Afrique XX1

CAMEROUN : Syndicalisme de lutte

Afrique XX1 n°0 été 2003

lundi 7 mars 2005, par Afrique XX1

CAMEROUN :
Syndicalisme de lutte

Malgré la répression, la corruption et une situation sociale très difficile, le SYNARHEP (syndicat national de l’enseignement privé) tente d’apporter un nouveau souffle au syndicalisme camerounais. Rencontre avec son secrétaire.

Afrique XX1 : Quelle est la situation syndicale au Cameroun ?

Ali. Au plan syndical, il existe actuellement trois centrales toutes paralysées par les luttes de leadership : la CSTC (Confédération Syndicale des Travailleurs du Cameroun), la plus ancienne et la plus représentative, née de l’ancien parti unique ; l’USLC (Union des Syndicats Libres du Cameroun), créée par le pouvoir avec des membres de la CSTC en 1995 pour gêner celle-ci difficile à maîtriser ; la CSIC (Confédération des Syndicats Indépendants du Cameroun), plus jeune et moins représentative du fait de son âge, créée par des anciens de la CSTC.

Les secteurs les plus organisés sont l’agriculture, l’hôtelerie, le commerce, les banques, le batiment, les forêts, la métallurgie, les industries chimiques, l’industrie pétrolière, l’enseignement, la santé, l’imprimerie, le transport, le port, l’automobile. Dans la Fonction Publique, il règne un désordre syndical avec des fonctionnaires à la recherche des promotions.

Ce qu’il faut retenir c’est que toutes ces organisations sont grippées parce que divisées au sommet pour le contrôle du leadership. Finalement elles fonctionnent difficilement, passent la plupart de leur temps à s’occuper des positions politiques. Ces maux affectent aussi les organisations affiliées, si bien que la représentation des travailleurs est impossible.

Quelle est l’historique du SYNHAREP ?

Ali. Le SYNARHEP est né du fait que la crise économique ait réduit les subventions de l’État à l’Enseignement privé. Ce qui a provoqué des fermetures d’établissements dans ce secteur, entrainant bien entendu le chômage, dont de leaders syndicaux qui n’ont trouvé pour solution à leur situation que la reconversion. Beaucoup se sont retrouvés dans les secteurs informels (commerce pour la plupart). La conséquence immédiate est la diminution du nombre d’adhérents et l’absence de dirigeants syndicaux. Les écoles qui fonctionnaient ne pouvaient recruter que peu d’enseignants et surtout à titre précaire, sans contrat et avec de très bas salaires, impossibles à négocier. Ici la politique de l’État vise à encourager cette situation, sous prétexte d’attirer les investisseurs. Le niveau très faible de démocratisation dans un contexte de dictature policière fait que peu de travailleurs s’intéressent aux syndicats. Et ceux-là le font à leurs risques et périls. L’autre raison est le vieillissement de dirigeants syndicaux inamovibles, incapables de prendre des initiatives et se contentant de privilèges acquis. D’où la léthargie observée pendant plus d’une decennie. Il fallait donc une autre formule.

Quelles sont vos revendications ?

En dehors des luttes concernant la situation générale des travailleurs, le SYNARHEP a des thèmes de prédilection tel la formation professionnelle de ses membres qui sont pour la plupart recrutés sur la base des diplômes mais sans référence d’une école de formation, le temps de travail qui ne tient pas compte de la législation en la matière, l’absence d’une couverture sociale, ou encore l’absence de convention collective. Mais cette liste ne saurait être exhaustive.

Rencontrez-vous des difficultés particulières ?

Nous manquons de militants formés dans le syndicalisme ainsi que de moyens financiers à cause du faible nombre de syndiqués (du fait de la répression notamment) et de l’absence de véritables salaires dans le secteur de l’enseignement privé. Nous manquons aussi de contacts avec des ONG ainsi qu’avec des organisations syndicales étrangères et internationales dont les expériences pourraient aider dans le cadre d’échanges.

Propos d’Ali secrétaire du SYNARHEP
recueillis par Afrique XX1

SITUATION SOCIALE AU CAMEROUN

Depuis les années 90, les conditions imposées par le FMI ont débouché sur les programmes d’ajustement structurel dans tous les États africains y compris le Cameroun. Ces PAS ont laissé des sequelles visibles aujourd’hui :

1- le chômage né des fermetures d’entreprises publiques, des compressions, des licenciements pour motif économique et des règlements de comptes au plan politique ;

2- la faiblesse de la représentation sociale par la fragilisation des organisations syndicales considérées comme opposantes et anti-P.A.S. Ainsi des décisions peuvent se prendre sans que l’on tienne compte de l’avis des syndicats ;

3- la baisse du pouvoir d’achat qui s’est aggravée avec la dévaluation du franc CFA ;

4- la généralisation de la corruption étendue jusqu’au sommet de l’Etat ;

5- l’annonce pompeuse de la gratuité de l’école primaire mais sur le
terrain un prix à payer qui dépasse de loin la scolarité ;

6- les recrutements rares et la nécéssité de se débrouiller par
les secteurs informels sont découragés par la corruption, les procédures administratives conçues pour nuire et le fisc ;

7- au plan politique, pas de démocratie, les élections sont truquées et pas moyen de s’exprimer ;

8- la télévision d’État monopolisée par le parti au pouvoir et ne laissant aucun espace à ceux qui peuvent présenter un autre son de cloche.