Notes sur l’anarchisme

Notes sur l’anarchisme

lundi 20 juin 2005, par Chomsky Noam

J’ai repris ma traduction (avec des corrections)parce que c’est une vision de l’engagement libertaire pour changer la société,avec d’autres tendances (même si personnellement je considère que les conseillistes ont une position identique à celle des staliniens sur la CNT de 1939-1939).

Frank Mintz
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Noam Chomsky

Notes sur l’anarchisme

(traduction présentation et notes par Martin Zemliak [ = Frank Mintz])

Document pour servir à l’histoire du mouvement anarchiste international N° 4, juin 1982
Présentation

J’ai pensé que cette interprétation de l’anarchisme par un militant se dit libertaire au sens large, mais qui insiste sur le côté de la lutte de classes et des revendications sociales, est une contribution que les lecteurs de langue française doivent connaître.

A l’origine, cet article est paru dans "Monthly Review et également comme introduction à l’édition nord-américaine de L’Anarchisme de Daniel Guérin. Ensuite, il a été repris par Chomsky dans son livre For Reasons of State ("Pour raisons d’Etat). L’auteur a bien voulu répondre à certains problèmes- de références de textes de Marx et il a également autorisé la reproduction sans copyright pour les Cahiers Max Nettlau (lettre du 19-VI-1980).

Le traducteur : Martin Zemliak [ = Frank Mintz]

Un écrivain français, proche de l’anarchisme, observait à la fin du XIX siècle que "l’anarchie a bon dos. Comme le papier elle souffre tout", y compris ajoutait-il ceux dont les actes sont tels "qu’un ennemi mortel de l’anarchisme n’eût pas mieux agi" (1). Toutes sortes de pensées et d’actions ont été jugées comme "anarchistes". Il serait vain de tenter de réunir toutes ces tendances opposées en une quelconque théorie générale ou idéologie. Même si nous prenons l’histoire de la pensée libertaire comme une tradition vivante et en évolution, comme l’écrivain Daniel Guérin le fait dans son livre L’Anarchisme (2), il s’avère difficile de formuler la. doctrine comme une théorie spécifique et déterminée de la société et du changement social.

L’historien anarchiste allemand Rudolf Rocker, qui présente une conception systématique du développement de la pensée anarchiste vers l’anarcho-syndicalisme, qui sera reprise par D. Guérin, met les choses à leur place en écrivant que l’anarchisme n’eût pas : "un système figé, fermé sur lui-même, mais plutôt une tendance définie du développement historique du genre humain, qui, à l’opposé de la surveillance intellectuelle exercée par toutes les institutions cléricales et gouvernementales, S’efforce de stimuler le libre développement, sans entraves, de toutes les énergies individuelles et sociales de la vie. La liberté elle-même n’est qu’un concept relatif, et non un concept absolu, puisqu’elle tend constamment à s’étendre et toucher des cercles de plus en plus larges, de différentes manières. Cependant, la liberté n’est pas pour les anarchistes une conception philosophique abstraite, mais la possibilité vitale concrète pour chaque être humain d’atteindre l’épanouissement complet des forces, des capacités et du talent dont la nature l’a doté, et de les transformer en réalité sociale. Cet équilibre naturel sera influencé par la tutelle ecclésiastique ou politique, plus la personnalité humaine pourra être efficace et en harmonie plus elle donnera la mesure de la culture de la société où elle s’est formée." (3)

On pourrait se demander quel est le sens de l’étude "d’une tendance définie du développement historique du genre humain" qui n’entraîne pas une théorie sociale spécifique et détaillée. En fait de nombreux commen-tateurs rejettent l’anarchisme parce qu’il est utopique, sans forme, primitif ou bien chargé d’autres caractères qui le rendrait incompatible à la réalité d’une société complexe. On pourrait cependant raisonner bien autrement : en disant qu’à chaque stade de l’histoire notre souci devrait être de dévoiler les formes d’autorité et d’oppression qui proviennent d’époques où elles auraient pu être justifiées par le besoin de la sécurité, la survie ou le développement économique, mais qui actuellement contribuent à alourdir la vie culturelle et matérielle, au lieu de l’allé-ger.

S’il en est ainsi, il n’y aura pas de doctrine du changement social fixée pour le présent et le futur, ni même nécessairement, une conception spécifique et immuable des buts du changement social. Il est probable que notre compréhension de la nature de l’homme ou des possibilités des formes sociales est si rudimentaire que toute doctrine à grande échelle doit être traitée avec un grand scepticisme, tout comme il faut être sceptique lorsqu’on entend dire que "la nature humaine", "la nécessité de l’efficacité" ou "la complexité de la vie moderne" exigent telle ou telle forme d’oppression et de règle autocratique.

Néanmoins, à un moment donné, il est raisonnable de développer, autant que faire se peut, une réalisation spécifique de cette "tendance définie du développement historique du genre humain", adaptée aux tâches du présent. Pour Rocker, le "problème qui se pose à notre époque est celui de libérer l’homme du fléau de l’exploitation économique et politique et de l’esclavage social". Et la méthode n’est pas la conquête et l’exercice du pouvoir étatiques ni le parlementarisme crétinisants mais bien "la reconstruction de la vie économique des peuples à partir des fondations et ce dans l’esprit du socialisme".

