Langages et apprentissage

mardi 4 février 2014, par frank

Langages et apprentissage

N’Autre école pour une révolution sociale, éducative et pédagogique. Revue de la fédération CNT des travailleurs de l’éducation. N° 37, hiver 2014, 59 pages 4 euros

En dépit des avatars de sa Confédérations syndicale, la revue continue à être un havre de paix et de lieu de rencontres et de discussions compréhensibles ouvertes à des enseignants de tout niveau et à des chercheurs. Et même plus, le comité de rédaction de la revue abrite encore au moins un non syndiqué, à côté de militants de la CNT, de la CNT Solidarité ouvrière et de Solidaires.

La thématique choisie est passionnante, puisque la langue ou les langues (de la famille) renvoient à notre naissance et à nos évolutions personnelles et que les langues étrangères posent –en grande partie- nos rapports avec l’inconnu comme individu : (Comment me faire comprendre si j’ai un problème, Pourquoi ils en sont là -en pauvreté et/ou en richesse- ? Etc.), et l’inconnu, comme pays (Que voir ? Où aller ? Etc.).

Personnellement, je distingue parmi les textes et leurs auteurs un grand ensemble autour de la langue française comme outil à assimiler, les différences entre l’oral et l’écrit, donc dls niveaux de langages, y compris les termes techniques (du droit à l’informatique). On devine les inquiétudes du corps enseignant et des animateurs (des bibliothèques aux associations) de faire s’exprimer les apprenants (des élèves aux adultes). Sur ce plan, j’aurai cherché à ouvrir sur les accents et les noms et les prénoms qui supposent une attache à une origine, une culture particulière, quelque chose d’intrigant pour les autres quand ces jeunes, ces adultes intègrent un groupe.

Sortant du cadre habituel, je vois deux aspects particuliers.

Le premier est «  La scolarisation immersive en corse, breton, occitan Une éducation révolutionnaire ?  », article qui finit par «  […] participer à la résistance à un système économique et culturel dominant cherchant à réduire l’individu au rang d’agent formaté, rentable, soumis et interchangeable.  » J’apprécie cette finalité, mais elle semble sous-entendre une sorte de particularité rebelle propre à la « corsité, bretonnité, occitanité » et tant dans le passé qu’aujourd’hui on tombe sur une ribambelle de cas d’obscurantisme, de sectarisme, etc. Il faut donc savoir éviter le piège de la fausse fraternité linguistique. En effet, parler la même langue (en France et à l’étranger) ouvre et ferme les portes, suivant les sujets qu’on aborde, comme dans les années 1970-1980, évoquer Franco et ses complices en Espagne, Tito et son Parti en Yougoslavie, Todor Jivkov et le PC en Bulgarie. Et alors, oui, on peut établir des ponts enrichissants entre la vision française de tous les sujets et une autre vision dans la culture de la langue qu’on connait.

Le deuxième aspect est la dernière phrase de l’article précédent : « Posséder plusieurs langues est une richesse. Lorsqu’elles sont, en plus, inutiles et dangereuses pour le capitalisme et l’impérialisme, cela devient révolutionnaire. » Le problème est que le capitalisme s’introduit presque partout (comme le cancer). Ne lui échappe que le romani, le mapuche, le guarani (apparemment) et d’autres langues d’ethnies « paumées » sur le plan de la rentabilité. Mais le fond du problème est « Posséder plusieurs langues est une richesse. ». Un autre article fait écho à cette affirmation « Parle-nous tes langues ! Le bilinguisme est une richesse. ».

Dans la pratique, le bilinguisme est bien évidemment le reflet de la famille. Si elle est taraudée par le boulot, métro, dodo, les échanges risquent d’être pauvres et la scolarité aussi (indépendamment de s’il y a ou pas bilinguisme). Et vice versa, si elle est assez ou tout à fait épanouie, le bilinguisme passera inaperçu hors de la famille. C’est ce que je pratique depuis la naissance de mes trois enfants (plus de 45 ans pour l’ainé), en dépit des pédiatres, psychologues disant et écrivant, statistiques à l’appui, qu’il ne faut introduire avec précaution une autre langue dans la famille que vers l’âge de 3 ou 4 ans.

La connaissance d’une autre langue pour nouer des contacts est indubitablement une richesse. Sans doute il aurait été bon d’évoquer l’espéranto, l’espérance de se connaître d’abord (pour son créateur) entre travailleurs sans passer par la langue des politiciens et des patrons ; puis, aujourd’hui, se comprendre aisément, d’où des espérantistes religieux, entrepreneurs, etc. Un tout autre usage, certes, mais une langue (naturelle ou pas) demeure un simple outil de communication.

Le problème est savoir communiquer sans leurrer autrui, mais en étant respectueux de ses habitudes et en exposant de façon naturelle ce qu’on fait et donc ce qu’on pense. Une démarche à des années lumières de la société de consommation et ses fondations assises sur des guerres constantes et un génocide permanent des pauvres.

Bref, une revue à lire.

Frank, 04.02.14