Le Communisme libertaire

Le Communisme libertaire

samedi 14 mai 2005, par Puente Isaac

Les critiques de la société actuelle restent toujours valables. Les grandes lignes de la reconstruction sociale également.
Frank Mintz (mai 2005)

Le communisme libertaire

Le texte que je suis est de 1935 ; mais il était pratiquement le même, lors de l’édition de 1932, sous le titre de Finalidad de la CNT : el Comunismo Libertario. Je me porte garant de la traduction, différente parfois de celle du groupe Fresnes-Antony (1989).

La Confédération Nationale du Travail (1) est comme l’union des efforts révolutionnaires du prolétariat pour réaliser un but concret l’implantation du Communisme libertaire Un régime de coexistence humaine qui essaie de résoudre le problème économique sans avoir besoin de l’État et de la politique, selon la formule célèbre : À chacun selon ses forces, à chacun selon ses besoins.

Le mouvement d’émancipation du prolétariat mûrit à force de déboires. Chaque échec le fait resurgir rajeuni, avec de nouvelles force. C’est une force en formation, porteuse de futur. Elle possède une source de perfectionnement social et répond à un profond sentiment humain, aussi ne peut-elle disparaître, même si elle se perdait cent fois et plus.

Elle a subi de féroces répressions Elle a été longtemps séduite par les paroles trompeuses du réformisme, et les chants de sirène de la politique, qui n’amenèrent qu’à l’affranchissement des dirigeants, qui devinrent subitement, au lieu de rédempteurs et de frères, des ennemis

On fait trop de prêche au prolétariat : tantôt le calme, tantôt la culture, ou la formation. Selon ses pasteurs, il n’a jamais été assez mûr pour s’émanciper. Sa préparation, s’il en doit être ainsi, va être éternelle, car il ne pourra jamais sortir -si ce n’est par la révolution- de son ignorance et de son inculture, des privations où le maintiennent l’État et le régime capitaliste Chaque émancipation partielle va coûter autant d’effort que l’émancipation totale, si elle est conquise collectivement, et non par les individus isolés

Car sans s’attaquer au système, il n’est pas possible de résoudre le problème social. C’est comme l’œuf de Colomb : s’il faut mettre un œuf en équilibre tout droit ; nous perdrons notre temps en voulant le faire habilement. I1 faut se décider à frapper sur un bout, en prenant l’œuf entièrement

La CNT envisage le mouvement d’émancipation du prolétariat, en dehors de l’amère expérience des replâtrages réformistes et des manipulations politiques Elle a vu un chemin net : celui de l’action directe, celui qui mène droit à 1’implantation du Communisme Libertaire, seule voie de l’émancipation. Il ne s’agit pas de faire une organisation forte qui entraîne l’admiration de ses membres et des autres, mais d’accomplir la finalité libératrice. Ce n’est pas un idéal à cultiver, mais un front, un combat. L’idéal est fourni par l’anarchisme, qui l’oriente et l’anime.

Définition

Le Communisme Libertaire est l’organisation de la société sans État et sans propriété privée. Pour ce faire, il n’est besoin de rien inventer ni de créer aucun organisme nouveau. Les axes organisationnels autour desquels la future se formera, existent déjà dans la société actuelle : ce sont le syndicat et la commune libre.

Le syndicat est le lieu où se regroupent aujourd’hui spontanément les ouvriers des usines et de toutes les exploitations collectivistes. Et la commune libre est l’assemblée d’origine antique, où spontanément également, les habitants des villages et des hameaux se retrouvent. Elle offre une voie pour la solution de tous les problèmes de cohabitation à la campagne.

Ces deux organismes, dotés de normes fédératives et démocratiques, seront souverains dans leurs décisions sans être sous la tutelle d’aucun organisme supérieur. Mais ils seront obligés de s’unir, sous la pression économique des organismes de relation et de communication, et de se constituer en fédérations d’Industrie.

Ces derniers organismes prendront possession, collective ou commune, de tout ce qui est aujourd’hui la propriété privée. Ils régleront dans chaque localité la production et la consommation, c’est-à-dire, la vie économique.

L’association des deux mots communisme et libertaire indique également la fusion de deux idées : l’une, collectiviste, tend à produire un ensemble harmonieux grâce à la contribution ou la coopération des individus et sans perte de leur indépendance ; l’autre, individualiste, veut garantir à chacun le respect de son indépendance. L’ouvrier de l’usine, des chemins de fer ou les manœuvres, vu qu’ils ne peuvent réaliser en soi un travail complet, ont besoin de se regrouper avec leurs camarades, tout autant pour mieux faire le travail, que pour défendre leurs intérêts individuels. En revanche, l’artisan, et 1’ouvrier agricole, peuvent vivre indépendamment et même se suffire à eux-mêmes, raison pour laquelle ils ont une tendance profonde à l’individualisme. Le Syndicat représente la nécessité de l’organisation collective, et la Commune libre interprète mieux la vision individualiste des paysans ;

La misère est le symptôme, le mal est l’esclavage : à voir les seules apparences, nous sommes tous d’accord pour juger la misère, comme la pire chose de la société actuelle. Cependant, l’esclavage est encore pire : il oblige l’homme à succomber, en l’empêchant de se révolter. Le Capital qui exploite l’ouvrier, en s’enrichissant sur son dos, n’est pas ce qu’il y a de pire, car c’est l’État qui laisse le prolétariat sans défense et le domine par les fusils des forces des répression et par la réclusion en prison.

Tout le mal dont nous nous plaignons dans la société présente -et ce n’est pas le lieu de le démontrer- se trouve dans l’institution du Pouvoir, c’est-à-dire dans l’État et dans l’institution de la propriété privée, qui produit par accumulation le Capital. L’homme est le jouet de ces deux maléfices sociaux, supérieurs à sa volonté : il devient vil, avare, non-solidaire lorsqu’il est riche, et cruel et insensible à la douleur humaine, quand il exerce le pouvoir. La misère dégrade et la richesse pervertit. L’obéissance plonge l’homme dans l’abjection et l’autorité déforme ses sentiments. Personne n’a répandu plus de larmes et de sang que le Capital et les intérêts, voraces et insatiables. Toute l’histoire est pleine des tortures et des crimes commis par l’autorité.

