Manifeste Nin Berneri

dimanche 15 septembre 2013, par frank

Manifeste Nin Berneri

Brève introduction

Je viens de voir ce texte -fort mal traduit, 14.09.2013, (http://www.convergencedesluttes.fr/index.php?post/2013/09/14/MANIFESTE-NIN-BERNERI).

J’ai corrigé la traduction et mis quelques éclaircissements entre crochets et la présentation castillane du 16 juin 2006, soixantième anniversaires des assassinats d’Andrés Nin et de Camilo Berneri (graphie castillanes) par les adorateurs de Lénine, de sa tchékas et de ses camps de concentration (malheureusement bien présents aujourd’hui et tout aussi dangereux et nauséabonds).

À l’initiative de la Fundación Andreu Nin un acte d’hommage a été organisé pour Andreu Nin et l’anarchiste italien Camilo Berneri, qui aura lieu le 12 juin 2006 à l’entrée du Palau de la Virreina, à l’endroit même où Nin a été enlevé il y a soixante ans au milieu d’une campagne stalinienne contre les "trotskistes" et les "incontrôlés".

On compte sur la présence de Wilebaldo Solano et d’autres témoins de la tragedia révolutionnaire ; l’actrice Carme Sensa lira un Manifeste signé par de nombreuses personnalités de tout le pays, et le groupe musical "Las Trintxeras" sera présent. D’autres actes sont également prévus à El Vendrell, lieu de naissance d’Andreu Nin.

Manifeste Nin Berneri

Les diverses entités sociales, politiques et culturelles, ainsi que les personnes qui soutiennent cet acte, même s’il est si tardif, souhaitent rappeler la signification pathétique et écrasante des assassinats d’Andreu Nin et de Camillo Berneri, les plus connus parmi ceux qui ont suivi les journées de mai 1937 à Barcelone et dans d’autres villes de Catalogne, tous tués au nom de la République et même du socialisme. C’est précisément pour la République et pour le socialisme que nous croyons nécessaire de réaliser un geste qui aurait dû déjà être fait en 1937 ou 1938 et qui pourrait avoir été fait à toute autre date comme l’expression d’une défense nécessaire de la mémoire contre la calomnie et l’oubli, comme l’expression d’un drame historique sur lequel nous voulons projeter le sentiment émancipateur qui lui revient.

Il s’est certainement passé beaucoup de temps et beaucoup de vies, mais la persistance de la mémoire prend tout son sens à partir du moment où Berneri tout comme Nin sont deux biographies qui condensent en grande partie les vertus les plus élevées de la pensée libre et du mouvement ouvrier, deux figures à dimension universelle qui au-delà de tel ou tel débat ou de désaccord ponctuel et toujours légitime, donnaient de la gloire à leur époque et renforçaient les critères de convergence et d’unité entre marxistes ouverts et anarchistes anti-dogmatiques.

Bien que très succinctement, nous voulons rappeler des traits historiques qui ne sont pas aussi connus qu’ils devraient l’être.

Andreu Nin (El Vendrell, 1892-Alcalá de Henares, 1937), de profession instituteur, militant plein d’abnégation dont l’engagement remonte à la semaine tragique [juillet 1909 insurrection populaire spontanée à Barcelone contre le départ de conscrits pour la guerre coloniale au Maroc], qui se fit connaître comme républicain fédéral puis comme socialiste internationaliste pendant la Grande guerre, secrétaire général de la CNT [durant quelques mois] durant les années du terrorisme patronal, co-fondateur du Parti communiste, secrétaire de l’Internationale syndicale rouge, communiste anti stalinien depuis le milieu des années 1920, ami et traducteur de Léon Trotsky , co-fondateur et dirigeant du POUM avec Joaquin Maurín, ministre de la Justice de la Généralité [gouvernement catalan], traducteur reconnu du russe en castillan et en catalan et auteur d’ouvrages aussi importants que Els movimients d’emancipació nacional [1930] et Las dictadures del nostre temps [1935]. Sa mort s’inscrit dans la même période que celle de la vieille garde bolchévique et elle a été en grande partie l’œuvre des mêmes assassins qui tuèrent Trotsky.
Un peu plus jeune, Camillo Berneri (Lodi, Italie, 1897-1937) provenait d’une famille d’intellectuels de gauche. Son grand-père était un compagnon de Garibaldi, et sa mère était une célèbre auteure féministe (Camillo a écrit aussi un livre sur l’émancipation des femmes). Sa fille María Luisa est l’auteur de Journey Through Utopia [1950, « Voyage à travers l’utopie »]. Camillo a milité dans les Jeunesses socialistes pendant la Grande guerre. Il devint ensuite anarchiste « révisionniste » très ouvert (Salvemini [philosophe socialiste sans oeillères] disait de lui « il s’intéressait à tout avec une avidité insatiable. Alors que de nombreux anarchistes sont comme une maison dont les fenêtres donnant sur la rue sont murées ...lui, il ouvrait toutes les fenêtres »). Disciple de Luigi Fabbri [anarchiste organisateur et syndicaliste], Camillo a sacrifié sa vocation de vie intellectuelle pour celle plus urgente de l’action directe. En exil [comme antifasciste dès la prise du pourvoir par Mussolini], Berneri est devenu l’un des ennemis les plus actifs du fascisme et le dictateur ne lui a jamais pardonné son travail de dénonciation.

Dès que la guerre civile a éclaté en Espagne, il s’est rendu immédiatement en Espagne et a lutté sur le front de Huesca. Nommé commissaire de la colonne italienne [au sein de la milice Ascaso] de la CNT, il publiait à Barcelone la revue « Guerra di Classe », dans lequel il affirmait que c’était une guerre internationale « et que, par conséquent, les facteurs extérieurs de la politique internationale sont décisifs » et que c’était aussi une guerre de classe. Ce libertaire « conseilliste » ou « soviétiste [en faveur des soviets libres] » qui commentait avec émotion la mémoire de Gramsci et qui défendait l’honneur révolutionnaire du POUM a été tué dans la nuit du 5 au 6 mai 1937 avec son camarade Barbieri [artificier dans des groupes anarchistes clandestins en Argentine, puis brièvement au Brésil, avant d’arriver en Europe et d’aller combattre en Espagne pour la révolution sociale anarchiste]. Qui l’a tué ? On sait qu’il a été arrêté par une patrouille qui s’est présentée avec les sigles de l’UGT [en Catalogne, ce syndicat socialiste était en grande partie noyauté par le PC aux ordres du consul soviétique Ovseenko, ex bourreau des Makhnovistes en Ukraine] et sa mort a été célébrée par le stalinisme.

C’est donc ainsi qu’à travers cet hommage à deux personnages si chers pour nous et si emblématiques, davantage par leurs vies que par leurs morts, il s’agit de souligner l’actualité des idéaux de liberté, égalité et fraternité qui impliquent -sans équivoques- ceux de la pluralité naturelle dans les méthodes et les voies pour avancer sur un chemin et proclamer bien haut un « jamais plus » à des méthodes qui ont été d’autant plus ignominieuses qu’elles ont été perpétrées au nom de la république et du socialisme.