Politique et crime (1964)

mardi 27 septembre 2011, par Enzensberger Hans Magnus

Extrait du livre de Hans Magnus Enzensberger « Politique et crime » (1964) :

Chapitre 1 - Réflexions devant une vitrine.
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Non moins paranoïaque que l’idée obsessionnelle de la « conjuration juive mondiale », le principe de la course aux armements poursuit un but trop connu pour que l’on ait encore besoin de s’en occuper. L’engin n’est pas une arme dans la lutte des classes : ce n’est pas plus une arme capitaliste qu’une arme communiste ; ce n’est pas du tout une arme, pas plus que ne l’est une chambre à gaz.

Cela étant - ou plus précisément, étant donné les conditions qui règnent depuis vingt ans dans notre univers, quiconque a des lois à imposer ou des droits à exprimer se trouve dans une curieuse situation. Cette situation est facile à élucider. Ce ne sont pas les exemples qui manquent.

Premier exemple : La protection des animaux.

Décret concernant l’abattage et la conservation de poissons vivants et autres animaux à sang froid - en date du 14 janvier 1936.

« § 2 - Les écrevisses, homards et autres crustacés dont la chair est destinée à la consommation humaine doivent être tués de manière qu’ils soient autant que possible jetés séparément dans l’eau bouillante. Interdiction de les plonger dans l’eau froide ou tiède pour ne les faire cuire qu’ensuite. »

Dépêche de Berlin n° 234404, en date du 9 novembre, adressée à tous les postes et commissariats de police de l’Etat.

« 1. On va prochainement entreprendre dans tout le pays des actions contre les juifs et surtout leurs synagogues. On ne devra en aucun cas s’y opposer...

« 3. Se préparer à l’arrestation de 20 000 à 30 000 juifs dans tous les pays. Choisir d’abord les juifs riches. Des instructions plus détaillées seront publiées au cours de la nuit... »

« Gestapo II. - Signé Muller »

Décret concernant la protection des plantes sauvages et les animaux que l’on ne chasse pas ; en date du 18 mars 1936.

« §16. - Les propriétaires fonciers, les personnes revêtues d’un droit de jouissance ou leurs mandataires sont autorisés à capturer sans leur faire de mal et à prendre en charge les chats étrangers ou sans surveillance qui seraient découverts durant un laps de temps allant du 15 mars au 15 aout et aussi longtemps que durera l’enneigement des jardins, vergers, cimetières, parcs et établissements analogues. Les chats recueillis devront être convenablement traités... »

Dépeche de Varsovie n° 663/43 du 24 mai 1943, adressée aux officiers supérieurs des SS et de la police de l’Est.

« 1. Sur un total de 56 065 juifs appréhendés, 7 000 ont succombé à la suite d’une grande action entreprise dans l’ancien quartier juif. Pendant le transport à T. H, 6 929 juifs sont morts, en sorte que dans l’ensemble, 13 929 juifs ont été anéantis. On estime en outre qu’en plus de ce nombre de 56 065, 5 000 ou 6 000 juifs ont perdu la vie à la suite des explosions ou des incendies... Le « Fuhrer » des SS et de la police du district de Varsovie. Signé : Stroop.

Extrait des entretiens d’Himmler avec son masseur :

« Comment pouvez-vous prendre un plaisir quelconque à tirer sur ces pauvres animaux en train de brouter avec tant d’innocence, qui sont là, sans défense, dans la foret, et ignorent ce qui les attend, monsieur Kersten ? C’est, en fait, de l’assassinat tout pur... La nature est si belle et les animaux ont bien le droit de vivre. C’est cette manière de voir que j’admire tant chez nos ancêtres ... Ce respect des bêtes se retrouve chez tous les peuples indo-germains. J’ai appris l’autre jour avec le plus grand intérêt qu’aujourd’hui encore, les moines bouddhistes ne se promènent jamais le soir dans la foret sans être munis d’une petite clochette, pour inciter les petits animaux qu’ils pourraient écraser sans les voir à s’écarter de leur chemin afin de ne pas leur faire de mal. Quand on pense que chez nous on n’hésite pas à marcher sur les limaces et qu’on écrase les vers !

Discours d’Heinrich Himmler aux SS-Gruppenfuhhrern, à Posen, en date du 4 octobre 1943 :

«  ... La plupart d’entre vous savent ce que représente cent cadavres entassés, quand trois cents, voire mille autres gisent sur le sol. Avoir tenu bon à travers tout cela et - à de très rares exceptions près, dues à une faiblesse bien humaine - n’en être pas moins demeuré honnête, cela nous a rendus durs. C’est là une glorieuse page de notre histoire qui n’a pas encore été écrite et ne devra jamais être écrite »

Décret concernant la protection des plantes sauvages et des animaux que l’on ne chasse pas :

« ° § 23. Afin de protéger les bêtes sauvages qui sont des bêtes de chasse, il est interdit :

« 1° De les capturer ou de les tuer en masse sans un motif raisonnable et justifié. »

(Choix et traduction du castillan d’ Antonio Martín Bellido)