CNT-F

Historique de l’exclusion de la CNT-F de l’AIT

1996-1997

mercredi 2 mars 2005, par CNT-f

Historique de l’exclusion de la CNT (1996)

En guise d’introduction

Le 20e Congrès de l’AIT s’est tenu à Madrid en décembre 1996 . Alors que beaucoup de sections espéraient voir un

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La CNT-F, mai 2000

congrès constructif nous permettant de mettre en place une structure forte capable de pouvoir s’opposer au capitalisme mondial, nous avons assisté à une véritable parodie nous entraînant dans un grand bond vers le passé au lieu de nous tourner vers le nouveau millénaire. Ainsi, en total contradiction avec ses propres statuts, l’AIT a exclu deux sections : la section italienne USI dite secteur Rome et notre Confédération. Il nous a semblé important de faire un travail explicatif, en accord avec le Bureau confédéral, relatant notre exclusion lors de ce terne congrès et d’expliquer les positions de la CNT en matière de relations internationales suite à cette rupture unilatérale. Ces quelques pages sont un premier éclairage.

Madrid 1996 XXe Congrès de l’AIT, rappel des faits.

Le congrès de Madrid s’est tenu les 6, 7 et 8 décembre 1996 . Les sections de l’AIT présentes étaient : les deux CNT (France), les deux USI (Italie), la SF (Angleterre), la NSF (Norvège), la FORA (Argentine), la WSA (États-Unis) et la FAU (Allemagne). Etaient absentes : la COB (Brésil), l’ASF (Australie) et la RRU (Japon). Quant aux invités, s’était déplacée une partie des pays demandant leur adhésions comme le Chili, l’Irlande, la République tchèque, la Slovaquie, la Bulgarie, la CEI, la Colombie. La section du Nigeria n’ayant pu obtenir de visas n’était pas présente. Tout de suite le secteur " Bordeaux "- entendre la scission française - attaque demandant à inverser l’ordre du jour : mettre en premier la question de la CNT française. Il faut souligner que les points précédant celui-ci concernaient uniquement la vérification des mandats, des trésoreries ainsi que le compte rendu d’activité de chaque section. Il est en effet paradoxal de vouloir trancher les litiges sans savoir qui peut prendre part au débat et sans avoir les informations permettant de se prononcer. C’est avec ces arguments que certaines sections repoussent la proposition de la scission française qui, avec sa finesse habituelle, réitérera sa demande à plusieurs reprises. Chaque section effectue son rapport d’activité, le notre étant le plus conséquent. La journée s’achevant la section anglaise de Solidarity Federation, soucieuse de pouvoir se prononcer sur le cas de la CNT française en toute connaissance de cause demanda à rencontrer des compagnons de notre Confédération et de la scission de façon informelle. Nous sommes les seuls à avoir répondu à cette invitation. Là, les camarades de SF nous ont expliqués que notre participation aux comités d’entreprises posait problème... désinformation ? Nous avons tôt fait de les rassurer sur ce point : nous ne participons pas aux CE que nous considérons comme un lieu de collaboration de classes.

La reprise du congrès, le lendemain se faisait sur les cas de la France et de l’Italie. la NSF (Norvège) demandait d’entrée notre exclusion arguant de notre participation aux élections et donc étant en oppositions aux principes de l’AIT. De plus, les Norvégiens nous reprochaient d’avoir organisé en février 1993 un congrès de scission. Selon les chiffres liés aux cotisations AIT, les syndicats présents à ce congrès représentaient 80 % des adhérents contre 20 % qui rejoignirent la scission. Qui a fait scission ? ! Nos camarades allemands de la FAU, faisant preuve du même pragmatisme que les Anglais, proposaient, comme le précisent les statuts de l’AIT, la création d’une commission d’information composée de différentes sections et du secrétariat de l’AIT. Ainsi cette commission rencontrant les diverses parties, pouvait avoir l’information nécessaire et produire un rapport à partir duquel un référendum aurait été organisé. Il est important de souligner que lors de plénums précédents la NSF avait déjà fait cette proposition : toutes les sections avaient accepté sauf la scission française. Suite à cette intervention de la FAU, les interventions reprennent dans une atmosphère chaotique et tumultueuse qui ont entraîné trois faits importants : Les Italiens de l’USI dite Rome dont le cas devait être examiné après le nôtre, dénoncent l’ambiance de procès politique qui domine le congrès et décident, dégoûtés, de quitter la salle après une intervention poignante. Les militants de l’USI dite Prato Carnico expliquent qu’aux vues de nos interventions, il semble qu’ils n’ont pas suffisamment d’informations et qu’ils s’abstiendront sur le cas français. La présidence qui était tenue depuis le début des débats par les Anglais, écœurée par ce foutoir sans nom, préféra démissionner, ses interventions pour rétablir un ordre de travail étant ignorées.

