Masseube 2002

Masseube 2002

jeudi 21 juillet 2005, par CNT-f

Masseube 2002 signifie une rencontre internationale autogérée entre cénétistes et sympathisants dans un camping en été pour se former par la discussions

Compte-rendu du camping de Masseube :
1 organisation,
2 récapitulatif,
3 Entre-deux-tours,
4 Front social de résistances,
5 Stratégie syndicale,
6 internet,
7 Espagne 36,
8 Macédoine-nationalisme,
9 Pédagogie,
10 Sécu,
11 Confédération Paysanne,
12 Extrême droite

1 Organisation globale
Masseube dimanche 18 août 1ère AG
26 personnes présentes de Ariège, Gard, Gers, Lyon Éduc, Lille, RP Industrie RP, Interco Paris, SII RP McDo Paris, Éduc Paris, Étudiants, Com Paris, Interco Essonne, Metz éduc, Nancy, SAC Suède. Puis au cours de la Semaine, on a vu 3 militants de la FAUD Allemagne, un groupe sans étiquette de 6 camarades de Saragosse.
1) Constitution des commissions techniques
Tableau de la semaine : courses (2 personnes), cuisine (4), nettoyage (3) ; heures des repas 13 h, 19 h. (avec de l’élasticité chaque jour)
Participation financière : trésorier Florence et Hugo, trésorerie alcool Ricardo.
Caisse bouffe 3 € par jour/ 4 € pour les végétariens et allergique à l’huile d’olives. Finalement on fonctionne à 4 €, vu des frais plus élevés mais achats aux producteurs de nourriture bio.
Prohibition d’être bourré pendant les débats
Cigarettes, tabac, à la porte, tout le temps.
mardi et jeudi : projections de courts métrages en avant-premières 21 h
mercredi soir :concert au café Foirail "La compagnie du Bon Quart d’heure, musique française"
2) État des débats
Formation 10 h-11 h 30 ; Débat : 15 h-19 h
Dimanche situation entre les deux tours
Lundi 19 Quel syndicalisme, Front social / Stratégie
Mardi 20 Sécu / Macédoine
Mercredi 21 Extrême droite en Europe / Ferrer
Jeudi 22 / Conf Paysanne
Vendredi 23 Internet / Espagne 36
3) Camping
Les camarades trouvent que l’organisation est merdique, pas d’infos, mal faite.

2 Récapitulatif pour une bonne préparation

Récapitulatif pour une bonne préparation :
Calendrier des annonces de dates dès janvier dans le CS (à répéter) et le BI.
Penser à un séjour de 10 jours, incluant un week-end, pour pouvoir libérer une journée complète.
A partir de mai, donner des N° de tél de contact (un pour les inscriptions ; un autre pour Masseube -le camping ?-).
Joindre une liste des débats et des formations, faire la demande par circulaire confédérale, avant avril. Etablir un calendrier exact des débats publié dans le CS pour l’information des gens qui ne viennent que quelques jours.

A)Organisation des animations :

Associer un média indépendant aux rencontres, enregistrer les débats pour les passer sur des radios.
Récupérer une télé et un magnétoscope pour passer des films pendant les débats pour ceux qui n’y assistent pas.
Prévoir et localiser les vidéos à passer (centraliser -provisoirement- par Olivier de Longwy) :
“ Land and Freedom ” (Frank), émissions d’Arte sur le terrorisme antifranquiste des jeunesses libertaires (Frank), émigration des mineurs polonais (Frank), Les quatre fictions de la CNT 36-39 : “ Aurora de esperanza, Nosotros somos así, Nuestro culpable, Barrios bajos ” (Frank)
Prévoir un, deux responsables pour lister des débats, des formations (quelle est la différence exacte ?) avec les personnes capables de les faire :
CNT et précaires (91, Poitiers, Tarrasa et Barcelone), Postiers (69 + Espagnols), Initiation (ou renforcement) de connaissances linguistiques pour les échanges militants, Rapports individuels ou sexisme et autoritarisme latents,
Décider d’une action avec les organisations locales pendant la durée du camping.
Prévoir un rassemblement avec les habitants, par ex le jour du concert ou de l’apéro au bar, (repas de quartier sur la place ) - invitation dans les boites aux lettres a tous les habitants.

B)Organisation pratique :

Expérience bouffe :
Envisager une formation sur le tri des déchets.
Contacter les producteurs locaux pour organiser le ravitaillement.
- Prévoir la même équipe pour préparer les deux repas de la journée
- Prévoir quelques recettes (riz + salades, poivrons farcis à la balkanique, frites, spaghettis, omelette espagnole, ratatouille)
- Servir en divisant par 3 ou 4 saladiers entraîne des inégalités gênantes ; le meilleur système est de préparer équitablement sur le grand comptoir les 25 ou 35 assiettes, puis de les mettre sur les tables
Matériel disponible sur place :
200 assiettes, fourchettes et couteau, une cafetière, des filtres, grosse boîte d’haricots, 3 ou 4 savons, une quarantaine de feuilles de papier et une dizaine de stylos.
Prévoir du matériel :
Electrique : rallonge
Culinaire : cuillère, petite cuillère, louche, écumoire, grande poêle + couvercle, grosse cocotte minute (plutôt 2), 3 épluche-légumes, planchette pour couper les légumes, une dizaine de bouteilles plastiques vides (pour remplir au robinet).

Première course pour mettre en marche la cuisine collective (exemple de 2002, en prenant les prix les plus bas) : 100 gobelets, sac poubelle de 50 l, produit à vaisselle, produit pour le sol, produit pour les WC, papier hygiénique, éponge pour la vaisselle, allumettes (pour le gaz), café, thé, sucre, deux types de confiture, beurre, sel, gros sel, poivre, 3 k de pâtes, 3 k de riz, 10 K de patates, 1 k carottes, oignons, ail, huile, maïs, œufs, olives, 12 eaux de sources (une erreur, 6 auraient suffi, pour garder les bouteilles et les remplir avec l’eau du robinet).

3/ L’entre deux tours Dimanche 18 août

État des mobilisations

Gard, Nîmes : Lourdeur de la présence fasciste. Vote raciste très important de la part de paysans qui pourtant exploitent abondamment la main d’œuvre immigrée. Mobilisation principalement lycéenne, manipulée partiellement par les RG.

Lyon : Résultats importants du FN, dans les zones rurales et dans les cités. Mobilisation massive, surtout le premier mai. La CNT n’a donné aucune consigne de vote. Slogans antiChirac passaient mal au début, face au Front républicain, ensuite mieux accueillis, face au discours unique. CNT : l’important c’est la lutte, votez Chirac si vous voulez, mais luttez.

Paris : Mobilisation énorme, pas arrivée depuis longtemps en RP. FN faibles scores. Manif spontanée emmenée par les lycéens., très actifs dans les manifs. CNT : pas de consigne de vote. Positions individuelles diverses (abstention, vote Chirac, voire refus de participer à une mobilisation considérée comme servant les intérêts du PS et du RPR). CNT : mobilisation importante, supérieure aux autres orgas, festive, fédératrice grâce à l’absence de consigne de vote. Les médias et les RG ont annoncé un cortège historique de 12.000 personnes, ce qui était nettement exagéré. Il serait intéressant de se demander pourquoi (en fait environ 8.000). Universités : deux semaines de mobilisation : première semaine, les vacances, présence dans les manifs. A partir de la seconde semaine, AG dans les facs, les bahuts. Difficulté à faire bouger les personnels, qui semblaient considérer qu’il s’agissait d’un mouvement de jeunesse. Position de principe sans consignes de vote : bien par rapport à LO et LCR, qui s’attaquaient mutuellement sur leurs positions antagonistes, l’une trop rigide et l’autre politicienne. Cela a permis de créer des collectifs antifascistes dans six universités parisiennes. Manif fac spécifique le premier mai de quelques milliers de personnes, avec quasiment le seul soutien de la CNT.
Nancy : Grosse mobilisation, beaucoup de jeunes, 35.000 personnes le premier mai. CNT : bases anticapitalistes et antifascistes : un des seuls cortèges là-dessus. Difficulté de lier l’antifascisme, thème commun, à un contenu anticapitaliste. Organisation d’un pique-nique, qui a permis de nombreux contacts, des adhésions. Conflit avec le PS ? L’UNEF, à cause des mots d’ordre de la CNT qui ne touchent pas seulement l’antifascisme.

Metz : Mobilisation initiée par la CNT, réunion de quelques centaines de personnes et a initié des assemblées populaires (portées aussi par quelques JCR). La CNT est apparue comme motrice. Répercussions : un syndicat créé, beaucoup d’adhésions. Crédibilisation.

Ariège : PS hégémonique, grosse progression du FN. Premier mai : grosse manif : 3.000 (150 d’habitude). Position d’abstentionnisme exprimée : c’est la gauche plurielle qui a permis au FN de monter. Beaucoup de gens sont venus dans le cortège grâce à cette position.

Gers : pas de manifestation spontanée le soir des résultats. Le lendemain, Ras l’Front a appelé à une manif antifasciste à Auch. : fédération des forces de gauche : LCR, Attac, etc. la CNT n’a pas appelé à la mobilisation commune sur Auch : elle est venue avec ses propres mots d’ordre. Manipulation des jeunes présents par Ras l’Front. La CNT a joué les trublions avec ses propres slogans sortant du consensus républicain. Manif exceptionnelle le premier mai : 3.000 personnes à Auch. Beaucoup de prises de contacts. Présence de cégétistes dans le cortège cénétiste. Il est clair que la CNT doit se prononcer pour l’abstention : manque de courage politique de ne pas donner de consigne. On a une spécificité comme syndicat, car on a une visée politique.

Jérémie : Deux orgas ont eu des positions à contre courant, LO et la CNT.

Fouad : Notre position était une position de classe.
Jean-Marc : Le refus de consignes de vote est totalement logique à la CNT. L’important est de rester sur le terrain de la lutte, et la CNT est restée sur ce terrain après la mobilisation ponctuelle. Agir dans les actes.

Ricardo : Pas nécessaire de lancer une campagne pour l’abstention. Mais problème que des camarades votent Chirac, car cela montre des grandes différences d’analyse : comment on peut penser que les élections puissent avoir un impact sur la société ? C’est le processus électoral qui peut aboutir à l’arrivée de Le Pen au pouvoir.

Wilfrid : Deux problèmes différents : la politique institutionnelle, on s’en fout. La question ne se pose donc pas au niveau de l’organisation, cela regarde les individus. La CNT n’a pas à donner des consignes de vote, et l’abstention en est une. La position prise n’est ni ambiguë ni un compromis, cela reflète ce que nous sommes, elle est cohérente avec nos principes. Le communiqué de presse du BC n’a fait que rappeler cela, que l’important n’est pas de voter ou non, mais de participer aux luttes.

Manu : On ne peut ignorer que certain, pour des raisons affectives, étaient obligés d’aller voter, y compris des anars. La CNT est clairement antifasciste, et partout le message, avec des formes diverses, a été fondamentalement le même : antifascisme et anticapitalisme. Sans consigne de vote qui n’aurait servi qu’à la polémique stérile. L’UR du Gard a refusé la proposition de certains syndicats de se positionner pour l’abstention.

Olivier : Ne pas donner de consignes de vote, c’est sous-entendre qu’il y a une possibilité d’action parlementaire. On est pour la lutte contre les partis politiques, mais on dit “ pas de consigne de vote ”.

Bertrand : Je suis atterré par ce qui a été dit. Un cénétiste qui a voté Chirac, ce n’est pas un camarade. Pas de différence entre droite et FN alors qu’il y en a une entre droite et gauche. Les urnes n’ont pas été un frein à l’arrivée au pouvoir de Hitler. On ne peut pas brader nos idées pour faire des cartes, ne pas heurter les gens. Que ceux qui ont voté Chirac aillent chez les réformards.

Fouad : Notre rôle, c’est de dire que le vote fasciste n’est pas une solution pour les travailleurs. Pourquoi Le Pen était présent au second tour ?

Élise : La gauche et la droite, c’est kif-kif. Pour les consignes de vote, ça ne nous regarde pas, c’est les positionnements personnels des militants. On a bien des cathos ou des musulmans à la CNT. Ce qui compte, c’est de passer d’une position défensive à une position offensive, avec des mots d’ordre de grève dans les boîtes.

Fred : J’aurais voté Chirac si j’avais été sur les listes électorales. Tout est bon dans la lutte antifasciste. On est pas d’accord avec les attentats, pourtant on a soutenu les FTP.

Ricardo : Je suis à la CNT parce que nous avons un projet de société. Les luttes, ça ne suffit pas. Mettre un bulletin dans l’urne, ça ne suffit pas. Ce ne sont pas les électeurs qui opèrent les choix sociaux. On n’est pas seulement le syndicat le plus radical dans les luttes.

Marc : On peut pas être uniquement dans la théorie. Pour certains, cela pourrait être une évidence d’aller voter Chirac, bien entendu pas pour Chirac mais contre Le Pen. Il faut prendre des positions qu’on est capable d’assumer. Cela ne remet pas en cause l’élément fondamental : la CNT est contre la délégation de pouvoir et donc le système parlementaire. Ce n’est pas une dérive électoraliste. C’est une position pratique qui collait à la situation, tout en permettant à certains syndicats de prendre position.

Jean-Marc : Le suffrage universel n’est pas nécessaire pour le fonctionnement de la démocratie représentative. La question du vote ou pas parasite et éclipse le débat par rapport au fascisme.

Jérémie : Par rapport à ce que disait Élise, il aurait été effectivement bien de passer à un mot d’ordre offensif. Il ne faut pas caricaturer les points de vue des uns et des autres.

Wilfrid : La lutte est l’essence de notre syndicalisme, c’est par la lutte que nous construisons notre modèle social, pas en nous contentant de ressasser des discours idéologiquement purs. Pour ce qui est de la grève générale, à ma connaissance il y a eu une seule section à la CNT, et peut-être dans toute la France, qui s’est mis en grève, c’est la section Villette du syndicat de la communication RP. Et certains d’entre eux sont allés voter. C’est bien par les luttes que l’on construit notre projet de société, notre idéologie, avec comme outils fédérateurs l’autogestion, l’action directe et la perspective révolutionnaire.

Manu : L’autonomie est aussi un élément fondamental à la CNT.

Florence : C’était une situation inédite et personne n’a voulu prendre le temps d’un débat, réfléchir sur la réalité de la menace FN, sur les conséquences d’une élection de Chirac dans un contexte d’abstention massive ...

Ricardo : Il y a une réelle différence entre gauche et droite.

Vincent : Notre position est cohérente avec nos statuts. La question, c’est pourquoi on n’a pas ramené plus de gens dans la rue. Dans mon restau [MacDonald], les rebeus, pourtant contre Le Pen et Chirac, n’ont pas voulu bouger. Pourquoi ?

