anarcho-syndicalisme pendant la révolution russe

anarcho-syndicalisme pendant la révolution russe

mardi 23 novembre 2004, par frank

texte de formation de la CNT de la RP (corrections, 27.01.05

CNT

Bureau régional région Parisienne

L’anarcho-syndicalisme et révolution russe

I La situation avant 1917 p.2

Kropotkine (et ses partisans) et le syndicalisme
Kropotkine (et ses partisans) sur les attentats
Naissance de l’anarcho-syndicalisme

II L’anarcho-syndicalisme durant la révolution p.3

4 juin 1917 Déclaration de l’union anarcho-syndicaliste de Petrograd [groupe de] propagande
Résolutions de la I conférence des anarcho-syndicalistes
Les syndicalistes dans la révolution russe
Makhno et le syndicalisme
Un Makhno sibérien
Impact en Sibérie de la propagande anarchiste

III La contre-révolution p.9

Le marxisme jugé par les anarchistes avant 1917
La violence selon Lénine
Trotsky et Makhno
Trotsky et Kronstadt
Trotsky et la CNT (et Makhno-Kronstadt)

IV Réflexions en exil p.13

Freins de certains anarchistes au développement révolutionnaire
Discussion dans l’émigration : comment s’organiser
Analyse anarchiste de l’URSS en 1928

Octobre 2003 (responsable Frank Mintz)

L’anarcho-syndicalisme et révolution russe

I La situation avant 1917

Kropotkine (et ses partisans) et le syndicalisme

« En Russie, et partout, la question est posée parmi les anarchistes de la nécessité de participer activement aux organisations de travailleurs. Cette question, comme le montre l’expérience de l’Europe occidentale, mérité la plus grande attention.
Parmi les travailleurs du monde entier un fort mouvement est actuellement en route, en ayant comme but de créer une énorme organisation, regroupant toutes les catégories de travailleurs pour les coordonner internationalement, en dehors de tout partis politique. Autrement dit, les travailleurs s’efforcent de faire renaître l’Internationale des années 1860 dans sa forme originale jusqu’aux intrigues des sociaux démocrates allemands, qui voulaient faire dévier l’Internationale vers un parti politique, en paralysant cette puissante organisation ouvrière.

Les travailleurs comprennent que pour l’avènement de la révolution, il leur faut jouer un rôle essentiel et qu’eux seuls, avec leur force, lui donneront un caractère de révolution sociale. Ils comprennent également que les syndicats puissants, comprenant toutes les branches professionnelles, représentent des cadres, d’où sortiront ceux qui édifieront un régime social futur.

En pratique une question se pose : les anarchistes doivent entrer dans les syndicats déjà existant ou en créer de nouveaux, sur des bases anarchistes ?

Avant de donner une réponse à cette question, nous voudrions vérifier les impressions sur les résultats des centres d’activité locale en Russie. Nous pensons, cependant, que partout où cela est possible les anarchistes devraient créer de nouveaux syndicats anarchistes, qui pourraient établir des relations fédératives avec les autres syndicats professionnels. Là où ils existent des syndicats sans influence de partis politiques, les anarchistes devraient y entrer. » (1)

Kropotkine (et ses partisans) sur les attentats

“ Sur les actes de protestation individuelle et collective Dans notre littérature, il a souvent été indiqué que des actes individuels ou collectifs de protestation -qualifiés de terroristes- sont inévitables contre l’organisation sociale actuelle. Dans des périodes non révolutionnaires, ils indiquent souvent une prise de conscience sociale et ils élèvent le désir d’indépendance des masses. [...] dans des époques déjà révolutionnaires, ils font partie d’une situation générale et ces actes ne sont plus le fait d’individus d’un héroïsme exceptionnel, qui répondent par la résistance armée à l’oppression. il n’est même plus nécessaire alors qu’ils soient faits principalement par des révolutionnaires, qui approuvent ces actes. Mais tout en reconnaissant cette situation générale, il est indispensable, cependant, de ne pas oublier que le sens de tout acte terroriste se mesure à ses résultats et aux impressions qu’il produit.

Cette remarque peut servir de critère pour tout acte qui aide la révolution, et pour ceux qui se révèlent une perte inutile en force et en vies humaines. La première condition, d’importance vitale, est que les données d’un acte terroriste soient compréhensibles à tous, sans longues explications ni exposés complexes. [...] Si pour comprendre un acte, l’homme de la rue, celui qui n’est pas militant, commence à se poser de nombreuses questions, l’influence de l’acte en question devient nulle, ou même négative. [...] mais il y a dans le problème de la terreur un autre aspect, celui de l’organisation. Nous pensons que l’acte terroriste est le fait de la décision d’individus isolés ou de cercles aidant ces camarades : c’est pourquoi la terreur centralisée, où certains exécutent les décisions des autres, va à l’encontre de nos principes. De même que nous ne pensons pas possible d’éloigner les camarades des actes révolutionnaires au nom de la discipline d’un parti, de même nous n’estimons pas possible de les inviter à donner leur vie pour des actes qu’ils n’auront pas décidés et pensés. » (2)

Naissance de l’anarcho-syndicalisme

« Le groupe de Novomirsky à Odessa décida de s’appeler "anarcho-syndicaliste" plutôt que "syndicaliste révolutionnaire" (appellation française), en partie pour mettre l’accent sur leur caractère spécifiquement russe, et pour indiquer d’autre part que leurs membres étaient tous des "anarchistes" (en France, beaucoup de syndicalistes révolutionnaires étaient d’obédience marxiste blanquiste ou autre). C’était également pour se distinguer des anarcho-communistes qui ne se préoccupaient pas autant qu’eux du mouvement ouvrier. » (3)

« Reprenant les acquis de ce qu’il trouve de meilleur chez l’anarchisme français, à savoir les thèses syndicales révolutionnaires d’Émile Pouget, Novomirsky élabore un programme anarcho-syndicaliste (le terme apparaît ici pour la première fois). Il recommande une organisation générale des anarchistes russes et même internationaux. Étant bien informé des événements et des tendances à l’étranger, et engagé dans l’action directe et insurrectionnelle en Russie, son analyse s’efforce d’être la plus concrète et de sortir des généralisations abstraites traditionnelles. [... Le] « Parti anarchiste est le seul révolutionnaire, à la différence des partis conservateurs qui veulent garder l’ordre politique et économique actuel, et des partis progressistes qui désirent, eux, réformer l’État d’une manière ou d’une autre, afin de réformer les rapports économiques correspondants, car les anarchistes ne tendent, eux, qu’à détruire l’État afin de supprimer l’organisation économique actuelle et l’édifier sur un principe nouveau.
Cette organisation anarchiste n’a rien à voir avec la conception de Lénine où le Parti repose principalement sur des statuts contraignants et où ses membres deviennent des fonctionnaires. Elle n’a rien de commun non plus avec la conception social-démocrate où organiser signifie établir un Comité central au-dessus des individus. L’organisation anarchiste est l’union libre d’individus luttant pour un but commun. »
1) Il nous paraît indispensable d’élaborer un programme et une tactique claire et sur la base des principes généraux de ces programmes et tactique d’unir tous les éléments saints de l’anarchisme.
2) Il est indispensable de se différencier organisationnellement et théoriquement de tous les éléments douteux qui propagent et pratiquent la théorie du vol, comme « moyen de lutte pour l’anarchisme ».
3) Il nous est nécessaire de placer comme objectif central de notre travail, la participation au mouvement syndicaliste révolutionnaire, afin de le rendre anarchiste.
4) Notre mot d’ordre pratique : un large boycott de tous les établissements d’État, en particulier l’armée et le parlement, la proclamation dans les villages et les villes de communes ouvrières avec des soviets de députés ouvriers, en qualité de comités industriels, à leur tête. » (4)

« Pas un seul État ne peut disparaître tant que dans le cadre du vieux régime, les éléments d’une nouvelle vie ne sont pas préparés. En effet la société est principalement l’organisation de la production, aussi pour renverser la vieille société, la vieille organisation des producteurs, il est indispensable préalablement de préparer au sein de la société moribonde une nouvelle organisation de la production avec de nouveaux rapports sociaux, de nouvelles formes de propriété. L’embryon de la future association universelle libre des travailleurs dans la société capitaliste actuelle est dans les syndicats ouvriers. » (5)