Tout de suite la CNT espagnole s’est proposée pour reprendre la présidence. Elle a coupé court au débat et proposé de passer au vote entre la proposition allemande (la création d’une commission d’information) et celle de la NSF (exclusion de notre Confédération). La NSF soutint sa motion et la FAU la sienne, précisant que quel que soit le résultat, elle continuerait à travailler avec nous. Solidarity Federation s’abstînt ce qui conduisit la présidence à les interpeller (une présidence neutre ! !) et à leur dire qu’ils ne respectaient pas leur mandat. SF répondit donc en lisant son mandat (pour la troisième fois) et que compte tenu du fait que nous ne participions pas aux CE (son mandat portant sur ce point), ils ne demandaient pas nôtre exclusion, et garderaient des liens avec nous. La CNT espagnole vota pour la motion de NSF. La présidence demanda à l’USI Prato Carnico de voter. Un compagnon de Prato Carnico souligna, à juste titre, que la question de l’USI n’ayant pas été encore traitée, pour savoir laquelle des deux sections est reconnue en Italie, ils ne pouvaient pas voter. La présidence réintervient pour exiger qu’ils lisent leur mandat. Un autre membre de Prato Carnico vota alors pour la motion de NSF. Un violent débat éclata alors au sein de la section Prato Carnico. La présidence s’emportait et demandait à la scission française de voter sur son propre cas, la salle éclata de rire et on passa au suivant, était-ce vraiment de l’humour ? La WSA et la FORA ne prirent pas part au vote. Résultat des votes : 2 sections ont voté pour notre exclusion et une contre, 3 se sont abstenues ou n’ont pas pris part au vote. Le vote de l’USI Practo Carnico nous semble à l’image de ce procès, délirant. La fin du congrès fut pour nous l’occasion de nouer des liens avec des (futures) sections qui dans une large majorité se demandèrent où elles étaient tombées.

Réflexions autour d’une logique liquidatrice

Chacun sait à la CNT-F que l’AIT est aujourd’hui une organisation syndicale internationale modeste et ceci à l’image d’une énorme majorité de ses sections. Chacun à la CNT-F est également attaché au sigle de l’AIT dont la renaissance à Berlin en 1922 marquait la volonté de revenir aux pratiques de la Ire Internationale, ceci face et contre les internationales réformistes et marxiste qui avaient alors le vent en poupe. Aussi si l’on analyse le congrès de Madrid de 1996 doit-on se garder de tout sentimentalisme, partir des faits pour comprendre la dramatique logique politique de ce congrès afin de dégager une connaissance objective des contradictions présentes au sein de notre internationale syndicale.

Le congrès en chiffres

10 sections dont deux pour l’Italie et pour la France (nous ne tenons pas compte des nouvelles sections ayant adhéré suite à Madrid). La réalité des sections sur le terrain que ce soit sur le plan numérique mais également sur le plan de l’activité concrète est significative. Ainsi nous avons des groupes de propagande en faveur de l’anarchosyndicalisme aux effectifs modestes mais à l’activité indéniables : la WSA (États-Unis) qui a une politique de réseau international prépondérante , on leur doit (notamment) la première section sur le continent africain. La FAU qui continue son développement malgré la difficulté d’un passé où le syndicalisme a toujours été synonyme de collaboration de classe et de cogestion. Les camarades allemands font également preuve d’une intense activité dans le développement des idées anarchosyndicalistes dans les pays de l’Est. La SF anglaise, également petite, travaille activement à la future construction de syndicats. La section italienne dite Rome, la plus importante au niveau numérique présente un travail syndical indéniable et un poids certain dans les luttes. Un certain nombre de nouvelles sections ayant adhéré suite au congrès de Madrid se retrouvent dans ces caractéristiques et ces stratégies : Organise (Irlande), Solidaridad Obrera (Chili). L’autre facette des chiffres, c’est la déconfiture de la CNT espagnole : 200 000 adhérents en 79-81, 3 000 aujourd’hui et une activité essentiellement attachée à récupérer le patrimoine historique de 1936. La section norvégienne ou les Amis de l’AIT ressemblent plus à des clubs anarchistes de part leur activités (inexistantes) et leur effectifs (moins de 10). Quant à la scission française, 120 membres, un travail pour sauver les ours du Somport et une participation symbolique au mouvement de décembre 1995 résume le néant de cette prétendue section. La conséquence numérique de ce congrès est que deux des plus grosses et des plus actives sections de l’AIT, l’USI Rome et notre Confédération, soit un pourcentage énorme des maigres effectifs de l’Internationale en ont été exclues.

