Déclaration de principes de la SKT

dimanche 23 janvier 2011, par SKT

Déclaration de principes de la SKT

1. La tâche principale de la Confédération sibérienne du travail est le développement de l’auto-organisation sociale et de l’autogestion. L’autogestion est la capacité des gens d’exister, de gérer et protéger leurs intérêts par eux-mêmes, sans intervention des systèmes étatiques et institutions du pouvoir.

La majorité absolue des personnes dans le monde n’ont pas la capacité de contrôler les principales décisions sociales, économiques et politiques. Dans le même temps, ces solutions ont directement et d’une manière significative une incidence sur leur propre vie. Nous sommes forcés de vivre, travailler et mourir en conformité avec les règles que le système étatique a établies. Il a pénétré dans toutes les sphères de la société et impose partout sa structure hiérarchique. L’éducation, la production, la culture et la religion - tout est régi par ce système. Des systèmes interconnectés de gouvernements locaux, régionaux et nationaux nous éduquent, nous disciplinent, nous abrutissent et nous forcent à payer des impôts. Non seulement ils établissant des lois régissant notre travail, les relations culturelles et sociales, mais ils utilisent également un puissant appareil de propagande, la police, les prisons, l’armée, le système de surveillance - pour veiller à notre soumission.

En développant l’autogestion dans toutes les sphères de notre vie, nous serons en mesure de résister à la domination du système étatique et à ses décisions qui se prennent sans participation de la majorité des personnes et qui sont si souvent dirigées contre nous.

2. La Confédération sibérienne du travail s’oppose à la domination d’un groupe social de personnes sur un autre.

L’objectif de l’économie capitaliste est d’obtenir le rendement le plus élevé au profit d’un petit nombre de personnes qui contrôlent les ressources économiques. La majorité de la population est forcée de vendre sa force de travail, à sacrifier sa santé et de se priver des biens les plus élémentaires. Une lutte permanente a lieu entre les salariés et les capitalistes pour la répartition de la valeur créée par le travail des salariés. La collaboration de classe ne peut accorder que des avantages illusoires, mais à la suite de cette collaboration, le pouvoir du capital ne fait que renforcer sa position. Le capital est concentré entre les mains de moins en moins de personnes.

Les corporations transnationales obtiennent de plus en plus de pouvoir sur le marché mondial, dans la vie de la production et dans l’économie des différents pays. Tous les moyens possibles sont utilisés pour augmenter les profits. Les ressources naturelles non-renouvelables sont pillées, la crise écologique est aggravée. Tout cela est le résultat de la recherche du profit par tous les moyens.

La contradiction fondamentale du capitalisme est une contradiction entre la classe possédant les moyens de production et la classe effectuant tout le travail créatif. Cette contradiction mène à la lutte des classes, où les salariés peuvent compter uniquement sur eux-mêmes.

3. La Confédération sibérienne du travail soutient les actions de différents groupes de population contre l’aliénation (privation de possibilité d’influencer) dans la sphère du travail et de la vie, contre le diktat de l’illusion de la consommation.

La pauvreté, l’absurdité et l’aliénation dans le monde moderne, ne sont pas des produits fortuits du système social qui, pour tout le reste, est « bon ». Ce sont des conséquences inévitables et directes de l’existence du système, qui, dans sa substance, n’est pas seulement terriblement improductif, mais qui, à l’ère nucléaire actuel, est de plus en plus suicidaire.