II L’anarcho-syndicalisme durant la révolution

4 juin 1917 Déclaration de l’union anarcho-syndicaliste de Petrograd [groupe de] propagande

« Aucune réforme sociale appliquée par un gouvernement provisoire ou une assemblée constituante bourgeois, semi socialistes ou même complètement socialistes ne peut réduire la pression économique qui empire tous les jours. Les organisations du peuple, les organisations d’ouvriers et de paysans, ne doivent pas s’appuyer sur des réformes venues d’en haut, mais entreprendre une réorganisation directe et fondamentale des rapports sociaux et économiques actuels.
Une telle organisation est déjà présente à une échelle significative. Dès le lendemain du renversement des Romanov, une organisation fébrile des activités a commencé à la base. [...] Les attentes des anarcho-syndicalistes, qui placent toujours de grands espoirs sur l’esprit créatif des masses et leurs capacités d’auto-organisation dans une situation révolutionnaire, n’ont pas été déçues. L’intégralité du territoire de la Russie est maintenant couverte par un réseau dense d’organisations populaires : soviets de représentants de paysans, d’ouvriers et de soldats, de syndicats d’industrie, de comités d’usines, de syndicats de paysans sans terre, etc., etc. Et chaque jour, la conviction des masses travailleuses augmente que c’est seulement les gens eux-mêmes, par l’intermédiaire de leurs organisations sans partis, qui peuvent accomplir la tâche fondamentale de la reconstruction sociale et économique.

L’État a déjà reçu un premier coup destructeur [...] Il doit être maintenant remplacé par une fédération pour toute la Russie de villes libres et de communes libres, par des communes urbaines et rurales unies de bas en haut, localement, départementalement et régionalement. Une telle reconstruction politique offrira une solution radicale à la question de l’autonomie complète des petites unités territoriales. Elle indiquera également la voie de la solution des questions nationales complexes, qui ne pourront être résolues tant que l’État existera -même s’il est "démocratique" et s’il octroie une mesure donnant l’autonomie aux nationalités-. Les soviets des représentants des ouvriers, des paysans et des soldats, exprimant la volonté politique des masses, doivent mettre en œuvre eux-mêmes cette reconstruction politique du pays sur la base de la plus large introduction du fédéralisme.
Mais l’exécution d’une seconde tâche, plus importante même, celle d’une reconstruction économique totale, doit être laissée à une autre organisation populaire mieux adaptée à ce but : les syndicats d’industries et les autres organisations économiques d’ouvriers et de paysans. » (6)

Résolutions de la I conférence des anarcho-syndicalistes
Sur les soviets

Prenant en considération
1) Le rôle des soviets dans la lutte contre la contre-révolution ;
2) Le mécontentement des ouvriers vis-à-vis de la tactique des bolcheviks à l’égard des soviets et des autres organisations ouvrières, qui ne fait que croître ;
3) La dictature des bolcheviks sur les soviets et les organisations ouvrières qui poussent les ouvriers à droite, vers l’Assemblée constituante ;
4) Que pour sortir la révolution de l’impasse, il faut une grande énergie et une pleine responsabilité de la part des travailleurs, et qu’il est pour cela nécessaire de restaurer les soviets en tant qu’organisations purement de classe ;
5) Que les travailleurs doivent avoir des soviets une compréhension plus claire et déterminée, afin de mener un combat victorieux ;

Nous, anarcho-syndicalistes, déclarons :
1)Nous sommes pour les soviets qui tendent à la destruction des formes centralistes actuelles.
2) Nous avons lutté et lutterons pour les soviets, en tant que forme politiques transitoire, car nous considérons que la fédération des villes et des communes libres apparaît comme la forme politique transitoire de la société, devant inévitablement mener à la suppression totale de l’État et au triomphe définitif du communisme.
3) Nous sommes pour les soviets, mais sommes catégoriquement contre le Soviet des commissaires du peuple, en tant qu’organe ne décou-lant pas de l’œuvre des soviets, mais au contraire ne faisant que la gêner.
4) Nous sommes pour les soviets réellement représentatifs, organisés sur des bases collégiales, sous réserves d’une délégation directe des ouvriers et paysan d’une usine donnée, d’une fabrique, d’un village, etc., et non de politiciens bavards y entrant sur des listes de parti et qui transforment les soviets en salon de bavardages démagogiques.
5. - Nous sommes pour la fédération des soviets, où les soviets locaux autonomes s’unissent sur le plan du district, et de la région ; et aussi pour que périodiquement des congrès généraux pan-russes s’assemblent et s’organisent en commissions conçues sur le modèle du soviet.
6. - Nous sommes pour les soviets libres ne prenant de mesures qu’après consultation des électeurs locaux. À cette fin, la Conférence des anarcho-syndicalistes recommande aux camarades d’entrer dans les so-viets locaux qui se tiennent à l’écart des comités centraux de tous les par-tis possibles, s’il est encore possible d’y mener un travail libre et créateur.

Sur les comités d’usine et de fabrique et les syndicats

1. - Il est indispensable de procéder à une transformation radicale et immédiate de l’économie du pays, la bourgeoisie impérialiste l’ayant ac-culée, par la guerre et le pillage, à une situation désespérée ; il faut abolir le système capitaliste d’État et le remplacer par un système socialiste basé sur des principes communistes libertaires.
2. - Les organisations ouvrières doivent jouer le rôle le plus actif dans cette œuvre, chacune sur son terrain défini par la vie, sans permettre en cela aucune intervention de l’État ou d’organisations étatiques.
3. - Les syndicats, ainsi que l’a montré la révolution actuelle, ne peu-vent être l’axe du mouvement ouvrier, du fait qu’ils ne correspondent pas à la situation politique et économique changeante actuelle, ni par leur forme, ni par leur nature.
À présent, une nouvelle forme d’organisation ouvrière correspond plei-nement aux nouvelles formes révolutionnaires de la vie économique et po-litique, tant par ses structures, que par sa nature.
Cette nouvelle forme d’organisation est le produit de la grande révolu-tion laborieuse : les comités d’usine et de fabrique. Dorénavant, le centre de gravité des aspirations ouvrières doit se transporter dans cette forme d’organisation.
4. - Les syndicats - dans leur sens habituel - sont des organisations mortes. Désormais, ils apparaissent comme une section du comité d’usine et de fabrique, menant un travail complètement autonome dans les secteurs suivants
- éducatif et culturel (seulement là où les organisations prolétariennes culturo-éducatives n’ont pas pris corps) ;
- de solidarité ;
- dans les cas d’aide individuelle, où le comité d’usine, la bourse du travail et la coopérative ouvrière de consommation n’ont pas à intervenir.
5. -Le comité d’usine et de fabrique est la forme organisationnelle de combat de tout le mouvement ouvrier, considérablement plus achevée que les soviets de délégués des ouvriers, paysans et soldats, du fait qu’il appa-raît comme l’organisation autogérée de production à la base et parce qu’il se trouve sous le constant et vigilant contrôle des ouvriers. C’est sur lui que la révolution fait reposer l’organisation de la vie économique à partir des principes communistes.
Là, où il n’est pas possible de créer des comités d’usine et de fabrique, les syndicats remplissent leurs fonctions.
6. - Le comité d’usine et de fabrique est notre organisation future, jeu-ne et dynamique, pleine de vie et d’énergie ; les syndicats notre organisa-tion ancienne, vieille et usée.
Le comité d’usine et de fabrique est l’une des formes les plus achevées d’organisation ouvrière, dans les limites de l’ordre étatique et capitaliste actuel en train de crouler, ainsi que le premier organe social de base dans la future société communiste libertaire.
Toutes les autres formes d’organisation ouvrière doivent s’effacer de-vant lui, car elles ne peuvent être que ses ramifications.
Avec l’aide des comités d’usine et de fabrique et de leurs unions, réali-sées fédérativement, la classe ouvrière anéantira aussi bien l’esclavage économique actuel, que son nouvel aspect : le capitalisme d’État, qui se fait appeler « socialisme ». (7)

