Todor Mitev

Todor Mitev

samedi 4 juin 2005, par frank

Tocho 26-3-1926-17-8-2002

Todor Mitev, Tocho, était, dès 1947, un militant du mouvement anarchiste bulgare. Durant sa dernière année de médecine, il fut identifié par la police communiste et laissé en liberté en échange de renseignements. Il avertit alors les camarades et rédigea des fiches anodines, mais au bout de quelques semaines, la police le somma d’être « efficace » sous peine d’arrestation et de liquidation. Grâce aux camarades, et après diverses tentatives, il put émigrer en 1950, pour se retrouver en prison en Yougoslavie. Après avoir refusé de travailler pour les titistes, il reprit ses études de médecine. Puis, avec un groupe de camarades et d’amis, il passa la frontière italienne pour se retrouver en camp en Trieste. Finalement, il s’évada pour arriver en France où l’émigration était organisée.

Esprit curieux et ouvert, il reprit ses études de médecine et s’intégra à la société française. Il participa à la revue et au groupe afinitaire « Noir & Rouge » qu’il marqua par sa recherche sérieuse, objective et appliquée au concret. Nous lui devons l’élan donné à l’étude sur l’autogestion en Yougoslavie, la critique du marxisme et la revendication de Michel Bakounine. Toujours en rapport avec l’émigration bulgare, il ne partageait pas les luttes de personnes et cherchait à mettre en valeur les ressources de chacun. En tant que médecin, il soignait les frères ennemis « Baï Guéorgui » (Balkanski) et « Baï Ivan » (Ivan Ivanov Ratchev) et les appréciait tous deux. Il paya les frais d’enterrement de « Baï Ivan » et nous avons photocopié ses œuvres pour en remettre un exemplaire à l’Institut social d’Amsterdam et un autre à la Bdic de Nanterres.

Avec la fin de « Noir & Rouge » qu’il considéra comme une erreur, Tocho fut plus en marge du mouvement. Mais il était toujours prêt pour donner un coup de main financier ou médical. Et il a fortement aidé le travail de l’infatigable Nikola Tanzerkov avec la revue « Iztok » tant en bulgare qu’en français, puis seulement en bulgare. Et il a également aidé les camarades en Bulgarie. Il édita à ses frais en 1993 un travail de 213 pages sur Khristo Botev, ce poète et révolutionnaire libertaire bulgare, inséparable de la littérature et de l’indépendance de son pays.

Profondément attaché à la vie, la randonnée, la musique, la littérature, Tocho cultivait beaucoup l’amitié et les longues discussions à plusieurs voies, comme son père, un petit bonhomme refusant de monter socialement, toujours le dernier à se rendre aux élections obligatoires pour faire enrager les fonctionnaires du Parti, qui mourut en 67, sans avoir revu son fils. Ayant diagnostiqué lui-même son cancer au cerveau, Tocho décida de prendre congé de chacun, avec tact et bonne humeur, évoquant le passé sans acrimonie. Et il a eu la chance de s’éteindre calmement.

Frank Mintz (publié dans « Le Monde Libertaire » IX 2002)