Les Historiens de garde (de Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national)

mercredi 30 juillet 2014, par frank

Les Historiens de garde (de Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national) par William Blanc, Aurore Chéry, Christophe Naudin, [Paris], édition Inculte, 2013, 255 p. 15,90 euros

Les historiens William Blanc, Aurore Chéry et Christophe Naudin énumèrent patiemment les erreurs, les confusions de pseudo historiens, en montrant leurs intentions et les objectifs fondés sur le mensonge pour encenser le chauvinisme et le christianisme, comme fondement de la France. Tel est la clé de voute des deux faussaires, et aussi manipulateurs politiques, que sont Lorànt Deutsch et Patrick Buisson qui s’autoproclament historiens détenteurs de la « vérité » sur la France et en but à un complot de la gauche –surtout l’extrême gauche- pour les bâillonner.

Patrick Buisson était un des conseillers de Nicolas Sarkozy en 2012 pour le racolage de voix du FN et pour l’islamophobie, ce qui expliquent la démarche de nos trois courageux historiens qui démolissent patiemment les monceaux de déchets qui servent à alimenter, à fructifier des idéaux de la droite catholique et, au passage, les droits d’auteurs des faussaires dont il est question.

Leur mépris des historiens professionnels (enseignants et chercheurs) qui occulteraient le rôle essentiellement positif du christianisme et de la monarchie, entrainent les deux loustics historiens à avancer des faits non vérifiés sur lesquels ils échafaudent leurs affirmations.

Si certains les discutent ou les contredisent, les deux bougres dénoncent un complot, une atteinte à la liberté de pensée.

La Commune de Paris est un excellent exemple du viol des foules basé sur le : Pour moi, la vérité historique est dans un éclairage (France Inter, 18 avril 2012). Je n’invente rien (Le Parisien, 10 juillet 2012, cité page 23). Lorànt Deutsch, historien auto proclamé tel, écrit que la Commune de Paris est « ordonnée » par l’Association internationale des travailleurs (AIT), voir les pages 84 et 85.

Jean Sévilla (qui est dans le sillage des deux bougres) est lapidaire : « La Commune de 1871, révolte dressée contre un parlement élu par les Français au suffrage universel, représente soixante-douze jours d’anarchie au cours desquels un pouvoir insurrectionnel a régné par la terreur sur la capitale  » (p. 196).

Le « détail » sur la Commune de Paris s’inscrit dans une réécriture du passé de la France repris sur des chaînes de télévision et dans de nombreux médias. Ce n’est pas l’œuvre d’éditions pro catholique intégriste et fasciste plus ou moins clandestine.

[…] Louis XVI, victime d’une révolution qui nous a coûté cher. La Terreur a enfanté des fascismes et des régimes rognant les ailes de la liberté au nom de l’égalité (Le Figaro Magazine, 24.12.09). Lorànt Deutsch est clair : ce n’est pas lui qui parle, il incarne le « nous », le peuple français. Et avec Lorànt Deutsch, nous savons que la révolution française est inséparable des fascismes et que prôner « l’égalité » finit mal.

Déduction subliminale : rien de mieux que la monarchie et la hiérarchie des êtres supérieurs pour nous mettre sur le bon et droit chemin.

Plus clair encore, la terreur contre la chouannerie, et si Lorànt Deutsch avait dit qu’elle est aussi stupide que les crimes de l’armée française pendant la colonisation aux XIX et XX ème siècles, on pourrait dire : « Tiens, cette fois ci il ne déraille pas trop ». Mais Lorànt Deutsch est un professionnel des bobards : C’est un génocide qui peut se comparer, au niveau chiffres, même si l’histoire a horreur des amalgames et des anachronismes, au génocide des Juifs pendant la seconde guerre mondiale, avec des populations comparables à six millions de morts (internaute.com, 28.10.09).

Lorànt Deutsch ne fait pas d’amalgames et d’anachronismes, il dit tout bonnement, comme dans le cas précédent, que la révolution française a enfanté des fascismes. Donc, anti chouannerie = nazisme. Comme par hasard, les chiffres reconnus n’aboutissent pas du tout avec des populations comparables à six millions de morts. Lorànt Deutsch a le génocide mal placé, il n’existe que du côté des athées : la répression de la Commune de Paris (de 22.000 à 30.000 morts, d’après les rescapés) par la droite catholique française, avec la complicité des troupes prussiennes n’existent pas : les génocides du colonialisme français non plus, le Rwanda pas davantage. «  Réconcilions tous les Français avec leur histoire coloniale  » déclarent un ponte des médias Dimitri Casali. Pourtant, il y a une loi sur ces crimes contre l’humanité (p. 253, note 293).

Et Lorànt Deutsch, apparemment soucieux du génocide des Juifs, oblitèrent, occultent le plus possible l’antisémitisme de Céline, avec son alter ego en mensonges, Patrick Buisson (voir pp. 116-121).

