Le harcèlement bureaucratique sur le lieu de militantisme, cas de l’anarcho-syndicalisme momifié

lundi 30 avril 2012, par frank, Mera Cipriano

Le harcèlement bureaucratique sur le lieu de militantisme, cas de l’anarcho-syndicalisme momifié

De nombreux camarades vont reconnaître des perversions anarchistes, conseillistes, léninistes, péronistes, etc., archiconnues, mais le paradoxe est de constater comment elles perdurent et se répètent ostensiblement en 2012, du moins dans la CNT française.

C’est pourquoi Cipriano Mera (1) nous donne un exemple éthique de dénonciations de comportements nauséabonds. Il s’agissait de la lutte antifranquiste et des sabotages dénoncés par Mera et qui, aujourd’hui, semblent des accords dans les coulisses. Quelles qu’en fussent les raisons, les militants accusés (indépendamment de leur passé honnête de militants) favorisaient clairement la passivité en faveur d’une évolution politique lente de prétendues forces politiques "progressistes et vaguement antifranquistes" dans la Communauté européenne. C’était par ricochet un apport dissimulé au franquisme (sa branche de parvenus de l’Opus dei et de la Phalange) pour développer une dictature molle "acceptable" afin d’entrer dans la future Union européenne, et, peut-être, comme à la fin de la dictature militaire de 1923 à 1930, de pouvoir relancer la CNT.

Au passage, Germinal Esgleas, grâce à sa besogne inlassable de bolchevisme dans la CNT réussit à éviter les accusations de Mera et l’année suivante Esgleas condamna un accord public entre des phalangistes et des cénétistes pour une sorte de syndicalisme franquiste plus (appelé plus tard cinqpointisme). En d’autres termes, la même politique que celle d’Esgleas, mais sans paravents, et Esgleas (grand combinard parmi ses pairs) sut en tirer partie, en se déclarant pourfendeur du cinqpointisme, pour écarter des syndicalistes critiquant sa bureaucratie au cours de la transition parlementaire cloacale espagnole. La même qui fut ensuite reprise par les premiers gouvernements de l’Argentine et du Chili.

C’est pourquoi, là où il y aurait des bureaucrates du même acabit et où que nous soyons, pour les camarades exploités et rebelles avec qui nous sommes, nous devons démasquer les salauts et les complices des harcèlements que nous subissons déjà sur les lieux de travail.

Frank, 30.04.12

[...] j’accuse donc Germinal Esgleas, secrétaire général du S. I. [Secrétariat intercontinental] pour les raisons suivantes :

PREMIÈREMENT : avoir sciemment accepté le poste qu’il occupe aujourd’hui, en dépit du fait que le Congrès qui l’a nommé ait approuvé la gestion de la section D. I. [Défense intérieure ; = antifranquisme], dont il avait démissionné parce qu’il était contre cette gestion, et qu’il a sabotée, comme mission qu’on lui avait déléguée, dès le départ du dedans et du dehors.

DEUXIÈMEMENT : Être responsable de la plupart des problèmes qui ont empêché la coordination normale des activités au sein de la Défense intérieure et à cause de son objectif de torpiller son fonctionnement, comme en témoigne le fait de sa démission quelques mois avant la Congrès confédéral, où il savait qu’il devait être présenté comme candidat au poste de secrétaire général. C’est ce qui se dégage de l’analyse de ce que fut sa conduite pour respecter l’engagement pris lorsqu’il était à la DI.

TROISIÈMEMENT : En raison de son attitude opposée à toutes les normes organiques de l’éthique libertaire, et de ses manœuvres bolcheviques depuis son poste de secrétaire général, lequel lui a servi, durant son mandat, à empêcher que le problème soit présenté dans les règles à la Défense intérieure, afin d’y être examiné et résolu au profit du Mouvement libertaire, et par respect pour le poste qu’il occupe dans la CNT.

QUATRIÈMEMENT : Étant donné qu’il est le plus grand responsable de la paralysie totale des accords de 1961 [unification des deux tendances de la CNT en exil] en matière de lutte clandestine, car il n’a pas répondu à notre dénonciation présentée à la Commission de Défense intérieure, en dépit du fait que lors de cette réunion incomplète de confrontation (11 avril 1964) nous ayons étayé notre accusation. Cela entrainait que ce cas soit posé à l’Organisation pour qu’elle le solutionne, puisqu’il était hors de toute éthique libertaire que les individus accusés résolvent eux-mêmes cette situation délicate.

CINQUIÈMEMENT : Vu qu’il est complice de détournement de fonds (Pro-Espagne) qui sont le patrimoine de l’Organisation et du mouvement libertaire, car en tant que représentant de la CNT, comme secrétaire général, il a autorisé que les moyens financiers de ce fonds soient consacrés à des activités autres que celles pour lesquelles ils ont été recueillis, depuis l’entrée en vigueur des accords et des motions de 1961, paralysés dans la gestion actuelle.

J’accuse Vicente Llansola, secrétaire de coordination du SI :

PREMIÈREMENT : Pour les cinq premières raisons que pour Germinal Esgleas.

DEUXIÈMEMENT : Pour avoir bafoué les résolutions du Comité de Défense intérieure en présentant sa démission, posant un grave problème d’irresponsabilité militante, vu qu’il s’agit d’une mission capitale.

TROISIÈMEMENT : Pour irresponsabilité lors de cette mission capitale, puisqu’il l’avait volontairement choisie et pour détournement de fonds dans cette mission capitale, non réalisée. [...]
Paris, 11 septembre 1964.

1) « Ma plus grande victoire a été la truelle », disait Cipriano, maçon, un des artisans de la victoire de Guadalajara, en 1937, sur une division de "volontaires" italiens de Mussolini. Il fut aussi le pivot du coup d’état de mars 1939 contre le gouvernement inepte de Negrín et du PC, en essayant ainsi d’imposer à Franco le départ des militants et des familles de républicains les plus engagés. Mera travailla comme maçon et toucha une maigre retraite jusqu’à sa mort en France. Une partie de ceux qui crachaient sur lui de son vivant : au nom de l’anarcho-syndicalisme !, vinrent (pour la photo) à ses funérailles.