Fouad : Historiquement, l’extrême-droite n’a pris le pouvoir qu’après une présence massive dans la rue. Le Pen monte à cause d’un vide idéologique. Dans de nombreuses villes, on les voit plus dans la rue.

Bertrand : Dire que la gauche et la droite c’est pareil, c’est du poujadisme. Des vieux militants PS se sont abstenus au second tour, écœurés par les manipulations de leur parti. Comment leur dire maintenant que nous, certains, sont allés voter Chirac au second tour ?

Sophie : Certains ont dit qu’ils ont voté Chirac, d’autres l’ont fait sans le dire. Cela ne signifie pas que cela sera présenté comme une position officielle. La foule de ceux qui nous ont rejoints dans les manifs ne va pas devenir militante du jour au lendemain. Là, on parle de choses parce qu’on est entre nous. Des militants sont allés voter parce qu’ils avaient peur.

Manu : Il ne faut pas être de mauvaise foi. Voter Chirac, pour les camarades qui l’ont fait, était un choix tactique, ce n’est pas par chiraquisme. La position du BC était très claire sur notre position, autogestionnaire, etc. C’est manichéen de vouloir présenter la réalité sous forme de bien/mal, pour/contre. La pureté idéologique, ça ne mène nulle part.

Florence : On a voulu culpabiliser le vote abstentionniste, qu’ils se sentent personnellement responsables en cas de victoire de Le Pen au second tour et ça a marché sur beaucoup de monde. On aurait pu à cette occasion dénoncer le vote à bulletin secret, qui isole chacun devant sa décision alors que le vrai pouvoir démocratique est collectif.

Bertrand : On est porteur d’un projet de société : il est plus facile de mettre un bulletin dans une urne que d’être dans une position abstentionniste. Pour expliquer notre projet de société concrètement. Ce n’est pas parce qu’on est dans une organisation syndicale qu’on doit se couper e l’idéologie politique. Une spécificité de notre syndicat est le projet politique.

Jérémie : C’est un faux débat : la position de la CNT (cf. édito du CS du premier mai) a été très clair. En février 1936, opposition entre une fraction “ dure ” de la CNT contre un vote ponctuel, alors qu’il permettait de libérer des dizaines de milliers de prisonniers, et la majorité qui a décidé d’utiliser les urnes pour cela. C’est cette majorité qui a construit la révolution sociale tandis que les purs entraient au gouvernement du Front populaire.

Dragi : Il y avait un tel matraquage médiatique que l’on ne pouvait rien expliquer sur le moment. Maintenant, on peut revenir dessus, une fois que les passions sont retombées.

Bilan : Clairement, le mouvement a été un soufflé. Cependant, une porte s’est ouverte à ce moment. On a cependant tout intérêt à décortiquer ce mouvement, car beaucoup d’éléments sont importants à comprendre pour notre propre développement, pour profiter au maximum de ce genre de mouvements. Il y a des questions auxquelles il faut pouvoir répondre : la position de ceux qui se sont exprimés pour l’abstention

3 Front Social des Résistances
Jérémie 19-8-2002

Cette idée a été émise entre les deux tours, un appel a été mis sur la liste internet et des syndicats ont pris position en sa faveur. L’idée est qu’il existe de nouveaux enjeux, un gouvernement offensif, notamment sur le plan sécuritaire, des sanspapiers et au niveau proprement syndical, comme les retraites (gros morceau à la rentrée).
Il y a nécessité d’unité contre le projet du Medef et du gouvernement. Les nouveaux enjeux sont que la gauche plurielle est de nouveau dans l’opposition. Le PS, le PC, les verts, la CGT, dans cette perspective d’opposition, veulent faire oublier leur bilan catastrophique. Face à ces forces de gauche désireuses de se refaire une virginité, elles ne doivent pas apparaître comme les seuls sur le terrain. Il ne faut pas laisser l’initiative aux réformistes.

Les forces capables d’initiatives ne sont pas LO et la LCR avec des perspectives électoralistes. Il ne reste que la CNT pour lutter sur le terrain.

La CNT dans le cadre des soutiens réguliers a atteint aujourd’hui un niveau de visibilité qu’elle n’avait jamais eu. Par exemple à Paris, la CNT a eu la capacité d’être un élément moteur contre la guerre. Pour que la CNT puisse apparaître, il faut qu’on se remette en question : passer d’une culture minoritaire à une culture majoritaire, poser des actions sur lesquelles les autres doivent se positionner.

L’idée globale du Front Social des Résistances est de susciter des mouvements autonomes comme pour Danone et amener des milliers de personnes dans la rue. Unité d’action à la base, avec une plate-forme revendicative qui crée des dynamiques de mobilisation. L’intérêt pour la CNT est d’avoir une base de propositions et une alternative face aux orgas de lutte de classe, aux orgas réformistes et à leur base.

Il faut une unité d’action à la base sur une plate-forme revendicative et créer des dynamiques de mobilisation., pour le logement, l’antifascisme, la lutte contre les lois sécuritaires, les sanspapiers, le droit des femmes. Sur le plan syndical, on a les licenciements, la précarisation, les retraites, le chômage. Les orgas syndicales à toucher sont Sud, G 10, sections de base de la CGT ; les orgas politiques LCR, LO, PT, AL, FA, No Pasarán ; les orgas sociales DAL, AC, Act Up.
L’intérêt pour la CNT est d’être une force d’opposition et une alternative auprès des organisations de lutte de classe (et face à leur base) et auprès des organisations réformistes. Il ne faut plus être à la remorque des autres.

- Fred : D’accord sur le front, il faut devancer le mouvement de la rentrée. Mais j’ai des réserves : avec qui ? Ne pas bosser avec les organisations politiques quelles qu’elles soient, dont les intérêts sont contraires aux nôtres. Il faut introduire le syndicalisme de classe dans cette proposition.

- Ricardo : Il faut être une force d’opposition. L’unité ne pourra se faire que dans une dynamique de lutte, comme pour Danone.

- Marc : la situation présente beaucoup d’opportunités et il faut être offensif sur le terrain social. L’appel doit être fait sur des positions concrètes. La rentrée va se faire rapidement. Par exemple la privatisation d’EDF-GDF arrive. Face à la privatisation des services publics, nous devons mettre en avant la collectivisation, c’est ce qui nous différencie ;

- Jérémie : Ce serait une erreur de ne s’adresser qu’à des orgas sociales et syndicales. Par ex. on perdrait la fraction de LO en attente. Il faut rester vigilant par rapport aux velléités électoralistes des orgas. En ayant un rôle moteur, la CNT acquiert une nouvelle légitimité. Elle s’adresse aux militants de base et non aux bureaux politiques.

- Fred : l’appel ne doit pas être fait au niveau confédéral, les alliances ne peuvent se faire qu’au niveau local.

- Nil : Appel urgent le plus large possible en privilégiant les organisations syndicales. Les sections doivent pouvoir reprendre les axes, en étant relativement souple à la disposition des sections dans les boîtes.

- Fouad : Appel au niveau confédéral, en valorisant que les autres orgas soient d’accord. Qu’est-ce qu’on propose pour construire ce front social ? L’action directe contre le Medef, l’Anpe, les retombées du Pare, sur quoi on cible ?

- Frank : Ok pour cette proposition. Mais il faut montrer la suite des luttes de Bata, Cellatex, Danone, qui est du pipeau, les promesses ne sont pas tenues, les versements d’indemnités s’avèrent très insuffisants. Il faut le montrer et proposer des luttes plus violentes pour aboutir à de véritables dédommagements.

- Marc : Les gros syndicats se préparent pour la rentrée car ils craignent d’être débordés par la base. Pour nous c’est positif, il faut être là dès le départ.

- Jérémie : L’appel de la Confédération est nécessaire, en respectant les spécificités locales. Cas de la CGT espagnole.

- Nil : L’appel n’est pas fait pour relier les orgas mais les travailleurs. Il ne faut pas oublier cette optique.

- Marc : L’appel doit s’adresser à la base, 90% de la population active n’est pas syndiqué.

- Fouad : Pour déclencher la lutte dans les entreprises, il faut y être présent. Qui peut le faire dans la Conf ? Il faut tenir compte des réalités.

- Fred : Le CS doit être l’outil de cet appel, avec un quatre pages, en se faisant le relais des collectifs qui pourraient le reprendre. La CNT doit prendre en charge ces collectifs.

- Wilfried : Quel est l’objectif de ce front ? Avec quelles organisations ? Pour faire des cartes ? la LCR en a déjà fait un, quelle est la différence ?

- Vincent : Il y a un décalage entre les réalités locales et les sections de la CNT.

- Jérémie : La différence entre l’appel de la LCR et l’appel de la CNT est que ce dernier intéresse tout le monde.

- Marc : Partir de problèmes très concrets à développer selon notre sensibilité en s’adressant à des gens “
normaux ”, d’où nécessité de s’adapter aux situations locales.

- Wilfried : A qui s’adresse l’appel ?

- Nil : Pour les travailleurs, pas pour les militants. Les orgas on s’en fout.

- Vincent : L’appel doit être repris en charge par les sections de base.

- Sophie : il faut réfléchir aux formes d’action possibles qui vont mobiliser.

- Fred : L’autonomie locale a toujours été respectée à la CNT. Il faut que le matériel de propagande confédérale soit à la disposition de l’appel en touchant les thèmes de la sécu, des services publics, de la gratuité des transports pour les précaires, le sécuritaire, les retraites. Il faut sortir des affiches chocs, des textes à lire.

- Jérémie : Il faut faire une commission pour rédiger un texte à soumettre aux syndicats.

- Manu : Il faut être à la base avec les gens.

- Fouad : La force de la CNT est d’être présente sur le terrain. Cela pose le problème de la formation syndicale.

- Wilfried : Il faut une campagne confédérale.

- Yannick : Il faut désigner un objectif clair, un ennemi à droite le gouvernement Raffarin, avec l’objectif de faire tomber le gouvernement.

- Yohan : Sur la situation en Suède. Au niveau national, il y a peu d’orgas qui travaillent.

- Jérémie : Il faut proposer des choses et rompre avec la critique facile.

- Fred : Avoir une déclaration de principe du BC, afin d’attirer les gens sur des points clairs, en refusant le simplisme, en se colletant les analyses complexes. La situation est complexe et il faut une réponse à la hauteur.
- Fouad : Faire tomber Raffarin brouille les pistes. Il faut aller dans la perspective du G8, en appelant à la grève générale.

- Yannick : Il faut disposer d’un objectif symbolique, en orientant les luttes dans une perspective antifasciste.

- Marc : Il faut réfléchir sur la faiblesse des réponses en Europe aux politiques libérales.

- Nil : une commission devrait pondre un texte à envoyer aux syndicats.

- Wilfried : On peut centrer la campagne contre le Medef (qui est le centre où tout se passe), ce qui permet de rompre avec les orgas réformistes et électoralistes.

4 Manu Stratégie syndicale
Comment pratique-t-on avec une nouvelle donne socio-économique, des jeunes moins politisés, une atomisation des individus ?

Générations d’enfants de 68ards, marqués par les luttes, aujourd’hui plus de références. La question est quel syndicalisme par rapport à cette nouvelle donne, la désaffection des syndicats et de la politique, le chacun pour soi. Comment peut-on s’adresser aux gens dans ce contexte ? Aussi, quels moyens on se donne pour avancer ? On délègue la question a des boîtes privées ? Voilà ce dont on voulait parler.

Jérémie : Quel syndicalisme devons-nous avoir ? Quelles réponses a-t-on donné à la deuxième génération d’émigrés, les jeunes les plus précarisés devraient être plus touchés par nous, et on a des jeunes politisés des classes moyennes ?
Les jeunes de l’émigration sont sensibles aux problèmes de la Palestine, à Le Pen, mais ils sont sous la coupe des barbus. La présence de la CNT dans le secteur McDo, par exemple, nous permet d’avoir des contacts avec une partie de ces jeunes. Certains copains font du soutien scolaire, d’où possibilité de tisser d’autres liens

Fouad : Dépolitisation croissante qui a permis la montée du FN, avant il existait le PC et la CGT qui faisait un certain boulot. Et il y avait un salariat regroupé. Mais aujourd’hui il y a l’intérim avec des salariés qui changent d’entreprises toutes les trois semaines. Le moyen de regrouper ces salariés et de créer des solidarités de classe, c’est les bourses du travail, les revues.

Marc Pour toucher les jeunes des banlieues, la classe ouvrière, délaissée actuellement, il y a un gros travail. On n’a pas développé l’implantation géographique, le local, qui étaient liés aux sections d’entreprise, dans le syndicalisme du début du siècle. Faire une bourse du travail, mais le nom ne veut rien dire aujourd’hui, où on propose de recréer les tissus sociaux, et dans l’esprit des créateurs, il s’agissait de remplacer la structure capitaliste. L’aspect internationaliste est très important, pour la prise de conscience anarcho-syndicaliste, contre la localisation.

Manu : Il faut aussi par exemple faire des panels dans les concerts. Pour la jeunesse des banlieues, pour moi elle n’est pas politisée. Le syndicat a été dépossédé du bureau de déplacement. Et il faut trouver des lieux (de ressources, d’apprentissage, etc.), réinventer le syndicalisme, pour pouvoir se développer. L’ignorance et l’atomisation, le manque de connaissances œuvrent contre nous. C’est à l’image des Etats-Unis.
Les catholiques s’attirent la sympathie en pratiquant l’entraide, sous couvert de charité.

Vincent : A McDo, on a tissé des liens avec les jeunes de banlieue, on a été obligé de le faire. Et la réponse a été : si tu as un problème, tu viens voir le syndicat. Et on a réglé quelques cas, pour le logement ; d’où un renforcement des liens avec le syndicat. Mais en dehors du resto, les gens en général sont coupés du syndicat. De plus, les collègues féminins entrent très vite dans la vie de famille. Et on a beaucoup de mal à faire comprendre aux adhérents ce qu’est la CNT. Là avoir un lieu en banlieue est fondamental pour continuer le travail.

Jérémie : Pour abonder dans le sens du lieu de vie comme lieu syndical, on pense sur Paris, ouvrir un lieu, de référence publique, et que ce squat soit ouvert sur le quartier, comme dans les centres sociaux italiens de Milan, de Rome, avec des activités sportives, culturelles, scolaires, de planning familial, etc.
Cette dimension est essentielle dans notre militantisme. Aux Vignoles, on n’a pas de contact avec le quartier. On l’a eu une fois avec une nuit du cinéma. Par exemple, en Espagne dont je viens, à Sabadell, tous les camarades de la CGT participent à des associations de voisins. Et on a un travail à faire.

