Verdict du TOF 2 (Tribunal Oral Federal N° 2, calle Comodoro Py) de la Ville de Buenos Aires

samedi 25 décembre 2010, par frank

Verdict du TOF 2 (Tribunal Oral Federal N° 2, calle Comodoro Py) de la Ville de Buenos Aires

Plusieurs facteurs ont joué pour que l’heure du verdict du 21 décembre 2010 [contre 16 génocidaires ex membres de la police et de l’armée, voir http://www.fondation-besnard.org/IMG/pdf/Deposition_de_Maria_Esther_Tello.pdf] soit finalement fixée à partir de 18 h. 30, avec une projection simultanée dans une salle supplémentaire du bâtiment des Tribunaux -la SOV, Salle à usage multiple- avec une capacité pour une centaine de personnes et en outre deux écran géants dans la rue.

Le travail de l’Association des ex détenus et disparus (www.exdesaparecidos.org.ar) a été remarquable, en particulier les apports de Hebe de Cáceres, de Madrid, et d’Adriana Calvo victime d’un cancer le 12 décembre (http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=1102), pour que les avocats généraux du TOF 2 puissent avancer leurs conclusions. Mais il y eut une grossière tentative ratée de s’approprier du bon résultat prévisible des sentences.

Cette vulgaire manœuvre de récupération politique de personnes liées à la Présidence [HIJOS de Capital, Mères de la place de Mai Línea Fundadora) a échoué. Peu de gens étaient présents et certains avec un ridicule t-shirt de “Juventud Sindical [jeunesse syndicale]” dans un pays où la mafia criminelle de la CGT a l’aval de la presidente de la République et est complètement absente face à l’esclavage salarial infantile (http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=1078) et a une efficacité minime contre la prostitution des mineurs des deux sexes.

En revanche, la lecture pendant près de deux heures et demie du verdict, avec de nombreuses condamnation à perpétuité pour “crimes de lèse humanité” a représenté un grand apport humain. Plusieurs jeunes petits-fils et petites-filles ont pu constater l’évocation de leurs grands-parents, des membres des familles de disparus qui avaient enterré leurs peurs et leurs zigzags politiques ou, tout au contraire, ceux qui n’avaient pas cessé de survivre avec leur douleur, ont eu enfin la satisfaction d’être avec des avocats généraux qui demandaient l’emprisonnement à perpétuité pour génocide contre les seize inculpés. Une demande inouïe au sein des tribunaux de la capitale argentine (quand on connaît les risques que cela implique de la part des partisans indirects et directs de la dictature militaire dans le clergé, la Justice et les autorités répressives en tout genre).

Les trois juges ont requis le motif de “crimes de lèse humanité” (sans doute pour ne pas trop heurter la ligne présidentielle absurde que l’armée et les forces de répression n’ont pas participé à 100 % aux crimes) pour douze génocidaires ce qui écarté toute possibilité de prescriptibilité ou de grâce. Et en dépit de contradictions que nous allons voir, les trois juges établissent un record absolu parmi leurs pairs de la ville de Buenos Aires (avec les mêmes séquelles probables déjà évoquées pour les avocats généraux). On peut discuter le fait que trois criminels n’ont été condamnés qu’à 25 ans (l’un à cause d’une convention d’extradition entre l’Espagne et l’Argentine interdisant la perpétuité ; les autres pour des doutes sur leurs forfaits) et un autre a été bizarrement acquitté. Les fondements juridiques seront communiqués en mars 2011.

Pour la combattante populaire María Esther Tello, une grande satisfaction a été la présence encourageante de l’ambassadeur de France Asvazadourian et du responsable des droits de l’homme de ce pays, Mounier. Ce contrôle depuis l’étranger, de même que les procès en cours en Italie et en France, sont une nécessité pour que les jugements en cours ne demeurent pas lettre morte, et un exemple est donné dans les paragraphe qui suivent.

Le quotidien de la Présidence Página 12 du 22 décembre 2010, dans sa conclusion de son évocation du procès, reproduit une phrase adressée à la fille, elle-même ex détenue, d’une Mère de place de Mai inoubliable et disparue par la junte militaire (Esther Ballestrino de Careaga qui, ayant retrouvé sa fille, retourna avec les autres Mères en leur disant Tous les disparus sont nos enfants). María Esther de Tello lui a dit “Finalement nous y sommes arrivés". Une formule évidente pour exprimer qu’on nous a fait attendre 27 ans, qu’on a voulut nous imposer la réconciliation, qu’on a annulé les lois d’obéissance due et de point final pour que tout avance à pas de tortue, voire même pour que rien n’ait lieu, pour que la mort mette un terme à nos plaintes en justice. Et lorsqu’un véritable procès a été réalisé, on a disparu Jorge Julio López [le principal témoin contre le génocidaire Etchecolatz] pour terroriser les témoins et les membres des familles de disparus, mais nous sommes parvenus à surmonter ces trahisons et ces crapuleries par notre action constante et grâces à des juges honnêtes.

Pablo Daniel Tello et Rafael Arnaldo Tello, ouvriers d’un chantier naval arrêtés en 1978, deux militants syndicaux de Resistencia Libertaria et fils et camarade de militance de María Esther ont trouvé ce 21 décembre 2010 une conclusion juridique. Mais où en est le cas de Marcelo Tello cadre de Resistencia Libertaria et militant syndical, et autre fils de María Esther, disparu le 9 mars 1976 à Córdoba ?

Il semble que les disparitions durant le gouvernement péroniste d’Isabelita soient mises à l’écart et sur une voie de garage pour ne pas gêner les divers candidats péronistes pendant la prochaine campagne présidentielle de 2011. Une pression nationale et internationale s’impose donc pour que le procès de Marcelo avance.

Cependant, les juges et les avocats de Córdoba du Tribunal Oral Federal de Córdoba ont obtenu une sentence à perpétuité (la seconde) contre l’ex chef de la Junte militaire Videla (qui justifie encore les assassinats avec des arguments fort pauvres) et Menéndez (la cinquième contre le responsable de la III région militaire et le vaincu de la guerre des Malouines). Il serait souhaitable que les responsables de la justice de Córdoba poursuivent leur besogne avec les victimes de cette province avant le putsch militaire puisque ce sont les mêmes forces avec les mêmes commandements qui sévissaient contre les mêmes activistes ouvriers.

Frank Mintz, 23.12.2010