15-M : construction d’un espace libertaire et autogestionnaire

Jueves 26 de mayo de 2011, por Ceacero Jacinto

15-M : construction d’un espace libertaire et autogestionnaire

Avec “la prise des places”, nous, la jeunesse et la société espagnole, nous atteignons notre maturité face au pouvoir de l’État, par un acte évident d’insoumission et de désobéissance civile dans un cadre légal restrictif que “le système et ses politiciens” ont forgé historiquement sur le dos du peuple. (Portail de CGT, 22.05.11)

Nous, des milliers et des milliers et encore des milliers de personnes, jeunes dans leur majorité, nous occupons les rues depuis le 15 Mai et ce faisant nous assistons à un processus de construction d’une nouvelle expérience qui, de mon point de vue, réunit toutes les clés pour qu’on la considère libertaire et autogestionnaire.

Pour être sincère, c’était une expérience dont nous désirions depuis longtemps l’apparition, après avoir organisé de nombreuses manifestations, luttes, marches, actions contre le capitalisme... Pour qu’elle se produise, il fallait au moins deux éléments. D’abord, que l’initiative soit prise par la jeunesse comme collectif social le plus maltraité par le système néo libéral et sa crise sciemment provoquée, car je sais en tant qu’anarchosyndicaliste que l’émancipation doit être l’œuvre de chacun ou jamais elle ne sera. Puis, que le mouvement doit compter sur un soutien social important du monde du travail. Ces deux prémisses sont réunies.

Dans cette mobilisation d’occupation de la rue en ignorant le cadre légal du système que précisément on veut combattre, on est en train de donner une authentique leçon de transformation sociale, en démontrant par cette expérience que lorsqu’il y a une volonté de faire quelque chose ensemble, qu’il y a des personnes se sentant comme un collectif, tout est possible, même de faire front au système capitaliste arrogant et de poser les bases d’un nouveau système social et économique. Je crois que, sans aucun doute, en ce moment et dans ce pays, c’est le futur qui se forme et le protagoniste est celui qui doit le faire, la jeunesse. Ce processus est en cours sur de nombreuses places de ce pays, jusqu’à présent, vieux, fatigué et soumis, qui enfin a été capable de sortir dans la rue et de montrer collectivement son indignation.

Les jours passent depuis le 15 Mai et le mouvement assembléaire en gestation acquiert une authentique dimension autogestionnaire et avec les règles du jeu du mouvement libertaire, antiautoritaire. Chaque jour qui s’écoule, continue l’approfondissement et le perfectionnement de l’expérience, le renforcement et la conviction que le processus marche et qu’il fonctionne avec de profonds aspects d’action et d’autogestion que nous avons tant attendus et dont nous avons tant rêvés.
Les règles du jeu de cet espace en construction sont le respect intégral d’autrui, le développement de l’esprit et de l’imagination au service du collectif, la créativité, l’expression libre, la solidarité, l’entraide, le partage, l’horizontalité, l’organisation collective de l’espace partagé, la prise de décisions en assemblées permanentes, l’égalitarisme, la liberté...

Que se passe-t’il vraiment dans les assemblées ? On apprend en même temps qu’on agit, on apprend à être libre en vivant en liberté, en se trompant mais avec une volonté profonde de construire collectivement. On autogère tout, la prise de décisions, le débat, le loisir, le repos, la production d’infrastructures, la communication, les activités culturelles, l’eau, la nourriture, le nettoyage, l’école pour les petits, les soins médicaux, les conversations, l’expansion pour intégrer dans le mouvement toutes les luttes sociales, professionnelles, etc., etc.

La réalité dépasse une nouvelle fois ce qu’on peut imaginer. L’expérience a lieu sur nos places, il faut s’empreigner de son esprit, il faut le vivre, il faut s’y intégrer, il faut le soupeser pour le comprendre, il faut se dissoudre dans le processus de construction pour apporter et apprendre.

L’expérience croît jour après jour. Ce n’est pas encore le moment de nous poser des questions sur le futur, les objectifs, le lendemain. Les demandes et les réponses il faudra aussi les construire de manière autogestionnaire et par le bas, comme nous le montre nos sœurs des communautés zapatistes. C’est maintenant le moment de contribuer à la poussée de l’expérience car c’est en elle que se trouve le germe du monde nouveau que nous, les libertaires, nous portons dans nos cœurs.

Madrid 21 mai 2011

Jacinto Ceacero, Secrétaire général de la CGT [du territoire espagnol]