L’anarchosyndicalisme récidive *… Réponse brève

lundi 15 février 2016, par CNT Solidarité ouvrière

À propos de la calomnie comme analyse politique : permanence du marxisme léninisme ou désir de jouer sur des paradoxes ?

Frank 15.02.16

L’anarchosyndicalisme récidive *… Réponse brève

*- L’anarchosyndicalisme récidive pendant la crise, Robert Bibeau, 27.01.2016
http://www.les7duquebec.com/7-au-front/lanarcho-syndicalisme-refait-surface-pendant-la-crise/

Le titre associant « anarchosyndicalisme » et le verbe « récidiver » indiquent clairement que l’auteur méprise l’anarchosyndicalisme.

L’anarchosyndicalisme est une vision émancipatrice des classes sociales exploitées afin qu’elles s’organisent à la base parce que « L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » (slogan de la Ière Internationale en 1864). Pour ce faire, ils peuvent passer par des représentants élus en assemblées générales souveraines qui les contrôlent, les remplacent (pour former de nouvelles personnes) et les révoquent si leur gestion s’avèrent défectueuses ou superficielles.

Historiquement, l’esprit anarchosyndicaliste apparaît en 1905 avec le surgissement spontané des soviets dans la Russie tsariste … sans intervention d’un Comité central quelconque. En février 1917 une nouvelle apparition spontanée des soviets renverse la dictature tsariste… sans ordre d’un Comité central prolétarien. Les travailleurs des campagnes et des usines luttent victorieusement contre les forces capitalistes. Cependant, leur organisation est trahie, avortée par les socialistes dits scientifiques sous les ordres de Vladimir Ilitch Lénine (et des lieutenants comme Léon Trotski et Joseph Staline, etc.), avec l’organe léniniste par excellence : la Tchéka, police criminelle anti prolétarienne active de 1918 à aujourd’hui en Russie sous le nom de FSB.

Il faut ajouter que le printemps arabes 2010-2012 représente une prise de conscience à la base, en Tunisie, sans décision d’un quelconque groupe ou parti socialiste autoritaire. Et dans ce sens, on peut le qualifier d’anarchosyndicaliste.

L’anarchosyndicalisme est présent dans le mouvement ouvrier espagnol en particulier pendant la guerre révolutionnaire de 1936-1939 dans la Confédération nationale du travail (CNT). Deux millions de travailleurs environs gèrent en autogestion leurs moyens de production.

L’auteur se place lui-même du côté des exploiteurs, ou bien il fait partie d’une tendance prétendument socialiste qui désire diriger les travailleurs, visiblement - selon l’auteur -, ils sont encore incapables en 2016 de s’émanciper par eux-mêmes.

Qu’il se prenne pour un capitaliste ou un commissaire politique, l’auteur a choisi le camp des manipulateurs dont le but est de tromper les exploités. C’est ce que le titre de cet article annonce.

Que prétend expliquer le commissaire politique Robert Bibeau ?

Le premier paragraphe résume parfaitement tout le texte : une réalité sciemment déformée et une définition volontairement absurde de l’anarchosyndicalisme.

La réalité est que la CGT française n’a jamais été anarchosyndicaliste ; quant à ce qu’elle est aujourd’hui, la réponse arrive dans la phrase suivante. L’évocation de l’anarchosyndicalisme est entièrement fausse (l’auteur répète 3 fois le mot dans le premier paragraphe et 6 fois dans le deuxième, et ce gargarisme ne change rien à la falsification) ; mais le courant que l’auteur désigne de façon si mensongère est effectivement présent dans la CGT.

Quelle est ce courant ?

Apparemment l’auteur confond l’anarchosyndicalisme avec les encycliques du Vatican, soit avec le discours répétitif du « Parti de gauche » en France ou « Izquierda Unida » en Espagne, voir « Cyriza » (de Tsípras) en Grèce.

En tant qu’anarchosyndicaliste, je suis d’accord avec l’auteur le « Parti de gauche » en France ou « Izquierda Unida » en Espagne, et « Cyriza » sont des représentations naïves d’une possibilité de changement pacifique du capitalisme en socialisme libertaire (comme a pu le concevoir Pierre-Joseph Proudhon). Bibeau a, toutefois, oublié de mentionner deux disciples de Proudhon : Karl Marx et Friedrich Engels et leur mirage de créer un grand parti prolétarien légal en Allemagne qui instaurerait le socialisme en s’emparant de l’État. Après la répression de la Commune de Paris en 1871, il fallait être dément pour l’imaginer. Et il en va de même aujourd’hui.

Très concrètement, en tant que travailleurs anarcho-syndicalistes, nous participons, avec l’ensemble des salariés (les vrais producteurs des richesses) aux luttes revendicatives ayant pour but des améliorations tant économiques que morales. Et nous le faisons, indépendamment des différences qui existent, avec d’autres organisations comme la CGT, par exemple, et les centrales syndicales plus ou moins en faveur du système capitaliste. Nous lutterons toujours pour défendre nos droits et en gagner des nouveaux.
Pour nous l’unité d’action est une pratique qui ne peut que renforcer à la base la solidarité et la conscience de la classe ouvrière contre toutes les formes d’exploitation (de la pédophilie à la peine de mort justifiée par des sectes).

Cette réalité ne nous fait pas oublier pour autant, notre volonté de transformation sociale, afin d’en finir un jour avec cette société capitaliste basé sur l’exploitation et la domination de l’homme par l’homme. Et nous visons, comme anarcho-syndicalistes, la création d’une société sans exploitation sociale et sans hiérarchie, systématiquement contrôler par des assemblées de travailleurs et de citoyens.

Comment se fera la révolution sociale ? Se fera-t-elle ?

C’est aux salariés, c’est à nous que la tâche revient : l’histoire ne se répète pas, par contre, les erreurs sont souvent les mêmes, comme juger le présent en regardant en arrière.

Des critères existent pour nous aider à comprendre le quotidien : la connaissance objective du passé ; la vie réelle des travailleurs (pas celle qui était imposée par la propagande du socialisme réel en URSS et dans ses colonies, et dans la Chine maoïste ; ou aujourd’hui à Cuba et au Venezuela).

En ce sens l’article de Robert Bibeau et ses analyses de faussaire sert de repoussoir.

Secrétariat aux Relations internationales de la CNT – Solidarité ouvrière, 15.02.2016.