Les syndicalistes dans la révolution russe

« La revolution ouvrit grandes les portes aux émigrés anarchistes revenant de plusieurs pays, où ils s’étaient réfugiés pour échapper aux persécutions brutales du gouvernement tsariste. Mais même avant le retour des émigrés, des groupes et des unions d’anarchistes, tout comme des publications, avaient vu le jour avec la sortie de prison et l’arrivée de l’exil intérieur des camarades. Avec le retour des anarchistes de l’étranger, l’activité atteignit un impact considérable. La Russie était couverte par un réseau dense, mais relié trop mollement, de groupes. Une ville d’une certaine importante rarement n’avait pas un groupe anarchiste ou anarcho-syndicaliste. [....]Cette propagande, surtout anarcho-syndicaliste, était très efficace parmi les travailleurs. L’influence de l’anarchisme, en particulier sous sa forme anarcho-syndicaliste, était si grande parmi les ouvriers de Petrograd que les sociaux démocrates furent obligés de lancer une publication dans le but de combattre « l’anarcho-syndicalisme dans le prolétariat organisé ». Malheureusement, cette influence n’était pas coordonnée. [...]Sous l’influence de la propagande anarcho-syndicaliste, un processus spontané de socialisation des logements par les comités de maison commença à Petrograd. Il s’étendait à des rues entières, et entraînait l’apparition de comités de rue et de pâtés de maisons. Il touchait d’autres villes. À Kronstadt, il commença même avant Petrograd et prit davantage d’intensité. Si à Petrograd et dans d’autres villes les logements furent socialisés seulement après le triomphe de la révolution d’Octobre, à Kronstadt ce fut avant, sous l’influence de Yartchouk, qui jouissait d’une grande popularité dans cette ville, malgré la résistance active des bolcheviks.

L’idée de « contrôle ouvrier » représentée par les comités d’usines, idée défendue par les anarcho-syndicalistes dès le début de la révolution, prit corps dans les villes ouvrières, avec une telle force qu’elle fut acceptée, de façon dévoyée, bien entendu, par les partis socialistes. Les sociaux révolutionnaires réduisirent l’idée du contrôle ouvrier à celle du contrôle de l’État sur l’industrie, avec la participation des ouvriers, en laissant les entreprises aux mains des capitalistes. Les anarcho-syndicalistes se retranchèrent dans les comités d’usine. Ils en firent une véritable théorie, en disant en effet que les syndicats étaient morts, que le future appartenait aux comités d’usine, qui assènerait un coup mortel au capitalisme, que le comité d’usine était la plus noble forme du mouvement ouvrier, etc. En un mot, ils élaboraient à propos des comités d’usine, la même théorie que les anarcho-syndicalistes français pour les syndicats. Dans ces conditions le divorce Entre les deux organisations (syndicats et comités d’usine) représentait le plus grand danger pour le mouvement ouvrier de Russie. (8) [...]

Les résultats de cette propagande anarcho-syndicaliste porta bientôt ses fruits. Il s’ensuivit une vague d’occupations d’entreprises et l’organisation de l’autogestion ouvrière. Elle commença alors que le gouvernement provisoire était encore au pouvoir et, bien entendu, les anarchistes y jouèrent un rôle de tout premier plan. L’événement le plus commenté alors était l’expropriation sous l’influence directe de l’anarchiste Jouk, des fabriques de poudre et les propriétés agricoles de Shlisselburg, organisés selon des principes anarchistes. De tels événements arrivaient fréquemment, et à la veille d’Octobre ils étaient courants. Peu après le triomphe de la révolution d’octobre, le Bureau Central des comités d’usines prépara de longues instructions pour le contrôle de la production. Ces instructions étaient un document littéraire brillant, montrant le succès des idées anarcho-syndicalistes. [...] Bien que le prolétariat russe ait été, dans l’ensemble, entièrement ignorant des idées du syndicalisme révolutionnaire, et en dépit de la faible quantité de publications anarcho-syndicalistes, tout comme de l’absence presque totale de représentants de ce mouvement parmi les ouvriers russes, malgré tout cela, le mouvement ouvrier de toute la Russie suivait la voie de la décentralisation. Il choisit spontanément l’orientation unique du syndicalisme révolutionnaire. (9) [...]

Comité d’usine contre syndicats

Jusqu’à janvier 1918, c’est-à-dire le premier congrès syndical de toute la Russie, le mouvement ouvrier suivait les drapeaux des comités d’usines. Ils menaient une bataille contre les éléments bourgeois qui luttaient silencieusement pour leur suprématie, de même que contre les syndicats. Cette lutte prit un aspect dure après le III congrès syndical de toute la Russie, qui avait clairement montré un fossé entre les tactiques et les buts des syndicats et ceux des comités d’usines. Les premiers, d’abords unis à Petrograd, puis dans tout le pays, choisissaient leurs propres organes centraux et donnaient la priorité à la révolution. Les anarcho-syndicalistes avaient une part active à la fois dans les comités d’usines et dans les syndicats. Il n’y avait pas d’unanimité dans les rangs anarcho-syndicalistes sur laquelle des deux organisations il fallait parier. Le mouvement dirigé par l’auteur de ces lignes était loin d’être appuyé par le reste des anarchistes. Il n’était même pas accepté par le groupe éditeur de « Golos Truda ». De même, de nombreux bolcheviks étaient opposés aussi bien contre la position pour les comités d’usines que contre celle des syndicats.

Avant le congrès syndical de toute la Russie, les anarcho-syndicalistes avaient réussi à organiser sur la plate-forme des IWW entre 25.000 et 30.000 mineurs du département de Debaltzev dans le bassin du Don. Le massacre perpétré par les Cosaques, avec la mort du camarade Koniayev, l’organisateur de ce syndicat, puis la guerre civile, mirent un terme à ce commencement. Il arriva la même chose pour le travail anarcho-syndicaliste dans la mine de Cheremkhovo, avant la rébellion des Tchèques. À Ekaterinodar et dans la province de Novorossiysk le mouvement ouvrier avait adopté la plate-forme anarcho-syndicaliste. Le mouvement était dirigé par B. Yelensky, Katia Gorbova et d’autres. Il touchait toute la province de Chernomorsky, et les villes d’Ekaterinodar et Novorossiysk. Les principales forces de ce mouvement étaient les dockers et les ouvriers des cimenteries. À Moscou les anarcho-syndicalistes exerçaient une influence prédominante sur les cheminots, les ouvres des parfumeries, etc. (avec comme éléments moteurs les camarades Preferansov, N. K. Lebediev, Kritskaya.)

Il est difficile de traduire cette influence en termes de nombre d’affiliés. Nous ne pouvons qu’indiquer qu’au premier congrès syndical de toute la Russie, il y avait une fraction anarcho-syndicaliste. Elle comprenait quelques maximalistes (10) et des sympathisants, au total vingt-cinq personnes. Étant donné que la base de la représentation était généralement d’un délégué pour 3.000-3.500 membres, on peut dire que le nombre d’ouvriers anarcho-syndicalistes organisés atteignait les 88.000. Ce chiffre peut, néanmoins, être aisément multiplié par deux ou trois pour donner une idée de la poussée réelle du mouvement. [...]

[Les critères restrictifs et les pressions bolcheviques limitèrent la représentativité anarcho-syndicaliste] Le II congrès syndical de toute la Russie (1919) fournit un bel exemple du processus de domination sur les syndicats. À ce congrès le nombre des délégués anarcho-syndicaliste et sympathisants n’était que de quinze. Ils ne représentaient que 52.950 ouvriers, à un moment où les sympathies des ouvriers pour l’anarcho-syndicalisme augmentaient considérablement, un fait accentué par une baisse parallèle des positions bolcheviques parmi les travailleurs. Les règles de représentativité de la conférence privaient les anarcho-syndicalistes du droit d’avoir leur porte-parole sur les questions importantes de l’ordre du jour. Au III congrès syndical de toute la Russie en 1920, il n’y avait que dix délégués anarcho-syndicalistes (y compris les sympathisants) représentants uniquement 35.300 personnes.