L’accumulation des richesses, comme l’accumulation du pouvoir, par quelques uns, ne peut se faire qu’en dépouillant les autres. Pour détruire la misère et pour empêcher l’esclavage, il faut vraiment s’opposer à l’accumulation de la propriété et du pouvoir, afin que personne ne prenne plus que ce dont il a besoin, et afin qu’il soit inutile que quelqu’un commande toute chose.

Deux opérations fondamentales : l’homme, de par sa façon d’être et sa nature, a deux aspirations inépuisables : le pain, c’est-à-dire, ce dont il a besoin pour satisfaire ses nécessités économiques (manger, s’habiller, l’habitation, l’instruction, l’assistance sanitaire, les moyens de communication, etc. ) et la liberté, à savoir disposer de ses actions. Une obligation extérieure ne nous semble pas négative en soi, puisque nous transigeons avec celles que nous impose la Nature. L’obligation nous est intolérable lorsqu’elle est capricieuse, dépendante de la volonté d’autres personnes. Nous acceptons une limitation quand nous la croyons juste et lorsqu’elle nous laisse la possibilité de la juger. Nous la repoussons de toutes nos forces quand on nous l’impose, en nous ôtant le droit d’en discuter.

Ce sentiment de liberté, d’aspiration à disposer de nous-mêmes est si vif, si intense qu’il est devenu proverbial le cas de l’hidalgo espagnol qui pour garder sa liberté, traîne sa misère le long des routes en renonçant au pain, à l’abri d’un toit, parce qu’en échange, on lui impose une discipline de caserne.

Le communisme libertaire rendra possible la satisfaction des nécessités économiques, en respectant cette tradition de la liberté. Pour l’amour de la liberté, nous refusons un communisme de couvent ou de caserne, de fourmilière ou de ruche, et un communisme moutonnier comme celui de la Russie.

Les préjugés : tout ce qui a été énoncé, pour ceux qui nous lisent avec des préjugés hostiles, peut sembler absurde. Nous allons essayer de traiter ces préjugés, au cas où ceux qui en souffrent veulent les abandonner

Préjugé N°1 : attribuer un caractère passager aux crises Le Capital et l’État sont deux vieilles institutions en crise mondiales, progressive et incurable. Deux organismes qui ont dans leur propre décomposition, comme cela arrive toujours dans la Nature, le germe d’autres organismes qui les remplaceront. Dans la Nature, rien ne se crée et rien n’est détruit, tout se transforme. Le Capital s’étouffe dans ses propres détritus : le chômage croît sans arrêt parce que le Capital est incapable d’augmenter la consommation en proportion avec celle de la production industrielle. Les chômeurs représentent des forces révolutionnaires. La faim rend lâche un individu isolé, mais elle donne la colère et la bravoure à une collectivité. Les idées contestataires naissent et grandissent dans le prolétariat. L’État s’asphyxie dans son armature de force. A chaque fois il est contraint de créer plus de force répressive et plus de bureaucratie, en augmentant le poids mort du parasitisme, le budget qui gruge le contribuable. Lorsqu’une bâtisse est consolidée, c’est parce qu’elle risque de s’écrouler. La conscience individuelle, toujours plus en éveil, se heurte ouvertement aux limites de l’État. L’imminence de sa ruine l’a soudain obligé à modifier son évolution historique pour prendre des formes modérées et démocratiques ou se revêtir de fascisme en Italie et de dictature dans d’autres pays, et même en dictature du prolétariat en Russie.

Ce sont des crises définitives qui opposent les forces inconciliables de la vieille institution du Capital et celles des revendications croissantes du prolétariat ; celles de l’institution plus ancienne encore de l’État et celles des aspirations libertaires des peuples. Ces dernières les remplaceront.

Il est inutile de s’agripper aux vieux systèmes et d’essayer de trouver des arrangements, des replâtrages et des réformes, même si elles sont aussi séduisantes que celles d Henri George avec l’impôt unique, car elles viennent trop tard pour rajeunir un organisme caduc. Il faut penser à ce qui lutte pour apparaître, qui veut remplacer ce qui doit disparaître, les forces en germe qui cherchent leur place dans la vie sociale.

Préjugé N°2 Supposer que le Communisme Libertaire est le fruit de l’ignorance Parce qu’il est proposé par des gens qui ont une réputation d’ignorance et d’incultes, par des gens sans titres universitaires, on suppose ; que le Communisme Libertaire est une solution simpliste qui ignore la complexité de la vie et les difficultés inhérentes à un changement de cette envergure. Ce préjugé implique celui que nous mentionnerons ensuite.

Collectivement, le prolétariat a plus de connaissance de la sociologie que les secteurs intellectuels, et par conséquent, plus de vue sur les solutions. Ainsi, par exemple, les médecins, les avocats, les pharmaciens ne trouvent d’autre solution au problème du surnombre dans leur profession que la limitation de l’entrée dans les facultés, en disant : Les places sont prises, il n’y en a plus. Ils refusent d’autres carrières, les protestations tapageuses, les nouvelles générations qui naissent et vont toujours plus nombreuses dans les amphithéâtres. Voilà pour sûr une solution simpliste, absurde, idiote, indigne de ceux qui se prétendent supérieurs aux autres.

Les ouvriers, par contre, osent proposer, selon ce qu’ils ont glané dans les livres de sociologie, des solutions qui ne se limitent pas à une classe, à la génération d’une classe, mais à toutes les classes de la société. Une solution qui a été tracée par des sociologues documentés sur le terrain scientifique et philosophique, et qui peut faire face aujourd’hui à toutes les solutions théoriques du problème social en garantissant le pain et la culture à tous les hommes.

Si cette solution est présentée par des ignorants, c’est précisément parce que les intellectuels, prétendument savants, l’ignorent. Et si le prolétariat la défend c’est parce que collectivement, il a une vision plus juste de l’avenir et une vision plus large que toutes les classes intellectuelles réunies.

Préjugé N°3 l’aristocratie intellectuelle Le peuple est considéré comme incapable de vivre librement et ayant, donc, besoin d’une tutelle. Et les intellectuels veulent, au-dessus de lui, profiter de privilèges aristocratiques, comme ceux dont jouissait la noblesse jusqu’à maintenant (2). Ils prétendent devenir les dirigeants et les tuteurs du peuple.