La notion d’« aliénation » désigne le processus durant lequel les actions des gens cessent d’influencer les conditions de leur propre vie. L’organisation hiérarchique et aliénante de la vie sociale que les institutions dominantes du pouvoir nous imposent en utilisant la manipulation de la conscience publique, provoque des crises incessantes dans la vie de chaque personne, dans tous les domaines de l’activité humaine. Ces crises se manifestent souvent le plus intensivement dans le domaine de la production, où la plupart d’entre nous doivent vendre une grande partie de leur vie pour un salaire qui ne pourra jamais nous rendre ce dont on nous prive. On nous dicte que nous vivons pour travailler. Mais le sens commun nous suggère que nous travaillons pour vivre. Nous sommes obligés de travailler dans un système qui ne nous permet de contrôler ni le contenu de notre travail, ni ses conditions, ni son organisation, ni son sens et ses buts. Tout cela, nous le faisons en échange du « privilège » d’acheter une petite quantité des produits et « services » standardisés, fabriqués en grand nombre, qui resteront toujours des substituts vides et non satisfaisants de la vie créative bien remplie et joyeuse dont nous avons tous vraiment envie. Le travail doit être rempli de sens, il doit être créatif, pour que le travailleur se sente partie prenante de tout le progrès de l’humanité.

Les institutions sociales dominantes imposent partout à des personnes une organisation de la vie quotidienne qui est différente de leur nature : après une journée de travail, il ne nous reste parfois qu’un minimum de temps de récupération de nos forces pour retourner au travail le lendemain. On met en place des réformes pour quoi que ce soit, mais non pour le bien de vraies valeurs humaines.

Les décisions importantes concernant les conditions de vie des travailleurs sont de plus en plus imposées à la société par les corporations transnationales, en dehors des associations parlementaires. De manière générale, ces décisions sont contraires aux valeurs réelles des gens, leurs aspirations et leurs intérêts. Tout est organisé à des fins cachées, sans la participation de ceux qui en sont les plus concernés. Ainsi, a lieu l’aliénation de la majorité de la population dans tous les domaines significatifs de la vie sociale, la transformation de l’homme en robot biologique dans la production et en marionnette de la consommation.

Par conséquent, la lutte doit être menée partout et par tous les moyens disponibles. C’est la participation de la population qui doit avoir un rôle décisif, dans toutes les formes de la vie publique.

4. La Confédération sibérienne du travail (SKT) est opposée à la démocratie représentative, si celle-ci n’est pas fondée sur l’autogestion, si les gens y sont privés de la prise de décision directe et n’y peuvent pas influencer la décision de leur député.

La possibilité d’obtenir le mandat de député, de maire, de président est déterminé principalement par les ressources administratives et le montant de l’argent dont le postulant dispose. Ainsi, les élections aux organes représentatifs du pouvoir perdent leur contenu, les électeurs n’y sont rien d’autre que les électeurs.

Changer la société est une affaire beaucoup plus complexe et plus difficile que de jeter dans une urne un bulletin de vote. Le parlementarisme conduit à l’abandon de la lutte pour le changement de la société. « Vous m’avez choisi - maintenant c’est moi qui décide » - telle est la logique du « représentant du peuple ». En effet, le système parlementaire est un outil de contrôle social, d’assujettissement, d’étranglement de la lutte et de privation des masses de toute responsabilité. En votant pour des candidats dans les organes représentatifs et exécutifs du pouvoir, les gens se refusent non seulement à la prise de décision, mais aussi à leur responsabilité morale face à la société. Le parlementarisme est un obstacle au développement des capacités des masses à l’autogestion.

5. La Confédération sibérienne du travail (SKT) rejette toute idée de séparation des activités politiques, sociales et économiques, puisque tout est interdépendant et indissociable.

La notion bourgeoise de démocratie se limite à la vie politique. Les décisions politiques influencent la croissance économique de la même manière que les changements économiques influencent les décisions politiques.

Le libre développement des institutions publiques autogestionnaires doit remplacer le parlementarisme de partis politiques par une véritable démocratie populaire. Cette dernière peut également couvrir les domaines de l’économie, de l’industrie et de la culture. Une société libre ne peut être créée que par une majorité de la population. Celle-ci doit prendre en compte les intérêts de ses minorités dans toutes les sphères de la vie sans diviser les domaines politique, social et économique.

6. La Confédération sibérienne du travail estime que nous devons protéger et développer les libertés et les droits qui sont acquis ainsi que ceux qui le seront dans l’avenir.

