenne ; il y a fort à parier qu’ils se verront refuser des droits, notamment celui de la libre circulation. L’Union européenne entérinera, de fait, des politiques nationales et anciennement discriminantes. Le résultat, assez effrayant, consistant à instituer une catégorie de sous-citoyens.

Nationalement, un maillage répressif implacable... mais il y a des couacs !

En préambule et pour bien comprendre l’état d’esprit de l’action entreprise contre les Roms actuellement en France, et ce depuis une dizaine d’années, nous faisons référence à la note de présentation du livre de Xavier Rothéa, déjà cité :

"L’auteur expose quelques mécanismes et expressions des préjugés les plus caricaturaux qui nourrissent ces politiques discriminatoires. Ces logiques ont cloisonné les Roms dans un rôle d’étrangers-à-perpétuité, les maintenant ainsi dans une précarité sanitaire, économique et sociale souvent désastreuse." 3

Sur le plan national donc, depuis cet été, bien des choses ont été tentées par le ministère de l’Intérieur :

- Visites à répétition de Sarkozy en Roumanie et de son homologue roumain en France afin de faciliter les expulsions. C’est-à-dire obtenir des garanties pour que le consulat délivre systématiquement des sauf-conduits en cas de reconduite à la frontière sans passeport, infléchir les discours gouvernementaux roumains pour atténuer les effets ravageurs d’une politique ouvertement xénophobe envers les Roms et obtenir des promesses de fermeté quant au verrouillage des frontières roumaines pour les Roms, surtout depuis l’ouverture des dites frontières (janvier 2002).

- Rafle collective et médiatisée comme on l’a vu à Choisy-le-Roi début décembre, où 800 policiers avaient été réquisitionnés pour un total de 50 personnes interpellées, au petit-matin, avec chiens aboyants et coups de pied dans les caravanes. Quatre Roms seront finalement expulsés, dont deux à leur demande ! c’est dire les conditions de vie atroces qu’ils bravent en France.

- Invitation d’une ONG rom roumaine "Romani Criss" par le ministère de l’Intérieur qui avait pour but de dresser un bilan de la situation des Roms roumains en France et de convaincre, tout en les informant, les Roms de rentrer en Roumanie, moyennant un sauf-conduit sans poursuites judiciaires et la somme de 153 euros par adulte et 47 euros par enfant. Notons au passage que même Pasqua fut plus généreux : en 1993-94, il offrait 3 000 F. par adulte et 1 000 F. par enfant à tous les étrangers qui voulaient bien débarrasser le plancher...

Cette tentative de maquiller des expulsions par des retours volontaires, soutenue par une ONG rom, tourna court. Romani Criss ne s’attendait pas à découvrir l’insoutenable réalité des Roms en France. Elle dut admettre aussi la totale incompétence du ministère de l’Intérieur, amalgamant joyeusement les Roms, les Roumains, les Russes, les Ukrainiens ou les Moldaves rencontrés sur les terrains et autres bidonvilles visités. Et stigmatisant, moins joyeusement cette fois, les Roms une fois de plus.

Romani Criss, que les collectifs de soutien rencontrèrent à plusieurs reprises au cours de leur séjour en France, remit donc son rapport à Sarkozy.

Mais arrêtons-nous un instant sur cette ONG : nous avons été saisis par le discours "raciste" de cette ONG, qui plus est rom : l’approche qu’ils avaient du problème semblait tout droit sortie de l’analyse ou plus exactement de l’idéologie de la classe politicienne en général. Adhésion totale de leur part à ces lieux communs qui font apparaître les Roms, je cite, "comme organisateurs de réseaux mafieux, profitant de l’ouverture de l’espace Schengen pour s’enrichir, sans volonté d’installation, encore moins d’intégration, allant même jusqu’à les caricaturer sous les traits insultants du rom-au-chapeau-qui-vend-son-image-d’homme-du-voyage-vagabond-voleur-sans-foi-ni-loi..." Des réminiscences d’un temps qu’on voudrait révolu, qui a vu les juifs stigmatisés dans leurs apparences physiques, eux aussi sans moralité, accapareurs et répugnants... Après de longues discussions, preuves à l’appui, tant notre connaissance des populations roms est maintenant assez précise et après leurs visites des terrains et des squatts en Ile-de-France, Romani Criss put largement remettre en question ses préjugés sur la situation des Roms en France. Au final, Romani Criss, arrivée à Paris avec la ferme intention de rapatrier tous les Roms, déclara - tant la situation intérieure roumaine est tendue entre les différentes communautés (ils craignent un retour des pogroms contre les Roms...) - les 18 et 19 janvier 2003, à Bucarest :