Tout ce qui brille n’est pas or. Et la valeur intellectuelle de tous ceux qui sont condamnés à être privés de savoir n’est pas dédaignable. De nombreux intellectuels n’arrivent pas à se détacher de la masse vulgaire, même avec tous leurs diplômes. Et à 1’inverse, beaucoup de travailleurs atteignent le niveau des intellectuels par la seule force de leur savoir.

La préparation universitaire à 1’exercice d’une profession ne veut pas dire qu’on acquiert une quelconque supériorité, étant donné qu’elle ne vient pas de la libre concurrence, mais des privilèges économiques.

Ce que nous appelons le bon sens, la rapidité de juger, la capacité de deviner, l’initiative et 1’originalité, ne se vend pas à l’université, et les intellectuels, tout comme les analphabètes, en sont dotés.

Une mentalité qui veut se cultiver, en dépit de toute son inculture sauvage, est préférable aux esprits empoisonnés par les préjugés et ankylosés par la routine du savoir. La culture de nos intellectuels ne les empêche pas d’avoir un sentiment inculte de leur dignité, qui brille en revanche parfois magnifiquement chez des gens considérés frustres.

Une carrière ne donne pas plus d’appétit, de corpulence, de famille et de maladies qu’un métier manuel. La supériorité des intellectuels n’est donc que professionnelle. Ce n’est que de façon simpliste et puérile qu’on peut justifier que les intellectuels dirigent ceux qui ne le sont pas.

Préjugé N°4 nous attribuer, à nous non intellectuels, du mépris pour l’art, la science ou la culture Nous n’arrivons pas à comprendre que ces trois activités doivent nécessairement, pour briller, reposer sur la misère ou sur l’esclavage humain. A notre avis, elles sont incompatibles avec cette douleur évitable. Si pour briller elles ont besoin du contraste de la laideur, de l’ignorance et de l’inculture, nous pouvons nous opposer à elles, sans peur de faire un sacrilège.

On n’achète pas avec de l’argent, on ne conquiert pas par le pouvoir, 1’art, la science ou la culture. Au contraire, si ces branches représentent la dignité, elles doivent repousser toute domination et toute compromission. Elles naissent du dévouement artistique, de l’aptitude et du désir de recherche et du goût pour la perfection. Mais ce ne sont ni les mécènes ni les Césars qui les animent. Elles jaillissent spontanément partout, et elles ont besoin de ne pas avoir d’obstacles Elles sont le fruit des êtres humains, et il est sot de croire que l’on contribue à les créer, en instaurant par le biais du gouvernement, un bureau d’inventions ou des prix pour la culture.

Lorsque l’ouvrier veut du pain et réclame la justice, essaie de s’émanciper et qu’il s’entend dire qu’il va abîmer l’art, la science ou la culture, il est normal qu’il devienne iconoclaste et qu’il abatte d’un coup l’idole intangible qui sert à le tenir en esclavage et dans la misère. Qui a dit que l’art, la science et la culture souffriront de l’apparition du bien-être et de la jouissance de la liberté ?

Préjugé N°5 l’incapacité de structurer la nouvelle vie La nouvelle organisation de l’économie a besoin de la collaboration technique de l’ouvrier spécialisé et du simple travailleur. De même qu’aujourd’hui les forces révolutionnaires collaborent à la production, demain il en sera de même avec tous. Il ne faut donc pas juger la nouvelle vie selon les capacités qui existent dans la collectivité entière. Ce qui pousse le technicien à travailler, c’est l’obligation économique et non l’amour de la bourgeoisie. Ce qui incitera demain tous à coopérer à la production ce sera également l’obligation économique qui s’exercera sur tous les citoyens aptes à cela. Nous ne faisons pas seulement confiance à ceux qui le feront par dévouement ou par vertu.

Nous n’avons donc pas à éblouir le monde par nos capacités et nos dons extraordinaires, qui seraient alors aussi faux que ceux des politiciens. Nous ne proposons pas de racheter quiconque. Nous proposons un régime où l’esclavage ne sera pas nécessaire pour faire produire l’homme, ou la misère pour le faire succomber devant l’avarice du Capital. 0ù il n’y aura pas le gouvernement des caprices ou des avantages particuliers, mais où nous contribuerons tous à l’harmonie de l’ensemble, chacun en travaillant, et selon la mesure de nos forces et de nos aptitudes.

Préjugé N°6 la croyance dans la nécessité d’un architecte social C’est un préjugé créé par la politique que de croire que la société a besoin d’un pouvoir ordonnateur, ou bien que la foule irait de toute part, s’il n’y avait pas les flics pour l’en empêcher. Ce qui maintient les sociétés humaines ce n’est pas l’obligation qu’impose le pouvoir ou les prévisions intelligentes de leurs gouvernants, mais 1’instinct de sociabilité et la nécessité de l’entraide. Les gouvernants aiment se parer de ces mérites faux. Les sociétés tendent, de plus, à adopter des formes chaque fois plus parfaites, non parce que c’est la volonté des dirigeants, mais à cause de la tendance spontanée à le faire des individus qui les composent et à cause d’un désir inné à tout groupement humain.

Ce même mirage nous fait attribuer aux soins d’un père la croissance et le développement d’un enfant, comme si c’était à cause de l’influence des autres que l’on croît et que l’on réussit. La croissance et le développement apparaissent toujours chez les enfants sans l’aide de personne. Ce qu’il faut c’est qu’on n’y fasse pas obstacle.

La tendance naturelle se manifeste également dans l’éducation. L’instituteur peut s’attribuer l’aptitude de l’enfant à assimiler et à se former, mais il est certain que l’enfant s’instruit également sans que personne ne le dirige, du moment qu’on ne le gêne pas. Et dans la pédagogie rationnelle, le maître le meilleur est celui qui est convaincu par la simplicité biologique qui consiste à ouvrir la voie et à écarter les obstacles pour que l’enfant assimile des connaissances. L’autodidacte nous démontre que le maître n’est pas indispensable.