Fred : Ouvrir un centre social, alors qu’on n’a pas les moyens de gérer le local des Vignoles, c’est paradoxal. Par ex, la CNT ne présente que des concerts de punk. Le problème est de s’ouvrir à des cultures que nous ne connaissons pas.
Sur un autre plan, l’expression qu’on entend le plus souvent “ ça me prend la tête ” : il faut réhabituer les gens à réfléchir. On est là pour biffer des tracts et au bout de trois ans les gens vont se réveiller. Si on est anarcho-syndicaliste, on sait que c’est plus dur et plus long pour toucher les gens.

Nil : Je vais parler en tant que jeune issue de l’émigration, dans un emploi précarisé, j’en ai marre de ce discours dans la CNT. Pour moi l’ultra précarité c’est autre chose. Il faut accepter qu’à la CNT, il y a peu de femmes, pas un noir, ce n’est pas étonnant parce que 99% des gens ne comprennent pas notre discours. Il y a un truc qui pèche à la CNT, c’est le travail de quartier, parce qu’on n’est pas nombreux et qu’on est impliqué dans différentes luttes. On se développe petit à petit. Et dans un lieu de vie, comment va-t-on réagir face à des héroïnomanes, des déprimés ?

Ricardo : La jeunesse n’est pas si dépolitisée que ça, vis-à-vis de Le Pen, de la candidature de la LCR. Comme les luttes collectives n’aboutissent pas, les gens se replient sur la démerde individuelle, et on est coincé.. Tant qu’on n’a pas montré qu’on avance mieux dans une lutte collective, même petite, les gens ne bougent pas.

Manu : La CNT n’est pas assez hargneuse vis-à-vis des magouilles des confédérations réformistes. Pour les centres sociaux, il faudrait les appeler centre de lutte de classe, et ne pas s’embarquer à gérer, sans la formation, les déchets du capital. Il faut arriver à la convergence des luttes, qui sont divisées aujourd’hui ;

Marc : Dans les luttes des bourses du travail, elles collectaient les aides pour les familles des grévistes. Plein d’adhérents ne peuvent avoir de réel dynamique sur leurs lieux de travail, parce qu’ils sont isolés, et le lieu géographique peut les stimuler. Avant il y avait un syndicalisme de consommation. Et certaines associations de consommateurs sont les héritières de cette tradition. Pour la Fnac, une mauvaise pub (les pratiques vis-à-vis des salariés) peut être aussi efficace qu’une grève.

Sophie : Le discours sur les jeunes de l’émigration il existera tant que le problème sera pas clair dans la Confédération. Pour ce qui est d’organiser différents types de concerts, un concert de rap pour les jeunes, il faut savoir gérer. Dans les lycées professionnels on peut étudier le mouvement ouvrier en cours d’histoire. Il reste de l’espoir. Mais ça reste l’école et on oublie. Dans leurs réactions, Il y a un effet de bande et ils se la pètent ;

Dragi : Pour le développement de la CNT sur les bases qu’on a choisies, il est forcément plus difficile que celui de SUD et des syndicats réformistes, dont la seule présence suffit. Je suis d’accord qu’il faut avoir une pratique horizontale et verticale, mais je crois que l’aspect vertical est plus important. Pour la bourse du travail, le problème est celui des locaux ;
Pour l’intervention de Nil, je suis d’accord, je trouve qu’il y a une dérive jeuniste, comme à la LCR. Il faut toucher toute la population des travailleurs et ne pas se laisser influencer par les discours à la mode. Il ne faut pas non plus exagérer la politisation de la jeunesse avant ;

Fouad : Il nous manque une stratégie claire de développement ;

Raphaël : Aux Etats-Unis, par l’alphabétisation des Mexicains par l’anglais, on a réussi à les faire manifester contre Nike au Mexique. Et ça doit pouvoir se faire en France ;

Vincent : Le discours des camarades pour toucher les jeunes de banlieues, je le connais au travail. Le plus gros est qu’on est arrivé à ce qu’ils prennent une carte et qu’ils se souviennent de ce que c’est un syndicat. L’anarcho-syndicalisme est un travail de fourmis. Mais pour toucher les gens, on y arrive.
Pour le développement géographique, il y a un problème à Paris. Pour la formation, on pèche, parce que les adhérents ne suivent pas tous dans les manifs.

Fred : On touche les gens avec lesquels on est en contact, et on ne touche pas un milieu qu’on ne connaît pas. Pour le syndicalisme et la consommation, il y avait le label syndical, et on peut le faire en donnant une responsabilité aux usagers d’aller, d’utiliser les entreprises avec des syndicats.

Bertrand : Les positions consensuelles me dérangent dans une organisation comme la nôtre où on peut s’engueuler sur une position et pas entre personnes. Les positions de classe ne sont pas essentielles, il faut considérer les individus comme ils sont. Les problèmes de sécurité existent et on ne peut les occulter.

Ricardo : Le lieu de travail reste le milieu privilégié pour le syndicat, et il est évident qu’on est un syndicat qui s’ouvre à d’autres problèmes, mais cela reste sur un plan plus éloigné.

Jérémie : Je suis en partie responsable d’avoir lancé le débat sur les jeunes. Et par exemple, quand j’étais à la FAU, on faisait des biffes sur les grands lycées, sans penser aux LEP. Actuellement, à la Goutte d’Or, avec la Ligue, on lutte contre l’intervention policière, et ça peut être un axe important. Mais le travail syndical doit être accompagné du travail social. Je connais l’exemple de la CGT qui peut nous intéresser : l’augmentation des affiliés et la réduction des camarades intervenant dans la vie du syndicat (et la rotation des tâches et les permanents, la présence de syndiqués matons, la lutte de tendances communiste et trotskiste). Et enfin, en tant qu’organisation anarcho-syndicaliste, jusqu’à quel point de développement ne pourra se passer de permanents ? En fait dans le BC, seuls des fonctionnaires ou des étudiants peuvent faire le boulot.

Jean-Yves : Je vous propose de réfléchir à une action directe par rapport aux consommateurs, comme la Fnac, McDo, un Ministère, etc.

Fouad : La jeunesse est confrontée à des problèmes particuliers.

Bertrand : Je reviens sur distribuer des tracts dans des espaces où les gens s’éclatent pour faire la fête et ont fumé X pétards : ça ne m’intéresse pas.

Vincent : Pour revenir sur l’intervention de Jérémie, je pense qu’il faut qu’on ait des formations (la vision de la société, le contrôle des mandats, etc.), car si on se développe, il faut veiller au phénomène de l’entrisme. Par rapport aux permanents, je n’ai pas de position précise. On peut penser aux permanents techniques, rétribués, comme pour une imprimerie.

Dragi : Par rapport aux jeunes, il faut faire du festif, je crois qu’il faut se prendre la tête, au sens de réfléchir. Et pour la musique, je ne crois pas qu’en elle-même elle véhicule quoi que ce soit.
Pour le problème des permanents, cela implique que parce qu’on est peu nombreux, on a des principes, et si on est plus nombreux, on change de principes. Si c’est comme ça, il faut abandonner le projet de société. J’ai une réponse, il ne faut pas de permanents.

Manu : On a appliqué un certain nombre de choses dans notre fonctionnement, qui est le garant pour contrer les entrismes (qui existe quand il y a un pouvoir et carrière, comme les méthodes des trotskistes). On est contre le salariat, et on a beaucoup de domaines à explorer. Cela devient crucial.

Fred : L’entrée en masse de fédération d’autres syndicats peut problèmes, si Sud-Rail vient, aura-t-il un fonctionnement anarcho-syndicaliste ?
Par rapport à l’investissement des gens, je ne suis pas sûr qu’à la CNT il n’y ait pas des sectaires, des autogestionnaires. A Masseube, on apprend à gérer des débats, des achats, etc. et on n’est pas stressé. C’est l’outil principal qu’on a. Pour les permanents, on en parlera moins quand on fonctionnera en autogestion, en décentralisant. Mais pour les imprimeries, on passera toujours par les coopératives, les SARL, parce que les imprimeries militantes peuvent être bloquées par le pouvoir comme en 1968. Pour le reste, je ne sais pas mais je ne peux pas comprendre un permanent à plein temps.

Frank : La CNT 1936 avait une vingtaine de permanents. La CGT a eu un secrétaire permanent, la CNT a eu des chômeurs presque à temps complet, aujourd’hui on est dans l’hypocrisie, pas se cacher sinon ça va nous retomber sur la gueule.

Jérémie : Dans la FAU, on a pu remarquer que des étudiants donnaient beaucoup de temps pour l’organisation et tombaient dans la bureaucratie. Dans la CGT à Sabadell, il y a mille affiliés et vingt en manif, et en formation quelques dizaines.

Dragi : Comment absorber des sections syndicales que l’on sait anti-autogestionnaires ? On a eu un cégétiste qui proposait de venir avec vingt affiliés, mais il refusait les statuts de la CNT.

Marc : La question des permanents est intéressante et on peut parler des permanents de la CGT (grèves des imprimeurs quand Grifheules était secrétaire). Prévoir des garde-fous. Entrisme, on peut refuser des adhésions.

Frank : Le problème du prestige, du pouvoir (Bakounine “ Protestation de l’Alliance ”), ne peut être contré que par la rotation, la formation, la manière de vivre. Pour la CGT espagnole, il y a l’absence de connaissance du passé dû au franquisme et l’entrée rapide dans la consommation, ce qui peut très bien nous arriver.

6/Débat Internet sur proposition de Sotnia.

Vendredi matin, peu de participants, une dizaine.

Frank : Il y a une saturation d’info sur la liste internet.
Le web-master devrait modérer cette liste. Nécessite d’un modérateur.
Il faut aussi faire un effort pour pouvoir être lu par les copains. Nécessite de recontextualiser les interventions.

Olivier : Sur la liste il y a déjà eu ce débat sur le noyage de l’info par des débats interminables. La plupart des gens avaient déjà refusé l’idée d’un modérateur ; la solution serait deux listes, mais cela été refusé.

Florence : lors des débats à deux, confiscation et monopolisation du débat par des interventions hyperspécialisées.

Frank : il est pas sûr que ces échanges soient réellement voulus pour tous, peut être faire un recensement de la nature des interventions, débat, info, statistique des interventions.
Tiny aurait déjà fait cette statistique.

Olivier : Il doit il y avoir un espace sur le site de la CNT qui soit un intranet, l’idée d’un forum qui n’est donc accessible qu’aux gens désireux de s’y rendre. Egalement récupérer des tracts de toutes les sections.

Frank : Scanner les tracts des sections qui n’ont pas la possibilité d’accéder au web.

Olivier : au niveau confédéral, l’hébergement doit être suffisamment gros pour accueillir les publications des sections. C’est vraiment un gros travail.

Frank : vu la saturation en infos, il faudrait faire une sélection de l’info que ce soit au niveau français et international. Frank le fait déjà.. Piratage des CD juridiques, pour passer aux copains, faire un CD pour les syndicats qui commencent.

Dragi et Frank : faire un recensement du matériel numérique, CD, données multiples et des personnes ressources.

Olivier : Faire une formation sur l’utilisation du net.

Frank : Se passer des sites qui sont intéressants.

Florence : Prendre conscience de la proportion des gens qui n’ont pas d’accès informatique.

Dragi : Nécessité de se relire et d’éviter de se précipiter avant de répondre à un message électronique, faire la différence entre la liste et un chat. Puisque le site de la CNT va être refondé c’est le moment de faire des propositions pour celui-ci.

Olivier : le site de la CNT n’est pas interactif, aucune possibilité de mettre des infos sur le site, vraiment la nécessité d’avoir une partie intranet.

Dragi : Problème du mandatement par rapport à une interactivité avec le site.
Nécessité de repasser les choses sur papier pour les copains qui n’ont pas l’internet.

Olivier/Frank : Renvoyer les infos internet aux copains qui n’ont pas accès à l’informatique, via le BC qui n’a que ça à foutre.

7 L’Espagne 1936
Frank vendredi 23-8-2002

Ce terme englobe le mouvement libertaire espagnol et son histoire.

Deux remarques : lorsqu’il est question de la guerre d’Espagne, par les historiens bourgeois ou non, il y a une présentation de ce que les anarchistes ont fait, avec une confusion totale entre anarchiste et anarcho-syndicalistes. La révolution espagnole est un exemple d’anarcho-syndicalisme et non pas une expérience anarchiste, pure dans son essence.

Deuxième remarque, en lisant la littérature communiste et libertaire on constate la même analyse, à savoir c’était super. Donc j’ai essayé de faire une étude objective de ces expériences.

Effectivement il y a eu des réalisations économiques, par exemple la collectivisation des chemins de fer en Catalogne. Réalisations extrêmement rapides, montrant une énorme capacité de tous les travailleurs, pas seulement les travailleurs de la CNT mais plus généralement de la classe ouvrière. Pourquoi cela a fonctionné ?

Deux raisons pour cela, la présence des militants anarcho-syndicalistes depuis très longtemps, dès 1870, dans tous les secteurs économiques et sur tous les aspects de la société.. Une implication totale à tous les niveaux avec de gens très formés. De plus on a une accentuation de la répression dans les années trente qui conduit à des insurrections communes avec des socialistes et des communistes. Toutes ces fractions revendiquent une gestion immédiate par les collectifs des moyens de production. On a un développement de collectifs dès juillet 36 dans toute l’Espagne. Avec des gens extrêmement décidés et parallèlement des collectifs se créent spontanément, non pas par décisions verticales mais par la base. Au début il n’y a pas de statuts et les expériences de collectivités sont très diverses.

Pour conclure, lors du déclenchement de la guerre on voit une alliance à la base des travailleurs pour défendre la révolution et faire la guerre. Trois mesures de justice sont prises : création de bibliothèques, retraite à 60 pour tous et l’aide au front : cette aide consiste à envoyer des camarades au front, accueillir des refugiés.

Parallèlement on a la CNT et son aile politique la FAI. On constate dans cette organisation que la rotation des taches n’est pas une volonté de la CNT. La CNT s’inspire du syndicalisme révolutionnaire français, et peut être de l’aspect des “ tardigrades ”( les suiveurs), notamment la position de Pouget, on n’a pas à tenir compte des positions des non syndiqués. On voit dans la CNT des projets clairs qui ne sont pas discutés au sein des syndicats. Exemple du pistolerisme (période d’attentats du patronat contre les dirigeants cénétistes et riposte sur le même plan), avec Salvador Seguí : accord avec l’UGT. Seguí était extrêmement critique et on voit des luttes d’appareil. La capacité de travail des dirigeants de la CNT était très importante. En même temps se sont des prolos extrêmement capables, ce qui conduit à un suivisme de la part des autres.