Ces congrès démontrèrent clairement l’échec des tactiques défendues par « Golos Truda », ainsi que par les anarcho-syndicalistes de Russie. (L’auteur faisait partie de l’équipe de « Golos Truda », mais cela ne l’empêche de reconnaître les erreurs faites par cette publication.) Le manque de syndicats vraiment révolutionnaires accéléra la destruction des mouvements anarcho-syndicalistes. Éparpillés dans les syndicats bolcheviques, les anarcho-syndicalistes ne purent opposer aucune résistance et furent écrasés par la politique de fer de la « dictature du prolétariat » .[...] » (11)

Makhno et le syndicalisme

« [Makhno se considérait anarcho-communiste, adepte de Kropotkine, et dans les faits il était un stimulateur passionné de réalisation dans un sens libertaire, avec des personnes qui n’en avaient pas conscience, qui étaient SR, sans étiquette. Les makhnovistes créaient des soviets avec les travailleurs des localités qu’ils occupaient, en les laissant libre de s’organiser. La liberté d’expression existait pour tous, y compris les bolcheviks, mais pas pour les blancs. Makhno en 1917] participe à l’organisation d’un syndicat d’ouvriers agricoles dont il est nommé président ; bientôt il est également élu président du syndicat local des charpentiers et des ouvriers métallurgistes, ainsi que du soviet des paysans et des ouvriers de Gouliaï Pole. En août 1917, en tant que dirigeant du soviet, Makhno recrute une petite troupe de paysans armés et entreprend d’exproprier les aristocrates locaux et de distribuer les terres aux paysans pauvres » (12)

« Compte-rendu de séance du II congrès des insurgés luttant sur le front, des soviets d’ouvriers et de paysans, de sections et de sous-sections de l’état-major de la région de Gouliaï Pole, le 12 février (nouveau calendrier) 1919 à Gouliaï Pole

Séance du congrès des représentants des soviets de paysans et d’ouvriers, de sous-sections, de l’état-major et des hommes du front, se déroulant à Gouliaï Pole, département d’Ekaterinoslav, 12 février 1919.
245 délégués de 35 communes (volosts) ont pris part aux travaux du congrès.

La séance a commencé à 15 h à l’initiative d’un groupe d’insurgés, en la personne du camarade Lavrov.

Le camarade Lavrov dans le discours d’introduction explique à l’assemblée le but du congrès, et il communique également une première instruction aux délégués, de la part de l’état-major des camarades Makhno et Chtchous, des armées soviétiques et aussi du directoire ukrainien. Après cela, le camarade Lavrov propose à l’assemblée de choisir les présidents de séances les débats. Les candidatures présentées sont celles des camarades Makhno, Veretelninov, Boïko, Khersinski, Sereguine, Koushnarev, Tchernoknijski et Lavrov.
Le camarade Makhno demande à ce qu’on enlève sa candidature, en motivant son refus par le manque de temps libre étant donné les pressions du front. Le camarade Boïko présente la proposition de choisir comme président d’honneur du congrès Batko Makhno, ainsi que le camarade Chtchous. Le congrès, au milieu de forts applaudissements, adopte à l’unanimité la proposition du camarade Boïko.

Le camarade Veretelnikov est choisi comme président de séance, ainsi que Khersonski et Tchiornokniji, Sereguine, Afeinikov et Boltadji sont nommés secrétaires de séance.

La séance est déclarée ouverte. Le camarade président Veretelnikov salue les délégués réunis dans le congrès et exprime son désir de travail cordial au congrès.

À l’ouverture de la séance un souvenir est adressé aux combattants tombés pour la liberté durant le soulèvement. L’orchestre interprète une marche funèbre. Viennent ensuite les salutations des parties, groupes, des insurgés et d’autres.

Au nom des insurgés le camarade Makhno salue le congrès, en montrant les tâches sérieuses du congrès et en invitant tous à être unis au nom de la Révolution, qui apportera la libération au peuple travailleur (Des applaudissements bruyants éclatent. L’orchestre joue la marseillaise)
Pour les socialistes révolutionnaires de gauche, le camarade Petrovitch salue le congrès, et il conclut en indiquant qu’en prenant le fusil le peuple travailleur doit le garder tant qu’on n’arrivera pas à des soviets fondés sur des bases librement choisies.

De la commune de Petrovski, le paysan Ostrijko intervient pour appeler tout le paysannat travailleur et le prolétariat des usines et des fabriques à s’unir pour combattre les contre-révolutionnaires et se mettre à construire une nouvelle vie.

De la part du groupe anarchiste Nabat, le camarade Tcherniak salue le congrès, en souhaitant un succès dans la construction par les paysans et les ouvriers eux-mêmes d’une nouvelle base de la vie, comme le demande la vie même. En conclusion l’orateur appelle le congrès à ne faire confiance à personne, sans attendre les parvenus imposant leurs services pour construire une vie étrangère à celle des paysans et des ouvriers.
Pour le parti communiste bolchevique le camarade Karpemko salue le congrès et appelle à l’unité pour les buts communs. » (13)

Un Makhno sibérien

« Appel de la Fédération des anarchistes d’Altay (été 1920) Camarades paysans et ouvriers

Les ennemis de la révolution vous ont dit que dans la taïga des blancs s’agitent et veulent vous exploiter, c’est un mensonge. Dans la taïga il n’y a pas de blancs, ils se sont tous "enroujoyés" et sont en ville dans les institutions juridiques et édictent des lois sévères contre vous. Dans la taïga il y a vos frères paysans et ouvriers qui poursuivent un seul but, le pouvoir du peuple, que le tsar Nicolas, Kerenski, Koltchak et le pouvoir soviétique, prétendent être. Le pouvoir prétendument du peuple est d’accord avec les bourgeois pour exploiter les ouvriers et les paysans. C’est pour cette raison que nous, ouvriers et paysans, nous nous opposons ouvertement aux mensonges et à l’injustice. Nous luttons pour la libération des paysans et des ouvriers, nous ne pouvons les exploiter. Bien au contraire nous combattons pour la libération complète, c’est-à-dire l’émancipation des masses travailleuses, pour l’autogestion (14) du peuple lui-même dans chaque région. Vu qu’avec le pouvoir actuel c’est impossible, nous vous appelons, camarades paysans, à vous opposer ouvertement contre tout pouvoir, les armes à la main. Plus un seul fils pour l’armée, plus de pain pour les parasites, Prenez les armes et chassez tous les commissaires donneurs d’ordres. Emparez-vous des richesses de la nature et édifiez une vie sans la tutelle des commissaires, ces parasites, et criez partout : À bas tout pouvoir, quel qu’il soit, vive l’anarchie, mère de l’ordre.
La commission de combat de la Fédération de l’Altay des anarchistes. » (15)

Impact en Sibérie de la propagande anarchiste

« Rapport des agents secrets du Guepeou d’Omsk sur l’action de la Fédération des anarchistes d’Omsk

Fréquentant tous les jours les milieux des anarchistes, nous avons vu que la propagande distribuée par ces derniers prend un caractère de plus en plus sérieux, leurs partisans arrivent non pas tous les jours, mais toutes les heures et non pas individuellement, mais par dizaines. Les militants, profitant de l’affluence des masses, appliquent une propagande de plus en plus acharnée, en s’efforçant de souligner par des faits les actions injustes des travailleurs communistes, de leurs bureaucrates, de leur distribution inégalitaire des denrées, et également de leur corruption préméditée, qui demeure impunie, de la répartition inutile et de beaucoup d’autres exemples, qui peuvent troubler le raisonnement de la personne la plus dévouée à la révolution. Oui, il faut dire qu’il est impossible de réfuter les exemples présentés, et donc, contredire revient à se mentir à soi même. Et les masses dans cette (illisible) se taisent, évidemment face à ces exclamations d’une telle sincérité proposer de trouver une issue à cette situation difficile et adaptée à tous [est impossible]. Et dans les familles nous entendons que chaque jour de retard [dans la distribution] amène dans les rangs de l’armée rouge et dans les milieux des travailleurs la démoralisation, la colère et la haine. Des individus se présentent qui s’intéressent à l’importance des forces des anarchistes à Omsk. Les membres de l’armée rouge s’indignent de l’ordre de saluer les supérieurs. Mais certains répondent ironiquement à cette indignation : plus on tire le ressort, plus il casse vite. » (16)

III La contre-révolution

Le marxisme jugé par les anarchistes avant 1917

« [L’État socialiste] le gouvernement de l’immense majorité des masses populaires par une minorité privilégiée. Mais cette minorité, disent les marxistes, se composera d’ouvriers. Oui, certes, d’anciens ouvriers, mais qui, dès qu’ils seront devenus des gouvernants ou des représentants du peuple, cesseront d’être des ouvriers et se mettront à regarder le monde prolétaire du haut de l’État, ne représenteront plus le peuple, mais eux-mêmes et leurs prétentions à le gouverner. Qui en doute ne connaît pas la nature humaine (17) . »(18)