Nous pouvons en dire autant de la médecine. Le docteur peut s’attribuer la guérison d’un malade et le public peut le croire. Mais ce qui guérit une maladie, c’est la tendance spontanée de l’organisme à rétablir son équilibre. Le médecin agit au mieux lorsque, également avec la simplicité biologique, il se contente de préparer la voie aux défenses naturelles. Bien des fois le malade guérit malgré le médecin.

Pour que les sociétés humaines s’organisent et se perfectionnent, il est inutile que quelqu’un s’y attache, il suffit de ne pas créer d’obstacle. C’est de la bêtise que prétendre améliorer la vie humaine en remplaçant par des astuces et le bâton du pouvoir les tendances spontanées des hommes. Avec simplicité biologique, nous les anarchistes nous demandons que la voie des tendances et des instincts organisationnels soit libres.

Préjugé N°7 préférer la connaissance à l’expérience Autant vouloir que l’habileté précède l’entraînement, la justesse, les tentatives, ou les cals le travail.

On nous demande dès le départ un régime parfait, qui sera la garantie de ce que les choses évolueront de même, sans tâtonnement ni bredouillement. S’il nous fallait apprendre avant d’appliquer, l’apprentissage n’en finirait jamais. L’enfant ne saurait marcher ni faire du vélo. Dans la vie, au contraire, c’est juste 1’opposé. On commence par se décider à agir, et on apprend dans la foulée. Le médecin commence à exercer sans dominer son sujet, qu’il acquiert à force d’erreurs, d’à-coups et d’échecs bien souvent. Sans avoir appris à gérer son budget, une maîtresse de maison finit par nourrir sa famille avec un salaire insuffisant. Un spécialiste se forme en sortant progressivement de sa gaucherie.

C’est en vivant en Communisme Libertaire que nous apprendrons à l’appliquer. C’est en l’implantant que nous montrerons ses points faibles. Si nous étions des politiciens, nous décririons un vrai paradis. Mais comme nous sommes des hommes et que nous savons ce que vaut l’être humain, nous faisons confiance à l’homme qui apprend à marcher selon la seule façon possible : en allant de l’avant.

Préjugé N°8 la médiation des politiciens Le pire de tous les préjugés est de croire qu’un idéal peut être réaliser par l’intermédiaire de certains hommes, même s’ils ne veulent pas se dire politiciens. Le politicien se borne à écrire un titre sur la façade d’un régime et à rédiger les nouveaux postulats de la constitution. C’est ainsi qu’on a pu appeler communisme ce qui se passe en Russie, et République des Travailleurs, l’Espagne (3 ) où le nombre de travailleurs de toutes les classes est de onze millions (4). Si le Communisme Libertaire devait être fait par les politiciens, nous devrions nous contenter d’un régime qui n’aurait rien de communiste ni de libertaire.

A l’action politique, escamoteuse et trompeuse, nous opposons l’action directe, qui n’est que la réalisation immédiate de 1’idéal, devenu tangible et réel, et non pas une fiction écrite, insaisissable même comme lointaine promesse. Il s’agit de la mise en pratique d’un accord collectif par la collectivité elle-même, sans s’en remettre à aucun messie ou intermédiaire.

Le Communisme Libertaire sera réalisable dans la mesure où l’action directe interviendra, sans utiliser de médiateur.

L’organisation économique de la société

Le Communisme Libertaire se base sur l’organisation économique de la société, l’intérêt économique étant le seul lien d’union recherché entre les individus, car c’est le seul sur lequel ils sont tous d’accord. L’organisations sociale n’a pas d’autre finalité que de mettre en commun tout ce qui constitue la richesse nationale, c’est-à-dire les moyens et les outils de production et leurs produits, de rendre commune également l’obligation de contribuer à la production, chacun selon ses efforts ou ses aptitudes ; de se charger ensuite de distribuer les produits à tous selon les besoins individuels.

Tout ce qui n’est pas fonction économique ou activité économique reste en marge de l’organisation et de son contrôle ; à la disposition, par conséquent, des initiatives et des activités des particuliers.

L’opposition entre l’organisation à base politique, commune à tous les régimes qui se fondent sur l’État, et l’organisation à base économique qui se passe de l’État, ne peut être plus radicale ni plus complète. Pour le montrer, nous donnons le tableau comparatif suivant :

Organisation politique

1) Considère le peuple comme mineur et incapable de s’organiser et de se diriger sans tutelle.

2) L’État possède toutes les vertus. Dans l’économie, dans l’enseignement, dans l’administration de la justice, dans 1’interprétation du droit, dans la protection de la richesse et pour l’organisation de toutes les fonctions.

3) L’État est souverain, il détient 1a force (armée, police, magistrature, prisons). Le peuple est sans défense, désarmé, ce qui n’empêche pas de le considérer souverain dans les démocraties.

4) Les hommes de groupent selon les idées politiques, religieuses ou sociales, c’est-à-dire que les points communs sont minimes puisque c’est précisément dans ces domaines que varient et divergent le plus les hommes.

5) L’État, qui représente une minorité réduite, prétend avoir plus de sagesse, de capacité et de savoir que les différentes collectivités sociales : Un seul en sait plus que tous ensemble.

6) L’État, en établissant une fois pour toutes (Constitution ou Code) une norme fixe, compromet l’avenir et fausse le processus vital, qui est multiple et changeant.

7) L’État se réserve tout, le peuple n’a rien à faire, sauf payer, obéir, produire et se conformer à la volonté suprême de celui qui commande. L’État dit : Donnez-moi le pouvoir et Je vous rendrai heureux.

8) La Société est divisée en deux castes antagoniques : celle de ceux qui commandent et celle de ceux qui obéissent.

9) L’État ne concède que des fictions de droits écrits : liberté, souveraineté, justice, démocratie, autonomie, afin de maintenir toujours vif le feu sacré de l’illusion politique.

10) Le progrès et l’évolution sociale créent l’État, depuis ses formes despotiques et absolutistes, jusqu’à son déclin. Le fascisme est une solution tardive, le socialisme aussi. Ils dissimulent des prérogatives qui finissent par disparaître, à mesure que se développe la conscience individuelle et la conscience de classe.

11) Dans l’organisation à base politique la hiérarchie augmente jusqu’au sommet. Au-dessus du peuple, il y a le Conseil ; au-dessus de celui-ci, la mairie ; au-dessus la préfecture ; et encore au-dessus le gouvernement.