"Mais seuls les producteurs eux-mêmes sont aptes à cette tâche, car ils sont le seul élément créateur de valeur d’une société dont un nouveau futur peut surgir. C’est à eux que revient la tâche de libérer le travail de toutes les entraves que l’exploitation économique a placées, la tâche de libérer la société de toutes les institutions et de toutes les attitudes du pouvoir politique, et celle d’ouvrir la voix à une alliance de groupes libres d’hommes et de femmes fondés sur le travail coopératif et une administration planifiée des choses dans l’intérêt de la communauté. Préparer les masses travailleuses des villes et des campagnes, à ce but élevé et les unir en une force militante, tel est l’objectif de l’anarcho-syndicalisme moderne, et il se consacre entièrement à cette tâche (4). »

En tant que socialiste, Rocker considère comme un point acquis que "l’émancipation véritables finale et complète des travailleurs n’est possible qu’à une condition : l’appropriation du capitale c’est-à-dire, des matières premières du prolétariat." (5) En tant qu’anarcho-syndicaliste, il insiste en outre sur le fait que les organisations de travailleurs créent "non seulement les idées mais aussi les faits du futur lui-même" (6), dans la période prérévolutionnaire, et qu’elles représentent la structure de la future société : il espère qu’une révolution sociale détruira l’appareil étatique et expropriera les expropriateurs. "A la place du gouvernement, nous allons mettre l’organisation industrielle" : "Les anarcho-syndicalistes sont convaincus qu’un ordre économique socialiste ne peut être créé par des décrets et des statuts d’un gouvernements mais seulement par la collabora-tion solidaire du cerveau et du bras des travailleurs dans chaque branche de la production, c’est-à-dire par la prise en main par les producteurs eux-mêmes de la gestion de toutes les entreprises de telle sorte que tous les groupes séparés d’entreprises et de branches de l’industrie soient des membres indépendants de l’organisme économique général,, et qu’ils s’occupent systématiquement de la production et de la distribution des produits dans l’intérêt de la communauté sur la base de libres accords mutuels." (7)

Rocker écrivait à un moment où ces idées étaient appliquées durant la révolution espagnole. Juste avant cette révolution, l’économiste anarcho-syndicaliste Diego Abad de Santillán avait écrit : "... lorsque (la révolu-tion) peut poser le problème de la transformation sociales elle ne le fait pas par le biais de l’Etat, mais par l’organisation des producteurs. Nous avons suivis cette norme et nous n’avons pas eu besoin, jusqu’à présent, de l’hypothèse d’un pouvoir supérieur au travail organisé pour établir le nouvel ordre des choses. Si quelqu’un peut nous dire le rôle qu’aurait l’Etat dans une organisation économique où la propriété privée n’existerait pas, où le parisitisme ou les privilèges n’ont plus raison d’être ni de paraître nous lui en serions reconnaissants."

"La suppression de l’Etat ne peut pas être un long processus du dépérissement ; ce doit l’oeuvre de la révolution elle-même qui y met fin. En effet, ou bien la révolution donne la richesse sociale aux producteurs, ou bien elle ne la donne pas ; si elle la donne, les producteurs s’organisent pour produire et distribuer les produits collectifs, et l’Etat n’a rien à faire ; ou bien c’est lui qui les donne, et alors la révolution n’a été qu’un mensonge et l’Etat subsiste."

"Notre Conseil Fédéral de l’économie n’est pas un pouvoir politiques mais un régulateur économiques administratif ; il reçoit ses directives d’en bas, il doit adapter son rôle aux décisions des congrès régionaux et nationaux ; c’est un centre de liaisons, et rien de plus." (8)

Engels, dans une lettre de I883, exprimait son désaccord avec cette conception : "Les anarchistes posent le problème à l’envers. Ils disent que la révolution prolétarienne doit commencer par l’élimination de l’organisation politique de l’Etat. [...] Mais le détruire complètement à un tel moment équivaudrait à détruire le seul appareil à l’aide duquel le prolétariat triomphant peut assumer le pouvoir qu’il vient de conquérir, réprimer ses ennemis les capitalistes et réaliser la révolution économique de la société sans laquelle toute sa victoire se terminerait inexorablement par une défaite et l’extermination massive des ouvriers, comme ce fut le cas après la Commune de Paris (9)."

A l’opposé, les anarchistes - et plus nettement Bakounine - faisaient remarquer les dangers que la "bureaucratie rouge" qui sera sans conteste "le mensonge le plus vil et le plus redoutable qu’ait engendré notre siècle." (I0) L’anarcho-syndicaliste Fernand Pelloutier posait ces question : "Mais l’Etat transitoire à subir doit-il être nécessairement, fatalement la geôle collectiviste ? Ne peut-il consister en une organisation libertaire limitée exclusivement aux besoins de la production et de la consommation, toutes institutions politiques ayant disparu ?(11)."

Je ne prétends pas connaître la réponse à cette question. Mais il est clair semble-t-il, qu’à moins qu’il n’y ait, dans une certaine mesure, une réponse positive, les possibilités d’une révolution vraiment démocratique, qui réaliserait les idées humanistes de la gauche, ne sont pas très grandes. Martin Buber posa le problème brièvement en écrivant : "La nature des choses fait qu’on ne peut attendre d’un arbuste transformé en bâton qu’il ait des feuilles (I2)." La question de la conquête ou de la destruction du pouvoir de l’Etat était pour Bakounine le point principal qui le séparait de Marx (I3). Et d’une façon ou d’une autre, cela s’est reposé a plusieurs reprises dans notre siècle en opposant les socialistes "libertaires" et "autoritaires’’.