« Ils [les marxistes] prendront en main les rênes du gouvernement, parce que le peuple ignorant a besoin d’une bonne tutelle ; [...] la masse du peuple sera divisée en deux armées : l’armée industrielle et l’armée agricole, sous le commandement direct des ingénieurs de l’État qui formeront une nouvelle caste politico-savante privilégiée (19) . »

« [La violence des autoritaires annoncée par les libertaires] on ne se bornera pas à fusiller les « pillards ». Il faudra rechercher les « auteurs de désordre », rétablir les tribunaux, la guillotine, et les révolutionnaires les plus ardents monteront sur l’échafaud. ce sera un renouvellement de 1793 (20) . La terreur révolutionnaire [...] souvenons-nous toujours que nous, anarchistes, nous ne pouvons être ni des vengeurs, ni des justiciers. [...] la terreur a toujours été un instrument de tyrannie.(21) »

La violence selon Lénine

« L’État est une institution faite pour exercer la violence. [...] Nous voulons organiser la violence dans l’intérêts du peuple. » (22) [Analyse de la brochure de Lénine « Les tâches immédiates du pouvoir soviétique (23) ]

- dénonciation du danger de la contre-révolution définis comme la présence des bourgeois, mais dont les experts sont momentanément utilisés, introduction d’un livret ouvrier pour « chaque bourgeois, y compris chaque bourgeois rural, [...] pour encercler complètement l’ennemi » (24)

- dénonciation des anarchistes assimilés aux bourgeois « Toutes les habitudes et les traditions de la bourgeoisie [....] s’opposent également au contrôle de l’État [...] Aujourd’hui nous voyons très clairement à quel point est exacte la thèse marxiste selon laquelle l’anarchisme et l’anarcho-syndicalisme sont des courants bourgeois, et la contradiction insolubles qu’ils présentant face au socialisme, à la dictature du prolétariat et du communisme. »

- La dictature comme solution économique « le Russe est un mauvais ouvrier. Et il ne pouvait en être autrement sous le régime tsariste [...] Apprendre à travailler, telle est la tâche que le pouvoir soviétique doit se poser dans tous ses aspects devant le peuple. [introduction du système Taylor à la période de transition] l’organisation socialiste de l’émulation et , de l’autre, l’application des mesures de contrainte, [doivent se faire sans] que la consigne de la dictature du prolétariat ne soit affaiblie par une mollesse excessive du pouvoir soviétique dans la pratique. »

- la dictature comme solution à tous les problèmes « Et cependant ce serait une bêtise énorme et l’utopie la plus absurde que d’affirmer que la transition du capitalisme au socialisme est possible sans coercition et sans dictature. La théorie de Marx s’est prononcée depuis longtemps contre cette absurdité petite-bourgeoise et anarchiste. [ contre les vols, la spéculation, etc.] il faut une main de fer. [...] Plus nous nous rapprochons de l’écrasement militaire total de la bourgeoisie, plus l’élément de l’anarchie petite-bourgeoise devient pour nous dangereux. Et on ne peut lutter uniquement contre cet élément par la propagande, l’agitation, l’organisation de l’émulation ou la sélection des organisateurs ; il faut lutter aussi au moyen de la coercition. [...] Si nous ne sommes pas anarchistes, nous devons accepter la nécessité de l’Etat, c’est-à-dire de la coercition pour le passage du capitalisme au socialisme. [...] C’est pourquoi il n’y a résolument aucune contradiction de principe entre la démocratie soviétique (c’est-à-dire socialiste) et l’application du pouvoir dictatorial de certains individus. [...] Comment obtenir [pour le développement économique] la plus stricte unité des volontés ? Par la soumission de milliers d’individus à celle d’un seul. »

Trotsky et Makhno

« [Contre les Blancs commandés par Dénikine, les forces de Makhno et celles des bolcheviks étaient unies en Ukraine. Trotsky s’y opposa d’abord début juin 1919 dans son article « La makhnovitchina »] Makhno et ses complices les plus proches se considèrent comme anarchistes et, sur cette base, "récusent" tout pouvoir gouvernemental. Seraient-ils par conséquent des ennemis du pouvoir soviétique ? De toute évidence, puisque le pouvoir soviétique est le pouvoir gouvernemental des ouvriers et des paysans laborieux (25) [...] Impossible de trouver la moindre trace de discipline ou d’ordre dans cette armée [...] Dans cette armée, les commandants sont élus. Les acolytes de Makhno hurlent : « A bas les commandants nommés ! » [...] Est-il pensable dans ces conditions de laisser sur le territoire de la république soviétique exister des bandes armées [...] ? Non, il est temps d’en finir avec cette corruption anarcho-koulak, d’en finir fortement, une fois pour toute, pour qu’ainsi personne n’ait plus envie de recommencer. » (26)

« [Trotsky poursuit dans un autre texte sa critique des officiers élus chez les makhnovistes] Ainsi, ils n’induisent en erreur que leurs propres soldats, les plus obtus. On ne pouvait parler de "commandants nommés" que sous le régime bourgeois, [...] les commandants nommés par le pouvoir soviétique central sont mis en place par la volonté des millions de travailleurs, tandis que les commandants des bandes de Makhno reflètent les intérêts d’infime clique anarchiste, qui prend appui sur les koulaks et l’obscurantisme (27) . »

« 1) La première tâche de la II armée d’Ukraine est de détruire l’organisation militaire des makhnovistes, pour cela cette tâche doit être autorisée pas plus tard que le 15 juin.
2) Dans ce but, avec l’aide du soviet révolutionnaire militaire de la II armée d’Ukraine, une vaste campagne d’agitation est lancée immédiatement contre les makhnovistes dans le but de préparer l’opinion publique de l’armée et des masses travailleuses à la pleine liquidation de "l’armée de Makhno".
3) L’envoi d’argent, de matériel militaire et absolument tout ce qui concerne l’armée pour l’état-major de Makhno est immédiatement et complètement interdit sous peine de sanction très sévère pour manque de responsabilité.
4) En qualité de forces militaires pou liquider les makhnovistes et pour consolider la partie droite du front du sud, en première ligne sont placées, le 12 régiment de Moscou, le régiment de cavalerie, les régiment de tireurs de Louganski, Bakhmoutski, les bataillons de koursanti, un train blindé, des bataillons blindés et le bataillon de Moscou, nommé spécialement.
5) Dans la région où se trouve les makhnovistes, il faut envoyer immédiatement des travailleurs astucieux et expérimentés comme espions et comme aide... pour l’opinion des soldats et des masses de travailleurs, pour exercer une influence sur les makhnovistes.
6) La liquidation des makhnovistes doit être exécutée avec une grande détermination et une grande sévérité, sans perte de temps et sans hésitations. » (28)

« Extrait d’un rapport du 17 juin 1920 d’un chef des lignes arrières du district de Pavlograd au chef des lignes arrières de la province d’Ekaterinoslav ».
« Urgent et Secret [...] en application de votre télégramme N° 104 sur la répression de la population du village de Znamenka... (trois tâches : confiscation des armes, contributions obligatoires), prise d’otages d’au moins 10% de la population totale, sans exempter les femmes, [...] 20 maisons brûlées, 10 individus fusillés, prise de 301 otages entre 5 et 75 ans (29) , confiscation de 150 bêtes à cornes, de 1.500 pouds [environ 2,5 tonnes] de grains et 81 chevaux. » (30)
[Trotsky, responsable du front en Ukraine, choisit d’attaquer le mouvement makhnoviste, précisément lorsque le général blanc Dénikine lance son offensive, l’armée rouge recule, en étant même obligée de réarmer des prisonniers makhnovistes -15.000- afin de limiter les pertes. De son côté, privé par l’armée rouge d’approvisionnement en armes depuis des mois, Makhno poursuit la lutte, et réussit même à enfoncer les lignes arrières de Dénikine, contribuant à sauver Moscou (autant d’éléments qui montrent l’étendue de l’erreur de Trotsky). Une courte alliance s’ensuit entre les bolcheviks et les makhnovistes à la fin de l’année 1920, suivie de l’arrestation et de l’exécutions d’officiers et de l’écrasement des forces makhnovistes.]

