Quel futur pour la société d’aujourd’hui ? Quelles solutions existent ?

samedi 6 août 2016, par frank

Des évidences à ne pas oublier, si on veut être efficace.

Frank 06.08.16

Quel futur pour la société d’aujourd’hui ? Quelles solutions existent ?

« There is no alternative » - tina, en anglais, « Il n’y a pas d’alternative » - disait Margareth Thatcher, à partir de 1980, pour répondre aux détracteurs du néo libéralisme, conception qui serait une économie à visage humain accordant à tous la place qui correspond à leurs compétences. Cette assurance, ce refus de remettre en cause les fondements du néo libéralisme, on les retrouve dans toutes les classes dirigeantes des pays industrialisés ou proches de l’être.

Pourtant, elles pullulent les images de la misère de centaines de millions de déshérités, depuis les enfants jusqu’aux vieillards, sur tous les continents et dans tous les pays. Il n’y aurait pas d’alternatives pour résoudre ce problème ? Les 17.260 enfants entre un et cinq ans qui meurent tous les jours avant et depuis 2013 (chiffres de l’Organisation mondiale de la santé, 6.300.000 pour l’année citée) sont-ils nécessaires pour le développement néo libéral ? Les sommes investies par milliards d’euros (par des multinationales de l’armement ayant pignon sur rues) en obus, en combustible pour des engins militaires, etc., pour tuer directement des hommes, pendant des guerres visiblement suscitées et alimentées, forment-elles parties de la formule néo libérale de « Il n’y a pas d’alternative » ?

Les partisans du néo libéralisme associent la démocratie à leur politique, et aussi les droits de l’homme, et la volonté d’éviter la shoah, les camps comme Auschwitz et les chambres à gaz. Mais, c’est un sarcasme que d’évoquer Auschwitz et les chambres à gaz, l’antisémitisme alors que les pays luttant contre le nazisme l’ont ignoré dans leur ensemble jusqu’à 1943 ! Et les génocides actuels dépassent de loin et depuis longtemps la shoah, que bien des Juifs (dont je ne fais pas partie, tout en étant athée) ne désirent pas voir. Ces génocides sont la pauvreté artificiellement généralisée, banalisée, maintenue, entretenue dans tous les continents. Le néo libéralisme tolère, génère, encourage, multiplie et justifie cette situation au nom d’un prochain progrès universel !

Quelle morale peut accepter, à ce prix, la future justice pour tous sur le globe ? Quel totalitarisme a été aussi sanglant ? Quelle est cette utopie criminelle, si ce n’est un suicide imposé à l’humanité ?

Toutefois, cette constatation n’entame pas l’union entre les classes possédantes et dirigeantes qui persistent dans leur cécité ou leur perversité envers le génocide des indigents et la destruction accélérée d’une partie de la planète. Cécité et perversité renforcent ces classes dans leur prétention de posséder un savoir quasi infaillible, attisée par le sentiment de domination et d’appartenir à une hiérarchie de l’intelligence. La certitude de la puissance des classes possédantes et dirigeantes est entretenue par l’efficacité de leur propagande sur les masses (de la panacée de la consommation au danger de « l’autre » et à la xénophobie).

Face à cette catastrophe matérielle et éthique que la majorité des médias feignent ne pas voir, il n’est pas surprenant que, 220 ans après, les dénonciations du texte « Le manifeste des égaux » [« Plus de propriété individuelle des terres, la terre n’est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde. (…) Disparaissez enfin, révoltantes distinctions de riches et de pauvre, de grands et de petits, de maîtres et de valets, de gouvernants et de gouvernés. Qu’il ne soit plus d’autre différence parmi les hommes que celles de l’âge et du sexe. »] écrit par Sylvain Maréchal en 1796 soient si actuelles. Depuis ces tragiques lapalissades, déjà relevées au xvii siècle par La Bruyère (« Il y a une espèce de honte d’être heureux à la vue de certaines misères. »), l’analyse du déséquilibre social s’est élargie grâce aux penseurs anarchistes.

La cassure des effets de l’embrigadement, de la décérébration par la propagande sur les masses classes volent en éclats à des moments intenses de tensions psychologiques et économiques, latents mais jamais exactement prévisibles. Ces épisodes émancipateurs ont été nombreux au xx siècle.

Ce sont les soviets libres (une tradition paysanne slave) de la Russie de 1905 et de février 1917 ; les ouvriers et les paysans en lutte contre les bolcheviks et les tzaristes. Ce sont les soviets d’ouvriers allemands de 1919-1920 contre l’armée commandée par la droite ou la gauche socialiste. C’est la lutte des ouvriers et des paysans dans l’Espagne révolutionnaire de 1936-1939. C’est la République des conseils de Hongrie en 1956 contre l’Armée rouge, etc.

Ces mouvements contre l’ordre établi de la propriété privée, de la nouvelle classe issue du socialisme prétendument réel et des spéculations financières ne sont pas forcément des combats militaires. Ce sont aussi les luttes pour abolir les lois racistes aux États-Unis et contre la guerre au Vietnam dans années 1960. C’est Mai 1968 en France et ailleurs. Depuis le début du xxi siècle, on constate une foultitude d’émeutes urbaines des secteurs les plus marginalisés de la société, dans de nombreuses villes (petites ou grandes) des pays industrialisées ou du tiers monde.

Il est évident que ces mouvements contestataires sont encore titubants, mais à la différence du néo libéralisme, ils ne mentent pas, ils ne promettent pas monts et merveilles tout en tuant des millions d’enfants (sans compter des adultes) et en empoisonnant la planète.

Il est aussi indiscutable que ces mouvements sont torpillés de l’extérieur par les professionnels de la politique qui s’imaginent qu’un parti, qu’un parlement et que le prolongement de l’inégalité économique entre les citoyens, sont les conditions de la démocratie et de l’équité ! Si ce n’est pas de l’utopie, c’est une ânerie.

Une autre forme de torpillage est interne : elle consiste à croire naïvement qu’un grand parti écologiste, ou bien un parti authentiquement socialiste, voire un parti populaire lié à des valeurs nationalistes et religieuses pourrait humaniser le capitalisme-néo libéralisme. C’est une utopie aussi dangereuse que le néo libéralisme lui-même.

Il ne demeure donc que des solutions fondées sur une société soudée à la base et fonctionnant en réseaux horizontaux. L’entretien et la maintenance d’un territoire, d’une série de territoires délimités par leurs habitants, est du ressort de délégués formés, choisis, contrôlés, remplacés à dates fixes et fréquentes, responsables et révocables devant leurs mandants. Ce schéma a déjà en partie fonctionné pour des millions de personnes dans l’Ukraine de 1918-1920 et dans l’Espagne de 1936-1939. Par le passé, les sociétés originaires d’Amérique du nord fonctionnaient en grande partie sur ce schéma ; de même qu’une partie des sociétés germaniques.

La solution sociale anarchiste est non seulement logique, mais elle est profondément ancrée dans l’histoire collective de nombreuses civilisations. Qu’elle ait été souillée, effacée de la mémoire historique par des dictateurs est un réflexe inhérent à leur totalitarisme. Qu’elle soit récusée aujourd’hui, c’est contribuer à leurrer les populations au profit de groupes minoritaires aveuglés par leurs objectifs délétères et leur utopie criminelle.

Frank Mintz 20.07.2016.