En dépit des avertissements de Bakounine sur la bureaucratie rouge et malgré leur réalisation pendant la dictature de Staline, ce serait faire une grossière erreur que d’interpréter les débats du siècle dernier comme identiques aux revendications des mouvements sociaux actuels et à leurs origines historiques. Et, en particulier, il est malintentionné de prendre le bolchevisme comme un "marxisme en pratique (14)." Plus exactement, la critique gauchiste du bolchevisme, qui tient compte des circonstances historiques de la Révolution russe, est beaucoup plus juste. "Le mouvement ouvrier gauchiste anti-bolchévique s’opposait aux léninistes parce que ceux-ci d’exploitaient pas suffisamment les changements en Russie dans des buts strictement prolétariens. Les léninistes devinrent prisonniers de leur environnement et utilisèrent les mouvements révolutionnaires internationaux pour satisfaire des besoins spécifiquement russes, qui furent synonymes des besoins du Parti- Etat bolchevik. Les aspects bourgeois de la Révolution russe apparurent alors dans le bolchevisme lui-même : le léninisme apparaissait comme une partie de la social-démocratie internationale dont il ne différait que par des points tactiques (15). »

Si on devait chercher une seule idée force dans la tradition anarchiste, ce serait, à mon sens, celle qu’exprimait Bakounine, en écrivant sur la Commune, en se décrivant ainsi : "Je suis un amant fanatique de la liberté, la considérant comme l’unique milieu au sein duquel puissent se développer et grandir l’intelligence, la dignité et le bonheur des hommes ; non de cette liberté toute formelle, octroyée, mesurée et réglementée par l’Etat, mensonge éternel et qui en réalité ne représente jamais rien que le privilège de quelques uns fondé sur l’esclavage de tout le monde ; non de cette liberté individualiste, égoïste, mesquine et fictive, prônée par l’Ecole de J.-J. Rousseau, ainsi que par toutes les autres écoles du libéralisme bourgeois, et qui considère le soi-disant droit de tout le monde, représenté par l’Etat, comme la limite du droit de chacun, ce qui aboutit nécessairement et toujours à la réduction du droit de chacun à zéro.

"Non, j’entends la seule liberté qui soit vraiment digne de ce nom, la liberté qui consiste dans le plein développement de toutes les puissances matérielles, intellectuelles et morales qui se trouvent à l’état de facul-tés latentes en chacun ; la liberté qui ne reconnaît d’autres restrictions que celles qui nous sont tracées par les lois de notre propre nature ; de sorte qu’à proprement parler il n’y a pas de restrictions, puisque ces lois ne nous sont pas imposées par quelque législateur du dehors, résidant soit à côté, soit au-dessus de nous ; elles nous sont immanentes, inhérentes, constituant la base même de tout notre être, tant matériel qu’intellectuel et moral ; au lieu donc de trouver en elles une limite, nous devons les considérer comme les condition : réelles et comme la raison effective de notre liberté (16) ."

Ces idées sont nées au Siècle des Lumières. Leurs racines sont dans Le discours sur l’Inégalité de Rousseau, Les limites de l’action de l’État d’Humboldt, l’insistance de Kant, dans sa défense de la Révolution française du fait que la liberté est la condition .préalable pour acquérir la maturité pour la liberté, et non pas un cadeau à offrir lorsque cette maturité sera atteinte. Face au le développement du capitalisme industriel, un système d’injustice nouveau et imprévu, c’est le socialisme libertai-re qui a préservé et étendu le message humaniste profond du Siècle des Lumières et les idées classiques libérales qui furent perverties par leur transformation en idéologie pour défendre cet ordre social en formation.

En fait, les bases mêmes qui amenèrent le libéralisme classique à s’opposer à l’intervention de l’État dans la vie sociale, rendent également intolérable les relations sociales capitalistes. Humboldt, par exemple, le montre clairement dans son oeuvre Les limites de l’action de l’Etat qui devançait celle de Mill et l’inspira, peut-être, et sur laquelle nous allons insister. Cet ouvrage classique de la pensée libérale, achevé en 1792, est de façon profonde et précoce de nature anti-capitaliste. Ses idées doivent être diluées jusqu’à être incompréhensibles pour qu’on puisse en faire une idéologie du capitalisme.

La version d’Humboldt d’une société où les chaînes sociales sont remplacées par des rapports sociaux et où le travail est librement effectué, fait penser au jeune Marx ; par exemple le traitement de "l’aliénation du travail lorsque le travail est externe au travailleur [...] et ne fait pas partie de sa nature [...de sorte] qu’ il ne se réalise plus dans son travail, mais qu’il se nie lui-même [...et devient] physiquement puisé et mentalement diminué", travail aliéné qui renvoie certains travailleurs à un type de travail barbare et qui fait d’autres des machines", privant ainsi l’homme de son "trait spécifique", "d’activité libre et consciente" et de "vie productive". De même Marx imagine "un nouveau type d’être humain, qui a besoin de son semblable [... L’association des travailleurs devient] l’effort constructif réel pour créer le tissu social des futures relations humaines (17). "

Il est vrai que la pensée libertaire classique est opposée à l’inter-vention de l’Etat dans la vie sociale, comme conséquence d’une supposition profonde sur le besoin humain de liberté, de diversité et de libre association. Il en découle que les rapports capitalistes de production, le salariat, la compétitivité, l’idéologie de l’individualisme possessif doivent être considérées comme profondément anti-humains. On peut vraiment considérer le socialisme libertaire comme l’héritier des idées libérales du Siècle des Lumières.

Rudolf Rocker décrit l’anarchisme moderne comme étant "la jonction de deux grands courants qui pendant et depuis la Révolution française ont acquis leur expression caractéristique dans la vie intellectuelle de l’Europe : le socialisme et le libéralisme". Les idées libérales classiques selon lui, ont sombré face à la réalité des formes économiques capitalistes. L’anarchisme est nécessairement anti-capitaliste parce qu’il s’oppose à l’exploitation de l’homme par l’homme". Mais l’anarchisme s’oppose également à "la domination de l’homme sur l’homme", et considère que
"le socialisme sera libre ou ne sera pas." C’est là que se trouve la justi-fication authentique et profonde de l’existence de l’anarchisme (18). "

De ce point de vue, l’anarchisme peut être interprété comme étant une branche libertaire du socialisme. C’est dans cet esprit que Daniel Guérin a envisagé l’étude de l’anarchisme dans son livre L’Anarchisme et dans d’autres. Guérin cite Adolph Fisher qui dit que "chaque anarchiste est un socialiste, mais que chaque socialiste n’est pas nécessairement un anarchiste". De même Bakounine, dans son Manifeste anarchiste de 1865, programme de son projet de fraternité révolutionnaire internationale, pose comme principe que chaque membre doit être, d’abord, socialiste.

