L’anarchisme d’État et la Commune de Barcelone. Rapport d’Helmut Rüdiger (décembre 1937)

mardi 26 mai 2015, par frank

L’anarchisme d’État et la Commune de Barcelone. Rapport d’Helmut Rüdiger (décembre 1937) Ni patrie ni frontières, 2015, 175 pages, 10 euros.

Une constante anime ces pages : la falsification en profondeur. Rüdiger, de même que son contradicteur, Guillamón suivent la même voie de destruction du fondement des idées anarchosyndicalistes espagnoles.

Le premier ne veut voir que le présent (à son époque, fin 1937) du mouvement anarchosyndicaliste espagnol qu’à travers une voie salvatrice : « Il n’y a dans ces moments que deux voies : celle de la dictature ou celle de la collaboration. Il faut en être parfaitement conscients (p. 67). »

Je réfute complètement cette vision (pp. 85-88). Comme je n’avais pas lu l’ensemble des textes, je me suis limité au principal, celui de Rüdiger.

Quant à Guillamón (et en partie Michel Olivier), il écarte soigneusement un texte que j’ai déjà signalé dans un livre en castillan en 1977 « Le plénum des milices et des colonnes anarchistes » (février 1937) et dont je cite des passages éloquents.

Guillamón écrit plusieurs fois que Les Amis de Durruti et Balius (l’idéologue du groupe, ex catalaniste virulent et, à mon avis, plutôt ignare dans sa connaissance des idées anarchistes bakouninistes et kropotkiniennes) « ont produit les seule tentatives théoriques valables » (p. 132). En comparaison avec les critiques émises lors du plénum des milices et des colonnes anarchistes, il s’agit de critiques beaucoup moins profondes.

On le constate avec ces propositions de Guillamón, s’inspirant de Balius :

[…] les révolutionnaires de demain, s’ils veulent être féconds et efficaces, doivent rompre avec les pires aberrations historiques auxquelles ont abouti la pensée marxiste et la pensée anarchiste (1). L’un des enseignements incontournables de la Révolution espagnole de 1936 est le besoin impérieux de détruire l’État et de réprimer, de façon totalitaire, les contre-révolutionnaires (2), moment préalable et inéluctable du début d’une véritable révolution prolétarienne. Cette destruction de l’État par les organismes révolutionnaires du prolétariat est une tâche très concrète et réelle, dans laquelle ces organismes (3) assument toutes les tâches que l’État remplissait avant la révolution. (Revue, Balance, octobre 1998 (p. 18).

Ma conclusion tient dans les trois notes qui suivent :

1)-Il est absurde de mettre sur le même plan les crimes anti prolétariens de Lénine (assumant parfaitement le programme de Marx de réfutation de ses écrits de la Commune de Paris en 1871) Trotski et Staline, avec les déviations anarchistes, réelles et répétitives (La FORA en 1923, Rocker à partir de 1942-1943), Fontenis en 1953 et plus).

2)-C’est une magnifique revendication de Lénine, création de la Tchéka le 20 décembre 1917 et de ses conseils :

« un même but unique : débarrasser la terre russe de tous les insectes nuisibles, des puces (les filous), des punaises (les riches) et ainsi de suite. Ici, on mettra en prison une dizaine de riches, une douzaine de filous, une demi-douzaine d’ouvriers qui tirent au flanc (à la manière de voyous, comme le font de nombreux typographes à Pétrograd, surtout dans les imprimeries des partis). Là, on les enverra nettoyer les latrines. Ailleurs, on les munira, au sortir du cachot, d’une carte jaune afin que le peuple entier puisse surveiller ces gens malfaisants jusqu’à ce qu’ils se soient corrigés. Ou encore, on fusillera sur place un individu sur dix coupables de parasitisme". [La suite est aussi grotesque ou pré nazie …] V.I. Lénine Comment organiser l’émulation ?, 1917.

3)-Admirable omission des assemblées générales de base nommant, surveillant et révoquant, si besoin est, leurs représentants-tes.

Frank, 26.05.15