Une autre tendance est que la CNT est trop syndicale et pas assez révolutionnaires. D’où deux courants : l’un le trentisme (du nom d’un manifeste signé par trente dirigeants cénétistes demandant un stade de préparation avant la révolution), avec l’arrivée de la république et le faisme avec une révolution tout de suite et une gymnastique révolutionnaire. Une troisième tendance apparaît avec Buenacasa, dénonçant cette lutte entre tendances. Une proposition d’une alliance à la base entre l’UGT et la CNT est faite par Orobón Fernández. Contrairement a la base, les dirigeants de la CNT pensent qu’il faut d’abord faire la guerre et ensuite la révolution. L’alliance avec l’UGT se fait par le haut.

La propagande était d’appliquer le communisme libertaire, mais le Comité Nationale ne le reprit pas en juillet 36. On a un antagonisme de plus en plus fort entre la base et les dirigeants de la CNT.

Exemple de la lutte entre la base et les staliniens, à Valence en mars 37, à Barcelone en mai 37, en Aragon en août 37. Ces trois faits montre que la Confédération est de plus en plus séparée de sa base.

En mars 39 la CNT tente un coup d’État contre les républicains bourgeois et les communistes. D’où constitution d’un gouvernement composite qui prend la décision d’interdire le parti communiste, interdire toute intervention extérieure, et obtenir une paix équitable avec Franco. La guerre était perdue parce qu’il ne restait presque plus de munitions. Staline avait misé sur la guerre d’Espagne pour arriver à un conflit Angleterre-France contre l’Allemagne ; voyant fin 37 que cela ne va pas se produire, il stoppe l’envoi de matériel militaire à l’Espagne républicaine et prépare le pacte avec Hitler. Franco exigea une capitulation totale. C’est la fin et l’exil. Cet exposé n’est pas triomphaliste.

Bertrand : Il ne faut pas faire de triomphalisme en effet. J’aimerais des éclaircissements sur la diversité des collectivités, sur leurs inégalités. Quels ont été les moyen mis en œuvre pour réduire ces inégalités ? Sur un autre plan, par rapport au décalage entre la base et les dirigeants, il y a des militants qui n’ont pas capitulé et qui ont résisté sur place et aussi dans les maquis français. Quels ont été également les relations entre militants espagnols et anarcho-syndicalistes français ? Et la position de ces derniers pendant la guerre.

Frank : Au départ, les collectifs se sont organisés spontanément avec parfois une couleur politique difficile à identifier. Peu à peu, l’entraide entre collectifs et l’aide aux plus démunis s’est organisée. Cependant, par exemple, on a parlé de collectifs égoïstes et une certaine propagande confédérale pour stimuler l’entraide a souligné qu’on avait plusieurs patrons au lieu d’un avant, propagande qui a été reprise par les communistes comme contre-argument pour rabaisser les collectivités. Il y a eu réellement une entraide, soit sur des critères affectifs, personnels, soit sur des positions plus construites.
Pendant la guerre les trentistes et les faistes ont su travailler main dans la main. Malgré quelques dérives et règlement de compte (passage au PC de quelques-uns ). A partir de février 39 on a une tentative de réorganisation de la CNT et la création du Mouvement Libertaire ; et les premiers problèmes entre l’intérieur et l’exil. L’exil espagnol n’a pas de position anarchiste, il est anarcho-syndicaliste, et la deuxième guerre mondiale étant la continuité de la guerre d’Espagne, la participation à la lutte armée n’a pas posé de problème. Il y eut des tentatives dès 44 d’entrer en Espagne, organisée par le parti communiste, qui furent un échec total. D’autre part, la CNT dès fin 44 s’est divisée en deux entre ceux qui soutenaient le gouvernement en exil et les autres.
Les années 45-55, sont extrêmement agitées du point de vue des révoltes. Et la deuxième période 65-75, avec des actes plus ciblés sur le tourisme espagnol.
Position des anarcho-syndicalistes français ? Mystère total. Il faudrait une étude sur cette question. Il existe un ou deux exemples, comme Pierre Besnard, qui fut dans les structures syndicales pétainistes, mais à un faible niveau.

Piere-Yves : Y a t-il eu un mouvement 68 en Espagne et si oui quelle a été l’influence de 36 ?

Frank : Réponse par la grève de 51 des trams. Il existe effectivement une agitation universitaire en Espagne en 68 se réclamant de l’acratie, avec García Calvo, avec une critique très forte des universités. La répression s’est traduite par la radiation a vie des leaders universitaires. Pas de mention explicite à la CNT, il faut dire que dans les années 68, il n’existe plus de groupes CNT. Il faut attendre 72 pour voir à nouveau une référence a la CNT resurgir. Il n’y a pas eu de transmission aux nouvelles générations pour les protéger d’eux-mêmes.
Apres la mort de Franco, il n’y a pas eu de réappropriation de l’histoire de 36, car “ tout a été très bien ficelé ” (propos attribué à Franco).

Irena : La répression et pression mentale sont très importante encore a l’heure actuelle.

Fouad : Quid du coup d’État de 82 par la Guardia civil.

Frank : La raison a ce coup d’État est la légalisation en 79 du parti socialiste et communiste. Un autre facteur plus important a été le problème basque. Egalement des facteurs de sous équipement de l’armée et de la baisse du niveau de vie des officiers. La réaction de la gauche a été de brûler les archives, partir à l’étranger, ne pas rester chez soi. Puis une tractation entre le roi et les généraux o une espèce de compromis a l’amiable a été trouvé. La gauche était incapable de quelque réaction que ce soit.
Jesús : Nous avons le sentiment que les phalangistes en 82 n’avaient pas tant de pouvoir que ce que l’on croit. Il n’y avait que le bunker, forme d’ancien admirateur de Franco. Il est sûr que le coup d’État a été décevant car tout le monde s’attendait à ce que les tanks soient dans les rues. D’autre part l’activité de l’ETA était extrêmement importante. L’extrême droite était pour un changement de régime après la mort de Franco, par nécessité économique et le modèle traditionnel étaient contre l’ouverture du pays. Les putschistes ont été enfermés dans des forts militaires.

Qu’était le cincopuntismo ?

Frank : Il s’agit d’un accord secret de 63 entre la CNT et la CNS (franquiste), mis en place par des militants de la CNT minoritaires. Afin d’aboutir à une reforme des droits des travailleurs, et surtout l’élimination des communistes. Exemple des arrêts professionnels en 1962 (pour ne pas dire grève, tolérés par le régime) dans la métallurgie en Asturies. Le régime permet à des commissions ouvrières catholiques de revendiquer de façon plus ou moins autonome.
Robert : Comment expliquer que dès 36, alors que les militants anar étaient si bien formés, on a des participations au gouvernement et une certaine dérive autoritaire, a-t-on analysé cette situation ?

Frank : les AS ont réfléchi à la question du pouvoir notamment par l’intermédiaire de l’étude du mouvement anar russe et ukrainien. On participe au pouvoir mais on ne signe rien de définitif, d’une certaine façon pour le surveiller également. Il y eut des motions au sein des syndicats CNT envisageant une participation au pouvoir. Dès juillet 36 il y a une recherche d’alliance en donnant plus de pouvoir à certaines orgas que leur représentativité réelle.

Durruti était prêt à prendre la banque d’Espagne, projet refusé par les dirigeants de la Confédération. De même que la déclaration d’indépendance du Maroc a été bloquée par certains dirigeants de la CNT. L’entrée au gouvernement a posé énormément de problèmes au sein des anarcho-syndicalistes et suscité les plus vives critiques.
Raphaël : Y a t-il des liens entre le coup d’État de 82 et celui de l’OAS ?

Frank : Non, en Espagne il n’y avait aucun soutien populaire a l’armée.

Piere-Yves : Rôle des indépendantistes basques ?

Frank : Le prolétariat basque était à l’UGT et à la CNT. L’église basque a soutenu les républicains. Vers 62 une étude révèle que 40% de la population est basque et on voit donc petit à petit disparaître le fait basque, l’ETA se crée l’année suivante. Avec une très grande complexité.
L’Église globalement est franquiste, à part l’exception basque. Et pour elle c’est l’occasion de garder les bons espagnols catholiques en tranchant dans le vif et en éliminant les éléments subversifs.

Dragi : Les raisons du refus de l’indépendance du Maroc ?

Frank : Au congrès de 31, Pestaña fit une proposition de déclarer tous les Marocains comme égaux des Espagnols, conduisant à l’indépendance de fait du Maroc, proposition rejetée parce que non inscrite à l’ordre du jour. Cette proposition n’est plus reprise par la suite. La FAI reprend cette idée et analyse très bien l’intérêt du Maroc pour des putschistes. Tout était prévu et rien n’a été fait.
La CNT n’a eu à aucun moment de positions sur les colonies. Il existe un ouvrage sorti en Espagne traitant des rapports entre Espagnols et Maghrébins du 16eme siècle à nos jours et c’est très compliqué.

Piere-Yves : La CNT aujourd’hui et la CGT ont-elles gardé le même mode d’organisation qui a conduit à la rupture entre le comité national et la base ?

Frank : Il n’y avait pas de rotations des tâches à la CNT et également à la CGT. En France nous avons réfléchi à cette question et la rotation des tâches est primordiale pour nous. Le rôle du BC à la CNT-F est à ce titre exemplaire puisqu’il n’a aucun pouvoir d’initiative. Nous sommes donc dans une situation complètement différente par rapport à l’Espagne.

Jesús : Il est évident qu’une direction d’un mouvement qui se déclare rouge et noir va mener aux même écueils, avec une manipulation complète de la base par les dirigeants. A l’heure actuelle il n’y a pas de rotations des tâches au sein de la CGT. Ceci est dû en partie au fait que de nombreux affiliés ne veulent pas prendre part à la vie du syndicat. Il y a par conséquent des individus qui sont toujours les mêmes à s’occuper du syndicat.

8 Macédoine
Dragi le 20-8-2002

Le mouvement insurrectionnel de 1903 paraît pointu, mais pour un Macédonien c’est un mouvement fondateur, qui est repris par les nationalistes aujourd’hui.
Le délitement de l’empire ottoman entraîne en 1830 la création de l’Etat grec, qualifié d’Etat croupion puisque n’ayant que 800.000 habitants sur quatre millions. Cette région est appelée les Balkans, avec des populations mélangées et des régions contestées, qui font qu’aujourd’hui la Macédoine est appelée Firom (Former Yugoslavian Republic of Macedonia).

L’organisation sociale de l’empire ottoman est religieuse (aucune différence entre un orthodoxe grec ou slave), avec un islam modéré et mystique. Il y a eu une islamisation non forcée, mais intéressée, de certaines populations locales et donc un bon voisinage avec les croyances locales ; par ex : le patriarche grecque était Pacha de haut rang, donc haut dignitaire.

L’organisation sociale reposait sur un régime de paysans proche du servage féodal : gros propriétaires ottomans, paysans attachés, d’autres propriétaires avec des servitudes.

L’extension des idées des lumières a donné des réactions plus tardives qu’à l’Ouest : mégaléidea : réunion de toutes les terres grecques en 1821. En Serbie, et en Bulgarie, les mouvements indépendantistes étaient basés sur des idées nationales, sur la langue, le mythe de l’Héllade pour les Grecs est leur passé pré-chrétien.
Réaction en Macédoine

Géographie : partie donnant accès à la Mer Egée - Salonique - ville avec une population juive importante ; partie albanophone ; composante slavophone, tzigane, roumaine - la Varda. Partie Est - slavophone.
Pourquoi slavophone et pas macédonien ? C’est une des questions qui fonde le nationalisme actuel : la langue macédonienne a été normalisée en 1945 de manière à s’éloigner du Bulgare. Maintenant, au bout de 50 ans les deux langues, initialement très proches, ont certaines différences.

Population slavophone : historiquement il y a eu une lutte d’influence qui conduit à la création d’écoles serbes, bulgares ou grecs utilisant des langues différentes.
Au niveau insurrectionnel, on retrouve des conflits entre les différents groupes linguistiques. L’organisation secrète Mro fondée qui devient Tmro (organisation révolutionnaire macédonienne interne). Parmi les fondateurs, plusieurs sont influencés par ou sont eux-mêmes des anarchistes (formés au contact d’anarchistes européens ) et orientent la lutte vers l’opposition à l’empire ottoman au-delà des particularités linguistiques.
L’organisation de petits groupes de sabotages en autonomie complète est facilitée par la nature montagneuse du territoire. Le Tmro est initiateur du “ terrorisme publicitaire : enlèvements de personnalités, dynamitage, détournements, prise d’otage dans une banque française. La Fédération Révolutionnaire Arménienne, autre organisation insurgée, travaillait avec le Mro.

A partir de 1893 un certain nombre d’enlèvements financent le mouvement. Le Congrès de la Sainte Élie décide l’insurrection, pas sur un plan général, mais intermédiaire, c’est-à-dire des actes nombreux mais à la seule initiative des insurgés. L’insurrection de 1903 atteint son point culminant à Krouchevo où les insurgés prennent les casernes. A chaque fois qu’ils prennent un village, les insurgés tentent d’installer une organisation autogestionnaire confiée à la population. Selon les différents auteurs, la description est celle d’un mouvement autogestionnaire, ou celle de l’embryon de l’État nationaliste.

A coté de la république de Krouchevo, qui va durer 3 mois, il y a le soulèvement d’Andrinople, du 5-6 août, en Thrace, par solidarité avec leurs compagnons de Macédoine. Ressemblance avec l’insurrection de Makhno, après la prise armée, ils laissaient les habitants s’autoorganiser. Mais la réaction attendue des puissances européennes ne se produit pas et il y a une forte riposte militaire ottomane : massacres, exodes massifs de population. Cette situation aboutit à l’arrêt de l’activité du Vomoro (80 % des insurgés ont disparu pendant les combats). Dans le mouvement, il y avait la présence de tendances pro-bulgares, cette guerre interne va se prolonger sur le territoire bulgare.

Face à une coalition macédonienne et bulgare, les Ottomans reculent. Après les 2 guerres balkaniques, il y a un découpage entre les groupes linguistiques qui est à l’origine des frontières actuelles. Réhéllénisation de la Macédoine grecque ; la partie serbe impose un usage exclusif de la langue serbe, une serbisation des patronymes. En 1919, un traité consacre ce découpage très défavorable à la Bulgarie, la Grèce récupérant la Thrace.
Le Vomoro consacre son activité à l’assassinat de toute personne qui va à l’encontre de ses intérêts : militaires, hauts dignitaires bulgares (en même temps que les 20 000 assassinats des années 20 découlant de la répression de l’État bulgare).

La 2 ème guerre mondiale met fin définitivement aux activités terroristes, et la chape de plomb communiste gèle le conflit. La période titiste a permis à la région de Macédoine de se forger une identité : une langue littéraire normalisée à cette époque favorise les dialectes les plus occidentaux de la région (pour éloigner le macédonien du bulgare). La propagande a aussi créé l’anti-bulgarisme actuel.