Un anarchiste logique doit s’opposer à la propriété privée des moyens de production et au salariat qui sont les composantes du capitalisme, parce qu’ils sont incompatibles avec le principe de ce que le travail doit être libre et sous le contrôle du producteur. [souligné par le traducteur] Comme Marx l’a dit, les socialistes aspirent à une société où le travail "sera devenu non seulement moyen de vivre, mais même le premier besoin de l’existence" (19), ce qui est impossi-ble lorsque le travailleur est soumis à une autorité externe ou le besoin et non par une impulsion intérieure. "Aucune forme de travail salariée même si certaines sont moins odieuses que d’autres, ne peut venir à bout du sa-lariat en soi." (24) Un anarchiste logique doit s’opposer non seulement au travail aliéné mais aussi à la stupéfiante spécialisation qui prend place avec les moyens de développement de la production "mutile le travailleur en un fragment d’être humain, le dégrade pour en faire un simple appendice de la machine, fait de son travail un tel tourment que le sens essentiel est détruit ; éloigne de lui les potentialités intellectuelles du processus du travail proportionnellement à l’étendue de la science incorporée en tant que pouvoir indépendant ... (2I). "

Marx ne considéra pas cela comme la conséquence inévitable de l’indus-trialisation, mais plutôt comme un trait des rapports capitalistes de production. La. société du futur doit s’efforcer de "remplacer le travailleur au pièce d’aujourd’hui... réduit à un simple fragment d’homme, par l’individu pleinement développé, capable de mener plusieurs activités.., et pour qui les différentes fonctions sociales... sont autant de moyens de donner libre cours à ses talents naturels (22). "

La condition préalable est l’abolition du capital et du travail salarié en tant que catégories sociales (sans parler des armées industrielles de "L’Etat social" ou des diverses formes modernes de totalitarisme ou d’Etat capitaliste. La réduction de l’homme à la simple appartenance à la machine, à un outil spécialisé de la production devrait en principe être surmontées plutôt que renforcée, par le développement et l’usage adéquats de la tech-nologie. Mais cela ne peut se faire dans des conditions de contrôle auto-cratique de la production par ceux qui font de l’homme un instrument pour servir leurs fins, en ignorant ses réactions individuelles, selon l’expre-ssion d’Humboldt.

Les anarcho-syndicalistes cherchèrent, même dans le capitalisme, à créer des "associations libres de producteurs libres" qui mèneraient un combat militant et se prépareraient à organiser la production sur une base démocratique. Ces associations serviraient d"’école pratique d’anarchisme" (23). Si la propriété privée des moyens de production selon la phrase souvent citée de Proudhon n’est qu’un "vol" - "l’exploitation des faibles par les forts" (24) -, le contrôle de la production par un Etat bureaucratique, peu importe le degré de ses bonnes intentions, ne crée pas non plus les conditions dans lesquelles le travail manuel et intellectuel peut devenir le désir le plus fort dans la vie. Ces deux formes doivent donc être rejetées.

Dans leur attaque contre le droit de contrôle privé ou bureaucratique des moyens de production, les anarchistes adoptent la position de ceux qui luttent pour "la troisième et dernière phase émancipatrice de l’histoire". La première avait rendu serfs les esclaves, la seconde avait salarié les serfs et la troisième abolit le prolétariat dans un acte final de libération qui place le contrôle de l’économie dans les mains des associations libres et volontaires de producteurs (Fourier, 1848) (25). Le danger imminent de "civilisation" fut noté également par l’observateur perspicace Tocqueville en 1848 : "Quand le droit de propriété n’était que l’origine et le fondement de beaucoup d’autres droits, il se défendait sans peine ou plutôt, il n’était pas attaqué ; il formait alors comme le mur d’enceinte de la société dont tous les autres droits étaient les défenses avancées ; les coups ne portaient pas jusqu’à lui ; on ne cherchait pas sérieusement à l’atteindre. Mais aujourd’hui que le droit de propriété n’apparaît plus que comme le dernier reste d’un monde aristocratique détruits lorsqu’il demeure seul debout, privilège isolé au milieu d’une société nivelée, plus il n’est couvert derrière beaucoup d’autres plus contestables et plus hais son péril est plus grand ; c’est à lui seul maintenant à soutenir chaque jour le choc direct et incessant des opinions démocratiques. [...] Regardez ce qui se pa-sse au sein de ces classes ouvrières, qui aujourd’hui, je le reconnais, sont tranquilles. Il est vrai qu’elles ne sont pas tourmentées par les passions politiques proprement dites, au même degré où elles en ont été tourmentées jadis ; mais, ne voyez-vous pas que leurs passions de politiques sont devenues sociales ?