Il est nécessaire de distinguer deux choses : d’une part la méthode bureaucratique qui permet de réussir arithmétiquement les exclusions et qui est synonyme de faiblesse, de peur de voir un quelconque pouvoir s’échapper, et d’autre part les orientations qui se dissimulent derrière ces exclusions.

L’exclusion du point de vue arithmétique et ses causes

Si depuis quatre années, la scission végète en France, son activité fonctionnelle n’a jamais cessé au niveau international. Alors que tous nos efforts étaient tendus pour nous construire en France dans le mouvement social, notre action internationale s’est limitée à des initiatives de solidarité à des luttes - Bangladesh, Chiapas, mineurs chiliens - Par contre, la scission a eu comme unique activité de nous calomnier auprès des sections de l’AIT sur des points précis. Nous avons été présentés comme recourant systématiquement aux comités d’entreprises, comme étant des agents de la SAC suédoise et de la CGT espagnole. Dans la plus pure tradition policière, des dossiers ont été constitués contre nous, traduits en espagnol et envoyés à toutes les sections. Ils n’ont trouvé d’écho qu’auprès de la CNT espagnole, de la NSF et des " Amis " de l’AIT. Il est important de connaître ce qui fonde l’unité de vue entre la CNT espagnole, les Norvégiens et la scission française. Il faut cependant se garder d’avoir une approche globale de la confédération espagnole qui ne saurait se réduire à la représentation présente à Madrid, de nombreux syndicats ne partageant pas les positions sectaires de leurs représentants comme la CNT en exil par exemple.

L’exclusion du point de vue des orientations syndicales en présence

Quand en février 1993, la CNT française s’est scindée, cette rupture s’est réalisée sur la base de divergences fondamentales quant à la nature de l’anarchosyndicalisme à reconstruire. Contre une minorité qui proposait de ne s’organiser que sur la base territoriale, nous revendiquions le fondement organisationnel du syndicalisme révolutionnaire : présence sur le plan territorial (union locale) et dans les entreprises (syndicats, fédérations d’industries). Face à ceux qui proposaient de fonctionner sur les mêmes bases que les groupes politiques (spécifiques et réformistes), nous entendions maintenir notre présence dans les entreprises et les quartiers. Parallèlement, nous souhaitions un syndicat ouvert aux travailleurs. En cela, nous nous situons dans la lignée de Bakounine au sein de la Ire Internationale, de Pelloutier/Pouget dans la CGT du début du siècle, continuant à croire que le syndicat anarchosyndicalistes transforme ceux et celles qui le rejoignent en militants et militantes révolutionnaires. De ce point de vue nous nous opposons à ceux qui conçoivent l’adhésion d’un strict point de vue idéologique. Enfin, en 1993, nous affirmions la pratique de l’unité d’action dans le cadre d’un conflit, ce qui n’exclut en rien notre liberté de pensée et d’action. Sur ce point nous sommes en totale opposition avec ceux qui se réfugient dans une tour d’ivoire et laisse le champ libre aux réformistes. En quatre ans, nous avons mis en pratique cette orientation sans renier nos principes et nous avons rencontré un écho auprès de jeunes précaires, des lycéens, des étudiants, des immigrés, des travailleurs du privé et du public. Quand à la scission, ses principes on donné le résultat que l’on sait : 120 adhérents et une activité nulle. Le constat que l’on peut faire après le congrès de l’AIT, est que les mêmes divergences que celles que nous avons connu en France existent au sein de l’Internationale. La scission de l’USI en Italie avait confirmé ce point. Le vote de Madrid est paradoxalement positif car l’orientation de la scission française n’a été partagée que par la section norvégienne et une partie de la CNT espagnole : des sections qui végètent, qui stagnent, qui reculent ou qui doivent faire leur révolution interne (CNT espagnole). Les sections modestes, mais actives de l’AIT, nous ont soit soutenu soit se sont abstenues. Pourquoi une nette majorité ne s’est elle alors pas clairement dessiné en notre faveur ? Le travail de sape opéré par la scission a joué : nous avons été systématiquement présentés comme des électoralistes, comme des partisans de la collaboration de classes voir pire comme des fascistes ou des " jaunes ". Cette poudre aux yeux a masqué le vrai débat au sein de l’AIT entre les positions passéistes de certains et un anarchosyndicalisme tourné vers l’avenir que nous représentons.