- que tous les habitants des bidonvilles ne sont pas Roms,

- que les Roms connaissent des discriminations graves en France,

- qu’il s’agit pour la très grande majorité d’entre eux de familles et non de réseaux mafieux,

- qu’ils sont tous dans des situations d’ancienneté très différentes et n’ont pas déferlé sur la France, comme on a voulu le faire croire, depuis janvier 2002, date de la suppression des visas,

- que la libre circulation des personnes n’est pas garantie dans l’espace Schengen pour les Roms,

- que les garanties du retour ne sont pas réunies en Roumanie.

Fin de l’épisode.

Notons au passage qu’aucune des personnes rencontrées par Romani Criss ne fut intéressée par l’aide au retour, et pour cause.

Localement, des collectifs de soutien se créent : pas de liberté sans solidarité !
Soit que l’extension de certains bidonvilles attire l’attention des militants locaux, comme à Choisy-le-Roi (94) ou Lyon, soit que des tentatives d’expulsion donnent l’alerte, comme à Montreuil (93), Vaux-en-Velin ou Achères (77), des collectifs de soutien se montent et s’organisent. Comme pour les Sans-Papiers, ils ont pour règle d’or de toujours tenir leurs réunions avec les premiers intéressés, ici les Roms.

Si l’action de fond consiste à organiser l’aide d’urgence, avec ses aspects humanitaires (ouvrir l’accès aux soins, scolariser les enfants, monter des dossiers de régularisation ou de demande d’asile, accompagner les Roms dans toutes les démarches, pour des raisons de sécurité mais aussi parce qu’ils sont depuis trop longtemps dans l’abandon d’eux-mêmes...), il s’agit très vite de tisser des liens de solidarité. Dépasser les à-priori "identitaires" ou culturels pour aborder la seule réalité qui saute aux yeux : si les Roms mendient, parfois même avec leurs enfants, si les Roms se distinguent de par leur apparence, si les Roms vivent en communauté, s’ils survivent dans des habitats indignes, c’est tout simplement qu’ils sont pauvres parmi les pauvres, persécutés parmi les exclus, et qu’ils se seraient éteints depuis longtemps, n’était leur capacité à résister à toutes les violences étatiques, tant leur refus de se constituer en État les rend à ce point quantité négligeable pour les classes politiques.

Oui, les Roms ont acquis, par la force des choses, une culture de lutte.

Oui, les Roms, comme les Gens du Voyage, meurent plus vite que les autres pour des idées. Ces idées qui nous animent nous aussi : liberté de circulation, pas d’État, pas d’armée, reconnaissance des minorités, refus de la logique électorale...

Et ici, à Montreuil
Dans ce contexte, deux cents Roms ont ouvert un squat à Montreuil (Seine-Saint-Denis) depuis un an et demi et un collectif de soutien s’est constitué face à l’hostilité affichée de la mairie. Apparentée PC, celle-ci ne rougit pas de sa politique digne du plus pur stalinisme : préférence nationale et discours ouvertement racistes 4. Les pratiques ne sont pas en reste : les édiles locaux ont tergiversé pour accorder des dérogations concernant l’inscription des enfants à la cantine, exigeant que les deux parents prouvent qu’ils travaillent, et des manifestations furent organisées par la Mairie en Préfecture pour exiger leur expulsion.