Dès la mort de Tito, il y a un réveil des nationalismes locaux, une recherche de la grandeur passée(revendication de l’ascendance d’Alexandre Le Grand ).

Frank : Tous les mouvements de libération d’origine libertaire sont basés sur un refus de l’oppression économique et politique, sans considérations ethniques. Cet exemple peut être intéressant par rapport à la situation au Liban, en Palestine.

Dragi : Actuellement, en Macédoine il y a un conflit net entre les Albanais (30 % ) et les slavophones. La revendication albanaise est d’être reconnu comme peuple constitutif (bilinguisme, universités albanophone) et non pas minorité.

Hugo : Cette insurrection est contemporaine de ce qui s’est passé en Irlande, est-ce qu’il y a un rapport entre les 2 ?

Dragi : il y a eu beaucoup de communication avec les anarchistes en Arménie, et les organisations européennes. Est-ce qu’on peut en profiter pour lancer un débat sur les nationalismes ?

Marc : On peut faire le constat que notre organisation est assez mal a l’aise sur cette question.

Manu : Pour la question palestinienne, on est partagé entre un soutien au peuple palestinien et donc à son État, un soutien sans grande activité vis à vis des déserteurs israéliens. On est pris aussi par un phénomène de la présence de la communauté maghrébine en France, le débat anti-sioniste, les solidarités religieuses. On a besoin de réaffirmer et argumenter notre position de lutte des classes.

Wilfrid : Dans une perspective de lutte des classes, internationalistes, on ne sait pas analyser en prenant en compte les idées nationalistes basées sur des particularismes locaux. En ignorant ça, on laisse le terrain se faire récupérer par des groupes maffieux qui défendent leurs intérêts. Pourtant par la mondialisation, on assiste à une négation de ces particularismes, qui sert le développement de sentiments nationalistes alimentés par les frustrations.

Fouad : pour revenir sur la question palestinienne, il faut tenir compte de la dimension impérialiste. Il y a aussi la menace islamiste (voir le travail de propagande fait par les barbus dans les banlieues ). Il faudrait une présence sur le terrain.

Dragi : je voudrais faire le lien par rapport à la position socialiste face à l’insurrection en Macédoine : qui n’a eu que des considérations économiques, sans prendre en compte la dimension nationaliste. L’intérêt de l’insurrection est d’avoir su coupler la question des réformes agraires a la question nationale. Par exemple, soutenir la revendication albanaise ok, mais dans la perspective de rapports sociaux différents.

Jérémie : Sur la question palestinienne, pour moi la position de la CNT rompt avec la tradition anarchiste pure sur la question nationale. Par exemple, pendant la guerre d’Algérie, la FA, même en considérant comme juste la lutte du peuple algérien, n’a pas concrètement soutenu la lutte et est restée très ambigus. Lors de la visite de Sharon à l’Esplanade de la mosquée Al Aqusa, on n’a pas oublié de faire la parallèle avec la situation en Algérie, et dire que la résolution du conflit passe par la constitution d’un État palestinien. Maintenant on ne se fait aucune illusion sur l’apparition future d’une bourgeoisie dans ce futur État, contre laquelle il faudra lutter. De même que face à des sans-papiers, c’est pas évident de tenir une position de refus du vote.

Ricardo : Pour les Palestiniens, comme pour les Basques, je suis d’accord pour le soutien à l’existence de communautés autonomes, mais je ne suis pas Jérémie sur le soutien à la création d’un État. Quand on voit ce qui est arrivé avec le FLN en Algérie, on ne peut pas soutenir la création d’un État palestinien, qui sera tout aussi oppressant pour sa population, et source de conflits futurs. On a un projet de société qui est basé sur le fédéralisme qui nous permet de proposer autre chose.

Hugo : Je pense que l’aspect nationaliste d’un soulèvement est une phase transitoire, comme 1789 l’a été pour 1848 ou la Commune, ou la question de la Kabylie.

Marc : Vu la difficulté de mobiliser nos troupes, c’est que la question est pas claire pour tout le monde. Il y a un principe fondamental d’autodétermination sur lequel on peut s’appuyer, après c’est aux Palestiniens de choisir leur forme d’organisation. Mais ce principe, comme l’autonomie, ont été tellement galvaudés, qu’il faut se réaffirmer dessus. C’est peut-être un problème de formation a grande échelle, mais pour Paris par ex, il faudrait voir si le manque de formation n’empêche pas un certain nombre de personnes de s’engager. C’est une question fondamentale, pour un conflit qui met en jeu nos relations futures avec tous les pays de l’Est de la Méditerranée. Dans la situation kabyle, il y a des éléments qui nous parlent beaucoup (les assemblées villageoises, la question de la mise à l’écart des femmes mise à part).

Dans le conflit israëlo-palestinien, la dimension passionnelle est telle qu’elle pousse à des comportements irrationnels. Malgré tout, il y a des organisations mixtes qui reconstruisent des villages palestiniens. Il faudrait arriver à travailler avec des groupes révolutionnaires amis aussi d’autres groupes (marxistes, après l’effondrement du bloc communiste). De même en Tchétchénie, les défenseurs du peuple ne sont pas forcément des gens avec lesquels on a envie de travailler.

Micha : Nous dans nos réunions on parle de soutien au peuple palestinien. Et on rappelle que condamner le gouvernement israélien, c’est pas de l’antisémitisme, mais du soutien a une population victime de multiples discriminations, depuis la guerre de 1967. Nous étions prêts à nous déplacer en Palestine au moment de l’envahissement des camps mais les frontières ont été fermées. On a organisé une projection en présence de membre palestinien et israélien.

Johan : La SAC n’a pas de position officielle sur la question palestinienne mais elle rejette l’attitude agressive de l’état israélien et de quelques groupes... A titre individuel, des personnes participent à des manifs,

Wilfrid : Il y a eu du racisme ?

Johan : Il y a un problème au Nord de la Suède, des gens qui ont été opprimés par l’État suédois, mais maintenant, ils ont leur autonomie.

Fouad : Sharon est allé sur l’Esplanade des Mosquées pour saboter les accords d’Oslo, il ne veut pas d’un État palestinien cisjordanien, qui contrôlerait l’approvisionnement en eau de la région. On se doit de soutenir une position confédérale, sinon les futurs États vont s’accorder via leurs bourgeoises pour exploiter leurs travailleurs, à travers ou la guerre, ou une présence étrangère d’interposition.

Fred : on est complètement influencé par les médias pour se positionner sur ce conflit, à la différence des multiples conflits en Afrique par ex, ou personne ne prend position.
On a aussi une position à prendre par rapport à l’utilisation de l’intégrisme, par ex au Nigeria.
D’un autre coté, je pense qu’on doit prendre position fermement par rapport à certains moyens utilisés lors des luttes de libération. Il serait intéressant de nouer des relations avec des organisations syndicales réunissant des membres des deux communautés et on a à les soutenir même s’ils sont ultra-minoritaires (et nous donc !). Je pense que c’est parce qu’on n’est pas assez clairs et fermes sur nos principes aussi qu’on a si peu de contacts, sinon, certains groupes viendraient direct à nous. Je préfère la question de la libération sociale plutôt que libération nationale.

Dragi : Le problème palestinien est, au niveau médiatique, mal posé. Pour moi, il y a dans les territoires occupés, un processus de colonisation qu’il faut dénoncer. Le problème n’est pas spécifique, mais la particularité c’est que cette occupation est acceptée par les grandes puissances. Par exemple, lors de l’occupation allemande, on n’a pas considéré qu’il s’agissait d’un problème d’autodétermination du peuple français sous les Allemands
L’explication de Fouad est très naïve parce qu’on fait fi de 4000 ans de judaïsme de la région, il faut pas rester dans une analyse économique. Israël est en train de construire la grande Judée. En Argentine (pays envisagé par les sionistes au XIX), il y avait des ressources beaucoup plus importantes.

Par rapport au problème qu’auraient les anarchistes avec l’idée nationale. Au contraire, c’est la position marxiste qui nie la question nationale.

Vincent : La deuxième guerre mondiale n’est pas une question de libération nationale mais un affrontement d’impérialismes. Pour la question palestinienne, il y a beaucoup de gens qui veulent encore vivre ensemble et on doit créer de contacts avec ces gens là. On a par exemple avec SUD envoyé du matériel informatique à des organisations indépendantes de l’État. Et je veux dire que je condamne les attentats qui visent essentiellement les civils.

Jérémie : On est tous d’accord pour condamner le terrorisme aveugle. Pour la guerre d’Algérie, la majorité des orgas d’extrême gauche ne soutenaient pas la position nationaliste mais plutôt Messali Hadj. Pour la Palestine, on ne peut pas faire l’économie de la revendication d’un État palestinien.( application des résolutions de l’ONU ) Parler d’autodétermination, pour moi c’est une façon hypocrite de ne pas parler d’État palestinien. Et parler de confédération c’est complètement irréaliste.

Une membre d’un CCIP, collectifs de protection des civils palestiniens, qui ont rencontré en novembre des membres de toutes les orgas, donne son avis. Tous les grands médias locaux sont acquis aux idées sionistes et donc les CCIP cherchent à développer des idées contre l’apartheid que vit la population palestinienne, la notion de résistance de la population. A la rentrée, le film de Samir Abdallah va être acheté par Envoyé Spécial, et présenter des avis différents de ce qui est habituellement présenté dans les médias.

Frank : Le conflit est important pour nous parce qu’il a des répercussions locales, du fait des populations maghrébines et juives. Ça me paraît utopique de croire qu’un État palestinien aura assez d’armes pour arrêter les chars israéliens. De plus, à titre d’information, les marxistes ont toujours choisi un pays, l’Allemagne pour Marx et Engels contre les nationalismes tchèque, serbe, etc.
Ricardo : Je suis pour des revendications culturelles (apprentissage des langues) mais il faut se démarquer des actions terroristes. Toutes les armes autorisées aux palestiniens c’est seulement des armes légères pour assurer la répression de la population, pas pour se défendre d’une agression armée.

9 La pédagogie libertaire Stirner, Proudhon, Bakounine

Ricardo. Masseube 21-8-2002

Les libertaires, contrairement aux marxistes, ont toujours réfléchi à ce qu’on pouvait faire au niveau de la pédagogie, tout de suite, sans attendre la révolution. Encore aujourd’hui, il y a des pédagogies qui se réclament de l’autogestion (Vitruve, lycées autogérés ).
Proudhon. Autodidacte, il est très critique par rapport à l’école, qui selon lui s’adresse aux enfants de la classe dirigeante et transmet des savoirs théoriques. Il préconise de développer le corps autant que l’esprit (activités physiques ) et d’associer les enfants au processus productif, de manière à ce qu’ils ne soient pas de simples consommateurs. Donc possibilité d ‘apprendre des métiers (“ La Ruche ” de Sébastien Faure ). Ces programmes sont très d’actualité. Aujourd’hui sur 27 h les enfants acquièrent surtout des savoirs théoriques, et n’ont aucune notion de la valeur des choses. Après l’école primaire, beaucoup ne peuvent pas s’épanouir, et ceux qui ne sont pas à l’aise avec les matières intellectuelles sont progressivement exclus. Pour ceux qui sont rapidement orientés vers des filières techniques, certains peuvent se sentir frustrés d’un certain capital culturel. De l’autre côté, des gens jusqu’à 30 ans peuvent être exclus du système. productif ce qui ne conduit pas a un bon équilibre.

Stirner Souvent taxé d’égoïste, il est très féroce sur l’encasernement de l’école obligatoire : l’église de la religion étatique. L’école assure l’intégration à une certaine société qui a ses valeurs. Jules ferry a créé l’école publique pour combattre les curés dans les campagnes.

Bakounine Pour lui l’éducation ne peut pas être émancipatrice, on ne peut avoir une éducation de qualité dans une société pervertie. Quand les modèles de réussite sociale sont basés sur la magouille, l’école ne peut pas inculquer d’autres valeurs. L’école est un outil de sélection sociale et donc le rôle de l’enseignant est ambigu. Cette sélection est d’autant plus traumatisante qu’on affiche l’égalité des chances et que la réussite est attribuée au mérite ou autres facteurs individuels.
Il ne s’agit pas non plus de penser que rien n’est possible dans l’éducation. Certaines expériences existent hors de l’Éducation Nationale : école Bonaventure d’Oléron, l’école Vitruve, les lycées autogérés. Voir le film ‘Tivaouane’ au Sénégal. Il existe d’autres structures d’éducation : la famille, les amis et le syndicat, qui permettent des apprentissages des rapports sociaux. On ne peut pas généraliser le savoir d’un spécialiste à des pratiques sociales ; les querelles de personnes interdisent rapidement la possibilité du contrôle et de la critique. L’autorité du savoir entraîne des divisions ; des séparations entre les individus qui débouchent sur l’exploitation.

Frank : Francisco Ferrer, catalan, expérience entre 1900 et 1909. Influencé par le mouvement libertaire, exilé en France pour raisons politiques, prof d’espagnol, il s’est intéressé à la pédagogie. Financé par son amie, il est retourné en Catalogne pour développer sa pédagogie laïque et mixte. Il s’adresse à des familles ouvrières et une bourgeoisie catalane athée. Influencé par Élisée Reclus, pédagogie de la découverte, y compris de la découverte de la lutte des classes. Il y a aussi des conférences pour les parents d’élèves. Maison d’édition : manuels d’enseignement, des livres d’Élisee Reclus, l’histoire du monde en 5 volumes de Ferrer. Après un séjour en prison, il reprend son activité et sa pédagogie s’étend.

Ferrer écrivait “ l’instruction, l’enseignement ne commence que lorsque l ‘enfant le demande ” ;“ l’école ne décernera aucun prix et n’organisera aucun examen ”.. Ferrer est accusé d’être l’instigateur d’une rébellion et est exécuté en 1909.

A partir de 1910, la CNT apparaît et décide de créer des écoles inspirées de Ferrer. Parmi les travailleurs, il y avait beaucoup d’analphabètes, mais les militants étaient conscients de leur rôle politique. Nécessité de former des enfants en dehors du moule catho, beaucoup d’instituteurs ont été déportés. Ils donnaient à leurs enfants des noms d’origine grecque ou espérantiste, dans un souci de rejet global de la société capitalise et religieuse. Le CENU, école organisée par un cénétiste Puig Elias, a repris d’une façon dévoyée les principes de Ferrer (nationalisme, racisme ).

Ricardo : La FAU est un moyen d’assurer la formation d’enseignants qui malheureusement ne sont pas bien conscients des capacités de concentration des enfants en milieux techniques.