Le pouvoir ne cède rien si on ne l’exige pas. Il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais. Le niveau d’injustice imposée par le pouvoir au peuple est directement proportionnel au niveau de soumission que les gens sont prêts à accepter. Cette injustice se poursuivra jusqu’au moment où le gouvernement se heurtera à la résistance. Les limites des tyrans sont prescrites par l’endurance de ceux qu’ils oppriment. Les manifestants ne sont pris au sérieux que lorsque les dommages causés par leurs protestations sont plus élevés que la valeur de leurs exigences. S’il n’y a pas de lutte, il ne peut y avoir de progrès et de liberté.

7. La Confédération sibérienne du travail envisage l’action directe comme le principal moyen de changement de la société et des conditions de vie. C’est seulement ainsi que la capacité à assumer sa responsabilité - qui est une condition sine qua non d’une société libre - peut se développer.

La Confédération sibérienne du travail estime que des changements dans la société doivent se produire grâce à la propre activité des personnes - dans les milieux du travail et dans les lieux de résidence.

Des actions directes peuvent avoir des formes différentes en fonction du problème et de la situation conflictuelle, mais elles exigent toujours une coopération organisée et la solidarité entre TOUS les participants.

On tente de convaincre les travailleurs de la nécessité de la lutte pour leurs intérêts par le biais des représentants (dirigeants syndicaux et des partis, députés, etc.), des négociateurs (toutes sortes de comités de conciliation) et des organes d’État (tribunaux, services d’inspection, des fonctionnaires). Toutefois, l’expérience montre que les patrons et les députés ne peuvent pas résister à l’énorme pression ou aux tentations, utilisées par le pouvoir du capital pour son propre bénéfice. Souvent, les négociateurs ralentissent le processus et en restant seul donnent leur accord à des concessions mineures, échouant dans l’essentiel des revendications de départ. Les organismes d’État se rangent souvent du côté de la puissance du capital, en cédant aux pots-de-vin (à la corruption) et à la loi du plus fort. Le résultat est que les travailleurs sont écartés de la possibilité de mener leur propre lutte (actions directes). C’est pourquoi la Confédération sibérienne du travail estime que la protection des intérêts des travailleurs est l’affaire des travailleurs eux-mêmes.

8. La Confédération sibérienne du travail aspire à une large autogestion populaire reliant toutes nos réflexions sur la liberté et la justice. Déjà aujourd’hui, il faut apprendre et essayer de construire des organisations publiques comme un modèle de société dans lequel nous voulons vivre dans l’avenir.

Le changement de la société dépend de la conscience de soi et des actions des « masses » et non des activités des fonctionnaires et des partis politiques. On essaie de nous persuader de l’« insuffisance » du combat pour nos intérêts par la lutte autogérée économique et sociale, en poussant ainsi des travailleurs vers la nécessité de la conquête du pouvoir d’État. Mais c’est justement la lutte des travailleurs pour leurs propres intérêts qui peut former des travailleurs capables de gérer leur vie sans adoration pour les chefs et les systèmes étatiques. La résistance constante des travailleurs, l’insoumission, la confiance en leurs propres forces, la résistance à l’exploitation quotidienne forment chez les gens le courage et la détermination de gérer leurs vies sans structures bureaucratiques. Pour développer dès à présent les fondements éthiques et économiques d’une société dans l’intérêt des travailleurs, il est nécessaire de détruire chez les travailleurs l’esprit et les habitudes de l’esclavage, le culte de la loi et de l’admiration envers les représentants de l’État et du capital.

Les organisations de travailleurs doivent être des écoles, des associations, des forums et des centres culturels ; elles doivent être le porte-parole de tous les espoirs, qui se fusionnent afin de résoudre un problème commun : la transformation de la société moderne dans l’intérêt de tous et non dans l’intérêt de certains groupes de la population.