Ne voyez-vous pas qu’il se répand peu à peu dans leur sein des opinions, des idées, qui ne vont point seulement à renverser telles lois, tel ministère, tel gouvernement même, mais la société, à l’ébranler sur les bases sur lesquelles elle repose aujourd’hui ? (26). "

La commune fut évidemment noyée dans le sang. La nature de la. "civilisation" que les travailleurs de Paris cherchaient à renverser par leur attaque des "bases mêmes de la société" apparut, une fois de plus, lorsque les troupes du gouvernement de Versailles reprirent Paris à sa population. Comme Bakounine l’écrivit durement mais justement. "La civilisation et la justice de l’ordre bourgeois se montrent sous leur jour sinistre chaque fois que les esclaves de cet ordre se lèvent contre leurs maîtres. Alors, cette civilisation et cette justice se démasquent comme la sauvagerie sans masque et la vengeance sans loi [...] les exploits infernaux de la soldatesque reflè-tent l’esprit inné de cette civilisation dont ils sont les mercenaires et les défenseurs [...] La bourgeoisie du monde entier qui contemple complaisamment le massacre en masse après la bataille, est convulsée d’horreur devant la profanation de la brique et du mortier ! (28). "

Malgré la destruction violente de la Commune, Bakounine écrivit que Paris ouvre une ère nouvelle, "celle de l’émancipation définitive et complè-te des masses populaires et de leur solidarité désormais toute réelle, à travers et malgré les frontières des Etats [...] la prochaine révolution internationale et solidaire des peuples sera la résurrection de Paris (29). " Une révolution que le monde attend encore.

L’anarchiste logique, donc, sera socialiste, mais d’une sorte particulière. Il ne s’opposera pas seulement au travail aliéné et spécialisé et ne cherchera pas uniquement l’appropriation du capital par l’ensemble des travailleurs, mais il insistera, en plus pour que cette appropriation soit directe, et non pas exercée par une force élitiste agissant au nom du prolétariat. Bref, il sera contre :

"L’organisation de la production par le gouvernement. C’est le socialis-me d’Etat, la direction de la production par les fonctionnaires d’Etat, l’autorité des directeurs, des savants, des cadres dans l’usine. [...] L’objectif de la classe ouvrière est de s’affranchir de l’exploitation. Ce but n’est pas et ne peut être atteint par une nouvelle classe dirigeante se substituant à la bourgeoisie. Il ne peut être atteint que si les ouvriers eux-mêmes deviennent maîtres de la production." (30)

Ces remarques sont prises dans "Cinq thèses sur la lutte des classes" du marxiste ultra-gauche hollandais Anton Pannekoek, un des théoriciens les plus en vue du mouvement du socialisme de conseil. Et en faits le marxisme d’ultra-gauche se fond avec les courants anarchistes.

Une illustration supplémentaire est fournie par la caractérisation suivante du "Socialisme révolutionnaire " :

"Le révolutionnaire socialiste refuse à la propriété d’Etat une autre issue que le despotisme bureaucra-tique. Nous avons vu pourquoi l’Etat ne peut gérer démocratiquement l’industrie. L’industrie ne peut être démocratiquement possédée et contrôlée que par les travailleurs élisant directement de leurs rangs des comités d’administration industrielle. Le socialisme sera fondamentalement un système industriel ; ses constituants auront un caractère industriel. Ainsi ceux qui auront des activités sociales et industrielles dans la société seront directement représentés dans les conseils locaux et centraux de l’administration sociale. De cette façon, le pouvoir de ces délégués viendra de ceux qui travaillent et sera en accord avec les besoins de la communauté. Lorsque le comité de l’administration centrale industrielle se réunira, il représentera chaque phase de la vie sociale."

"Ainsi l’Etat capitaliste politique ou géographique sera remplacé par le comité administratif industriel du socialisme. La transition d’un sys-tème social à l’autre sera la révolution sociale. L’Etat politique au long de son histoire correspondait au gouvernement des hommes par les classes dirigeantes ; la république du socialisme sera le gouvernement de l’industrie gérée pour le bien de la communauté entière. Le premier voulait dire oppre-ssion économique et politique de la majorité ; l’autre signifiera la liberté économique de tous. Ce sera donc une véritable démocratie."

Ces considérations sont de William Paul dans The State. Its origins and fonction [l’Etat, ses origines et sa fonction] écrit au début de 1917, un peu avant L’Etat et la Révolution de Lénine, sans doute son oeuvre la plus libertaire (voir la. note 14). Paul était membre du Parti travailliste socialiste marxiste Deleoniste et fut plus tard un des fondateurs du parti communiste anglais (31).

Sa critique du socialisme d’Etat ressemble à la doctrine libertaire des anarchistes dans le sens que la propriété et la gestion étatiques conduiront au despotisme bureaucratiques, et que la révolution sociale devra les rem-placer par l’organisation industrielle de la société avec le contrôle direct des travailleurs. D’autres déclarations semblables pourraient être citées.

Ce qui est beaucoup plus important est que ces idées furent appliques dans des actions révolutionnaires spontanées, par exemple, en Allemagne et en Italie après la première guerre mondiale et en Espagne (en particulier, dans l’industrie de Barcelone) en 1936. On pourrait en déduire qu’une certaine sorte de communisme de conseil est la forme naturelle du socialisme révolutionnaire dans une société industrielle. Cela montre le sentiment instinctif que la démocratie est avant tout un simulacre lorsque le système industriel est contrôlé par un parti autocratique, que ce soient des propriétaires, des cadres, des technocrates, un parti d’avant-garde ou un Etat bureaucratique. Dans ces conditions de domination autoritaire, les idéaux classiques libertaires développés plus tard par Marx et Bakounine et tous les autres vrais révolutionnaires ne peuvent se réaliser. L’homme ne sera pas libre de stimuler au maximum ses potentialités, et le producteur demeurera "un fragment d’être humain, dégradés un outil dans une production dirigée d’en haut."