Bertrand : A Paris, Ferrer a aussi contacté des socialistes, est rentré dans la franc-maçonnerie et est revenu en Catalogne avec le souci d’éduquer le plus grand nombre.

Elisée Reclus, il faut le préciser, s’intéressait à l’écologie scientifique, ce n’était pas un militant.
 ? ? : Ce qui me touche en tant qu’élève c’est qu’on nous inculque l’esprit de compétition, et on nous retire toute initiative ou esprit critique, à la moindre réaction on est taxé d’insolence.

Frank : les ados sont très sensibles à l’humeur du prof, et sont très frappés quand le prof n’est pas imbu de son savoir. Si on les laisse faire rapidement émerge une grande envie de savoir, qui ouvre beaucoup de possibilités. Mais trop de profs sont pénétrés de leur fonction, avec leurs soucis de finir le programme.

Pierre- Yves : j’ai une question pour les enseignants, est-ce que vous pensez qu’il y a une issue dans l’Éducation Nationale, que vous ne trouvez pas vain de mettre des notes et à coté combattre le système ?

Frank : Moi j’ai commencé en 70 et j’étais gêné par ceux qui mettaient 20 à tout le monde ou aux fils de prolos. Les notes c’est le seul truc qui fonctionne. On a fait une action en décidant de ne pas mettre de notes plutôt que de faire grève. La direction a menacé de ne plus nous payer. Le prof est une machine a mettre de notes, et c’est une preuve qu’on ne peut par refuser le système.

Tristan : Dans les textes, le instits ne doivent pas mettre des notes. C’est pas parce qu’il y a des phénomènes sociaux qu’il faut abdiquer notre fonction. On fait partie de ce grand mécanisme de tri mais au niveau individuel de l’action, j’ai l’occasion d’aider des enfants et des adultes, il faut une conscience globale du monde.

Dragi : comme prof de fac je fais partie d’une élite intellectuelle et je forme des élites. Il y a un côté utile, il y a bien sur des institutions a changer mais il y a moyen de faire passer des idées dans les rapports qu’on a avec les gens, la manière d’organiser des examens.
 ? ? : Comment ?

Dragi : Ne pas être autoritaire. Un examen c’est répondre en temps limité, donc il y a le biais de préparer un sujet pour une heure et d’en laisser 4. Comme chercheur, je suis aussi un petit rouage d’une entreprise et j’essaie d’avoir une activité syndicale.

Frank : Quand tu fais bien ton boulot, quand tu donnes des cours gratuits, pour les parents c’est l’institution qui est jugée favorablement, donc on se fait rouler dans tous les sens.

Ricardo :Sortir les gamins c’est super chiants, on n’est pas obligé de le faire, mais tout le monde trouve ça normal.

Pierre-Yves : j’ai pas eu de prof génial... Comment on peut aller au-delà de la contradiction ?

Ricardo : déjà quand on est conscient de la part de poids de l’institution, des limites de notre métier, on peut avoir des marges de manœuvre, sortir les enfants de l ’école, d’autre façon de mettre des notes. Nous ce débat on l’a fait pour mettre des repères dans nos pratiques professionnelles. On pourrait dire la CNT doit créer des écoles libertaires partout, mais l’école c’est la seule institution qui touche une classe d’âge et il faut pas laisser les seuls républicains faire.

Bertrand : Je travaille avec un mouvement d’éducation populaire, et je suis en contact avec les enseignants du primaire. Comme militant CNT on peut agir dans l’école pour la transformer et à l’extérieur pour changer la société. L’éducation c’est pas seulement le rôle de l’école, mais on a tous une réponse éducative vis à vis des enfants. A Auch, dans les écoles primaires, dans un quartier ou il y a beaucoup de gamins issus de l’immigration, on se rend compte qu’il y a plus de lien social entre les instits, éducateurs et la famille. Les éducs renvoient aux parents leur propre échec à chaque fois qu’ils sont convoqués. Comment faire pour recréer des liens sans discours moralisateur, sans jugement ?

Lycéen : Il y a beaucoup d’enfants qui ont une conscience politique, on n’est pas tous formatés, on parle entre nous. On pourrait organiser une branche de la CNT, pour discuter de tout ça. Que la CNT vienne vers les élèves.

Élodie : Il y a des lycéens à la CNT mais ce sont des générations qui passent et après, dans l’enseignement supérieur, on ne les retrouve pas, on n’a pas envie d’aller les chercher.

Tristan : Il y a une vraie dérive actuelle de l’école en église de la religion étatique, il faudrait tout réorganiser.

Cyrile : Comment était organisé le système scolaire en Espagne en 36, pour imaginer ce qu’on pourrait organiser ?

Frank : L’école a été instituée en utilisant la pédagogie libertaire, on voulait rapidement des ingénieurs. Dès la prise d’un village, il avait 2 mesures : retraite pour les plus de 60 ans, et ouvrir une école de type libertaire. Mais tous les militants étaient partis à la guerre. On prenait une personne qui savait lire et pouvait être soit un ancien riche, soit un ancien curé, parfois on respectait complètement Ferrer mais parfois non. Le programme était préparé par un membre du syndicat désigné pour ça, tout se faisait en même tant.

Cyrile : Dans le cadre de la fédération de l’éducation, qu’est-ce qu’on peut organiser ?

Ricardo : Je pense qu’il ne peut pas y avoir de professionnels de l’éducation, un enfant a besoin d’être en contact avec une foule d’adultes aux ressources différentes. Aujourd’hui les enfants vont à l’école parce qu’il n’y a personne pour s’occuper d’eux mais dans le cadre d’une autre organisation de la société, il pourrait y avoir plus de temps, je serais pour l’ouverture de l’école jusqu’à la dissolution dans la société.

Pierre-Yves : est-ce que vous avez un regard sur la demande des enfants. Est-ce que vous avez des analyses sur le changement des générations ?

Lycéen : Il faut faire attention à l’éducation libérale, aux US, il y a des meetings à la gloire de Coca-Cola, en France il y a des jeux pour convertir les jeunes a l’idéologie libérale.

 ? ? : Quand j’étais à l ’école j’avais jamais confiance dans les profs donc, je pense pas qu’il faut attendre ça de nous.

Vincent : À Nancy, on a fait venir un journaliste, qui a étudié les commissions européennes sur l’éducation. Il y a la table ronde européenne de 40 grands entrepreneurs qui réfléchissent à une refonte complètement libérale de l’éducation. La CNT peut avoir un rôle de contre-attaque par rapport à ça.

Dragi : Dans les universités, on voit l’entrée de plus en plus forte des industriels, voulue par les pouvoirs publics. Par exemple au niveau syndical, sur Nancy, certains profs ont fait venir un DRH de Michelin pour les informer des possibilités d’embauche. L’UL a saboté le meeting de ce type et les étudiants ont très mal perçu notre action.

Élodie : pour parler de l’évolution des mentalités, avec la FAU, on voit beaucoup de lycées et moi je suis frappée, j’ai fait partie d’une génération qui ne bougeait pas, avec une attitude attentiste et un peu désespérée. Depuis 3 -4 ans, il y a un regain d’énergie, et surtout depuis l’entre-deux tours, alors que chez les étudiants, il n’y a pas de politisation et beaucoup d individualisme.

Tristan : A fréquenter des publics de gens accidentés par la vie, je pensais qu’il fallait les pousser à exprimer leur ressentiment par rapport à la lecture ; et en fait non, dans leur attente, je suis celui qui propose des objets de savoir.

Sur la capacité de mobilisation des étudiants c’est comme de susciter la curiosité chez les élèves. C’est lié à la façon dont les hommes gèrent les informations. Avant elles étaient peu nombreuses et on pouvait se positionner par rapport à elles. Maintenant, il y en a tellement, que certains ne peuvent plus discriminer entre la réalité et la fiction. Le bombardement continu de la TV retire tout sens à l’information, et toute possibilité de discrimination, et l’homme surinformé ne peut plus se mobiliser.

Pierre-Yves : Comment la CNT se positionne face à cette attaque libérale, sans retomber dans l’attitude des syndicats réformistes et étatiques ?

Fouad : On a un projet d’école autogestionnaire dans le cadre de notre projet de société. Maintenant, même si on sait défendre notre discours, il ne passe pas, c’est un peu insoluble. Notre slogan “ Révolution pédagogique et sociale ” est claire.

Ricardo : moi je suis un gratteur de feuilles et j’aime bien quand les gamins s’intéressent à des problèmes abstraits, mais je trouve dommage que l’école ne transmette que ça. Par contre je suis nul en musique, en art plastique, et je préférerais faire venir un spécialiste. En plus, la famille est souvent complètement dévalorisée, l’école est fermée à la famille, j’aimerais faire classe ouverte et intégrer plus les parents, plutôt que me faire prendre la tête par une inspectrice. L’école est trop étanche par rapport au reste de la société, les enseignants vivent beaucoup entre eux, les syndicats sont très corporatistes.

Fouad : Moi j’ai adhéré à la CNT en 2 nde. Je trouve que les lycéens sont pas réceptifs. Quand on a parlé de la mobilisation des lycéens, il y avait un énorme battage médiatique.
Dragi : Moi je me méfie des jugements générationnels. Un mouvement de masse d’ampleur ce n’est pas quelque chose qui se décide et il y a des facteurs dus à la situation. Cette année, j’ai enseigné le projet personnel d’insertion, on a 6 heures pour voir avec les étudiants quel métier de management ils veulent faire. Là, on pouvait en direct démonter la propagande libérale. Il y a des révoltés dans toutes les générations et c’est à nous de l’organiser.

Vincent : Moi je pense que l’éducation libérale a déjà gagné : le démantelage des services publics est en cours, le programme de la Communauté européenne est fait, on peut le consulter sur internet. Il y a un fric monstre a tirer de ce marché de l’éduc, les cours, les CD-Rom sont déjà prêts. Je trouve qu’il faudrait déjà se demander ce qu’on va changer dans cette éduc qu’on n’a encore pas vue.

Fouad : Le patronat n’arrive pas directement, il commence par des distributeurs Coca-Cola, il distribue des fascicules sur comment créer des entreprises. Ca montre qu’on n’est pas en retard d’une lutte, mais la question, c’est quel outil on se donne.

Bertrand : Il y a une double offensive : le Vatican fait de plus en plus pression sur l’UE pour rétablir l’enseignement religieux à l’école. On sait que la finalité c’est de faire revenir les cléricaux dans l’école. Sur la défense de la laïcité, j’aimerais avoir une idée des débats au sein de la Fédé. Pour l’école publique, il y a eu des combats par rapport aux foulards, mais la présence des croix, du poisson du vendredi, des aumôneries, ça ne pose jamais problème ; on sait que les enseignements laïcs au début du siècle se sont toujours faits en rejet total de la religion. Et comment sensibiliser aussi d’autres syndicats, et les parents d’élèves ?

Frank : Les enseignants ne se sentent pas du tout concernés eux-mêmes (ports de signes religieux).

Pierre-Yves : Il ne faut pas oublier le travail de l’humanitaire. Dans les grandes écoles, à travers la question de la logistique, on influence de plus en plus les jeunes

Dragi : Moi ça me dérange pas tant que je peux aller en cours avec mon gros chat dans le dos.

Bertrand : moi ça me gêne, parce que dans la constitution on ne précise pas de signes ostentatoires a l’école. Les gamins ne sont pas responsables de ce qu’ils portent. Par rapport à l’intégration dans un pays laïc. Le problème, c’est que d’autres orgas de gauche, et le PS, on s’intéresse à cette question

10 Mardi SS par Manu
Cette présentation de la Sécurité Sociale porte sur plusieurs axes, avec un apport d’informations par rapport aux enjeux de l’époque, sur ce qu’on fait, en soulignant la branche retraite, par répartition, par capitalisation.
Le mouvement mutualiste est une ébauche de la SS depuis l’antiquité. Il y a une origine chrétienne (maison de Dieu) de la SS, à partir du XVII siècle, il y avait un hôpital dans chaque ville en France. Des sociétés de prévoyance existaient, mais ne couvraient qu’une partie de la population (pas les plus pauvres).Pendant la révolution française les sociétés ouvrières étaient interdites, mais en 1848 elles sont permises, en 1902 la mutualité française se crée. Entre 1900 et 1940, le nombre d’adhérents s’est multiplié par quatre. En 1945 la SS est créée (à partir d’idées anglaises et de la résistance et sur le système allemand).

Le but est garantir les travailleurs et leurs familles contre “ les risques de toute nature susceptibles de limiter leurs capacités de gain, les charges de familles ”. La gestion est confiée aux intéressés eux-mêmes, à des administrateurs bénévoles.

En 1967 il y a eu trois branches autonomes (dans les ressources et les dépenses) : maladie, famille, vieillesse. En 1976, définition des responsabilités de chacun dans la SS (gouvernement, assurés, etc.).

La mise en place de la SS a absorbé peu à peu, les étudiants, les militaires, etc. En 1974, la généralisation à toute la population est appliquée. Mais il reste des régimes particuliers (mineurs, employés de la RATP, etc.).
La moitié des dépenses de la SS touche la branche maladie, la branche vieillesse (environ 30% des dépenses), la branche famille. Les URSSAF assurent les recettes. Mais les exonérations de charges sociales des patrons dans certains cas (comme pour les 35 heures), limitent les rentrées. D’où des incapacités d’où des critiques gouvernementales, mais la cause vient du gouvernement. Les salariés de la SS sont de droit privé, à cause de l’origine mutualiste. La gestion revient aux partenaires sociaux, avec une tutelle de l’Etat plus ou moins importante selon les branches.

Les mutuelles complémentaires ne sont pas obligatoires, mais les régimes de retraite complémentaire sont obligatoires depuis 1973. Ils se calculent en nombre de points.

Pour les retraites par répartition (redistribution des cotisations encaissées auprès des actifs), on peut considérer que c’est une solidarité entre les générations et à l’intérieur d’une même génération. Il existe des systèmes de compensation, en cas de déficit, des pensions de réversion. Il y a le fonds de solidarité vieillesse qui verse un minimum (une somme minimale pour vivre pour les personnes âgées vivant en France, suivant des conditions de résidence en France). Il y a donc une solidarité au niveau national.

Les prévisions par rapport aux retraites par répartition sont que pour 2003 il faudra reprendre les grilles selon le nombre d’actifs et de retraités. En 1998, les retraites représentent 12% du produit intérieur brut (moins d’actifs, les actifs commencent plus tard). Les difficultés dans le futur de ce système donnent des arguments aux partisans de la retraite par capitalisation. Le ratio actuel est d’un 1,7 actif pour un retraité, en 2040 1, 2 pour un 1.

- Yannick : Les prévisions démographiques et les projections ne sont guère efficaces.

- Dragi : Les gains de productivité depuis 30 ans sont énormes et ils ne rentrent pas dans les calculs.