Organisation syndicale

1) considère chaque collectivité professionnelle comme capable d’organiser ses affaires ; la tutelle n’est pas nécessaire et l’État est de trop.

2) L’initiative revient aux organisations professionnelles. Le contrôle de l’enseignement aux maîtres. Celui de la santé, aux médecins. Celui des communications, aux techniciens et aux ouvriers réunis en assemblées, et le contrôle de la production appartient à la Fédération des Syndicats.

3) La force retourne à son origine, puisque les membres de chaque groupement se la distribueront. Comme elle ne pourra être cumulée, tout individu en aura une part, et c’est l’assemblée qui la distribuera à tous.

4) Les hommes se groupent selon l’identité de leurs préoccupations et de leurs besoins dans le Syndicat, et selon la résidence et la communauté d’intérêts dans la Commune Libre. Les points d’accord sont ainsi maximales.

5) L’assemblée rassemble le maximum de sagesse, de capacité et de savoir pour ce qui la concerne professionnellement. Tous, unis, en savent plus qu’un seul, aussi savant soit-il.

6) Dans l’organisation syndicale, la norme de conduite à suivre est décidée à tout moment selon les circonstances.

7) En l’absence d’intermédiaires et de rédempteurs, chacun doit tâcher d’ordonner ses affaires, en s’habituant à se passer de médiateurs et d’une routine fondée sur des siècles d’éducation politique.

8) Tous les citoyens sont réunis dans la catégorie unique des producteurs. Les charges sont administratives, limitées dans le temps, sans donner le droit à ne pas travailler dans la production, et sont toujours soumises aux décisions des assemblées.

9) C’est la réalisation pratique de la liberté économique qui est fondamentale. La démocratie est réalisée, c’est-à-dire le gouvernement du peuple par le peuple. Le fédéralisme est appliqué, en reconnaissant le maximum d’autonomie à la Commune et à tout groupe de production.

10) L’évolution amène les collectivités professionnelles à un perfectionne- ment croissant. On passe de la défense de l’intérêt économique égoïste de l’individu à des conditions qui le rendent capable d’accepter la responsabilité de son rôle social.

11) Dans l’organisation économique, la hiérarchie augmente vers la base. Les résolutions d’un Comité peuvent être révoquées par un plénum ; celles de celui-ci par l’assemblée et ces dernières, par le Peuple.

La richesse et le travail (5)

En régime libertaire il ne s’agit pas de faire de l’argent et de le répartir. Il ne s’agit que de produits qui ne sont pas transformables en argent et qui ne peuvent être accumulés, et qui sont distribués à tous selon leurs besoins.

Le travail doit également être réparti. Aujourd’hui nous constatons la même inégalité injuste et écœurante Afin que quelques uns passent leur vie dans la paresse, les autres doivent suer huit heures par jour, quand ce n’est pas dix ou quatorze.

Si aujourd’hui la production de la richesse occupe sept millions de personnes et qu’ils font en moyenne huit de heures de travail par jour, lorsque les quatorze millions de producteurs potentiels travailleront, chacun ne fera que quatre heures par jour.

Telle est la déduction directe et logique que donne une distribution équitable. Voilà l’utopie que veulent appliquer les anarchistes.

Possibilités économiques de notre pays (6)

L’excès de main d’œuvre nous offre la possibilité de réduire la journée de travail par individu, de permettre l’augmentation des travaux (construction de barrages et de canaux d’irrigation, reboisement, intensification des cultures, hausse de la production sidérurgique et utilisation des chutes d’eau, etc.) et d’augmenter la production d’une industrie en particulier.

Grâce à l’organisation du travail par tranches, il est facile d’improviser le personnel, plus que pour augmenter le rendement d’une usine, pour en doubler la production journalière, sans augmenter le nombre de machines. Le personnel actuel, considéré comme formé, est divisé en deux brigades, qui travaillent successivement ; chaque brigade reçoit autant d’apprentis. De cette façon, la production des industries les plus faibles peut être doubler sans qu’il soit nécessaire de construire de nouvelles usines et de perfectionner ou augmenter le matériel.

On peut en déduire donc que notre pays peut se suffire à lui-même, et par conséquent résister aux rigueurs d’un blocus de plusieurs années. Les solutions auxquelles nous pensons aujourd’hui, posément, nous qui ne sommes pas techniciens, seront améliorées lorsque nous serons stimulés par les circonstances adverses, l’esprit d’inventions étant aiguillonné par les nécessités,

On ne peut tout confier à l’improvisation ni non plus la mépriser dans une situation critique, car c’est alors précisément qu’elle nous offre le plus de ressources.

Réalisation

Le Communisme libertaire se fonde sur des organismes existants déjà grâce auxquels on peut organiser la vie économique dans les villes et les villages, en tenant compte des besoins particuliers de chaque localité. Ce sont le syndicat et la Commune Libre.

Le syndicat réunit les individus, en les associant selon la catégorie de travail ou les contacts quotidien pendant le travail. Les ouvriers d’une usine, d’un atelier ou d’un chantier se rassemblent d’abord en formant la cellule la plus petite, autonome pour ce qui la concerne. Ces cellules, unies à d’autres semblables, forment la section au sein du syndicat d’une branche ou d’une Industrie . Il y a le syndicat de Métiers Divers pour rassembler ceux qui, par eux-mêmes, ne peuvent constituer numériquement un syndicat. Les syndicats de la localité sont fédérés entre eux et constituent la Fédération Locale. Celle-ci forme un comité composé des délégués des syndicats. Un plénum est formé par tous les comités. L’assemblée générale possède, en définitive, la souveraineté maximum.

La Commune Libre est 1’assemblée des travailleurs d’une petite localité, village ou hameau, ayant souveraineté sur les sujets concernant la localité. C’est une institution d’origine ancienne, bien que privée d’autorité par la politique. Elle peut retrouver son ancienne autorité en se chargeant de l’organisation de la vie locale.