À Montreuil encore, les Roms ont organisé une fête de solidarité le 8 février dernier, dans la salle de la Parole errante chez Armand Gatti, en association avec le collectif de soutien. Plus de 800 personnes y sont venues, affichant ainsi leur soutien et leur sympathie. En ces temps xénophobes et sécuritaires , ce moment fut comme une trêve. Cependant, la méthode Sarkozy semble maintenant s’orienter différemment : dans la semaine qui a suivi, trois Roms ont été interpellés à Lieusaint, Achères et Montreuil.

Ces interpellations individuelles augmentent l’angoisse et font planer les menaces d’une répression plus durement et sûrement ressenties par les Roms installés en France.

Après les expulsions tapageuses, voici venu le temps de la traque méthodique et individuelle.

Création d’un Collectif des Roms en France : une première !
Pour faire face à ce déchaînement de violence, les Roms tentent de s’organiser et ont décidé la création d’un collectif des Roms en France qui revendique :

- la libre circulation et le droit d’installation dans l’espace Schengen,

- l’accès aux soins, au logement, à l’école et au travail,

- la reconnaissance des discriminations fortes dont ils sont victimes en Roumanie.

Une lutte politique
En conclusion, il ne s’agit pas tant de défendre une minorité, que de dénoncer et lutter au coude à coude contre la criminalisation des pauvres et de s’opposer à des injustices insupportables.

Alors oui, c’est une lutte politique. D’ailleurs ni le Maire de Montreuil, ni le député UMP Pierre Morange (77) qui promet à son électorat de nettoyer le bidonville d’Achères, ni surtout Sarkozy ne se trompent là-dessus : il n’est qu’à voir la hargne, l’acharnement et l’énergie qu’ils déploient pour écraser ces salauds de pauvres, qui ont l’affront de leur résister.

Ici plus qu’ailleurs, nous vérifions chaque jour que la solidarité est créatrice de liberté. Autrement dit, qu’il n’y aura pas de libertés sans le développement de liens de solidarité résolue, obstinée, construite, réfléchie et organisée... Les expulsions à répétition mettent en péril cette solidarité : c’est l’objectif visé.

Les Roms, oubliés de l’Histoire, persécutés, criminalisés, doivent être régularisés en France, maintenant ; aucune alternative ne s’offre à eux, au risque d’être les damnés de la Terre, à perpétuité.

Notes :

1. Les Roms ont la nationalité roumaine. Cependant, il existe en Roumanie trois communautés de citoyens roumains : les Roumains, les Magyars (issus de l’immigration hongroise) et les Roms. Les Magyars et les Roms sont des minorités de citoyens roumains. Les Magyars bénéficient de lois qui protègent leur culture d’origine : écoles, universités, passeports et, bien sûr, acquis important : l’enseignement autorisé et officiel de la langue hongroise dans les écoles d’État. Les tensions entre les "Roumains-roumains" et les "Hongois-roumains" (les Magyars) sont récurrentes. Le gouvernement hongrois brandit en général, dans ces périodes de tensions et de tentatives de suppression de certains acquis culturels, économiques ou politiques, des menaces de rétorsions économiques et diplomatiques... et tout rentre très vite dans l’ordre. En ce qui concerne les tensions entre les "Roumains-roumains" et les "Roms-roumains", aucun gouvernement n’intervenant en leur faveur, les tensions ne s’apaisent pas et les exactions, discriminations, et même pogroms, peuvent se donner libre cours. On pourrait simplifier les choses en disant qu’en Roumanie, vivent des citoyens Roumains, une minorité roumaine de citoyens Magyars et une minorité roumaine de sous-citoyens Roms. Le lecteur comprendra que les Roumains, dans le texte, sont les Roumains-roumains et que les Roms, sont les Roms-roumains.

2. Depuis plusieurs années, Xavier Rothéa mène des recherches universitaires sur l’histoire contemporaine des populations romanies. Vient de paraître : Xavier Rothéa : France, pays des droits des Roms ? Gitans, « Bohémiens », « gens du voyage », Tsiganes face aux pouvoirs publics depuis le XIXe siècle.

3. Lire à ce sujet, le livre de Xavier Rothéa.

4. Ce trait est partagé par différentes familles politiques.

NATHALIE ASTOLFI, CNT éducation RP,
membre du Collectif de soutien aux Roms de Montreuil.