- Manu : il existe un fonds de réserve créé par l’Etat sans règles de gestion. Et le gouvernement organise une campagne de discrédit contre la SS. On peut parler des inégalités devant la mort, en général six ans d’espérance de vie en moins pour les ouvriers par rapport aux cadres.
Les retraites par capitalisation correspondent au chacun pour soi. Il y a également une manne fabuleuse à récupérer pour certaines entreprises. Dans l’argumentaire des partisans de la capitalisation, il n’est jamais évoqué le cas de ceux qui ne cotiseront jamais.

- Frank : Il faudrait voir le cas des autres pays où les caisses de retraite sont séparées de la SS et si on appliquait la même chose, le déficit serait bien moindre.
De plus dans les dépenses de la branche maladie, il faut remarquer que nombre de check up, d’examens onéreux reviennent aux cadres, aux nantis

- Johan (SAC) : En Suède, il existe un système paternaliste, certaines prestations viennent des Églises, la solidarité doit être organisée par l’action directe. Le système des retraites vient d’être modifié et la SS est attaquée par les libéraux. Les syndicats versent les allocations de chômage, mais ils ne participent pas à la SS.

- Yannick : Le cas de l’Argentine est-il applicable à la France ?

- Manu : Non, mais avant la crise il y avait des prévisions excellentes sur le pays.

- Dragi : Les simulations actuelles sous-entendent qu’on ne répartit pas les gains de productivité vers la SS. Il y a une escroquerie : on suppose que les assurés, bien que ne pouvant cotiser davantage, vont verser sur le système de capitalisation. De plus, on affirme que ce qui est épargné sera utilisable quarante plus tard, on en sait rien.

- Fouad : L’argent était basé sur l’or, et plus maintenant, donc quelle est la base des retraites ?

- Manu fait une lecture de la position de la CNT de 1997.

- Florence : Depuis une vingtaine d’années, on constate que le pourcentage des salaires dans le PIB diminue alors qu’il y a croissance, donc le système est organisé de manière que la richesse produite est de moins en moins redistribuée vers les caisses sociales, c’est ça le problème et pas la question démographique.

- Manu : L’argument d’Attac serait de taxer les profits, les capitaux. Notre position est exprimée ici.

- Ricardo : Pour les projections démographiques, elles sont produites par une institution qui n’est pas neutre.

- Fouad : Le revenu garanti serait une solution.

- Tristan : Il existe une thèse démontrant les falsifications de l’Ined, qui ignore le fait du travail au noir. De plus, la solidarité a montré son efficacité face à l’instabilité du marché, en lui confiant des fonds.

- Manu : Le passage d’un système à l’autre relève de l’entubage. Et les études sur la plus-value d’un $ d’il y a quarante ans, donne 0,96.

- Frank : Tout le système est fondé sur la spéculation et le contrôle des marchés, et on voit que des sociétés s’écroulent aux Etats-Unis, donc tout le système est absurde. C’était similaire en URSS, on condamnait un individu avec cent ans de salaire sur son compte en banque, c’était un cas individuel, disait-on, et cela recommençait. Mais c’était le système marxiste.

- Olivier : Il y a aussi l’épargne à la française, un salarié met tant de côté et l’entreprise également, mais le système est inégalitaire quant aux fonds versés par chacun.

- Guillaume/ Raphaël : Il existe des fonds de cadres qui sont bloqués dans l’entreprise.

- Micha : Une partie est imposée en actions pour les salariés de France télécom.

- Dragi : Prétendre dans le cadre d’une entreprise arriver à une démocratie d’entreprise est une absurdité puisque le cadre hiérarchique en est le fondement. De plus, étant actionnaire de son entreprise, le salarié est complètement piégé.

- Manu : Qu’est-ce qu’on propose ?

- Olivier : La plate-forme de 1997 est tout à fait d’actualité.

- Fred : Peut-on autogérer dans le système capitaliste ? Evidemment ce peut-être dans le projet de société, mais ce n’est pas à nous de gérer le système.

- Tristan : On peut imaginer un contrôle des revenus dans chaque entreprise par les salariés.

- Dragi : Fred ta proposition n’est pas pratique, puisque tu laisses l’État se débrouiller.

- Manu : Il faut être clair, sinon demain la CNT peut être amenée à gérer les caisses de la SS.

11 Les luttes de la Confédération paysannes dans le Gers.
Débat animé par Bertrand de la CNT Gers et Philippe de la Confédération Paysanne.

Philippe : Selon les régions, les actions menées peuvent être très différentes, surtout il y a un grand clivage pôle urbain / pôle rural. Sur la question des OGM, nous avons mené pas mal d’actions ensembles (CNT et Conf ).

Bertrand : Je vais vous faire une petite présentation du Gers

Le département compte un peu moins de 173 000 habitants, c’est à peu près le tiers de la population de Toulouse, ce qui donne une densité de 27 habitants au km², une des densités les plus faibles de France. Auch, la préfecture, est la seule commune de plus de 10 000 habitants. 80 % de la population vit en milieu rural, 75 % du territoire est de la surface agricole utilisée. 46 % des exploitants ont plus de 50 ans (30 % de la population totale a plus de 60 ans), la surface moyenne par exploitation est de 48 hectares, mais sur les 10 dernières années, le nombre d’exploitations d’une taille supérieure à 100 ha a doublé. On peut noter que 8 communes ne disposent pas des équipements collectifs nécessaires. Alors que le taux de délinquance est parmi les plus bas de France, le vote FN, dont le score est ici en dessous de la moyenne nationale, atteint son maximum dans les toutes petites communes.
L’image extérieure du département s’est ternie au fil des ans : en face de l’imagerie bonne bouffe et paysages préservés, la réalité c’est une agriculture céréalière intensive et des problèmes sur la qualité de l’eau. Il y a des communes où l’eau devient non potable pendant deux mois de l’été et où on conseille aux parents de ne pas donner l’eau du robinet à leurs nouveau-nés.

Depuis 98, la Conf et son succès médiatique, la CNT s’est rapprochée de la Conf et pour la première fois, un syndicat nous a acceptés sans jugements, et cette collaboration a bien fonctionné, on a fait de nombreuses actions de fauchage ensemble dans le collectif anti-OGM. On a des relations privilégiées avec la Conf, même si les identités sont différentes, il y a des pratiques communes d’action directe. Pour ce qui est de la répression de l’activité syndicale, la position de la CNT du Gers est que même les syndicats réformistes sont dignes de recevoir notre soutien. La CNT est favorable à une agriculture qui nourrisse tous les êtres humains et qui mette fin à la famine organisée. Il y a beaucoup à faire sur le département en matière de santé publique, d’environnement et de répression syndicale.

Philippe : Je vais faire une présentation de la Conf du Gers et dire pourquoi je l’ai rejointe avec quelques amis. Avant la Conf, il existait déjà des agriculteurs qui voulaient faire évoluer la situation. Quand une exploitation disparaît, il s’agit souvent de quelqu’un qui partage nos préoccupations sur le type de production, l’environnement, et on a souvent peur que les disparitions d’exploitation aillent toujours contre nos intérêts. Depuis une loi votée sous Rocard, pour être représentatif dans les chambres d’agriculture, il faut avoir au moins 15 % des syndiqués. Dans le Gers, on a environ 100 adhérents dont 20 sont des militants, on a un problème de nombre pour être efficace. Il y a les nouvelles assemblées, les CDOA, qui visaient à élargir la représentation populaire vis-à-vis des questions agricoles, ce qui concerne en particulier les décisions d’aides européennes.

Pour améliorer l’image du département, le Conseil Général a créé le projet Excellence Gers, mais comme son président a pris position contre les OGM, ça pose quelques problèmes. Parce que le Gers par exemple est le département où il y a le plus d’expérimentations sur les OGM.

Une raison d’adhérer à la Conf, c’est pour trouver une expression pour dire qu’il n’y a pas une agriculture, mais des agriculteurs très différents : par exemple des néo-ruraux, des zonards qui sont venus s’installer, à côté des managers, et qu’on ne peut pas traiter tous ces gens de la même façon. Les aides européennes ne concernent pas tout le monde. La Conf milite pour savoir où va tout cet argent, 30 % des paysans touchent 70 % des aides. Il y a le nouveau projet de PAC avec lequel personne n’est d’accord, ni la Conf, ni la FNSEA, ni le MEDEF.

Manu : Tu as parlé de 4 expérimentations sur les OGM.
Philippe : C’est le thème du tract, il s’agit de variétés qui ont été homologuées avant le moratoire sur les cultures d’OGM. Il y a eu 4 essais faits en France : un dans le Gers, deux en Aquitaine, un dans le Centre. Ici, d’après la presse, il y aurait eu 18 ha de plantés pour tester la dissémination des gènes aux autres plantes.

Manu : Est-ce que vous pensez qu’il existe des expérimentations illégales ?

Philipe : Le protocole des essais étai prévu sur 5 ans, donc après les destructions, soit ils ont abandonné, soit ils ont continué en douce. Maintenant, officiellement, il n’y a plus aucune expérimentation dans le Gers. Là pour les 18 ha, c’est du domaine du privé, ils n’ont pas besoin de déclaration en préfecture. Ca se fait avec la collaboration de l’INRA et de la DRA qui est aussi un organisme public, donc pour nous il est clair que ce sont vraiment des essais.

Manu : Mis à part le maïs, est-ce qu’il existe d’autres plantes en expérimentations, et est-ce que le danger est le même ?

Philippe : En France, le soja et le colza transgéniques sont interdits mais pour les légumes on ne sait pas. Notre critique c’est qu’il y a un risque sanitaire pour la population animale et humaine, surtout des réactions allergiques. Il y a aussi une critique économique, les OGM sont surtout intéressants pour les semenciers. Les OGM sont résistants à un seul type d’herbicide. Le mode d’utilisation est en contradiction avec la pratique. On sème et on désherbe ensuite avec le seul produit possible, vendu lui aussi par le semencier. Il y a une grosse tendance en France qui est de rendre le paysan dépendant du semencier. On est aussi contre l’appropriation de la plante par l’industriel. Et puis par exemple, un membre de la Conf qui vendait du soja bio, a trouvé dedans des traces d’OGM. Sa production a été bloquée, il est poursuivi en justice mais curieusement le procès n’avance pas.

 ? ? : Un des arguments phare des semenciers c’est que les OGM permettront de résoudre les problèmes alimentaires mondiaux.

Philippe : Nous on revendique que chaque peuple ait son autonomie alimentaire. La technologie des OGM est une technologie de riches, la pénurie alimentaire est un faux problème, tant qu’il reste un problème politique, on ne peut rien résoudre par la technique.

Dragi : il y a un rapport de l’ONU qui montre qu’on produit déjà 1,6 fois plus de nourriture que nécessaire.

Fred : Est-ce que malgré tout les OGM posent des questions techniques intéressantes ?

Philippe : On n’est pas fermé à toute expérimentation, le problème c’est les essais à l’air libre, il faut respecter des normes de sécurité.

Bertrand : On a même accusé des faucheurs d’OGM d’obscurantisme. Ce qui est gênant c’est une expérimentation dangereuse.

Micha : D’autant plus qu’il y a des essais qui se font maintenant et qui ont déjà été faits aux USA.

Dragi : C’est vraiment une question de spoliation capitalistique. On impose des monocultures en détruisant les cultures locales qui permettent aux gens de se nourrir, on nous dit que la productivité des OGM est meilleure.
Philippe : On crée des nouveaux marchés dans les pays du Tiers- Monde, on impose de produire des cacahuètes ou du coton, après on arrive avec nos surplus de viandes et on rend les gens dépendants. C’est un système économique qu’on connaît bien, l’OGM est un avatar de plus. La différence c’est le coté irréversible, on ne peut pas rattraper les gènes qui sont partis dans la nature. En France, avec le colza, il y a plein de plein de plantes voisines, si on rend ces plantes résistantes, il va falloir revenir à la binette. La communauté scientifique est très partagée. Pour Terminator, où il s’agissait de produire une graine stérile, ce qui est le contraire de la logique des agriculteurs, le fabricant a de lui-même arrêté la production.

En France, l’INRA c’est semi-public, l’orientation des recherches est fondamentale. On voulait rechercher des plantes qui poussent avec un minimum d’eau, pour les pays chauds, mais la recherche n’avance pas.

Manu : tu parlais des subventions, elles tiennent à quoi ?

Philippe : Elles sont sensées réparer le fait que les prix aient baissé. 1 kg de blé coûte 0.60 centimes, et pour apporter un complément de revenu, donc les primes sont calculées à l’ha ou au nombre de têtes de bétail. Mais plus on est gros plus on touche, c’est un effet pervers. Les campagnes se vident parce que les gens cherchent des terres pour s’agrandir, ça ne favorise pas les installations, mais les concentrations. On voit des entrepreneurs agricoles qui rêvent de cultiver 800 ha - la moyenne c’est 50, moi j’ai 15 ha. Il y a très peu de jeunes qui reprennent l’exploitation de leurs parents. Il y a un problème de structure, l’État pourrait orienter vers des structures viables. Il n’empêche qu’il va y avoir une crise, avec le nouveau système de la PAC, on va se retrouver au prix mondial avec suppression des primes.

Fred : Qu’est-ce que qu’on a comme alternative, tu as l’air très pessimiste.

Philippe : Dans le milieu ouvrier agricole, il n’y a pas d’organisation du tout.

Bertrand : Il y a de grosses exploitations dans le Nord du département, il y a une précarisation des ouvriers agricoles. Il y a des travailleurs qui se satisfont presque de juste pouvoir travailler.

Fred : il y aurait une nécessité d’un renouvellement du syndicalisme agricole.

Philippe : Si on prend le CDJA, qui fait partie des syndicats majoritaires avec la FNSEA, il revendique avec des slogans proches de nous, “ Des prix, pas des primes ”, mais c’est juste des slogans. La Conf critique la PAC depuis longtemps, même avec les réformes des CTE, au début, ils (cdja) étaient contre, et puis ils ont trouvé comment les contourner. C’est pas qu’une question de fric, ils orientent aussi l’avenir. Il n’est pas question de l’emploi. Dans notre esprit, c’était préserver les petites fermes et pouvoir s’installer. Pour eux, l’emploi, c’est l’équation entre un ouvrier agricole et un nombre d’hectares, pour un salarié, il faut 90 ha.

Manu : Comment vous êtes organisés ? Quant à la syndicalisation, il y a des petites exploitations qui par moment ont besoin d’embaucher des salariés.

Philippe : Ici, on est souvent très isolé, on a souvent une mentalité patronale et c’est un frein à la syndicalisation. Il y a déjà le problème de toucher les gens qui n’ont aucun intérêt à être syndiqués à la FNSEA, sauf par bidouillage, pour faire plaisir.