L’économie nationale découle de l’harmonie entre les différentes localités qui la composent. Lorsque chaque localité isolément a son économie bien administrée et ordonnée, l’ensemble doit être harmonieux et l’accord national parfait. La perfection ne doit pas être imposée d’en haut, mais elle doit s’épanouir à la base, de façon à être un résultat spontané et non un effet forcé. Si l’accord entre les individus s’établit par leurs relations, l’accord entre les localités en est une conséquence. Cet accord se fait dans les plénums périodiques et suivant les cir- constances, et dans des réunions constantes, établies par les Fédérations d’Industries qui ont cette mission spéciale. Les communications et les transports, industries qui ne peuvent se borner à un intérêt local, doivent être rattachées à un plan national.

Nous allons étudier séparément 1’économie rurale, urbaine et nationale.

La campagne

C’est à la campagne que la réalisation du Communisme Libertaire revêt la plus grande simplicité car elle se limite à mettre en vigueur la Commune Libre.

La richesse et le travail (5)

En régime libertaire il ne s’agit pas de faire de l’argent et de le répartir. Il ne s’agit que de produits qui ne sont pas transformables en argent et qui ne peuvent être accumulés, et qui sont distribués à tous selon leurs besoins.

Le travail doit également être réparti. Aujourd’hui nous constatons la même inégalité injuste et écœurante Afin que quelques uns passent leur vie dans la paresse, les autres doivent suer huit heures par jour, quand ce n’est pas dix ou quatorze.

Si aujourd’hui la production de la richesse occupe sept millions de personnes et qu’ils font en moyenne huit de heures de travail par jour, lorsque les quatorze millions de producteurs potentiels travailleront, chacun ne fera que quatre heures par jour.

Telle est la déduction directe et logique que donne une distribution équitable. Voilà l’utopie que veulent appliquer les anarchistes.

Possibilités économiques de notre pays (6)

L’excès de main d’œuvre nous offre la possibilité de réduire la journée de travail par individu, de permettre l’augmentation des travaux (construction de barrages et de canaux d’irrigation, reboisement, intensification des cultures, hausse de la production sidérurgique et utilisation des chutes d’eau, etc.) et d’augmenter la production d’une industrie en particulier.

Grâce à l’organisation du travail par tranches, il est facile d’improviser le personnel, plus que pour augmenter le rendement d’une usine, pour en doubler la production journalière, sans augmenter le nombre de machines. Le personnel actuel, considéré comme formé, est divisé en deux brigades, qui travaillent successivement ; chaque brigade reçoit autant d’apprentis. De cette façon, la production des industries les plus faibles peut être doubler sans qu’il soit nécessaire de construire de nouvelles usines et de perfectionner ou augmenter le matériel.

On peut en déduire donc que notre pays peut se suffire à lui-même, et par conséquent résister aux rigueurs d’un blocus de plusieurs années. Les solutions auxquelles nous pensons aujourd’hui, posément, nous qui ne sommes pas techniciens, seront améliorées lorsque nous serons stimulés par les circonstances adverses, l’esprit d’inventions étant aiguillonné par les nécessités,

On ne peut tout confier à l’improvisation ni non plus la mépriser dans une situation critique, car c’est alors précisément qu’elle nous offre le plus de ressources.

Réalisation

Le Communisme libertaire se fonde sur des organismes existants déjà grâce auxquels on peut organiser la vie économique dans les villes et les villages, en tenant compte des besoins particuliers de chaque localité. Ce sont le syndicat et la Commune Libre.

Le syndicat réunit les individus, en les associant selon la catégorie de travail ou les contacts quotidien pendant le travail. Les ouvriers d’une usine, d’un atelier ou d’un chantier se rassemblent d’abord en formant la cellule la plus petite, autonome pour ce qui la concerne. Ces cellules, unies à d’autres semblables, forment la section au sein du syndicat d’une branche ou d’une Industrie . Il y a le syndicat de Métiers Divers pour rassembler ceux qui, par eux-mêmes, ne peuvent constituer numériquement un syndicat. Les syndicats de la localité sont fédérés entre eux et constituent la Fédération Locale. Celle-ci forme un comité composé des délégués des syndicats. Un plénum est formé par tous les comités. L’assemblée générale possède, en définitive, la souveraineté maximum.

La Commune Libre est 1’assemblée des travailleurs d’une petite localité, village ou hameau, ayant souveraineté sur les sujets concernant la localité. C’est une institution d’origine ancienne, bien que privée d’autorité par la politique. Elle peut retrouver son ancienne autorité en se chargeant de l’organisation de la vie locale.

L’économie nationale découle de l’harmonie entre les différentes localités qui la composent. Lorsque chaque localité isolément a son économie bien administrée et ordonnée, l’ensemble doit être harmonieux et l’accord national parfait. La perfection ne doit pas être imposée d’en haut, mais elle doit s’épanouir à la base, de façon à être un résultat spontané et non un effet forcé. Si l’accord entre les individus s’établit par leurs relations, l’accord entre les localités en est une conséquence. Cet accord se fait dans les plénums périodiques et suivant les circonstances, et dans des réunions constantes, établies par les Fédérations d’Industries qui ont cette mission spéciale. Les communications et les transports, industries qui ne peuvent se borner à un intérêt local, doivent être rattachées à un plan national.

Nous allons étudier séparément 1’économie rurale, urbaine et nationale.

La campagne

C’est à la campagne que la réalisation du Communisme Libertaire revêt la plus grande simplicité car elle se limite à mettre en vigueur la Commune Libre.

La Commune Libre est la réunion en assemblée (conseil) de tous les habitants d’un village ou d’un hameau, ayant la souveraineté d’administrer et d’ordonner leurs affaires locales, en premier lieu la production et la distribution.

Actuellement, le conseil est sous tutelle, étant considéré comme mineur, et ses résolutions peuvent être révoquées par la municipalité, le préfet et le gouvernement, trois institutions parasitaires qui vivent à ses dépens.

Dans la Commune Libre, non seulement une partie du territoire municipal, comme actuellement, sera confiée à la propriété commune, mais aussi tout celui qui est enclavé dans sa juridiction : les montagnes, arbres et prés, les terres de labour, le bétail de travail et de boucherie, les édifices, les machines et les instruments de labourage, et les articles et produits emmagasinés et accumulés par les habitants.

La propriété privée n’existera plus qu’en usufruit de ce dont chacun a besoin, comme l’habitation, les vêtements, les meubles, les instruments de travail, la parcelle de jardin qui est laissée à chaque habitant et le petit bétail ou la volaille de basse-cour, qu’on veut avoir pour la consommation.