L’expression "action révolutionnaire spontanée" peut prêter à confu-sion, surtout à une époque où on parle trop à la légère de "spontanéité" et de "révolution". Les anarcho-syndicalistes, au moins, prirent très au sérieux la remarque de Bakounine que les organisations de travailleurs doivent créer "non seulement les idées mais aussi les faits du futur lui-même" (32) dans la période prérévolutionnaire. Les réalisations de la révolution populaire en Espagne, en particulier, étaient fondées sur un patient travail de plu-sieurs années d’organisation et d’éducation, une des branches d’une longue tradition de dévouement et de militantisme. Les résolutions du Congrès de Madrid en juin 1931, et du Congrès de Saragosse en mai 1936, prévoyaient dan-s de nombreux domaines les actes de la révolution, tout comme les idées assez différentes esquissées par Santillán dans son évocation très précise de l’organisation sociale et économique que la révolution devait appliquer.

Guérin écrit : "La Révolution espagnole était donc relativement mûre dans le cerveau des penseurs libertaires, comme elle l’était dans la consci-ence populaire." (33) Et les organisations de travailleurs existaient avec leur structure, l’expérience et la compréhension nécessaires pour entrepren-dre la tache de la reconstruction sociale lorsque, avec le coup d’Etat de Franco, l’agitation du début de l’année 1936 déboucha sur l’explosion de la révolution sociale. Dans son introduction à un recueil de documents sur la collectivisation en Espagne, l’anarchiste Augustin Souchy écrit : "Depuis de longues années, les anarchistes et les syndicalistes d’Espagne considé-raient comme leur but suprême la transformation sociale de la Société. Dans leurs assemblées de syndicats et de groupes, dans leurs journaux, leurs brochures et leurs livres, le problème de la Révolution sociale fut discuté sans cesse et d’une façon systématique." (34)

Et tout cela accompagnait les réalisations spontanées de l’oeuvre constructive de la Révolution espagnole.

Les idées du socialisme libertaire, dans le sens de cette description, ont été oubliées dans les sociétés industrielles de la première moitié de ce siècle. Les idéologies dominantes ont été celles du socialisme d’Etat ou du capitalisme d’Etat (à caractère de plus en plus militarisé aux Etats-Unis, pour des raisons parfaitement claires (35). Mais ces idées ont trouvé un renouveau d’intérêt ces dernières années. Les thèses que j’ai citées d’Anton Pannekoek sont tirées d’une brochure récente d’un groupe d’ultra-gauche de travailleurs français Informations Correspondances Ouvrières (36). La citation de William Paul sur le socialisme révolutio-nnaire vient d’un article de Walter Kendall lu à la Conférence nationale sur le Contrôle Ouvrier à Sheffield, en Angleterre en mars 1969.

Le mouvement pour le contrôle ouvrier est devenu une force importante en Angleterre ces dernières années. Il a organisé plusieurs conférences et a publié un nombre respectable de brochures, et compte parmi ses membres actifs des représentants des syndicats les plus importants. Le syndicat des ouvriers de la mécanique et de la fonderie, par exemple, a adopté, comme politique officielle, le programme de la nationalisation des industries essentielles sous "le contrôle des travailleurs à tous les niveaux" (37). Sur le continent, il y a d’autres développements identiques. Mai 1968 a, naturellement accéléré l’intérêt croissant pour le communisme de conseil et des idées semblables, en France et en Allemagne, tout comme en Angleterre.

Etant donné la composition globale conservatrice de notre société hautement idéologique, il n’est pas étonnant que les Etats-Unis aient été relativement insensibles à ces évènements. Mais cela aussi peut changer. L’érosion du mythe de la guerre froide rend au moins possible de poser ces questions dans des cercles plus larges. Si la vague actuelle de répression peut être repoussée, si la gauche arrive à surmonter ses tendances les plus suicidaires et à construire sur ce qui a été fait ces dix dernières années, alors le problème est de savoir comment organiser la société industrielle sur des fondements vraiment démocratiques, avec le contrôle démocratique sur les lieux de travail et d’habitation, deviendra la question intellectuelle dominante pour ceux qui sont sensibles aux problèmes de la société d’aujourd’hui, et, si un mouvement de masse pour le socialisme libertaire se fait jour, on passera de la spéculation à l’action.

Dans son manifeste de 1865, Bakounine a prédit qu’un élément de la révolution sociale sera "cette partie intelligente et vraiment noble de la jeunesse qui, quoique appartenant par la naissance aux classes privilégiées, par ses convictions généreuses et ses ardentes aspirations, embrasse la cause du peuple." (38) Il est peut-être possible de voir le début de l’accomplissement de cette prophétie dans le soulèvement du mouvement étudiant des années 60-70.

Dans son ouvrage L’Anarchisme, Daniel Guérin a entamé ce qu’il décrit ailleurs comme étant "un procès en réhabilitation". Il considère, de façon convaincante à mon avis, que "les idées constructives de l’anarchie sont toujours vivantes, qu’elles peuvent, à condition d’être réexaminées et pa-ssées au crible, aider la pensée socialiste contemporaine à prendre un nouveau départ." (39) "et contribuent à enrichir le marxisme" (40), Sur le "bon dos" de l’anarchisme, Guérin a choisi, pour mieux les étudier, les idées et les actions qui peuvent être décrites comme socialistes libertaires. C’est naturel et raisonnable. Ce schéma englobe les porte-paroles anarchistes les plus importants, tout comme les actions de masse qui ont été animées par des sentiments et des idéaux anarchistes. Guérin aborde non seulement la pensée anarchiste, mais également les nouvelles formes sociales de la lutte révolutionnaire. En outre, il s’efforce de tirer des réalisations concrètes du passé des leçons qui enrichiront la théorie de la libération sociale. Pour ceux qui souhaitent non pas seulement comprendre le monde, mais aussi le changer, c’est la voie appropriée pour étudier l’histoire de l’anarchisme.

