Zanaz Hamid L’Impasse islamique (la religion contre la vie)

samedi 18 juin 2011, par frank, Zanas Hamid

Zanaz Hamid L’Impasse islamique (la religion contre la vie) Editions libertaires, 2009, 160 p.

Il s’agit d’un long pamphlet, vigoureux, bien écrit, sympathique : « A l’AUBE de ce troisième millénaire, la modernité n’a pas encore conquis les territoires de l’islam. La femme demeure toujours ennemie d’Allah et l’enfer, c’est toujours la laïcité. La terreur théologique règne davantage sur les esprits et les corps. [...] Toutes les religions, l’islam en premier, sont intrinsèquement hostiles à ces droits fondamentaux de l’homme. [...] Mon but : commenter les mots et les faits de la surislamisation rampante. S’interroger sur l’échec islamique : pourquoi les musulmans ont-ils échoué là où les autres ont réussi ? (pp. 13-14) »

En fait, le pamphlet se poursuit, brillant et décapant « L’opportunisme de ses dirigeants, le silence des classes moyennes, l’ont installé dans un état d’arriération politico-culturelle certain et une régression durable dont les méfaits sont visibles de loin. Manque de liberté, accès faible à la connaissance, condition catastrophique de la femme. [sur l’Algérie...] Une confusion entre le culturel et le cultuel, l’information et le catéchisme, la connaissance et la croyance. Dans ce désordre épistémologique total, la religion s’empare de la vie et l’irrationalité risque de ramener ces sociétés davantage en arrière. (p. 18) »

On peut multiplier les perles de l’analyse jusqu’à la conclusion : « Et comme rien ne vient de l’islam, tout vient de l’extérieur de ses terres, cela fragilise certains musulmans : ils se sentent agressés, bafoués, humiliés. Et ainsi ni individus ni États ne trouvent la voie pour « être-là dans le monde ».Quand on n’a pas sa modernité, on est tributaire de sa religion. (p. 165) »

Le livre butte sur deux problèmes abordés de biais : l’islam à l’apogée des sciences jusqu’au XII siècle (p. 155), les exceptions au fatalisme de la stagnation avec Bourguiba et Kemal Atatürk (pp. 56-57, 155-157). A mon avis, le déclin part du primat du religieux sur la communauté scientifique et des défaites territoriales sensibles. Quant aux deux leaders politique évoqués par Hamid Zanaz, comme des dictateurs « éclairés », c’est oublier les dictatures engendrées (la Tunisie rivalise avec les autres pays arabes en matière de persécutions et de disparitions des défenseurs des droits de l’homme et de syndicalistes, même si le pays est moins pire dans certains domaines) ; et la poigne d’Atatürk a d’abord mâté la religion (le génocide arméniens permettant sans doute de faire passer la pilule) et se continue avec le rôle de l’armée avant et depuis le coup d’état de 1980.

Deux facteurs sont relégués en arrière plan, la lutte des classes et en partie son prolongement avec la lutte des femmes (deux facteurs parmi d’autres de l’instabilité et de la dernière révolte dans les urnes et dans les rues en Iran en 2009).

Enfin, une bonne partie du livre m’a rappelé le quotidien franquiste et du socialisme réel soviétique et bulgare, dans le fanatisme comme facteur de réussite sociale et de stupidité dans les éloges mensongers. « La source coranique, écrit Ali Merad, contient littéralement, ou tout au moins en germe, des réponses à toutes les situations, à tous les cas de conscience qui peuvent se poser aux croyants. [La Tradition musulmane, Que sais-je ?, PUF, 2001, p. 24.](p. 38) côtoie le fascisme catholique de Franco, chef par la grâce de Dieu (Caudillo por la gracia de Dios), régime bien en avance sur les autres pays (presse quotidienne des années 1950-1960), où être espagnol et inséparable du catholicisme, les protestants et les libres penseurs étant de dangereux pervers. Et la multiplication des invocation à la « technologie soviétique », « la science soviétique » dans la presse bulgare des années 1980, l’idée bien ancrée dans la propagande (pas dans les têtes) de « l’invincibilité de la direction bolchevique (nepobedimost bolchevistskogo ruvodstva) » Staline, p. 290, (histoire du parti communiste bolchévique 1939, http://www.communisme-bolchevisme.net/download/Staline_Histoire_du_PC_Bolchevik_de_l_URSS.pdf ) »

Similitude du statut juridique inférieur de la femme dans l’islam et sous le franquisme (jusqu’à la nouvelle constitution de décembre 1978), dans la pratique du socialisme réel soviétique et bulgare la double journée de travail de la femme (dans l’entreprise et comme bonne à tout faire chez elle, sauf les femmes ministres et leur domestique). Sacralité de la virginité en islam et dans la Bulgarie communiste jusque vers 1967, disparition totale depuis (vu l’imitation « des mœurs capitalistes »).

Une lecture à propager et à recommander, pour ne pas demeurer idiot.

Frank Mintz