La grève générale nationale du 20 novembre 2012 contre le gouvernement argentin

mercredi 21 novembre 2012, par frank

La grève générale nationale du 20 novembre 2012 contre le gouvernement argentin

Cette grève réussie est la première depuis 2003 contre la présidente Cristina Fernández de Kirchner (= CFK), au pouvoir en 2007 par la volonté de son mari Néstor Kirchner (décédé par excès d’agitation et de boisson deux mois après un acv et la pose d’un stent). Elle démontre l’échec d’une politique néo libérale éhontée sur le dos des travailleurs, une incapacité de gérer la dette extérieure et l’inflation interne, notamment la loi adoptée il y a quelques semaines d’obligation d’ART (Assurance contre les risques du travail), une assurance de plus pour engraisser les entreprises privées.

De plus, cette grève a été précédée de la journée de protestation nationale du 8 novembre, cinq cent mille personnes au moins dans les rues à Buenos Aires et sa banlieue, sans compter les autres villes du pays, de la classe moyenne excédée par l’inflation, la limitation d’achat de dollars pour se rendre à l’étranger, et l’insécurité.

C’est pourtant, en grande partie, cette couche sociale, qui a assurée la réélection de CFK en octobre 2011 avec 54,11 % des voix (et les tripatouillages d’urnes habituels, absence des bulletins de l’opposition, rumeurs persistante sur la suppression de subsides aux familles pauvres en cas de résultats « mauvais » dans un quartier, etc.).

Enfin, cette grève est paradoxale en soi pour trois raisons : -l’union de deux syndicats de salariés (CGT de Moyano et CTA anti CFK de Micheli ) et d’une fédération patronale d’agro-exportateurs ; -l’axe principal est la CGT, fer de lance des Kirchner depuis 2003, mais en rupture de banc en gros depuis juin-juillet 2012 à cause de la soif de pouvoir de Moyano qui se heurte à la même soif de CFK ; -enfin, le second axe de la grève a été celui d’organisations de piqueteros, soit en partie avec CFK (mais critiques de ses mesures actuelles), soit contre les autres participants.

Le point de jonction de cette alliance hétéroclite était dans les revendications tout-a-fait légitimes :

- Augmentation du salaires minimum des 427 euros mensuels à 560.

- Élévation du minimum non imposable pour les salariés.

- Universalisation du salaire familial et élimination des plafonds.

- Dérogation de la loi d’ART.

- Rejet de la loi antiterroriste (adoptée sous la pression des USA et assimilant par exemple la critique d’Israël à l’antisémitisme).

- Ingérence du ministère du Travail dans les organisations ouvrières et leurs œuvres sociales.

De son côté, le Frente Popular Darío Santillán explique sa participation : Il est évident que les patrons et les gouvernements (national et des provinces) ont décidé que ce soit nous qui payons le coût de la crise capitaliste. Les négociations des conventions collectives sans compter toute l’inflation, la perte des aides familiales ou les impôts sur notre salaire sont des preuves évidentes de cette politique. [... Rejets de la CTA de Micheli, de la CGT de Moyano et de la Fédération agraire]

Sí nous visons l’unité d’action entre les travailleurs et les secteurs populaires c’est pour présenter plus fortement dans la rue nos demandes :

Raslebol de ce capitalisme de pillages condamnant des millions de gens à la pauvreté.

Pour un salaire minimum équivalent au panier familial [dans les 500-600 euros].

Non à l’impôt sur nos salaires.

Non à la TVA sur les produits du panier minimum.

Impôts croissants pour les grandes entreprises.

Non à la nouvelle loi d’ART. La santé et la vie des travailleurs ne sont pas des marchandises.

Augmentation et universalisation réelle de l’Assignation par enfant.

Raslebol du travail au noir et des formes de précarité dans le travail.

Pour des retraites indexées sur 82% du salaire minimum.

Raslebol des coupes sombres dans la santé et l’éducation publiques.

Raslebol de la répression des ceux qui luttent pour aider les jeunes des quartiers [pauvres].

Annulation de la loi antiterroriste.

Non aux groupes de nervis et à la bureaucratie syndicale.

Perpétuité pour Pedraza [president du syndicat maffieux de cheminots] et condamnation des responsables de l’assassinat de Mariano Ferreyra [syndicaliste aidant des cheminots précaires, abattus par balles syndicales en octobre 2010].

Techniquement la grève a reposé sur le blocage des communications vers les grandes villes grâce aux piquets des piqueteros et aux poids lourds entravant la plupart des artères nationales et les frontières ; et l’aide des grévistes des stations service, des trains et du métro de Buenos Aires. Par voie de conséquences des centaines de milliers de salariés n’ont pu se déplacer.

Comment s’annonce l’avenir proche ?

CFK entend polariser tous les citoyens sur le 7 décembre 2012, jour où elle veut anéantir juridiquement le pouvoir médiatique du groupe de presse et de télévision de Clarín (fidèle allié des Kirchner de 2003 à 2007-2007).

Il est peu probable que ce bouc émissaire serve à faire oublier la crise économique. Les 8 et 20 novembre semblent augurer d’autres journées de protestations.

Frank, 21.11.12.