Guérin décrit l’anarchisme du XIX siècle comme étant essentiellement doctrinal, alors que le XX siècle, pour les anarchistes, a été l’époque de la "pratique révolutionnaire" (41). Le présent ouvrage reflète ce jugement. Son interprétation de l’anarchisme vise consciemment l’avenir. Arthur Rosenberg a indiqué que les révolutions populaires se caractérisent par leur volonté de remplacer "une autorité féodale ou centralisée gouvernant par la force" par une forme de système communal qui "implique la destruction et la disparition de la vieille forme de l’Etat". Un tel système sera ou bien socialiste ou bien "une forme extrême de démocratie [... ce qui est] la condition préliminaire à un socialisme, puisque le socialisme ne peut se faire que dans un monde jouissant de la plus grande liberté individuelle possible." Cet idéal, note-t-il, était commun à Marx et aux anarchistes (42). La lutte naturelle pour la libération va à l’encontre de la tendance géné-rale vers la centralisation dans l’économie et la vie politique.

Il y a un siècle Marx écrivit que la classe moyenne française qui avait rallié la classe ouvrière (43), "sentait qu’il n’y avait plus qu’une alternative, la Commune ou l’empire, sous quelque nom qu’il pût réapparaître. L’empire l’avait ruinée économiquement par son gaspillage de la richesse publique, par l’escroquerie financière en grand, qu’il avait encouragée, par l’appui qu’il avait donné à la centralisation artificiellement accélérée du capital, et à l’expropriation corrélative d’une grande partie de cette classe. Il l’avait supprimée politiquement, il l’avait scandalisée morale-ment par ses orgie, il avait insulté à son voltairianisme en remettant l’éducation de ses enfants aux frères ignorantins, il avait révolté son sentiment national de Français en la précipitant tête baissée dans une guerre -qui ne laissait qu’une seule compensation pour les ruines qu’elle avait faites : la disparition de l’empire." (44)

Le misérable second empire "était la seule forme de gouvernement possible, à une époque où la bourgeoisie avait déjà perdu - et la classe ouvrière n’avait pas encore acquis - la capacité de gouverner la nation."(45)

Il n’est pas très difficile de reprendre ces remarques afin qu’elles s’appliquent aux systèmes impérialistes de 1980 (46). Le problème de "libérer l’homme du fléau de l’exploitation économique et de l’esclavage politique et social" demeure le problème de notre époque. Aussi longtemps que cela durera, les doctrines et la pratique révolutionnaire du socialisme libertaire serviront d’inspiration et de guide.

Noam CHOMSKY

Notes

I - Octave Mirbeau, I9-2-I894, à propos d’Emile Henry, cité par Maitron Le mouvement anarchiste en France, tome I, p. 246 (Chomsky prend la citation dans James Joll The Anarchists, pp. 145-146).

2 - Il s’agit, répétons-le de la présentation de l’édition en anglais du livre de Guérin, et ce texte est d’abord paru dans le New York Review of Books le 21 mai 1970, le texte que nous présentons est légèrement remanié par l’auteur (Note du traducteur, NDT).

3 - Rudolf Rocker Anarchosyndicalism [Je me suis reporté aussi au texte espagnol édité par Picazo en 1978, p. 36.,NDT]

4 - O. c., p. 108.

5- O. c., p. 77. Il s’agit d’une citation de Bakounine d’un texte présente par Max Nettlau dans Der Anarchismus von Proudhon zu Kropotkin en 1927.

6 - O. c., p. 77, également de Bakounine.

7 - O. c., Rocker p. 94.

8 - Abad de Santillán El organismo económico de la Revolución, Madrid, 1978, p. 200. Dans le dernier chapitre écrit plusieurs mois après le début de la révolution, Santillán exprimait son regret par rapport à ce qui avait été obtenu jusqu’alors, en suivant cette ligne d’action.
Sur les réalisations de la révolution sociale en Espagne, voir mon livre L’Amérique et ses nouveaux mandarins et les textes cités, par la suite. L’étude importante de Broué et de Témime a été traduite en anglais. Depuis d’autres études importantes sont parues, en particulier : Frank Mintz L’autogestion dans l’Espagne révolutionnaire, César Lorenzo Les anarchistes espagnols et le pouvoir 1868-1969, Gaston Leval l’Espagne libertaire 1936-I939. On peut se reporter également à Vernon Richards Enseignement de la révolution espagnole.

9 - Cité par Robert C. Tucker The Marxian Revolutionary Idea (le texte français vient de Marx, Engels, Lénine Sur l’anarchisme et l’anarcho-syndicalisme, Moscou, 1973, pp. 191-192, et il est daté du 12 mai 1883).

1O - Lettre à Herzen et Ogareff de 1866 ; citée par Daniel Guérin dans Jeunesse du socialisme libertaire, p. 119.

11 - Ni Dieu ni Maître, III P. 74.-

12 - Martin Buber Chemins de l’utopie (retraduit de l’anglais).

13 - "Aucun Etat, si démocratique que soient ses formes, voire la république la plus rouge, populaire uniquement au sens de ce mensonge connu sous le nom de représentation du peuple, n’est en mesure de donner à celui-ci ce dont il a besoin, c’est-à-dire la libre organisation de ses propres intérêts de bas en haut, sans aucune immixtions tutelle ou contrainte d’en haut, parce que tout Etat, même le plus républicain et le plus démocratique, même pseudo populaire comme l’Etat imaginé par M. Max, n’est pas autre chose, dans son essence, que le gouvernement des masses de haut en bas par une minorité savante et par cela même privilégiée, soi-disant comprenant mieux les véritables intérêts du peuple que le peuple lui-même."
(Bakounine Étatisme et Anarchisme, 1873, trad. Body, "Oeuvre, IV, p. 220) "Mais le peuple n’aura pas la vie plus facile quand le bâton qui le frappera s’appellera populaire. " (o. c., p. 219)
Marx, bien évidemment, voyait les choses différemment. On peut lire l’effet de l’influence de la Commune de Paris sur cette dispute, en se référant aux commentaires de Guérin dans Ni Dieu ni Maître, publiés également dans Pour un marxisme libertaire.