Tout ce qui dépasse les besoins individuels pourra être saisi à tout moment par la Commune, selon un accord préalable pris en assemblée, car tout ce que nous accumulons sans nécessité ne nous appartient pas, puisque nous en privons les autres. La Nature nous donne un titre de propriété sur ce dont nous avons besoin, quant à ce qui excède ce besoin, nous ne pouvons l’approprier sans commettre une spoliation, sans le soustraire à la propriété collective.

Tous les habitants seront égaux l) pour produire et coopérer à l’alimentation de la Commune, sans autres distinctions que celles de leurs aptitudes (âge, profession, préparation, etc. ) ; 2) pour intervenir dans les décisions administratives des assemblées ; 3) pour consommer selon leurs besoins ou selon un rationnement imprévu.

Quiconque refuse de travailler pour la communauté (sauf les enfants, les malades et les vieillards) sera privé des autres droits : de délibération et de consommation.

La Commune Libre sera fédérée à celle des autres localités et avec les fédérations locales des villes, ainsi que les fédérations nationales d’Industrie. Chaque localité échangera ses produits en surplus pour demander en contrepartie ceux dont elle a besoin. Elle contribuera aux travaux d’intérêt général, tels que chemins de fer, routes, réservoirs, chutes d’eau, reboisement, etc.

En échange de cette collaboration à l’intérêt régional ou national, les habitants de la Commune Libre pourront bénéficier des services publics comme -les postes, télégraphes, téléphones, chemins de fer et transports ; -la lumière et l’énergie électrique ; -les asiles, hôpitaux, sanatorium et centres thermaux ; -l’enseignement supérieur et universitaire ; - les articles et marchandises non fabriqués dans la localité.

L’excédent de main-d’œuvre sera utilisé pour des travaux et des productions nouvelles auxquels se prête la localité. Le temps de travail sera distribué à tout le monde. Les heures de travail et la durée de la journée seront réduites pour chaque ouvrier.

Cette Commune Libre ne doit pas effrayer le paysan car ses ancêtres vivaient façon très semblable. Dans tous les villages, il existe le travail en commun, la propriété communale plus ou moins étendue, l’usage en commun (des bois et des pâturages). Dans les habitudes rurales il y a, en outre, des procédures pour résoudre toutes les difficultés qui peuvent se présenter et, dans lesquelles, même s’il est élu pour cela par les autres, la volonté d’un individu ne doit jamais décider sans l’accord de tous.

La ville

Dans la ville, la Commune Libre est représentée par la fédération locale. Il peut exister de grandes organisations semblables de quartier, dans les agglomérations. La fédération locale des syndicats d’industrie trouve sa souveraineté maximum dans l’assemblée générale de tous les producteurs de la localité.

Sa mission est de mettre en ordre la vie économique de la localité, et en particulier la production et la distribution, en vue des besoins de cette localité et aussi en vue des demandes d’autres localités.

Au moment de la révolution, les syndicats prendront possession collectivement des usines, ateliers et chantiers, des logements, des édifices et des terres, des services publics, des marchandises et des matières premières emmagasinés.

Les syndicats producteurs organisent la distribution en se servant de coopératives ou des locaux de vente et des marchés. Pour jouir de tous les droits, il faut avoir la carte de producteur délivré par le Syndicat, dont on fait partie. Il y est noté, en plus des données précises pour la consommation (comme par exemple, le nombre de personnes de la famille), les jours et le temps de travail. Seuls sont exempts de cette formalité les enfants les vieillards et les malades.

La carte de consommation confère tous les droits :

l) de consommer, selon le rationnement ou selon ses besoins, tous les produits distribués dans la localité.

2) de posséder en usufruit une maison décente, les meubles indispensables, de la volaille près des villes ou une parcelle de verger ou de jardin, si la collectivité en décide ainsi.

3) d’utiliser les services publics.

4) de prendre part aux décisions plébiscitaires de l’usine, de l’atelier de la section, du Syndicat et de la Fédération Locale.

La fédération locale veillera à subvenir aux besoins de la localité et à développer son industrie spécifique, celle pour laquelle elle est le mieux adaptée ou celle qui est la plus nécessaire aux besoins nationaux.

En assemblée générale, on répartira la main d’œuvre entre les divers syndicats et ceux-ci feront de même dans leurs sections, de même que ces dernières dans les groupes de travail, en veillant toujours à évite le chômage et à augmenter la journée de production par le roulement des ouvriers dans une industrie, ou à diminuer proportionnellement le nombre d’heures de travail des travailleurs.

Toutes les initiatives qui ne sont pas purement économiques doivent être laissées au gré de l’initiative particulière des individus ou des groupes. Chaque Syndicat doit s’efforcer de mettre à exécution les initiatives qui peuvent bénéficier à tout le monde, en particulier celles qui concernent la sauvegarde de la santé des producteurs et qui contribuent à rendre le travail agréable.

L’aménagement de l’économie nationale

La contrainte économique oblige à coopérer à la vie économique de la localité. La même obligation doit peser sur les collectivités en les obligeant à coopérer à l’économie nationale. L’économie nationale ne doit pas dépendre d’un Conseil central ni d’un Comité Suprême, germes d’autoritarisme et foyer de dictature, et nid de bureaucrates. Nous avons dit que nous n’avons pas besoin d’un architecte ni d’un pouvoir ordonnateur étranger à l’accord mutuel des localités. Quand toutes les localités (villes, villages et bourgs) auront réglé leur vie intérieur, l’organisation nationale sera parfaite. Et nous pouvons en dire au tant des localités. Quand tous les individus qui les composent auront assuré tous leurs besoins, la vie économique de la Commune ou de la Fédération Locale sera parfaite également.

En biologie, pour qu’un organisme soit équilibré ou normal, il faut que chacune de ses cellules joue son rôle. Pour ce faire, il ne faut qu’une chose : assurer la circulation sanguine et la relation nerveuse. Nous pouvons en dire autant d’une nation. La ville ne peut être garantie et normalisée que si chaque localité remplit son rôle, en assurant la circulation sanguine qui lui apporte ce qui lui manque et la débarrassent de ce qui la gêne, c’est-à-dire le transport. Il met les localités en contact les unes avec les autres et leur fait connaître leurs besoins et leurs possibilités au moyen des communications.

