Nos devenirs spinoziens fraternels et anarchistes

mercredi 30 juillet 2014, par frank

Ansay Pierre Nos devenirs spinoziens fraternels et anarchistes, Mons, éditions Couleurs livres, 2013, 212 p. 19 euros

Baruch Spinoza, tout autant que Gilles Deleuze et Gaston Lagaffe, avec une foultitude de penseurs d’aujourd’hui et le repêchage du passé du socialiste Pierre Leroux, et une non moins grande multitude d’exemples sur la surconsommation, sont les boussoles de l’auteur, canadien belgisé et francisé.

Les qualités viennent d’un fourmillement de dénonciations caustiques et d’un balayage impressionnant de sujets. Le trop plein de thèmes fait que la conclusion –comme le livre- est claire et enchevêtrée de digressions (qui n’en sont pas vraiment). « La fraternité […] la compréhension élargie du monde […] l’action inconditionnellement démocratique » ne peuvent que satisfaire le lecteur.

Je me demande si l’action des esclaves révoltés orientée par un collectif fortement inspiré par le Macédonien Spartacus n’a pas déjà appliquée ces notions. Et que dire des membres de la I Internationale durant la Commune de Paris. Du reste, je ne comprends pas pourquoi les expériences du passé sont presque complètement absentes, mis à part Spiny ou Spinoza.

Visiblement l’auteur vise un lectorat du premier monde empêtré dans la consommation. Pourtant, elle vient en grande partie de l’exploitation du tiers monde où tous les jours on meurt de faim de la violence des armes (de la répression ou de guerres télécommandées depuis le premier monde) . Et les multinationales canadiennes sont aux premières loges.

Il demeure que le livre permet de réfléchir d’un point de vue libertaire. Je ne vois pas le rapport avec Baruch Spinoza, sauf si tient compte qu’il a été rejeté par les rabbins (tout aussi inquisitoriaux que leurs collègues curés en Espagne, à la même époque) et qu’il a vécu d’un métier manuel avec une épouse pas du tout intellectuel. Des traits plus anarchistes que son œuvre, du moins pour moi.

Je constate que l’auteur me semble hésiter entre une prise de conscience individuelle et une autre, issue du groupe sociale. L’inévitable Foucault, admirateur de l’ayatollah Khomeiny sur la fin de sa vie (un gros accroc du dénonciateur du pouvoir), Deleuze, dans sa sphère pensante, sont insuffisants –pour moi- pour analyser à fond le pouvoir. Les deux ou trois citations de Bakounine, l’absence d’Albert Camus (sauf pour citer le livre souvent pitoyable d’Onfray, en note p. 69) font que le pouvoir et le rejet de l’exploitation sont mal mis en évidence. La révocation permanente pourrait également servir comme critère de remise en place de l’individu trop affairé sur son nombril.

J’ai trop souvent l’impression que le maître et l’esclave, le patron et les salariés, sont comme des vieux couples qui dans le fond ne cherchent pas à se séparer. Pourtant, de tout temps (me semble-t’il) c’est l’épouse qui laisse tomber le mari alcoolique ou s’en trouve un autre meilleur pour ses enfants.

Le style, souvent humoristique, mélange systématiquement le ton familier argotique et les citations parfois pompeuses. C’est un atout à notre époque où le bling bling est rarement en stand by, par manque de software, sans doute.

Frank, 29.07.14