Ibáñez Tomás Anarchisme en mouvement (Anarchisme, néoanarchisme et postanarchisme)

jeudi 29 mai 2014, par frank

Ibáñez Tomás Anarchisme en mouvement (Anarchisme, néoanarchisme et postanarchisme), Paris, Nada, 2014, 149 p. 15 euros

Un grand livre avec un texte bref très clair et objectif sur des problèmes brûlants, sans tomber dans des prédications unilatérales ou des refus tranchés. Et, en outre, l’auteur nous offre trois addendas boussole pour comprendre les origines de positions d’autres activistes aussi proches qu’éloignées de nos approches et, plus simplement, pour que chacun sache réfléchir sur lui-même au quotidien, c’est-à-dire se remettre en question.

L’élément essentiel et conducteur de l’anarchisme, parfaitement reflété par le titre, est “l’attrait pour ce que l’on pourrait appeler la révolution rampante et immédiate. […] Ancrée dans le présent, la révolution n’est pas seulement désirée, rêvée et préparée comme événement futur ; elle est effectivement vécue.” (pp. 34-35).

Les conséquences sont énormes et Tomás les limite au milieu libertaire, fort courtoisement, c’est-à-dire ne pas se fier à un avenir anarchiste proche, mais être immédiatement dans des groupes et des réseaux, avec tous ceux qui protestent et luttent. Il s’en suit qu’il est bon de tolérer toutes les manières de protestation pouvant apparaître ; accepter la fluidité des réseaux ; adopter des coordinations souples car “une apparence d’efficacité, finit [ssent] toujours par stériliser les luttes” (p. 37). Face aux pratiques de domination […] des modes de subjectivation des individus, modelant leur imaginaire, leurs désirs et leur façon de penser pour faire en leur sorte qu’ils répondent librement et spontanément à ce que les instances dominantes attendent d’eux […] aujourd’hui comme hier (1), […] produire une subjectivité politique radicalement réfractaire à la société dans laquelle nous vivons […] (pp. 40-41).

Tomás écarte la séparation entre anarchisme social et anarchisme “style de vie” parce que si cette forme résiste vraiment à la séduction du système et à ses intimidations “ceux fortement marqués par leur expérience anarchiste demeurent à jamais irrécupérables” (p. 42). Ils deviennent un obstacle social contagieux. À l’inverse, l’anarchisme social, s’il l’est véritablement, doit adopter des structures tout à fait horizontales et ne pas se laisser tenter “par un certain avant-gardisme” (p. 43). L’auteur défend la position d’abandonner “les visées totalisantes et […] les illusions eschatologiques (2)” et “agir avec les autres” (p. 41).

Tomás appelle néoanarchisme cette volonté de militance créatrice immédiate (pp. 27, 34-35, 47-48) parce que l’anarchisme est nécessairement changeant (p. 52), au sein de sa dénonciation vitale de l’autorité arbitraire qui est le pilier de la hiérarchie (3).

Face à l’omnipotence du néolibéralisme mal nommé, qui est le capitalisme exterminateur –depuis l’année ibérique de 1492 : la pensée unique imposée par l’Inquisition et l’assujettissement criminel des aborigènes jusqu’à aujourd’hui- et introducteur dictatorial de ses valeurs dans tous les domaines de l’existence ; face à ce totalitarisme (plus réel et scientifique que le marxisme léninisme), la réponse est, pour moi, “ Je me révolte, donc nous sommes ” d’Albert Camus dans L’homme révolté. Autrement dit, “demeur[er] à jamais irrécupérables” et retourner à “une utopie pleinement consciente de l’être […] une incitation à la lutte” (p. 89).

Et dans les pages de conclusion nous avons cette phrase : “la révolution voguera au grand large, hors de notre portée, si on ne l’ancre pas fermement dans le présent.” (p. 90).

J’ai quelques réserves sur l’exposé (p. 38) de l’insurrectionnalisme (4) et l’évocation de certaines figures (pp. 42, 60). Je ne sais pas pourquoi Tomás introduit le postanarchisme dans le texte alors qu’en fait c’est un addenda.

En conclusion, c’est une lecture stimulante et débordante de remarques qui incitent à réfléchir et à renforcer nos convictions.

Frank, 29.05.14

J’ai des commentaires ou des données, et quatre notes, qui ne font que confirmer mon accord avec l’auteur. Mais je préfère les mettre à part dans “Anarchisme en mouvement” brèves notes supplémentaires.