Et ici intervient le rôle des Fédérations d’lndustrie, organismes adaptés pour l’instauration des services collectivisés qui doivent être soumis à un plan national, tels que les communications (postes, télégraphes, téléphones) et les transports (chemins de fer, bateaux, routes et avions).

Au dessus de 1’organisation locale, il ne doit y avoir aucune superstructure autre que celle ayant une fonction spéciale qui ne peut être remplie localement. Seuls les congrès interprètent la volonté nationale et exercent de façon circonstancielle et transitoire la souveraineté que leur confèrent les décisions plébiscitaires des assemblées.

Outre les fédérations nationales des Transports et des Communications, il peut exister des fédérations régionales, comme celles de 1’hydrographie, des forêts et de l’énergie électrique.

Ces fédérations nationales auront en propriété commune les routes, les réseaux, les bâtiments, les machines, les outils et les ateliers, et offriront librement leurs services aux localités ou aux individus qui coopéreront par leur effort particulier à l’économie nationale :
-en donnant leurs marchandises ou produits en excédent ;
-en proposant, selon leurs possibilités, de produire plus pour satisfaire les besoins nationaux ;
-en contribuant par leur participation personnelle aux travaux dont ces services ont besoin.

La mission des fédérations nationales de Communications et Transports est de mettre les localités en rapport les unes aux autres, en augmentant le transport entre les régions productrices et les consommateurs et en donnant la préférence aux articles susceptibles de s’abîmer et qui doivent être consommés rapidement, comme le poisson, le lait, les fruits et la viande.

De la bonne organisation des transports dépend la garantie du ravitaillement des agglomérations pauvres et la décongestion des localités surproductrices. Un cerveau ou un bureau de cerveaux ne peuvent faire cette organisation. Les individus s’entendent en se rassemblant et les localités en se mettant en rapport. Un guide d’adresses, avec la production particulière de chaque région permet de faciliter le ravitaillement, en renseignant sur ce qu’on peut demander à une localité et sur ce qu’on peut lui proposer.

Si la nécessité oblige les individus à unir leurs efforts pour contribuer à la vie économique dont a besoin la localité, elle force aussi les collectivités à réunir leurs activités dans un échange national et le système circulatoire (transports) et le système nerveux (communications) à remplir leur rôle dans l’établissement de rapports au niveau régional.

L’aménagement de l’économie et la liberté de l’individu ne demandent pas plus d’explications.

Conclusion

Le Communisme Libertaire est une voie qui s’offre à la société pour s’organiser spontanément et librement, afin que l’évolution sociale se fasse sans déviations artificielles.

C’est la solution la plus rationnelle du problème économique, car elle répond à une distribution équitable de la production et du travail nécessaire pour l’obtenir. Personne ne doit échapper à cette nécessité de coopérer par son effort à la production puisque c’est la Nature elle-même qui nous impose cette dure loi du travail, sous les climats où les aliments ne poussent pas spontanément.

L’obligation économique est le cœur de la société. Mais elle est et doit être la seule que la collectivité doit exercer sur l’individu. Toutes les autres activités, culturelles, artistiques, scientifiques, doivent rester en marge du contrôle de la collectivité et aux mains des groupes qui les animent.

Comme la journée de travail n’épuisera pas, comme elle n’épuise pas aujourd’hui, la capacité de travail de l’individu, il existera en marge de la production contrôlée, une autre libre et spontanée, fruit du goût, de l’enthousiasme, et qui trouve en elle-même sa satisfaction et sa récompense. Dans cette production se trouve le germe d’une autre société, celle que l’anarchisme exalte et propage. Et lorsque la production satisfera les besoins de la société, elle rendra superflue la tutelle économique des organisations sur les individus.

On nous présente mille objections, si peu fondées en général qu’elle ne méritent pas qu’on les réfute. L’une fort répétée, est celle du clochard. Le clochard est le résultat naturel des climats exceptionnels, là où la Nature permet le vagabondage, en rendant l’individu indolent. Nous reconnaissons le droit d’être clochard, à condition que celui qui voudra en user accepte de se passer de l’aide des autres. Nous vivons dans une société dans laquelle le clochard, l’inapte, l’antisocial, sont des types qui s’épanouissent et jouissent de l’abondance du Pouvoir et des honneurs. S’ils renoncent à tout cela, il n’y a pas de mal à les conserver, pour les exhiber dans les musées, ou dans les salles de spectacles, comme on exhibe aujourd’hui les animaux fossiles.

Isaac PUENTE (7)

1) Il s’agit de la CNT, l’organisation anarcho-syndicaliste espagnole qui fut à l’origine de 1’autogestion pendant la guerre civile 1936-39 et qui à l’époque où écrivait Puente regroupait entre 500.000 et 700.000 adhérents, soit environ 6 ou 8% de la population active.

2) A l’époque, l’aristocratie espagnole représentait un poids social non négligeable.

3) La constitution espagnole de la II république indiquait en 1931 que l’Espagne était une république de travailleurs.

4) Chiffres pour l’Espagne de 1932-35

5) J’ai coupé une demi-page de considérations sur l’économie de 1932-35, qui ne sont plus valables aujourd’hui.

6) J’ai omis 2 pages et 2 tableaux qui ne s’appliquaient qu’à la situation détaillée de l’époque.

7) Isaac Puente (1886-1936), fils de pharmacien, étudia et exerça la médecine et devint anarchiste entre 1920 et 1922. Il écrivit de nombreux articles sur la naturisme, la sexualité, tout en étant un membre actif de la CNT, et de la FAI -Fédération Anarchiste Ibérique-. A ce titre il organisa avec Durruti, Mera, etc., un soulèvement dans une partie de l’Espagne en décembre 1933. En juillet 1936, Puente se trouve chez lui à Maeztu, près de Vitoria, médecin dans une zone tenue par les fascistes. Il semble que bien qu’étant caché, il se soit occupé de blessé, ce qui entraîna son arrestation en juillet. Malgré une tentative d’échange de prisonniers, il fut fusillé, comme des milliers d’autres, pendant l’été, le 1 septembre 1936. ( d’après Mikel Peciña).