Soldat

Soldat

jeudi 19 mai 2005, par Yvetot Georges

SOLDAT n. m. (de l’italien soldato). Milit. Militaire qui touche une solde payée régulièrement par le prince ou par le pays qu’il sert
- Simple soldat. ’Militaire non gradé : c’est un militaire de 31 catégorie, puisqu’il y a : officiers, sous-officiers et soldats pour composer une armée.

Plus un officier a de galons, plus il s’éloigne du soldat, ayant sur lui d’autant plus d’autorité et de solde importante avec plus d’honneur et moins de risques. Le soldat touche une solde ridicule, mais il est abrité, vêtu, nourri et couché. Tout cela pour une besogne stupide dans son exercice, criminelle dans ses intentions, infâme par son accomplissement et son but.

N’est pas soldat qui veut : un infirme, un idiot, un malingre, un trop faible d’esprit ou de corps est exempté définitivement. Il faut convenir que les majors peu scrupuleux examinent, auscultent, palpent la chair des hommes de vingt ans, obligatoirement tenus de se présenter à jour et à heure fixes, pour ce qu’on appelle le conseil de révision. Tous les conscrits ont de fortes chances d’être reconnus bons pour le service, surtout s’il y a nécessité de chair à canon pour défendre des intérêts qui ne les touchent aucunement s’ils ne sont capitalistes ou fils de capitalistes. S’il a la naïveté, le pauvre soldat, de croire qu’il est appelé à se battre pour un idéal ou pour une raison plus ou moins admissible, à moins d’être un crétin, il verra vite qu’il n’en est rien et qu’il est tragiquement dupe. Mais s’il est soldat, il n’est plus un homme ; il est un numéro matricule, une machine à obéir, une machine à tuer son semblable. Un moment, il voit, en face de lui, ayant subi le même ignoble dressage que lui, un autre homme ; cet homme qu’il ne connaît pas, qu’il n’a jamais vu ni connu, c’est l’ennemi. Il lui ressemble, pourtant, comme un frère, c’est un homme comme lui ; non, c’est un soldat comme lui. Et c’est à qui, dans ce face à face des deux soldats, tuera l’autre ! C’est pour cela que l’un et l’autre ont été faits soldats. Ce n’est. même pas aussi simple ; le duel ainsi décrit, n’existe que par le hasard de la guerre. Les circonstances qui mettent en présence un homme contre un autre homme, sont très rares. En effet, ce serait dangereux, peut-être, si ces deux hommes n’étaient pas aussi complètement soldats que le veulent ceux qui, à l’abri, les ont envoyés l’un contre l’autre ; il se pourrait que ces deux soldats se reconnussent comme hommes, victimes tous deux d’une machination atroce et qu’ils fraternisassent, comme cela s’est vu plus souvent qu’on ne croit, malgré le soin pris pour étouffer de si mauvais exemples, susceptibles d’être contagieux. Aussi, la guerre, ce n’est pas la lutte corps à corps et c’est tout à fait rarement le duel d’homme à homme ; c’est, au contraire, la tuerie aveugle, en groupe ; c’est le massacre acharné, sauvage de brutes affolées, en furie comme des bêtes, ce sont des fous en bandes excitées, entraînées, ivres de haine et ivres d’alcool. Il faut cela, parait-il, pour être de parfaits assassins, stupides, féroces, lâches, cruels et surtout inconscients ; en un mot, pour être de bons soldats, des héros, tuant ou se faisant tuer glorieusement ainsi que le proclament les profiteurs de toutes sortes auxquelles les guerres entre nations et les guerres coloniales procurent avancement, décorations et bénéfices.

Il n’y a, pour nous, qu’une guerre admissible, c’est la guerre civile. Là, il ne faut pas des soldats, mais des hommes. C’est indispensable pour accoucher par le fer une société grosse de transformation sociale. Quant aux malheureux enfants du peuple qui, par hasard, sont soldats de force à un tel moment, ils ont l’occasion de redevenir subitement des hommes en aidant leurs frères civils à faire la Révolution.

C’est d’ailleurs ainsi que peut réussir une Révolution ; les événements sociaux nous le prouvent ; les faits historiques de toute nation et de toute époque qui se sont produits en vue d’une transformation politique et sociale ne l’ont pas été autrement, on le sait. La Bourgeoisie qui a tout à perdre veut tout conserver. Pour cela, elle est prête à tout.

Enfin, chacun selon la loi, doit, en France, servir la patrie, et, s’il est besoin, mourir pour elle. Autrefois, le soldat de métier, changeait facilement de patrie, suivant la solde qui lui était offerte. Les chefs se ménageaient de leur mieux, et en avaient pour l’argent qu’ils consacraient à former et à payer des soldats qu’ils remplaçaient par d’autres quand ils disparaissaient, changeaient de camp ou se faisaient tuer. Le chef ou seigneur en avait pour ce qu’il payait. Il en usait selon ses moyens, pour Dieu, pour la Patrie, pour le Roi !.. et aussi pour lui-même.

Depuis la Révolution française, on a changé tout cela. Puis, est venu un vrai de vrai, parmi les soldats Napoléon, le Corse aux cheveux plats. Il mit sous sa botte le peuple qui avait pris la Bastille et renversé la Monarchie. Il conduisit par le sabre des soldats en haillons auxquels il fit voir du pays et qu’il gorgea de gloire et de sang. Ce fut le soldat triomphant de l’épopée impériale auquel nous devons la funeste prospérité du Militarisme et la renommée du soldat.

Les guerres ont, depuis, pris leur large place dans le monde. C’est une vaste et bonne affaire internationale, dont les Peuples font tous les frais. Inutile d’en parler encore ici. Nous sortons d’en prendre. La guerre mondiale fut, de 1914 à 1918, une hécatombe horrible de soldats. La prochaine ne se contentera pas de soldats : elle voudra tout ce qui vit.

Si l’on peut entendre par soldat, celui qui embrasse la défense de quelqu’un ou de quelque chose : les soldats de l’idée, on peut dire que les insoumis, les déserteurs, les réfractaires au métier de soldat sont de rudes et valeureux soldats quand on songe à ce qu’ils risquent en tout temps, de souffrances physiques et morales pour échapper à l’exécrable obligation du service taire.

Mais que dire de l’admirable énergie des objecteurs de conscience qui refusent de se plier à tout ce qui leur est commandé par l’usage, par la loi, par ce que les intéressés appellent le devoir. Ceux là qui, consciemment, énergiquement, stoïquement, refusent de toucher une arme, sont de véritable héros. Ceux-là sont des soldats de l’Idée. (Voir Conscience, Objection, Paix).

Ces soldats de résistance au Mal, ces convaincus, ces héros, ces martyrs sont des hommes !

Ils ne veulent tuer personne : ils veulent tuer la guerre !

Georges YVETOT.