14 - Sur la "déviation intellectuelle" de Lénine à gauche en 1917, voir Robert Vincent Daniels The state and the Revolution : a case study in the genesis and transformation of communist ideology, dans American Slavic and East European Review, vol. 12, n° I, 1953.

15 - Paul Mattick Marx and Keynes, p. 295.

16 - Bakounine La Commune de Paris et la notion d’État, dans Ni Dieu ni Maître, tome I, pp. 161-162. La remarque finale sur les lois de la nature individuelle comme condition de la liberté peut être rapprochée de la démarche de la pensée créatrice développée par les traditions rationalistes et romantiques, voir mes livres Linguistiques cartésiennes et Langage et Pensée.

17 - Shlomo Avineri The social and political thought of Karl Marx, p. 142 à propos de certains commentaires sur La Sainte Famille, Avineri affirme que dans le mouvement socialiste seuls les kibboutzim israéliens "se sont rendu compte que les modes et les formes de l’organisation sociale présente détermineront la structure de la future société". C’était, précisément, une idée caractéristique de l’anarcho-syndicalismes comme on l’a déjà vu.

18 - Rocker o. c., p. 28.

19 - Marx Critique du programme de Gotha, éd. Spartacus, p. 24.

20 - Marx Grundrisse, cité par Mattick o. c.,p. 306. A ce propos voir aussi l’essai de Mattick dans Workers Control édité par Priscilla Longs et Avineri o. c.

21 - Marx Le Capital retraduit de l’anglaise cité par Robert Tucker, qui souligne le fait que Marx considère le révolutionnaire plus comme un "producteur frustré" que comme un "consommateur insatisfait", dans The Marxian Revolutionary Idea. Cette critique plus radicale des rapports capitalistes de production est une conséquence directe de la pensée libertaire du Siècle des Lumières.

22 - Marx Le Capital (retraduit de l’anglais) cité par Avineri o. c., p. 83.

23 - Pelloutier L’Anarchisme.

24 - Qu’est-ce que la propriété. L’expression "la propriété, c’est le vol" ne plaisait pas à Marx, pour des considérations de logique, vu que le vol présuppose l’existence d’une propriété légitime. Voir Avineri o. c.

25 - Cité par Buber o. c.

26 - Cité par J. Hampden Jackson Marx, Proudhon and European Socialism,p. 60, texte français dans Tocqueville Œuvres, Gallimard, tome XII, pp. 37-38.

27 - Marx La guerre civile en France éd. Sociales, 1963, p. 68. Avineri souligne que ce commentaire et d’autres de Marx sur la Commune ne font référence qu’à des intentions ou des projets. Comme Marx s’en expliqua ailleurs, son appréciation de cette expérience était plus critique que dans cette allocution.

28 - Marx o. c., pp. 81-82-84.

29- Ni Dieu ni Maître, II, p. 22.

30 - I. C. 0. La grève généralisée en France, 1968. [édité en collaboration avec le groupe anarcho-communiste Noir & Rouge qui publiait en même temps Autogestion, Etat et révolution, NDT]

31 - voir Walter Kendall The revolutionary movement in Britain.
32 - voir note 5 et 6.

33 - L’Anarchisme, p. 146.

34 - Collectivisations : l’Oeuvre constructive de la révolution espagnole, Toulouse,CNT, p.8 .

35 - Voir Mattick Marx and Keynes, Michael Kidron Western capitalism since the war et mon livre At war with Asia.
36 - Groupe dissous en 1972, il réunissait sur une information concrète, et malgré quelques tensions, des anarchistes, des conseillistes et des militants sans étiquettes (NDT).

37 - voir Hugh Scanlon The way forwards for Workers Control, Scanlon est le président du syndicat des ouvriers de la mécanique et de la fonderie, un des plus nombreux d’Angleterre. Après la VI Conférence sur le contrôle ouvrier en mars 1968, un institut fut créé qui sert de centre de diffusion de l’information et de stimulation de la recherche.

38 - Ni Dieu ni Maître, I, p.175.

39 - o. c., p. 7.

40 - Cette partie de phrase ne se trouve plus dans Ni Dieu ni Maître, mais était dans l’édition de 1965, Daniel Guérin a bien voulu me répondre sur ce point : "J’ai repris cette introduction (en la modifiant) aux pages 19 et 22 de mon livre Pour un marxisme libertaire (1969), en la datant de 1965, qui était celle de la publication de Ni Dieu ni Maître des Editions de Delphes (en même temps que celle de la première édition de L’Anarchisme chez Gallimard). " (lettre du 22-7-1980) "Je voudrais ajouter une précision que j’ai omise, à savoir la présence dans la dernière édition, celle de 1976, de mon livre L’Anarchisme d’un texte intitulé "Anarchisme et marxisme", datant de 1973 et issu d’une conférence -que j’avais faite à New York." (Lettre du 23-7-1980) (NDT).

41 - Selon Guérin.

42 - Arthur Rosenberg A history of Bolshevism, p. 85.

43 - Avec l’accord de l’auteur une correction de style a été apportée, puisque la citation était présentée comme concernant la classe ouvrière alors que Marx évoque la bourgeoisie (NDT).

44 - Marx La guerre civile en France, reproduit dans Marx, Engels, Lénine Sur la Commune de Paris, Moscou, 1971, p. 66.

45 - Marx o. c, p. 59.

46 - En accord avec l’auteur la date de 1970 est modifiée en 1980.