La grève générale du 29 mars en Espagne

mercredi 4 avril 2012, par frank

La grève générale du 29 mars en Espagne

2 avril 2012 http://www.autrefutur.net/La-greve-generale-du-29-mars-en

1) Lancement de la grève générale

Nous, les organisations syndicales Confederación Nacional del Trabajo (CNT), Confederación General del Trabajo (CGT), et Solidaridad Obrera (SO), responsables de l’appel à la grève générale du 29 mars prochain, nous demandons à ce qu’il y ait une participation active de tous les personnes vivant et travaillant dans ce pays, de la classe ouvrière avec ou sans emploi, des mouvements sociaux, des collectifs défavorisés et précarisés, des assemblées populaires et de quartiers, la jeunesse, les étudiants, les retraités, les expulsés de leurs logements, les migrants, les exclus... C’est un appel à toute la population à soutenir la grève et les mobilisations durant cette journée, un appel à paralyser totalement la production et la consommation, à montrer un rejet radical de la politique économique et sociale mises en place par les différentes administrations autonomiques, un appel à défendre notre dignité et les droits du travail, les droits sociaux que nous enlèvent la Réforme du travail, le Pacte social et le reste des lois antisociales que le gouvernement et les patrons sont en train de décréter. L’objectif de la CGT, la CNT et SO en appelant à la grève générale n’est pas de négocier sur la Réforme du Travail, mais de la déroger tout comme les autres mesures économiques et antisociales qui agressent directement la classe des travailleurs.

Nous exigeons le retrait des politiques, lois et agissements du capital qui engendrent le chômage, lèsent les droits collectifs et individuels, accentuent la précarité et l’exploitation de la clase des travailleurs et empêchent une juste répartition du travail, de la richesse et du bien-être. Nous exigeons l’application immédiate de mesures concrètes mettant un terme au chômage, à la précarité, au travail temporaire et aux accidents du travail [l’Espagne est un des premiers pays de l’UE sur ce plan]. La grève générale du 29 est une date très importante mais qui, si nécessaire, aura une suite sous formes d’appel à de futures mobilisations et la grève générale jusqu’à atteindre son objectif.

Pour la mettre en place, nous, CGT, CNT et SO chercherons l’unité maximum et l’entente avec les organisations syndicales et les mouvements sociaux qui soutiennent la défense des droits de la classe travailleuse, la justice sociale et la liberté.

La lutte est dans la rue et dans les entreprises 29 mars- Grève générale contre la Reforme du Travail et le Pacte social 


2) Déroulement de la grève générale

La CGT considère comme un succès le déroulement de la grève général del 29 mars

La Confederación General del Trabajo (CGT) juge très positive la participation que les travailleurs, femmes et hommes, apportent à la grève générale et qualifie de réussite la journée, qui est majoritairement appuyée par la classe travailleuse contre la Réforme du travail et les mesures antisociales approuvées par les divers gouvernements et administrations autonomiques. La CGT dément et considère politiques, les déclarations du gouvernement estimant la participation des salariés au débrayage d’aujourd’hui comme inférieure à la grève général du 29 septembre 2010 sous le gouvernement de Rodríguez Zapatero. Secretariado Permanente CGT, 30.03.12.

À titre d’exemple on peut souligner une majorité de grévistes dans l’industrie, dans des secteurs comme EADS, Seat, VW, Opel, Ford, Nissan, etc., et l’arrêt généralisé du processus de production et des zones industrielles de toutes les grandes villes. Les entreprises les plus importantes de la Chimie sont également en grève, Michelin à Vitoria, Repsol à Puertollano ou la zone pétrochimique de Tarragone. Dans les médias sont touchés ou silencieux Telemadrid, Canal Sur et TV3, ou comme RNE, TVE, qui émettent des programmes enregistrés, et les quotidiens Gara et Berrria qui ne sont pas parus, comme la page web de Público. On peut aussi mettre en relief la forte incidence de la grève dans les transports de toutes les grandes villes. À Madrid, Barcelone, Saragosse ou Valence. Les autobus, le métro, les lignes de banlieues et les tramways ont mis en place les services minimum. Les horaires des services minimum ne sont pas garantis pour le métro de Madrid et plusieurs stations sont fermées dans le métro de Barcelone. Les services aéroportuaires de Barajas [Madrid] et de Prat [Barcelone] sont fermés, plus de 30 ports maritimes n’ont aucune activité, dans les cas d’Algesiras, Barcelone et Valence. La demande en électricité a chuté de 20 % par rapport à jeudi dernier. 780 vols intérieurs ont été suspendus et les principaux marchés d’approvisionnement sont paralysés. Même situation pour les services de ramassages des ordures des villes principales.