La tâche des historiens est de revoir les sources et leurs interprétations et aussi d’adapter leurs savoirs à de nouvelles situations. Les historiens font appel à la fiabilité des sources, l’usage des outils informatiques, pour aboutir à des jugements précis sur des faits indubitables, comme la politique étatique raciste d’Israël, en partie calquée sur le nazisme (voir Noam Chomsky http://www.fondation-besnard.org/sp... ).

Et nos trois historiens William Blanc, Aurore Chéry, Christophe Naudin attaquent les causes de l’acceptation par les médias et les ténors de la droite, et des poids lourds de la gauche, des racontars d’historiens clowns, au service de l’extrême droite.

À mon avis, dans les deux cas de ces bricoleurs médiatiques, que peu de journalistes ont critiqué et ridiculisé (sauf certains sur Arte et France Culture, qui rétribuent en parallèle des médiocrités), c’est le rôle des médias dits neutres, de droite et de gauche, des femmes et des hommes politiques du même acabit, qui est important. Ils reprennent généralement sans les critiquer les stupidités des deux pitres.

Si ces stupidités du point de vue des connaissances historiques actuelles passent c’est qu’elles sont présentées sur un ton amène, mi sérieux mi pédagogique, avec une série de noms de pseudo conseillers et spécialistes qui donnent un label de garantie. Les médias qui les financent font des bénéfices. Comme elles ont du succès à l’applaudimètre, les politiciens de droite sont aux anges (qui bénissent les hiérarchies intégristes et antisémites, comme il se doit).

Pour faire ceux qui sont proches du « peuple qui souffre et subit la crise » les politiciens de gauche montrent leur sympathie pour la carne et la vinasse de Lorànt Deutsch et Patrick Buisson. Au passage, ils démontrent leur ignorance et leur minable démagogie. Ces « garants » des mensonges des faussaires sont : Robert Hue (décembre 2009, page 144), Bertrand Delanoë (4 juin 2010, pp. 145, 148), Anne Hidalgo (juin 2010, p. 145).

Trop de garants hétéroclites tuent la marchandise. Mais si pour les produits alimentaires congelés de grandes marques, qui contenaient (contiennent ?) de la viande de cheval avariée. Il existe un service de contrôle alimentaire. Rien de tel ne semble fonctionner sur la bidoche culturelle qu’on fait avaler, même pas l’habituel « déconseillé aux enfants de moins de douze ans ».

Sur le plan de la fable ou du guignol, les émissions de Lorànt Deutsch et Patrick Buisson (et disciples du même acabit) pourraient être aussi drôles que celles Monty Pythons. Elles sont aussi respectables que les gags de Louis de Funes, avec l’humour en moins.

En conclusion, nos historiens écrivent avec raison «  L’histoire est un sport de combat  », titre d’un livre (Lamop, 2007) de leur collègue Joseph Morsel.

Pour ma part, je serai plus agressif. La quasi-totalité des guerres (depuis qu’elles existent) se fondent sur le même mensonge : cette terre est (a été) mienne depuis toujours ; vous n’êtes pas de chez nous. Or l’humanité a été généralement une succession d’exils et de mélanges. Grosso modo, depuis 1492, les Rois catholiques espagnols ont créé la conception de « Un pays (un empire), une religion », reprise presque par tous les pays, avec l’aide de l’Inquisition (invention française pour réprimer contre les Albigeois) et de ses bûchers et des repentances imposées (Galilée).

Si on reprend l’histoire de la gauche de ce point de vue, force est de constater que le socialisme scientifique a repris la conception des Rois catholiques espagnols « une république populaire, un marxisme unique », avec Tchéka incorporée. On a eu, on a encore, en parallèle « Un groupe trotskiste, une vraie voix du Vieux ». Et les anarchistes de diverses obédiences et les anarchosyndicalistes sont parfois tombés dans « Mon groupe, le vrai anarchisme ». Et il faut garder en mémoire les âneries d’historiens universitaires vénérés : Paul Vilar sur la guerre civile espagnole, Hugues Thomas et Eric Hobsbawm sur les anarchistes espagnols, Ishak Israilevitch Mintz sur les interprétations bourgeoises de la révolution bolchevique, etc. Heureusement, les groupes fascistes et fondamentalistes judéo-chrétiens (ont partagé) partagent souvent cette même tare de l’exclusivité de la Vérité et de l’infaillibilité.

Comme toujours, la ferveur, la foi ne sont valables que si on sait les faire passer par le recul de d’un brin, d’un besoin de critique et de tolérance. Cela n’empêche nullement de combattre et de mourir pour un idéal de solidarité humaine anti hiérarchique, anti culture de son seul nombril.

Frank, 30.07.14.