Salutaire congrès de Madrid : Arithmétiquement battu, politiquement vainqueur.

Une exclusion dans de telles conditions aussi bureaucratiques et faibles politiquement parlant, ne pouvait que renforcer notre combativité et notre référence à l’AIT. Pour l’heure, la CNT française ne reconnaît pas son exclusion et développe un travail internationaliste en référence permanente à l’esprit de l’AIT. Depuis Madrid, notre activité a été intense : au niveau des contacts noués avec des organisations syndicales dans le monde entier : Canada, Indonésie, Népal, Pakistan, Taiwan, Nicaragua etc. Au niveau du travail de terrain, nous avons modestement participé à la lutte pour la défense du site Renault de Vilvorde en Belgique. Notre Confédération s’est également largement impliquée dans la solidarité avec le mouvement social sud-coréen au début de l’année 1997 et, là aussi , des liens se sont créés notamment avec la centrale syndicale illégale KCTU. De plus, la CNT a activement participé à la marche européenne contre le chômage qui s’est achevée le 14 juin à Amsterdam. Marche dont nous espérons qu’elle sera la première étape de la construction d’une Europe sociale où ceux qui ont vendu les travailleurs de Vilvorde - les syndicats réformistes français et espagnols - n’auront pas leur place. Notre travail internationaliste se retrouve aussi dans la solidarité avec les peuples soumis au poids du colonialisme français en Guyane, en Kanakie ou encore à La Réunion. Nous avons également eut de nombreuses discussions avec des sections membres de l’AIT qui ont cherché à faire toute la lumière sur les nombreuses accusations dont nous étions victimes. Ces discussions, formelles ou non, avec Solidarity Federation, la FAU, Organise et des membres de la CNT espagnole ont été riches en enseignements. La manipulation, les mensonges, le bureaucratisme des événements de Madrid sont des données que toutes les sections que nous avons rencontrés reconnaissent et regrettent. Elles regrettent surtout leur attentisme face aux manœuvres de la scission française et aux magouilles exercées pendant le congrès. Elles regrettent aussi que le poids historique de la CNT espagnole lui permette encore d’exercer une influence exagérée sur les orientations de l’Internationale. Nous pensons que le passé glorieux de certaines sections ne doit en aucun cas entraver le débat et servir les desseins de groupes aussi minoritaires et insignifiants que la scission française. Lors de la scission de 1993, nous savions que c’est sur le terrain social que nous construirions notre Confédération. Depuis, nos pratiques ont permis un réel développement. Décembre 1996 marque une date décisive dans l’histoire de l’AIT, non pas que les procédés bureaucratiques resteront dans les annales, mais ce congrès montre que deux orientations sont en présences : une conception dogmatique tournée vers le passé, celle de la scission française et de ses alliés d’un temps, et la nôtre tournée vers le monde du travail, vers le mouvement social. C’est sur cette base avec toutes les sections vivantes de l’AIT et avec les forces syndicales qui existent hors d’elle, que nous forgerons le renouveau international de l’AIT.

Réflexions autour de l’exclusion de l’AIT (1997)

Suite au lamentable 20e Congrès de Madrid, la CNT a organisé une réunion extraordinaire de ses syndicats pour définir sa politique internationale. Preuve est que la CNT ne prend nullement à la légère son rôle (certes modeste) et sa participation à l’édification d’une Internationale forte, capable de s’opposer avec succès au capitalisme mondial. Avant d’en arriver là, un long, un très long chemin nous attend et un état des lieux s’est imposé. Madrid : émergence d’un politburo ?