En tant que CGT nous tenons à signaler les actions du gouvernement et du patronat tendant à répandre la peur chez les salariés, et également à faire usage de la police et de la brutalité dans certains cas, pour réprimer de nombreux activistes, harceler les piquets de travailleurs alors qu’ils ne font qu’exercer leur droit à la liberté de la grève et de l’information. En tant que CGT nous lançons un appel à l’ensemble des citoyens, des travailleurs en activité ou en chômage, aux jeunes et aux étudiants afin qu’ils participent en masse aux piquets, aux actions et aux manifestations qui se font durant la journée d’aujourd’hui dans le pays et qu’ils ne consomment pas pendant toute la journée de grève générale. SECRETARIADO PERMANENTE DEL COMITÉ CONFEDERAL DE CGT

Un premier pas ferme, enfin nous nous réveillons [SO] La grève générale du 29 mars a été incontestablement très active et en tant que travailleurs, femmes et hommes, nous avons donné une leçon de comment faire une grève générale. Le gouvernement et le patronat doivent noter ce premier pas et craindre le suivant s’ils continuent à adopter leur attitude et leurs agressions. Dans le Transport en général et le métro [de Madrid] en particulier les services minimum historiques ont été respectés et, sauf un nombre méprisable de jaunes dans l’unité d’opération et les “camarades” habituels des sites de l’entreprise, (Cavanilles, Cristalia, etc.) le déroulement de la grève a été exemplaire. Une petite tache néanmoins, la faible participation aux piquets ; pour les prochaines mobilisations nous devons être conscients de la nécessité d’y participer aussi assidument.

Ce succès a été assuré par l’assistance massive à la manifestation à laquelle nous appelions avec la CNT Comarcal Sur [zone Sud], CGT Madrid-CLM [Castille La Manche] et SAS [Syndicat assembléaire de la santé], avec l’appui des Assemblées [de et les groupes des indignés, les Ecologistas en Acción et de nombreux autres collectifs et organisations sociales qui y ont aussi participée. Nous étions environ 50.000 travailleurs, femmes et hommes, dans les rues de Madrid, de Legazpi à Neptuno, et ensuite à Sol, pour exiger le retrait de la Réforme du travail, en criant des consignes contre le gouvernement, le patronat et ses agressions. La participation de nombreux travailleurs du Métro, y compris de membres de la commission exécutive du SCMM [Syndicat de conducteurs du Métro de Madrid] nous a agréablement surpris. Cela nous encourage à poursuivre dans cette voie de rapprochement de toutes les forces possibles pour abattre cette Réforme du travail et obtenir les objectifs marqués dans le Métro. [...] À Madrid le 30 mars 2012, pour Solidaridad Obrera, La Junta Sindical

La CNT estime que la grève générale a été un succès et un premier pas (30.03.12) [...] La grève du 29 mars a supposé affronter la campagne de propagande gouvernementale, et la peur et la coercition que les patrons ont utilisées pour chercher à éviter la grève en profitant de la précarité et du chômage massif. Malgré cela des millions de travailleurs, femmes et hommes, en activité ou en chômage, précaires, travaillant au noir ou retraités ou étudiants, ont dépassé la peur et la démobilisation pour soutenir la grève, aller dans la rue et dire leur ras-le-bol. Ils ont fait face à la répression policière, et les représailles patronales, ce qui doit engager toutes les organisations syndicales à ne pas céder dans la lutte commencée, jusqu’à obtenir l’objectif de supprimer la Réforme du travail. Le soutien aux mobilisations des organisations et des mouvements sociaux critiques contre le Pacte social et la politique d’abandon des droits qui ont poussé jusqu’à maintenant les Commissions ouvrières et l’UGT, avec une participation importante de la CNT dans les mobilisations et les piquets, a été particulièrement forte ce 29 mars. Elles ont souligné l’appui de la société à la demande de dérogation de la Réforme du travail et à l’arrêt de la politique de perte de droits sociaux, sans accepter de négociations et de pactes qui maquilleraient ces aspects les plus voyants et finiraient dans un nouvel abandon de droits. C’est pour cette raison que la CNT continuera à œuvrer avec les autres organisations syndicales opposées au Pacte social pour impulser de nouvelles mobilisations et appels, nécessaires pour aller au-delà de débrayages de 24 heures.