Trotsky et Kronstadt (31)

« Seuls, ceux qui se seront rendus sans conditions, pourront compter sur la clémence de la république soviétique. Je donne, en même temps, l’ordre de préparer l’écrasement par la force armée par la force armée la rébellion et les mutins. » (32)

« [Les « Izvestia » de Kronstadt écrivent cet éditorial, dont le titre est : « Tout le pouvoir aux soviets, non au Parti »] « Le maréchal Trotsky, menace Kronstadt, libre et révolutionnaire révolté contre le pouvoir absolu qu’exercent depuis ans les commissaires politiques. [...] le dictateur de la Russie soviétique, violée par le parti communiste, se soucie peu de la mort violente des masses laborieuses, pourvu que le parti communiste conserve le pouvoir. Il a le culot de parler au nom de la Russie soviétique martyre et de promettre la clémence. Mais c’est lui, le sanguinaire Trotsky, le chef de l’Okhrana communiste, c’est lui qui fait couler des torrents de sang pour maintenir le pouvoir absolu du Parti, » (33)

« [Trotsky sur Kronstadt en 1938 ] une réaction de la petite-bourgeoisie contre les difficultés de la révolution socialiste et la rigueur de la dictature du prolétariat. [...] Quelles qu’aient été les causes de l’insurrection de Kronstadt proches ou lointaines, celle-ci signifiait au fond une menace mortelle contre la dictature du prolétariat. Est-ce que la révolution prolétarienne, si même elle avait commis une erreur politique (obstination à maintenir les méthodes du communisme de guerre) devait pour se punir elle-même, recourir au suicide ? » (34)

Trotsky et la CNT (et Makhno-Kronstadt)

« [1931] La Confédération Nationale du travail concentre autour d’elle, sans aucun doute, les éléments les plus combatifs du prolétariat. La sélection s’est produite ici durant une série d’années. Consolider cette confédération et la transformer en une véritable organisation de masses est un devoir pour chaque ouvrier avancé et avant tout pour les communistes. [....] Mais en même temps nous ne pouvons pas nous faire d’illusions quant au sort de l’anarcho-syndicalisme comme doctrine et méthode révolutionnaires. Par l’absence de programme révolutionnaire et l’incompréhension du rôle du parti, l’anarcho-syndicalisme désarme le prolétariat. [....] Quant aux anarcho-syndicalistes, ils ne pourraient se mettre à la tête [de la révolution] qu’à condition de renoncer à leurs préjugés anarchistes. Notre devoir est de les aider en ce sens. En effet, il faut supposer qu’une partie des chefs syndicalistes passera aux socialistes ou sera rejetée de côté par la révolution ; les véritables révolutionnaires seront avec nous ; les masses se joindront aux communistes, de même que la majorité des ouvriers socialistes (35) . »

« [1937] Les anarchistes ont fait preuve d’une incompréhension fatale des lois de la révolution et de ses tâches lorsqu’ils ont tenté de se limiter aux syndicats, c’est-à-dire à des organisations de temps de paix, imprégnées de routine et ignorant ce qui se passait en dehors d’eux, dans la masse, dans les partis politiques et dans l’appareil d’État. Si les anarchistes avaient été des révolutionnaires, ils auraient avant tout appelé à la création de soviets réunissant tous les représentants de la ville et du village, y compris ceux des millions d’hommes les plus exploités qui n’étaient jamais entrés dans les syndicats. Dans les soviets, les ouvriers révolutionnaires auraient naturellement occupé une position dominante. Les staliniens se seraient trouvés en minorité insignifiante (36) . »

« Les avocats de l’anarchisme qui prêchent pour Cronstadt et pour Makhno ne trompent personne. Dans l’épisode de Cronstadt et dans la lutte contre Makhno, nous avions défendu la révolution prolétarienne contre la contre-révolution paysanne. Les anarchistes espagnols ont défendu et défendent encore la contre-révolution bourgeoise contre la révolution prolétarienne. Aucun sophisme ne fera disparaître de l’histoire le fait que l’anarchisme et le stalinisme se sont trouvés du même côté de la barricade, les masses révolutionnaires et les marxistes de l’autre. Telle est la vérité qui entrera pour toujours dans la conscience du prolétariat. » (37)

« [recommandation] 6) De l’armée révolutionnaire doivent être impitoyablement chassés les ennemis de la révolution socialiste, c’est-à-dire les éléments exploiteurs et leurs agents, même s’ils se couvrent du masque de « démocrate », de « républicain », de « socialiste » ou d’ « anarchiste » (38) . »

IV Réflexions en exil

Freins de certains anarchistes au développement révolutionnaire

« les grandes phrases mensongères de Lénine et des autres sociaux-démocrates bolcheviks tournèrent la tête à beaucoup d’anarchistes, en particulier à ceux d’entre eux qui étaient intellectuels [...] Certains anarchistes parlèrent même d’entrer au parti. Ceux qui s’occupèrent plus particulièrement de ce rapprochement furent surtout les "sommités", les vieux anarchistes, incapables de mener une action dans le mouvement de masse, et, parce qu’ils avaient connu un certain nombre de désillusions craignant les "emballements fougueux".

Les "sommités" intellectuels ne connaissaient pas l’état d’esprit des masses. Seuls leur parvenaient des échos de ce mouvement, et la plupart du temps sous une forme dévoyée [...] Mais seule la base libertaire, plus révolutionnaire que les leaders anarchistes, œuvraient au sein des masses. [...]dans le bassin du Donetz, si les anarchistes avaient voulu recruter pour un "parti" anarchiste, ils auraient pu compter des centaines de milliers de membres. Malheureusement, il y avait très peu de militants anarchistes de formation théorique suffisante. [...]À Ekaterinoslav, des délégués de plusieurs centaines de villages vinrent me voir, me demandant de leur donner des instructions, et de leur apprendre comment construire la nouvelle vie : la Commune. Jamais je n’aurais soupçonné une telle soif de connaissance et de lumière dans la paysannerie ukrainienne. » (39)

« Si, à titre d’exemples, on considère un des centres du bassin du Donets, Ekaterinoslav, on s’aperçoit que les secrétaires des unions de métallurgistes, de boulangers, de cordonniers, de travailleurs du bois, de tailleurs, de manœuvres et de travailleurs des moulins et d’autres encore, étaient des anarchistes. Dans les comités d’usine de Briansk, Gantké, Dnieprovsky, Chadouard, Troubny, Founkline, dans le ateliers de Dnieprovsky, de la Société russe de ciment et d’autres, les anarchistes étaient nombreux, dont beaucoup secrétaires de ces comités. Lors du putsch d’Octobre, une manifestation de 80.000 personnes fut organisée, avec à sa tête la Fédération anarchiste d’Ekaterinoslav et de l’usine de Briansk, drapeaux noirs déployés. » (40)

« La propagande anarchiste se faisait en profondeur dans les masses, dans les discussions, les réunions et les débats. La soif de lire, le besoin de comprendre ce qui se passait était si grand, si impérieux, que dans de nombreux villages, l’été, après une dure journée de labeur, les paysans se rassemblaient et pendant des heures entières se faisaient lire des ouvrages à haute voix.[...] J’ai rencontré dans la campagne ukrainienne certains paysans qui avaient lu en russe toute la littérature anarchiste, de Stirner à Tucker, et maniaient la théorie aussi bien,- sinon mieux que des politiciens professionnels. Le seul exemple de la Makhnovchtchina suffit à montrer que les masses aspiraient instinctivement et plus ou moins consciemment, à une société différente, libre, sans patrons, ni capitalistes, sans propriétaires ni gouvernement, sans autorité. » (41)

Discussion dans l’émigration : comment s’organiser

« Anarchisme et syndicalisme Nous considérons comme artificielle, privée de tout fondement et de tout sens, la tendance d’opposer le communisme libertaire au syndicalisme et vice versa. [...] En unissant les ouvriers sur la base de la production, le syndicalisme révolutionnaire, comme du reste tout groupement professionnel, n’a pas de théorie déterminée ; il n’a pas de conception du monde répondant à toutes les questions sociales et politiques compliquées de la réalité contemporaine. Il reflète toujours l’idéologie de divers groupements politiques, de ceux notamment qui œuvrent le plus intensément dans ses rangs.