Comme la tâche de l’État est de gérer la société existante, les partis significatifs pour l’État sont contraints d’assurer sa survie. Par conséquent, la Confédération sibérienne du travail n’œuvre pas sur le terrain de partis politiques. Par le biais de la prise des décisions centralisées, l’État et les partis rendent les gens passifs et les privent d’initiatives et de responsabilités. L’État encourage et force la bureaucratisation et la centralisation même des organisations syndicales et d’autres mouvements populaires. Par conséquent, le mouvement ouvrier doit protéger son indépendance vis-à-vis des structures gouvernementales et des partis.

9. La Confédération sibérienne du travail lutte contre l’autoritarisme et contre les prétentions d’être à la tête des « masses ». Les solutions développées dans les communautés auto-organisées ont toujours la priorité sur les décisions qui sont élaborées autrement.

L’organisation ne doit pas contrôler le combat, diriger les masses dans le mouvement et les soumettre. De plus, elle ne doit pas prétendre les représenter, parler et penser à leur place. En bref, elle ne doit pas essayer de substituer à elles. Elle doit chercher à rendre les masses autonomes. Son rôle est d’essayer de les aider à prendre leur destin entre leurs propres mains. Il est important qu’elles puissent s’auto-organiser et réaliser l’autogestion dans leur lutte. L’organisation peut participer à cette lutte et aider à son développement. Mais elle ne doit pas la gérer, parce que cette lutte appartient à ceux qui la raniment à la base. L’organisation sert en tant que conseiller et inspirateur. Elle existe pour aider les gens à se battre, à utiliser son expérience de la lutte sociale, et, avant tout, pour essayer de donner un sens à cette lutte, par le biais de la propagande et des débats dans les assemblées générales, manifestations et occupations. La Confédération sibérienne du travail ne se considère pas comme un groupe dirigeant cherchant des adeptes, mais elle fait partie de la communauté des personnes ayant certaines idées communes, travaillant sur la création d’une nouvelle société libre.

Nous comprenons que les conditions de nos vies et l’expérience de notre activité nous amènent à être critique, à résister et à trouver des méthodes d’organisation et de résistance, défiant l’ordre social établi et des règles de comportement et de pensée.

Nous voulons aider à démystifier toutes les prétentions idéologiques qui paralysent les gens et les laissent impuissants face aux institutions dominatrices du pouvoir. Nous aspirons à lancer un défi à toutes les manifestations de la hiérarchie, de l’exploitation, de l’aliénation et de la mystification. Nous aspirons à aider les gens impliqués dans les luttes sociales, à synthétiser leur expérience, à créer une critique cohérente de la situation actuelle et de ses causes, et à aider au développement des consciences et des activités nécessaires à la reconstruction de la vie.

10. En tant qu’organisation syndicale, la Confédération sibérienne du travail se bat pour l’amélioration des conditions de travail, de salaires et de conditions d’emploi. Aux membres de l’organisation sont garantis l’assistance au cours des négociations, le soutien en cas de conflits et des consultations juridiques. Nous pensons que l’organisation devrait évoluer de manière à englober toutes les fonctions sociales. Par conséquent, la Confédération sibérienne du travail a été construite comme un syndicat et en même temps comme une organisation publique.

11. Dans l’organisation peuvent entrer des membres d’autres organisations. La condition principale est l’adoption des principes de base de l’organisation et la participation active à ses activités.

La Confédération sibérienne du travail ne peut pas interdire aux membres individuels de participer aux activités de partis, si cela correspond à leurs convictions personnelles, à condition que cette activité ne les conduise pas à une contradiction ouverte avec le mouvement pour le développement d’une société libre.

Cette démarche est dictée par la volonté d’englober plus de personnes même ayant des idéologies différentes. Cela est nécessaire à l’organisation pour promouvoir nos principes dans une société toute entière.

La Déclaration est adoptée à la conférence de La Confédération Sibérienne du Travail (SKT)

Le 26 mars 2005, dans la ville de Tomsk

Source : http://skt.ucoz.org/publ/2-1-0-1