Skirda Alexandre La traite des Slaves (l’esclavage des Blancs du VIII au XVIII siècle)

samedi 30 octobre 2010, par frank

Skirda Alexandre La traite des Slaves (l’esclavage des Blancs du VIII au XVIII siècle), Paris, Les Éditions de Paris Max Chaleil, 2010, 230 p. 17 euros

Cet ouvrage commence par préciser brièvement la situation des esclaves en Egypte et en Phénicie, puis en Grèce et à Rome. Puis la position théorique du christianisme et de l’islam d’apparente prohibition de l’esclavage, contredite par leur pratique esclavagiste.

Ce sont les nécessités militaires de mercenaires qui font des pays musulmans du bassin méditerranéen des demandeurs d’esclaves, qui lui fournit l’occident chrétien. Une réalité connue des médiévaliste, mais politiquement incorrecte : les origines de la civilisation chrétienne occidentale repose sur la vente des esclaves slaves à la civilisation musulmane d’où une accumulation d’or dans les coffres des rois chrétiens.

Mais Skirda nous mène plus loin, ces « marchandises parlantes » (selon des chroniqueurs médiévaux) ne sont pas simplement vendues, importées et exportées. Les marchandises parlantes sont adaptées aux besoins des acheteurs : circoncisions et castrations des hommes employés comme mercenaires, sexualité et reproduction pour les femmes. Je laisse de côté l’infériorité accordée à la fécondation masculine : irréprochable de la part des « maîtres », impensable venant d’esclaves. Et les responsables commerciaux des circoncisions et castrations sont des rabbins en territoire chrétiens et musulmans.

Et l’aspect inséparable est la globalisation des réseaux commerciaux de la Russie à Cordoue ou de Kiev à Bagdad, ou de la Russie à Venise puis le Caire entre les VIII et XVII siècles. Avec la particularité de la présence de rabbins, de la complicité de l’église et celle des mollahs. Les slaves n’appartenant à aucune de ces trois religions leur esclavage ne posait pas de problèmes théologiques. Entre « deux et deux millions et demi d’Ukrainiens, Polonais et russes » en ont été victimes entre 1482 et 1760 (p. 171). « 1.250.000 » individus en esclavage entre 1530 et 1780, rien que pour le circuit du Maghreb (p. 221).

Esclavage suppose rébellion, comme Spartacus (un Slave, déjà) contre Rome. Et c’est la lumière qu’apporte la fin du livre avec les pages sur les Cosaques [le Cosaque : « homme libre ou cherchant à l’être p. 179] », partie de la population d’Ukraine opposée à la noblesse et aux Tatars et aux Turcs. Et parmi les cosaques, les Zaporogues étaient les plus entreprenants. Leur capitale, Sitch, était une sorte de « république sociale et égalitaire », fondée sur « l’égalité absolue [...] quelque fût [...l’] origine ethnique ». Et les exploits militaires, les mutineries de galériens zaporogues que Skirda tire de publications russes et ukrainienne récentes font penser à cet univers également libertaire de la piraterie. La différence est que les Zaporogues ont commencé avant et ont continué après les pirates, témoin cette citation des « Mémoires » de Nestor Makhno « Ma mère m’avait souvent parlé de la vie des Cosaques zaporogues, de leurs anciennes communautés libres (p. 66, voir aussi la page 188). Makhno voit dans l’histoire ukrainienne et les traditions évoquées, la proximité de la paysannerie avec les idées libertaires (p. 432).

Dans le fonctionnement du capitalisme, l’esclavage des Slaves est accompagné de celui des Noirs, comme le note Skirda en conclusion. Dans la même ligne de pensée, Il me semble nécessaire de faire deux déductions sur l’actualité.

Le capitalisme, tout d’abord, est inséparable des circuits d’accumulation de métaux précieux fournis par l’esclavage (que ce soit l’import-export ou le produit de leur travail). On peut observer que c’est certainement pour cette raison que la structure des entreprises est verticale et que les salariés sont jetables, avec un droit du travail de plus en plus mis à mal (pour les travailleurs). Du Moyen-âge à aujourd’hui, les esclaves slaves, noirs, salariés ont un point commun « taillables [=sujets aux impôts] et corvéables [=imposition de travaux sans rémunération] à merci [=selon les besoins du maîtres] ». Le « bouclier fiscal » pour les riches et la non prise en compte des heures supplémentaires dans de nombreuses fonctions démontrent la validité de cette situation sociale de servitude.

Le capitalisme, enfin, est aussi inséparable de main d’œuvre « illégale » (immigrants latino-américains en majorité aux États-Unis, sans papiers dans l’UE, Boliviens en Argentine et au Brésil, etc.). En France, on constate que depuis la guerre de 1914-1918 le sous prolétariat des colonies, puis des ex colonies, d’ailleurs et d’Outre-mer (guère mieux traités, mais avec la nationalité française, comme les enfants des métèques) est depuis presque un siècle dans un espace de sous citoyenneté, des sortes d’infra humains comme l’écrivaient et le pratiquaient les nazis. Et les idées d’Hitler ne sont pas si éloignées de 2010, quand on voit certaines pratiques de la présidence et de ministères français.

Ces deux aspects, bien entendu, sont imbriqués depuis des décennies dans les analyses « rigoureusement logiques, rationnelles et convaincantes » éliminant à court terme les possibles disfonctionnement (crise économique, réponses aux catastrophes et épidémies). Le FMI, les conseillers économiques, culturelles, voire les philosophes, proches des chefs d’État des grands pays, ne cessent d’annonce des solutions définitives. C’est pourquoi je me réjouis qu’entre 1980 et 2010 aucun accident nucléaire n’ait eu lieu aux USA et en URSS, que le chômage et la faim aient disparu et que la pollution et la misère n’existent que chez les aborigènes amazoniens et australiens...dont les rots et les pets provoquent les cataclysmes qui nous assaillent.

Grâce à Alexandre Skirda, le passé illumine un présent plus nauséabond qu’il l’est déjà.

Frank Mintz