Libératoires de prostitution

mardi 28 juin 2016, par Mujeres Libres

Le féminisme anarchosyndicaliste (celui des femmes prolétaires qui doivent travailler ou chercher de l’argent pour leur famille, si elles en ont une, ou pour vivoter) s’oppose carrément au féminisme des classes aisées, aux valeurs chrétiennes, juives, musulmanes, etc.

C’est la vision classiste et libertaire des opprimées qui n’admettent pas de révolution si on ne libère pas toutes les femmes.

C’est pour cette raison que très énergiquement, inflexiblement, elles condamnaient la persistance de la prostitution dans l’Espagne révolutionnaire de 1936-1939, bien qu’elle ait été très autogestionnaire.

il faut souligner lors de ce 80ème anniversaire de l’Espagne de 1936 que ce fut l’échec, sur ce plan, des idéaux émancipateurs des hommes et des grands hommes (de certaines femmes) de l’anarchosyndicalisme

Tout aussi incapables ont été les républicains, les francs maçons, les poumistes et les communistes encadrés par l’URSS marxiste léniniste.

C’est dans la Patrie du Socialisme que la prostitution régnait, qu’elle triomphait soit comme survie, soit pour percer socialement et arriver au Communisme : "к коммунизму" !

Frank 21.06.16 (en castillan)

Libératoires de prostitution

L’entreprise la plus urgente à réaliser dans la nouvelle structure sociale est de supprimer la prostitution. Avant de nous occuper de l’économie ou de l’enseignement, dès maintenant et en pleine lutte antifasciste, nous devons en finir radicalement avec cette dégradation sociale. Nous ne pouvons penser à la production, au travail, à aucune sorte de justice, tant que le pire des esclavages demeure : celui qui empêche complètement de vivre dignement.

On ne peut reconnaître l’honnêteté d’aucune femme tant que nous ne pourrons pas l’attribuer à toutes les femmes. Il n’y a pas de madame unetelle, de sœur, de compagne, tant qu’il existera une prostituée. Car ce qui confirme ces preuves d’honnêteté, ce qui rend possible cette décence, c’est précisément la prostituée, destinée à répondre au respectueux écart concédé aux chastes fiançailles, au sain allaitement, au suivi de la gestation de la femme « décente ». La prostituée, destinée à répondre aux balbutiements sexuels clandestins des adolescents de familles chrétiennes ; aux « peccadilles grivoises » des pères de famille honnêtes.

Il faut rapidement en finir avec ce problème. Et c’est l’Espagne qui doit dicter la règle au monde. Nous, toutes les femmes espagnoles, nous devons entamer dès maintenant cette entreprise libératrice. Mettre un terme aux ligues et aux discours « contre la traite des blanches ». Mettre un terme aux sombres couvents des femmes repenties. Mettre un terme aux commisérations passives de femmes distantes car ce n’est pas leur problème, mais c’est le nôtre, celui de toutes les femmes et de tous les hommes. Tant qu’il existera on ne pourra arriver à la sincérité dans l’amour, la tendresse, l’amitié, la camaraderie.

Il faut faire tout de suite ce que les associations féminines n’ont jamais fait, elles qui ont prétendu émanciper la femme en organisant des conférences agréables, des récitals de poètes et de poétesses élégantes et en formant des dactylos.

Dans plusieurs localités où nous nous sommes rendus récemment on nous a indiqués, comme si c’était une grande mesure, qu’on y avait « supprimé » la prostitution. À notre demande sur la façon dont on avait procédé et ce qu’il en était des femmes qui faisaient de la prostitution, on nous a répondu : « Ah, c’est leur affaire ! ». C’est une manière très simple de supprimer la prostitution : elle se borne à laisser des femmes dans la rue, sans aucun moyen de gagner leur vie.

Mujeres Libres est en train d’organiser des libératoires de prostitution, qui commenceront à fonctionner d’ici peu. C’est dans ce but que des locaux adéquats sont affectés dans certaines provinces, et on y mettra en œuvre le plan qui suit :

1) Enquête et traitement médicaux et psychiatriques.

2) Guérison psychologique et éthique pour susciter chez les étudiantes le sens de la responsabilité.

3) Orientation et capacitation professionnelle.

4) Aide morale et matérielle à tout moment, quand les étudiantes en auront besoin, même une fois devenues indépendantes des libératoires.

D’ici quelques jours, on verra dans les rues des affiches avec des indications précises sur des informations et sur l’inscription dans ces libératoires.

Nous espérons que toutes les organisations ouvrières, les associations féminines, les partis politiques et toutes les femmes et les hommes conscients collaboreront à cette œuvre, pour laquelle Mujeres Libres engage tout son enthousiasme émancipateur et constructif.

"Mujeres Libres", 65ème jour de la Révolution [c’est-à-dire depuis le 19 juillet 1936, soit le 22 septembre 1936]