Notre attitude vis à vis du syndicalisme révolutionnaire découle de ce qui vient d’être dit. Sans nous préoccuper ici de résoudre à l’avance la question du rôle des syndicats révolutionnaires au lendemain de la révolution, c’est-à-dire de savoir s’ils seront les organisateurs de toute la production nouvelle, où s’ils céderont ce rôle aux soviets ouvriers, ou encore aux comités d’usines, nous estimons que les anarchistes doivent participer au syndicalisme révolutionnaire comme l’une des formes du mouvement ouvrier révolutionnaire. [...]

L’anarcho-syndicalisme, cherchant à introduire avec force les idées libertaires dans l’aile du syndicalisme révolutionnaire, au moyen de la création de syndicats de type anarchiste, représente sous ce rapport un pas en avant ; mais il ne dépasse pas encore tout à fait la méthode empirique. Car l’anarcho-syndicalisme ne mie pas obligatoirement l’œuvre « d’anarchisation » du mouvement syndicaliste avec celle de l’organisation des forces anarchistes en dehors de ce mouvement. Or, ce n’est qu’à la condition d’une telle liaison qu’il est possible « d’anarchiser » syndicalisme révolutionnaire et de l’empêcher de dévier vers l’opportunisme et le réformisme. » (42)

Analyse anarchiste de l’URSS en 1928

« Lénine, Trotsky et C° n’utilisent qu’une logique : qui ne suit pas mes idées est mon ennemi. C’est la logique de la dictature. D’où la déduction d’anarchistes russes en 1928 : « Trotski, Zinoviev, Kamenev et tutti quanti, une fois installés au pouvoir, n’auraient-ils pas appliqué la même politique despotique insensée contre ceux qui n’ont fait qu’ouvrir la bouche ? N’y-a-t’il pas dans la conscience de l’opposition actuelle autant de fautes grandes et petites que celles qu’elles collectionnaient, il n’y a pas encore si longtemps ? Si un coup de théâtre de l’histoire faisait que les trotskistes tuent les staliniens du Kremlin et qu’ils prennent le pouvoir, ne reverrait-on pas le même cirque ? La pratique soviétique abandonnerait-elle le favoritisme, la création de laquais, la paperasse, la censure, les emprisonnements et les exécutions ? Tout cela serait comme avant et chacun le sait.(43) »
La même étude synthétisait le régime soviétique : « L’esclavage dans le travail, la suppression, dans la fonction de travailleur et d’employé, de l’individu en tant que personnalité, l’extension du rôle exploiteur de l’État, l’augmentation du chômage, l’impossibilité caractérisée pour les masses travailleuses de défendre leurs intérêts, quand ils sont menacés par les directives du pouvoir, la transformation des syndicats en perroquets impuissants du Parti, les sanctions impitoyables contre les individus qui protestent, l’accroissement monstrueux des forces de répression, l’éducation offerte aux groupes de parasites et de privilégiés, qui ont uniquement une fonction de surveillance et de contrôle, telles sont les caractéristiques principales du système étatique et capitaliste soviétique. »

« Seuls les philistins et les fanatiques peuvent voir dans la forme soviétique de salariat l’émancipation des travailleurs. Ce que nous venons de dire des ouvriers s’applique également aux paysans. » [...]
« La violence vis à vis du prolétariat dans toutes ces formes, en commençant par les exécutions et en finissant pat le travail obligatoire, est, quelque paradoxal que cela puisse paraître, la méthode pour former l’humanité communiste à partir des individus issus de l’époque capitaliste. » (Boukharine) [...]

« La dernière instance supérieure pour établir la vérité et la justice est la tchéka, aujourd’hui appelée guépéou. Voici le système exploiteur brillant, le système bolchevique définitif d’encasernement des individus, en dirigeant tous les aspects de l’existence, en ne s’arrêtant pas face à la destruction des valeurs culturelles, au gaspillage sauvage de l’énergie humaine. Le système s’appuie sur les bayonnettes, les prisons, les camps de concentration, le bannissement, les exécutions. » (44)

Pour comprendre la révolution russe

- Oublier les visions parcellaires (tout dépendait du PC ou tout dépendait des anarchistes).
- En 1905 et en 1917 les exploités, à 90 % paysans, s’opposent spontanément aux exploiteurs et cherchent à organiser sans exploitation.
- Les politiciens viennent alors pour indiquer la « juste voie ».
- Les exploités qui se demandent si c’est la « juste voie » sont emprisonnés ou exécutés comme contre-révolutionnaires.
- Même phénomène que pour la première révolution sociale du XX siècle au Mexique 1910-1917, et plus tard dans l’Espagne de 1936-1939


Caractéristique de la Russie de 1917-1920

La répression permanente avait empêché la formation de syndicats représentatifs ; il n’y avait donc aucune tradition de syndicalisme révolutionnaire.
Skirda Alexandre Les anarchistes dans la révolution russe, 1973, p.10

Les soviets de 1905, et spécialement le conseil de députés ouvriers de Petrograd, laissèrent, malgré leur courte durée , une tradition révolutionnaire, qui se grava fortement dans la conscience des masses travailleuses.
Anweiler Oskar Les soviets en Russe 1905-1921 (éd. espagnole p.110)

Les buts de l’extrême gauche de 1905 [anarchistes et maximalistes] un État sur le modèle de la Commune, le transfert des fabriques aux ouvriers, la suppression de la bureaucratie, de l’armée et de la police, la révolution à l’Est comme prélude à la révolution mondiale.
Anweiler Oskar o. c., éd. française, p.118, cité par Skirda o. c., p.11

« [guerre de 14-18, 6 millions de morts côté russe , incapacité du régime et corruption administrative et économique,] la poussé des masses s’accentua fortement sous la forme d’organisations représentatives des ouvriers et des paysans....spontanées et autonomes au départ : soviets et comités d’usines et de fabriques. »
Skirda o. c., p.10

Place de l’AS

- Mouvements proches des anarchistes : maximalistes, Bund, tolstoyens et partisans de Makheswsky.

- Le mouvement anarchiste est majoritairement composé d’anarcho-communistes et d’individualistes, en théorie. Mais les anarcho-communistes font aussi des expropriations et des attentats ciblés. Parmi les individualistes beaucoup font des attentats aveugles contre la bourgeoisie (bezmotivniki).

- Les anarcho-syndicalistes apparaissent à partir de 1907, en pleine répression. En 1917, l’anarcho-syndicalisme se développe fortement, mais Maximov indique la double stratégie dans les soviets et comités d’usine et dans le syndicat, négative face au PC.

- Sur le terrain, surtout dans la makhnovitchina, les tendances fusionnent au profit du syndicalisme et au détriment des partisans des attentats.

1) Motion au congrès des anarchistescommunistesrusses en octobre 1906.

2) idem, reproduit dans Pierre Kropotkine œuvres, pp. 253-254.

3) Avrich Les anarchistes russes , 1979, p.91 en note).

4) Skirda Alexandre Autonomie individuelle et force collective (les anarchistes et l’organisation de Proudhon à nos jours), 1987, p.103-105, citations de Novomirsky Du programme de l’anarcho-syndicalisme, Odessa, 1907 (environ 300 pages).

5) Novomirsky cité dans Shtirboul Anarkhiskoe dvijenie v period krizisa rossiskoy tsivilizisatstii (konets XIX - 1 tchervert XX vv) [Le mouvement anarchiste dans la période de crise de la civilisation russe (fin du XIX et premier quart du XX)], Université pédagogique d’État Omsk, 1998, p.22.

6) Avrich Paul The Anarchists in the Russian Revolution, Londres, Thames & Hudson, 1973, pp. 70-71.

7) Moscou (25 août-1 septembre 1918), dans Skirda Les anarchistes dans la révolution russe, pp.96-98, 1973, nouvelle édition Les anarchistes russes (les soviets et la révolution de 1917), 2000, pp.196-198 (au total quatre documents).

8) Souligné par le commentateur de la brochure.

9) On peut également mentionner deux facteurs allant dans le sens de l’anarcho-syndicalisme : la nécessité pour les travailleurs d’autogérer les usines pour produire et vendre afin de survivre, les habitudes collectives « l’assemblée générale des ouvriers correspondait à l’obchtchestvo, la gestion collective était une forme de mir ou d’artel » (Ferro La révolution de 1917 (octobre naissance d’une société), 1976, pp. 288-289.

