APPEL AUX MARQUES VESTIMENTAIRES ET AUX DETAILLANTS S’APPROVISIONNANT EN HAÏTI

lundi 28 octobre 2013

APPEL AUX MARQUES VESTIMENTAIRES ET AUX DETAILLANTS S’APPROVISIONNANT EN HAÏTI

Près de quatre ans après le puissant séisme qui a dévasté la capitale d’Haïti et ses régions avoisinantes, les promesses d’une reprise qui mettrait le peuple haïtien sur la voie du développement économique et de la justice sociale semblent être oubliées. Les emplois dans les usines vestimentaires, fabriquant des habillements pour les grandes marques et les détaillants nord-américains, ont été promus comme une panacée pour la misère économique du peuple d’Haïti. Pourtant, la vérité est que les entreprises de vêtements en Amérique du Nord ont été complices dans l’exploitation des travailleurs haïtiens - les plus vulnérables de notre hémisphère - en refusant d’exiger des usines de leurs fournisseurs de payer à ces travailleurs le salaire minimum légal du pays.

Nous, les organisations soussignées de défense des droits civiques, humains et des travailleurs, exprimons notre profonde préoccupation au sujet du vol systématique des salaires ayant lieu dans les usines de vêtements en Haïti. Tant l’Organisation Internationale du Travail que le programme de surveillance du « Better Work Haïti » de la Société Financière Internationale et le Worker Rights Consortium ont documenté le non-respect des grossistes des lois sur le salaire minimum en Haïti dans les usines d’exportation vestimentaire du pays.

Nous sommes particulièrement troublés par le fait que ces violations salariales ont lieu pendant que ces usines fournissent les plus grandes entreprises de vêtements en Amérique du Nord et bénéficient d’un traitement préférentiel par la législation commerciale visant à renforcer l’industrie haïtienne du vêtement - ceci, tandis que le salaire minimum en Haïti pour les travailleurs du textile d’exportation est le plus bas de notre hémisphère.

Les usines haïtiennes fournissant les grandes marques et les détaillants nord-américains trichent régulièrement et illégalement les ouvriers de parties substantielles de leur salaire. Tacitement complice dans ce vol de salaire sont de grands fabricants de vêtements comme Gap, Gildan , Hanes , Kohl , Levi, Russell , Target, VF, et Wal-Mart qui tirent profit de la baisse des prix qu’ils peuvent payer aux usines qui violent la loi.

Le rapport récemment publié par le Worker Rights Consortium (WRC) intitulé « Voler les pauvres : le vol des salaires dans l’industrie vestimentaire haïtienne », révèle le degré où cette privation illégale systématique des salaires de la population la plus pauvre de l’hémisphère empêche aux ouvriers du vestimentaire haïtien et à leurs familles de faire face même à leur besoins les plus élémentaires.

Le rapport du WRC révèle que le vol des salaires dans l’industrie du vêtement du pays n’a fait qu’augmenter au cours des dernières années, au point où les travailleurs sont privés du tiers de leur salaire légalement dû. Plus tôt cette année, Better Work Haïti a indiqué que chacune des usines de confection d’exportation du pays violait le salaire minimum légal du pays.

Le salaire minimum haïtien a été récemment augmenté (à environ 0,82 $ l’heure), car il a été généralement compris que les ouvriers recevaient des salaires de misère. Beaucoup ‘d’ouvriers d’usine dans la capitale d’Haïti vivent dans des communautés de tente ou des bidonvilles, toujours sans abri depuis qu’ils ont été victimes du séisme de 2010. Malheureusement, les emplois d’usine qui avaient promis de les sortir de la pauvreté semblent ne faire que les maintenir là.

Tout de suite après le séisme de 2010 en Haïti, des Américains de tous les horizons ont donné de l’argent à Haïti et soutenu des politiques qui aideraient les Haïtiens à reconstruire leur pays, notamment grâce à l’expansion du secteur du vêtement d’exportation. Le vol systématique des salaires des travailleurs dans les usines vestimentaires haïtiennes, des ouvriers du vêtement les plus vulnérables du continent, est un affront non seulement aux Haïtiens, mais aussi aux Américains qui ont contribué tant leur revenus imposables que leurs donations charitables pour aider Haïti à se reconstruire après le tremblement de terre.

Vu la preuve du vol répandu des salaires dans le secteur de l’habillement haïtien présenté par Better Work Haïti et le Worker Rights Consortium, et pour soutenir un avenir plus juste pour le peuple haïtien, nous interpellons les entreprises vestimentaires en Amérique du Nord faisant des affaires en Haïti pour qu’ils :

• Exigent de leurs usines fournisseuses en Haïti de payer les ouvriers de production réguliers conformément à la norme du salaire minimum légal du pays de 6,97 $ US par jour. Assurer à ces usines que ces marques et détaillants sont disposés à maintenir leur activité avec eux et leur payer un prix adéquat pour les vêtements afin que ces usines puissent payer le salaire minimum légal tout en préservant les emplois des travailleurs haïtiens.

• Travailler avec ces usines pour assurer que les travailleurs ayant été privés des salaires gagnés légalement en étant payés en dessous du minimum légal soient intégralement indemnisés.

Cette question mérite votre attention immédiate et nous espérons une solution rapide et juste à cette situation préoccupante.

Sincères salutations,

[... une lettre à signer circulée par l’organisation de défense TransAfrica concernant la violation répandue des industriels vestimentaires du paiement du salaire minimum aux ouvriers et ouvrières de ce secteur en Haïti. Le Worker Rights Consortium vient de compléter un rapport documentant l’étendue du refus à payer le salaire légalement requis, qui figure déjà parmi les plus bas de l’hémisphère, et l’article du New York Times au sujet de ce rapport (http://www.nytimes.com/2013/10/16/world/americas/group-says-haitian-garment-workers-are-shortchanged-on-pay.html?_r=0).

La lettre à signer est ci-jointe et le lien vers le rapport complet figure ici (http://www.workersrights.org/freports/WRC%20Haiti%20Minimum%20Wage%20Report%2010%2015%2013.pdf).

Tel que démontré dans le rapport, les ouvriers qui sont déjà sujets à l’un des salaires minima les plus bas de l’hémisphère sont en réalité en train d’être payés encore moins, ôtant les ressources des poches des familles haïtiennes. Les syndicats indépendants en Haïti ont cité ces bas salaires en tant que question clé pour leurs membres.

TransAfrica recherche des organisations ou individus ayant affiliation (d’université, religieuses, etc.) pour signer cette lettre d’ici mercredi 30 octobre. Si vous souhaitez signer, merci d’envoyer le nom de votre organisation et son logo à Melinda : melinda.miles@gmail.com]