Les conséquences de Madrid sont nombreuses au niveau de l’analyse de la réalité internationale. Notre délégation s’était déplacée à Madrid en s’attendant à avoir un débat polémique, un débat dur mais un débat tout de même. Or sans " pleurnicher " sur notre sort, il est important de souligner que quoi que nous eussions fait, la décision avait été prise depuis longtemps : la CNT-F aurait été exclue. Notre grand tort est d’avoir pensé que l’AIT se devait de se tourner vers l’avenir et non pas s’ancrer dans le passé. Le choix des scissionnistes comme section française de l’Internationale implique la négation du mouvement social français qui après une longue léthargie se reforme. Notre confédération, à la différence de la scission, peut prétendre à une (modeste) place dans ce mouvement et ce, grâce à notre implantation dans le monde du travail, implantation née, non pas aux dépends de nos principes mais grâce à nos pratiques anarchosyndicalistes et syndicalistes révolutionnaires. Malgré cela, malgré notre riche bilan qui argumentait dans ce sens, rien n’y a fait.

Quels sont les motifs de cette exclusion planifiée ? Un habile travail de lobbyng ? Un choix fait par " copinage " Peut-être, mais l’élément essentiel est sans doute la formidable place que la doctrine a pris au sein de certaines sections. Ironie de l’histoire quand on se penche sur le passé de l’AIT et notamment sur le congrès de La Haye en 1872 ! Avant de rassembler les travailleurs, avant de s’impliquer dans le mouvement social avec notre bannière, certaines sections mettent en avant l’unique aspect idéologique. Les adhérent(e)s se doivent d’être avant tout des militant(e)s qui pensent et agissent en accord avec le dogme libertaire, au diable les pratiques de lutte, seule la doctrine doit dominer. Ainsi des sections fantômes comme la NSF se cantonnent à un rôle de gardien du dogme tout en n’ayant aucune implication dans le monde du travail norvégien. Le constat est le même pour les " Amis " de l’AIT, fausse section et vrai greffier de tribunal qui passe son temps à donner des leçons de pureté idéologique. Ce sectarisme se retrouve également chez certains militants de la CNT espagnole qui ont été particulièrement actifs pour arriver à notre exclusion et à celle de l’USI Rome. Sont-ils aussi actifs contre l’État et les patrons qu’ils l’ont été contre nous ? Cette émergence formelle du dogmatisme, outre le fait qu’elle soit à contre-courant de la réalité internationale et de la lutte que nous devons mener, se teinte également d’un fort ethnocentrisme. L’idéologie mise en avant comme valeur fondamentale de l’AIT est une idéologie faite par et pour des Occidentaux. Comment peut-on, en niant la formidable réalité de nos pratiques, espérer un développement dans les pays du tiers-monde alors que l’AIT demande aux sections d’être avant toute chose des anarchistes ? Cet aspect missionnaire est en total contradiction avec nos principes et pratiques de luttes qui doivent privilégier l’autonomie ouvrière. Les ennemis de mes ennemis ne sont pas forcément mes amis

Alors qu’allions-nous faire dans le domaine de l’International ? Allions-nous de suite construire une nouvelle internationale avec la SAC suédoise, la CGT espagnole et l’USI Rome ? Certes non, la réunion des 25 et 26 janvier 1997 a été très claire sur ce point. Il nous semble aussi important de démystifier la SAC et la CGT-E. en ayant une information claire sur leurs activités, sur leurs aspects positifs et sur leurs côtés incontestablement réformistes notamment sur la question des subventions d’État et des permanents. Il nous semble surtout important de développer les liens avec les sections vivantes de l’AIT, celles qui ont une réelle stratégie d’implantation dans le monde du travail, celles qui veulent dépasser le stade du groupuscules dogmatique. Ces sections existent. La construction d’un mouvement fort au niveau national n’a que peu d’avenir si en parallèle un mouvement international n’émerge pas.

Une grande majorité des syndicats de la CNT ont dégagé comme principale orientation internationale le texte suivant :

" La CNT-F ne reconnaît pas son exclusion du congrès de Madrid. En conséquence elle entend poursuivre son travail internationaliste en liaison avec les sections de l’AIT qui le souhaitent et en relations avec les syndicats présentant des caractéristiques de ruptures avec le capitalisme et l’Etat et agissant hors de l’AIT. "