10) Tendance social-démocrate en faveur du pouvoir des soviets et d’une république des travailleurs.

11) Maximov Les syndicalistes dans la révolution russe (article en anglais, publié en 1979 au Canada, pas de date de l’original russe, scanné par Jeff Stein, sur internet).

12) Avrich o. c., pp.239-240.

13) Belash Alexandre et Victor « Dorogi Nestora Makhno » [les voies de Nestor Makhno ], Kiev, 1993, p.73. Skirda, dans « Nestor Makhno (le cosaque libertaire 1888-1934) » donne également de nombreux extraits du livre de Belash.

14) Le terme russe « samo-oupravlenie » signifie « gestion par soi-même » et la traduction par autogestion convient, même si à l’époque, ce mot était inconnu.

15) Shtirboul Anarkhiskoe ... o. c., p.64

16) Shtirboul Anarkhiskoe ... o. c., p.67.

17) Bakounine Étatisme et anarchie, 1873, p.347.

18) « « Si Monsieur Bakounine connaissait, au moins, la position qu’occupe le gérant d’une coopérative ouvrière, toutes ses fantaisies sur la domination s’en iraient au diable. » [Visiblement Marx n’avait pas étudié les évolutions de la gestion d’une coopérative ouvrière]
Marx « Notes sur le livre de Bakounine, L’État et l’anarchie, Moscou [1973] p.136.

19) Bakounine o. c., p.349.

20) Kropotkine La Conquête du pain, 1892, p.75-76.

21) Malatesta, 1924, Articles politiques, 10/18, pp.372, 373, 374, 375, 376.

22) Maximoff Gregory Petrovitch The guillotine at work (vol I The leninist counter-revolution), [1940] Sandays CienfuegosPress, 1979, p. 48 [Lénine 21-XI-1917 œuvre en russe, XV p.40. La création de la Tchéka le 27-XII-1917 est une idée de Lénine, lettre reproduite dans Pravda, 27-XII-1927].

23) mars-avril 1918, Maximoff fait une critique qui est ici élargie. Traduction d’après l’original russe, et une traduction anglaise, [pas trouvé d’éditions complètes en français] www.marxists.org

24) Maximoff o. c.,p.62.

25) L’argument du pouvoir soviétique comme reflet de la volonté de millions de travailleurs, notamment plus tard quand Staline et ses camarades dénonçaient Trotsky, ne pouvait convaincre ni Makhno, ni plus tard Trotsky lui-même quand il se retrouva à la place des anarchistes, comme ennemis du Parti.

26) Cette partie est la phase finale de l’article de Trotsky « La makhnovitchina » publiée le 7 juin 1919 dans le journal Selianskaya Pravda, reproduit dans la brochure de Shtirbul.

27) Cité par Skirda p.148, d’après l’ouvrage de Trotsky Textes militaires, 1967, p.668-671. Les officiers (parfois ex tsaristes choisis par le Parti pour être efficaces, donc impitoyables) étaient nommés pour imposer les décisions des bolcheviks, par tous les moyens habituels pour les autoritaires.

28) Trotski Ordre secret N 96/s du 3 juin 1919, cité dans Belash o. c.,pp.238-239.

29) Le chiffre de 301 correspond, me semble-t-il, à la vision arithmétique des 10 % d’otages à ramasser, d’où l’arrestation d’enfants de 5 ans. C’est la logique des bourreaux qui prime, pour créer « l’homme nouveau » du socialisme à la sauce léniniste.

30) Document N° 27, reproduit dans N. Makhno i makhnovskoe dvijenie (iz istorii povstancheskogo dvijenia v Ekaterinoslavskoy gybernii, sbornik dokumentov i materialov [Makhno et le mouvement makhnoviste (sur l’histoire du mouvement insurgé dans la province d’Ekaterinoslav, recueil de documents)], Dnepropretrovsk, 1993.

31) L’insurrection des marins de Kronstadt réprimée par Trotsky en mars 1921 exprimait globalement les mêmes revendications que celles des makhnovistes : -des soviets élus librement par les ouvriers et les paysans, - « Etablir la liberté de parole et de presse pour tous les ouvriers et paysans, pour les anarchistes et pour tous les partis socialistes de gauche », - « Libérer tous les prisonniers politiques socialistes, ainsi que tous les ouvriers, paysans, soldats rouges et marins, emprisonnés à la suite de mouvements revendicatifs », - « Supprimer tous les « départements politiques », car aucun parti ne doit avoir de privilèges pour la propagande de ses idées, ni recevoir de l’Etat des moyens financiers dans ce but ».

32) Document signé par Trotsky et Kamenev, cité par Skirda Kronstadt 1921, prolétariat contre bolchevisme , pp. 76, 190 La réponse du PC est une longue déclaration de Lénine, la synthèse étant « les thèses de l’Opposition ouvrière c’est de la démagogie sur laquelle se fondent les éléments anarchistes de Makhno et de Kronstadt ».

33) La commune de Constadt (recueil de documents comprenant la traduction intégrale des Izvestias de Cronstat, p.32 Deux jours avant la fin, le titre et les deux premières phrases de l’éditorial sont prémonitoires « La maison de commerce Lénine, Trotsky et C° Elle a bien travaillé la maison de commerce Lénine, Trotsky et C°. La criminelle politique absolutiste du parti communiste au pouvoir a conduit la Russie à l’abîme de la misère et de la ruine. » cité par Voline, « La révolution inconnue ».

34) Cité par Skirda dans Kronstadt 1921, prolétariat contre bolchevisme, p.84-85, extrait de « Beaucoup de bruit autour de Kronstadt » de Trostky, en russe.

35) Trotsky Ecrits 1928-1940, p.429-430, 24 janvier 1931. Ces prédictions ne se sont jamais réalisées, ni pour les marxistes du PC, ni pour ceux proches de Trotsky.

36) Idem, p. 541. Trotsky confond l’efficacité des manipulations marxistes léninistes, dont il a usé et abusé, et l’élan révolutionnaire de la base qu’il a toujours canalisé et contrecarré. Même idée : « Les représentants des autres organisations ouvrières, réformistes invétérés, phraseurs anarchistes, centristes incurables du P.O.U.M., grognaient, hésitaient, soupiraient, manœuvraient, mais en fin de compte s’adaptaient aux staliniens. Le résultat de tout leur travail fut que le camp de la révolution sociale (ouvriers et paysans), se trouva soumis à la bourgeoisie, plus exactement à son ombre, perdit son caractère, perdit son sang. » idem, p. 548.

37) Idem, p. 543. Trotsky reste fidèle à la vision globalement marxiste, mais que Marx mit en doute dans sa « Lette à Vera Zasoulevitch [Marx envisage le passage de la Russie avec ses groupes paysans emprégnés de traditions collectivistes -mir- au socialisme, en sautant la phase de l’industrialisation capitaliste]. » et que Lénine et ses camarades firent semblant de méconnaître pour s’ériger en nouvelle classe dirigeante, des mouvements de travailleurs des campagnes comme étant contre-révolutionnaires. Cet axe étant placé, Trotsky reprend l’argument léniniste de l’anarchisme comme phénomène petit-bourgeois, alors que la CNT est anarcho-syndicaliste. Trotsky nie la réalité historique sur ce plan et se laisse aller à identifier stalinisme et CNT, deuxième erreur grossière par rapport aux événements en cours.

38) Idem, p. 547. On retrouve l’esprit tchekiste et les raisons qui justifiaient les revendications des insurgés de Kronstadt.

39) Gorelik dans Les anarchistes dans la révolution russe, pp.61-63 1973, nouvelle édition Les anarchistes russes (les soviets et la révolution de 1917), 2000, pp.142-144.

40) Gorelik pp. 66-67, ou p. 148.

41) Gorelik p.73, ou pp. 156-157.

42) Skirda Alexandre o. c., citation de la Plateforme organisationnelle de l’Union Générale des Anarchistes, pp. 267-268.

43) Bolshevitskaya diktatura v svete anarkhizma (desiat let sovetskoy vlasti) [la dictature bolchevique à la lumière de l’anarchisme (dix ans de pouvoir soviétique)] Paris, 1928, p.131

44) o. c., pp.26, 31, 32.