Artisanat

Artisanat

lundi 11 juillet 2005, par Besnard Pierre

Une description concise et une réflexion actuelle sur la nécessité de syndiquer danc cette branche.

ARTISANAT

Etat de l’homme qui exerce un métier manuel, nous dit le dictionnaire officiel. Est-ce bien cela ? Pas précisément.

L’artisanat est plutôt la forme prise par la production à certaines époques jusqu’à l’apparition de l’industrie ou de l’exploitation d’une entreprise quelconque selon les formes modernes. Il y a des artisans depuis les temps les plus reculés. Il y en a encore dans nombre de pays et dans certaines branches de la production.

Les découvertes archéologiques faites presque chaque jour en Egypte, en Palestine, dans tous les pays de civilisation ancienne, prouvent que l’artisanat a, autant dire, toujours existé.

Maintenant, on donne plus communément le nom d’artisan au producteur qui travaille seul et n’exploite par conséquent personne. C’est ce qui caractérise de nos jours l’artisanat. On peut donc trouver l’artisan dans toutes les branches de l’activité humaine : culture, industrie, art, science, littérature, etc.

Toutefois, pour serrer de plus près la réalité, il convient de ne voir réellement un artisan, dans le sens usuel et général du mot, que dans l’homme qui exerce une profession réellement industrialisée à peu près partout et qui, cependant, continue à exercer une activité qui lui permet de vivre par ses propres moyens en travaillant seul.

C’est le cas de quelques tisserands installés à la campagne qui se servent encore des vieux métiers à bras ; c’est également le cas des dentellières du Nord de la France, de la Belgique, etc., des tapissiers d’Aubusson, des horlogers du Jura Français ou Suisse, des fabricants de jouets rustiques de la Suisse, de l’Italie et de la Russie.

L’artisanat a correspondu à une période de civilisation. Il a, peu à peu, disparu. Il n’en reste que quelques vestiges qui peuvent d’ailleurs résister longtemps en raison des conditions de vie de ceux qui n’exercent l’artisanat que d’une façon saisonnière, comme dans les Alpes, par exemple, ou vivent dans les coins reculés où les moyens de locomotion modernes ne pénètrent pas encore.

On peut dire, néanmoins, que la civilisation industrielle qui se développe en ce moment condamne en fait l’artisanat.

La nécessité de produire de grosses quantités de produits, de travailler vite et en série ne permet plus à l’artisanat d’exister réellement.

II est aujourd’hui remplacé par l’usine, le comptoir. Le métier a fait place à l’industrie, l’artisan s’est fondu dans la ruche qu’est l’usine moderne.

Il peut y avoir et il y aura toujours, sans doute, des artisans, ils ne subsisteront que pour rappeler une forme de production périmée ou qui n’a pas encore bénéficié de l’apparition des découvertes de la science et des progrès de la technique.

Il convient de faire, en ce qui concerne l’artisan, une remarque importante. Jusqu’à maintenant, on lui a systématiquement refusé l’entrée des syndicats, sous le prétexte qu’ils sont patrons. C’est là une erreur à détruire. L’artisan a sa place toute marquée au syndicat, puisqu’il n’exploite personne.

Faire entrer l’artisan au syndicat est une nécessité. Par voie d’assimilation logique, les artisans de la campagne, ceux qui cultivent eux-mêmes leur lopin de terre ont, eux aussi, leur place au syndicat. Ce n’est que de cette façon que nous pourrons avoir, un jour, un syndicalisme agraire.

En effet, si l’artisan qui travaille là matière première pour la transformer en produits de toute nature est relativement peu nombreux, par contre, l’artisan de la terre existe en nombre considérable.

C’est une force avec laquelle et sur laquelle on doit compter. Ne l’éloignons pas. L’artisan est un prolétaire, accueillons-le, aidons-le à se libérer, à marcher vers le progrès. Tendons-lui une main fraternelle.

Pierre Besnard