Pour sa part CNT Comarcal Sur (ce qui signifie que le reste de la CNT à Madrid est sur une position sectaire -ne pas reconnaître les élections sociales et des alliances avec des « réformistes »-, considérant son isolement comme la panacée) a fait son propre communiqué le 30 mars, intitulé Madrid 29M. Des milliers de personnes dans la manifestation unitaire, une marée humaine a bouleversé le parcours entre Delicias et Neptuno, et dont voici un extrait. [...] Cependant, sur la place Puerta del Sol, les syndicats Commissions et UGT, ayant fini leur participation, étaient reçu par des critiques et une pancarte les traitant de traitres sur un immeuble était décrochée, la marche alternative continuait à avancer en recueillant davantage de gens sur sa route.

La vision des deux syndicats majoritaires et réformistes

L’UGT conclut son manifeste le lendemain de la grève générale par ce paragraphe C’est pourquoi comme UGT nous exigeons du gouvernement l’ouverture d’un processus de négociations afin d’aborder la modification de la Réforme du travail et l’élaboration d’un Pacte pour l’emploi incluant nécessairement un changement de la politique économique réalisée, comme l’ont demandé hier les citoyens dans les rues de façon démocratique et décidée. La conclusion pour les Commissions est Le secrétaire général de Commission a terminé son intervention en soulignant que “Ce n’est aucunement le dernier arrêt”. Cela dépend du gouvernement, cela dépend des décisions prises les jours qui viennent. “S’il ne change pas et insiste sur cette réforme suicidaire, il y aura un conflit ascendant et qui se prolongera tant que cela sera nécessaire” a conclu Toxo.

Les Commissions donnent ce bilan national Par Communautés autonomiques, [...] Andalousie 360.000 personnes ; en Aragon 200.000 ; Asturies 100.000 ; Cantabrie 35.000 ; Castille et León 208.500 ; Castille La Manche 60.000 ; Catalogne 1.000.000 ; Euskadi 60.000 ; Extrémadure 25.000 ; Galice 295.000 ; Baléares 74.000 ; Canaries 160.000 ; Madrid 900.000 ; Murcie 110.000 ; Pays valencien 400.000 ; La Rioja 25.000 ; Ceuta 300 ; Melilla 1.000 et en Navarre environ 20.000 personnes. On peut remarquer les chiffres très importants dans toute l’Espagne, surtout à Madrid et Barcelone, par contre c’est faible pour l’Andalousie.

3) Perspectives après la grève générale

À mon avis, on peut retenir, en ce qui concerne la France, la nette volonté anarchosyndicaliste de s’adresser à tous les exploités et les « perdants » de la société, et l’union sur ce point des trois centrales anarchosyndicalistes espagnoles séparées des années durant et unies depuis moins d’un an. Il est également important d’associer à la grève le refus de la consommation : Banques, centres commerciaux, super marchés, stations service, boutiques, centres de renseignement pour la clientèle, tout cela sans clients (CGT-e).

Quant à l’Espagne, le point de vue suivant plausible Laisser à la traine les Commissions ouvrières et l’UGT ? Carlos Taibo, (proche de la CGT-e), professeur de sciences politique à l’université Autónoma de Madrid, El País, 21.03.12. La principale raison qui donne un poids à la possibilité que les syndicats majoritaires se trouvent dépassés dans leur action, dans les mois à venir, tient aux limites qui entravent ces syndicats. On ne voit dans leurs directions aucune capacité de réponse si ce n’est bureaucratique pour gérer la question des protestations. Ce panorama est marqué, sur le long terme, par un recul permanent des deux syndicats majoritaires. Ces dernières semaines leurs sommets se sont contentés de demander à la droite au pouvoir un geste qui leur permettrait d’éluder l’appel à une grève générale que de toute évidence, ils préfèrent esquiver.

Frank Mintz, relations internationales de syndicats du 91.