 ? ? : Ca existe aussi dans les métiers du spectacle.

Philippe : Les ouvriers agricoles ont rarement envie de se syndiquer. Tu as des mecs qui sont arrivés d’Espagne, ils sont ouvriers agricoles, des fois pas payés, ils restent comme dans une famille. En particulier dans le Gers, avec les Italiens, les Polonais, les Espagnols, les pieds-noirs, il y a toujours eu beaucoup de passage, et des fortunes se sont faites comme ça.

Manu : Je suis du Gard, on y produit beaucoup de fruits et des céréales, les ouvriers sont exclusivement marocains. Ils sont exploités en masse, c’est leur travail qui conditionne leur carte de séjour, on peut dire que le gens son régularisés par le patronat, pas par la préfecture. Le patronat les loge dans des locaux pourris, dans des villages où il y a un fort vote FN. Comment on pourrait intervenir syndicalement avec ces gens-là ?

Philippe : on n’est pas confronté à ce problème dans le département. La politique générale de la Conf c’est trois fermes valent mieux qu’une grande. C’est vrai aussi pour les fruitiers, qu’on puisse modeler la structure agricole et s’opposer à la logique productiviste.

Manu : Cette année, dans le Gard, c’est essentiellement des hommes, ils ne peuvent pas faire de regroupement familial, il n’y a aucune aide pour ces gens. St-Gilles, c’est la première ville FN de France, la mairie a été tellement dure avec les ouvriers que les patrons sont allés réclamer un assouplissement dans l’application de la loi. Maintenant les pères font venir un fils encore mineur, et ça donne des situations inextricables à la majorité. Comme ils deviennent irréguliers, ils sont bloqués dans leurs études, certains vont chercher du travail comme leur pères, d’autres vont s’aventure dans les cités, Quand on demande aux pères pourquoi ils ont ça, ils ne savent pas répondre. Ils sont 700 enfants arrivés cette année dans le Gard, 900 dans l’Hérault, et ce sont des bombes à retardement.
Philippe : Nous on préfère voir quelqu’un qui s’installe plutôt qu’un employé de plus, mais c’est pas la tendance actuelle. Avec les CTE, on avait présenté des projets, on avait pensé à limiter ce type d’aide en fonction du nombre d’employés. Avec la nouvelle PAC, il y a un plafonnement pour un actif, la notion de combien de personnes travaillent sur un site n’apparaît pas bien. Nous on voulait introduire le rapport entre la taille de l’exploitation et le nombre d’employés. Le GAEC, c’est un groupement d’exploitations en commun, maintenant, c’est souvent un intérêt financier, et ça aboutit à des structures énormes.

On revendique une certaine contrainte aux frontières, une intervention sur le marché. Ce qu’on veut mettre en avant, c’est la maîtrise de la production. Dans le domaine du porc, la production est classiquement en dents de scie, avec des crises à répétition. Il n’y a pas trop de porcheries mais des porcheries où il y a trop de porcs, avec derrière des problèmes sanitaires. Et c’est à eux qu’on va refiler du pognon.

Manu : Tu parlais du blé, quand on voit le prix final, il y a une valeur ajoutée formidable, est-ce qu’on pourrait pas supprimer des intermédiaires ?

Philippe : C’est un problème qu’on essaie de traiter, on le fait déjà mais ça n’est pas généralisable, le travail pour la suppression des intermédiaires, ça devient vite compliqué.

Manu : On parlait il y a peu de mutualisme. Peut-être que c’est aux producteurs de pousser à de vraies coopératives de producteurs.

Philippe : Dans la viticulture, il y a encore des coopératives qui sont restées des petites structures. La mutualisation aujourd’hui, c’est quand même plus la même chose.

 ? ? : Les producteurs de porcs sont tous adhérents des coops, pour avoir de l’aliment moins cher, être plus forts entre eux, et plus produire et plus polluer.

Bertrand : Quelque chose m’a frappé dans ce débat, j’ai l’impression que toi, ou est-ce que c’est la Conf, que vous êtes plus à l’aise sur une politique agricole en matière de production, et moins sur les questions de l’emploi. Je trouve intéressant que depuis quelques années, la CNT crée des passerelles entre monde ouvrier et monde paysan. Ça mettra du temps mais ce va et vient ne pourra que nous amener des perspectives plus optimistes que les constats actuels.

Philippe : Sur la structure de la Conf, il y a des réalités très différentes selon les départements, amenant à des choix différents. Il y a un syndicat (de la Conf ) par département, des délégués par région, 4 porte-parole et le comité national. C’est une Conf parce que c’est un regroupement. Avant la Conf, il y avait la CNSP, les travailleurs paysans, et la FNSP, issue du PS, et ça donne beaucoup de différences dans les organisations.

Bertrand : Est-ce qu’une tendance anarcho-syndicaliste, à la Conf, c’est un mythe ou une réalité ?

Philippe : C’est pas une tendance, mais il y a beaucoup de paysans qui ont des idées libertaires. Je me suis intéressé d’un point de vue technique à la culture bio. Si on veut militer, à un niveau technique ou syndical, quoi d’autre que la Conf ?

Fred : Pourquoi les libertaires de la Conf ne rejoignent pas le Syndicat des travailleurs de la terre CNT ?
Philippe : Ce qui a fait mon choix, c’est la question de l’efficacité, maintenait d’avoir le contact avec eux, je trouve ça intéressant. Je suis élu de la Conf à la chambre d’agriculture, ça pose des questions de représentation, savoir ce qu’on fait là.

Bertrand : Quand on parle de la Conf, on pense Bové. On peut pas nier qu’il a subi la répression syndicale, mais c’est pas le seul. Nous on soutient face à la répression, une organisation, pas un individu. Aujourd’hui, il y a plusieurs personnes inculpées et il y a beaucoup moins de soutien. Pour avoir rencontré Bové à Auch, il s’est arrêté à la table de presse de la CNT, on lui a demandé en quoi actuellement il mettait en pratique l‘anarcho-syndicalisme dont il se revendique, par rapport à sa position officielle. Il nous a confirmé qu’il n’était pas adhérent à Attac. Mais il est souvent aligné sur des positions Attac. Il a un accord par rapport à l’action directe, mais au niveau du discours ...Il pensait qu’il fallait qu’un maximum de citoyens s’approprie le débat, et que c’est pas en s’adressant aux anarcho-syndicalistes qu’on pouvait y arriver. Au niveau répression syndicale, patronale ou étatique, c’est pas à des orgas qu’on s’en prend, mais à des individus. C’est une stratégie délibérée pour freiner les mouvements de contestation. Quand il y a une répression sur un ou plusieurs individus, ça aboutit vite à une modération du discours

Dragi : A Nancy, dans un collectif avec SUD, on a fait un tract de soutien, dans la proposition de SUD, le nom de Bové apparaissait, on a demandé à le retirer, pour montrer notre soutien à au groupe. On a débaptisé une place de Nancy et on l’a rebaptisée Place des Libertés Syndicales.

Bertrand : Quand Bové est sorti de prison, il y avait une mobilisation massive du PC, de la LCR, alors que dans les premiers combats sur les OGM, le PC était très critique, autant sur la forme que sur le fond, ils tiennent un discours inverse sans que ça pose de problème a priori. Comment on vit ça à la Conf ?
Philippe : moi j’ai tendance à dire qu’ils ont le droit d’être là, c’est à nous d’être plus forts. Pour libération de Bové, on n’était pas si nombreux de la Conf.

Dragi : Je suis pas sûr qu’il faille rejeter la responsabilité de la médiatisation de Bové sur les médias. Je pense que c’est un choix de la Conf.

Philippe : Je pense que c’est lui qui s’est mis en avant au début, et la Conf avait le choix d’accepter ou pas. Bové, il a eu beaucoup de critiques des médias. C’est pas le moment pour la Conf de le laisser tomber, vu tous les copains qui risquent d’avoir des problèmes dans les jours qui viennent.

Manu : Cette médiatisation à outrance de Bové, c’est entretenu, avec les risques ...à la CNT, on est très méfiant sur les médias. Hors de France, l’image de Bové renvoie à quelque chose d’un peu nationaliste (Roquefort ..) et en même temps il est le porte-parole de la Conf. Bové n’est pas sous contrôle, il est proche d’Attac et il reprend des positions de ce groupe (taxation des capitaux, contrôle citoyen de l’OMC, voir le livre qu’il a écrit avec Dufour d’Attac). Nous on a pas l’habitude de ce genre de choses et des interprétations simplistes et vulgarisantes.
Philippe : Maintenant c’est plus facile de parler de la Conf avec un voisin, grâce à Bové. Il y a pas mal de gens qui se sont reconnus dans ce qu’il disait.

Manu : Dans certains départements la proximité à Attac est telle que les militants CNT ne sont pas à l’aise. Dans le Gard, ils sont 400, on ne les voit jamais. On se demande si chez Attac ils n’ont pas une espèce d’élite. La CNT y va à reculons quand elle est contactée. C’est pas faute d’avoir des positions communes et de vouloir créer des liens.

Bertrand : Au collectif anti OGM du Gers depuis qu’on est dedans on est informé de tout. Au premier mai s’est posée la question de la participation du collectif au Forum d’Attac. Deux orgas en interne ne souhaitaient pas y participer à cause des orientations définies par Attac. On ne souhaitait que le collectif soit signataire à ce Forum. Il y a eu une discussion et seules les organisations syndicales et associatives ont été autorisées à participer. Dans la CNT du Gers, il y a des membres du cercle d’études Lissagaray (initiation aux luttes sociales du XIX). On a vu que cette assoc était signataire sans que les membres en soient informés. Il y a eu un débat sur la manière de décider la participation des orgas au forum social.

Manu : Oui c’est très fréquent, Attac pratique beaucoup cet englobement vis à vis d’un tas d’orgas. On sait que ce n’est pas la taxe Tobbin qui va freiner les OGM. On sait que dans la tête du président d’Attac il s’agit d’amener des propositions du PS.

Philippe : Pour finir, dans le Gers j’ai l’impression que ça marche bien au niveau de la collaboration de ce qu’on fait ensemble dans le collectif.

12 L’extrême droite en Espagne, en France et en Italie, Frank

Quel est le rapport avec le reste des idées fascistes dans ces trois pays ?

En Italie, face à la virulence des militants de gauche (occupations des usinesmétallurgiques en 1920), la peur des classes possédantes de la contagion de la révolution russe dans la péninsule, on a un mouvement nationaliste et chauviniste d’anciens combattants conduit par Mussolini qui obtient l’appui du pouvoir.

L’élimination de la gauche se fait progressivement, avec moins de liquidations physiques que dans le fascisme allemand, mais par l’isolement systématique des militants (l’électricien Malatesta était suivi dans ses déplacements professionnels par une voiture de police visible) et le harcèlement moral.

A partir des années 30 Mussolini instaure le verticalisme (repris ensuite en Espagne par Franco, en Argentine par Perón), c’est-à-dire une centrale syndicale unique et obligatoire regroupant tous les acteurs de la production, patrons, cadres et salariés, sous le commandement du parti fasciste. Une certaine efficacité économique est imposée (création d’un institut de l’industrie, électrification des chemins de fer). Cette efficacité économique a un impact concret sur tous les paysans pauvres des régions défavorisées (irrigation, tout à l’égout dans certains villages) dans le Sud de la Péninsule, la Sardaigne et la Sicile.

Si la mémoire collective dans les années soixante retenait une image positive du fascisme dans le Sud, au Nord il était synonyme de répression. Jusque dans les années 70 le fascisme italien avait une base électorale dans le Sud.
En France, le fascisme vient avec Pétain. A part le système syndical copié sur l’italien, le fascisme n’a pas eu le temps d’imprégner les classes ouvrières, mais il a eu une influence sur les classes moyennes, surtout en Algérie (les pieds-noirs ont été nombreux à la création du FN).
En Espagne, le coup d’Etat de la droite, la répression analogue à la Commune de Paris (décapiter la gauche en général : libres penseurs, communistes, socialistes, franc-maçons, syndicalistes, anarchistes), la séparation de la population entre fidèles au régime et “ rouges ”, avec une répression physique d’abord puis morale des années durant sur les familles, depuis 1936 dans certaines régions et 1939 pour tout le pays, applique un régime fasciste au départ. Franco n’a pas suivi une idéologie ni n’a utilisé de projet économique ; après une référence à la phalange (d’inspiration mussolinienne), on a l’Eglise, puis un groupe clandestin religieux, l’Opus Dei. Son héritage est nul et se réduit à sa propre personne. Référence. Aucune épuration n’est apparue avec la “ transition démocratique ”.
Avec le développement du marché Commun, puis de l’Union Européenne, on a une poussée économique forte dans ces trois pays, avec une consolidation et une élévation globale du niveau de vie, la fin de l’émigration pour l’Espagne et l’Italie. Ces deux derniers pays deviennent récepteurs de main d’œuvre. En une génération il y a un changement rapide de mentalités, les sales boulots sont pour les nouveaux immigrés. Les idées fascistes et d’extrême droite sont très peu présentes.

D’où vient la remontée de l’extrême droite ?

La baisse du niveau de vie avec la crise économique des années 80-90 entraîne le phénomène du “ petit blanc ” dont le niveau de vie s’abaisse à celui de la main d’œuvre étrangère, qu’il méprise, d’où un malaise, qui est le ferment de l’extrême droite. La montée électorale du FN correspond à cette période.

Développement électoral et social de l’extrême droite
En Espagne, sur le plan politique on ne voit rien, mais la politique du gouvernement absorbe toutes les revendications de l’extrême droite. Il existe une complicité entre les autonomies locales et l’Etat pour ne pas appliquer les réglementations sur le droit du travail, l’hygiène (en Andalousie, l’autonomie est dirigée par le PS, qui en Espagne s’appelle PSOE, parti socialiste ouvrier espagnol). En février 2000, il y a eu le pogrom d’El Ejido contre les travailleurs immigrés, pendant une trentaine d’heures, avec une absence de réactions des autorités et des forces de l’ordre. On s’en prend aussi aux travailleurs sociaux qui soutiennent les travailleurs étrangers. Les gens qui manifestent sont les petits patrons qui veulent casser l’hostilité des travailleurs. Dans cette région il y a un développement très fort de la production maraîchère (fleurs et fruits tropicaux). Les agriculteurs sont d’anciens immigrés revenus d’Allemagne ou du Nord de l’Espagne, avec une mentalité très dure.

En Italie, on constate l’action des juges italiens contre la mafia, dont les ramifications ont abouti à la chute de deux premiers ministres, le démocrate-chrétien Andreotti et le socialiste Craxi (en fuite et en Tunisie depuis). Il en résulte un discrédit de la classe dirigeante italienne. Parallèlement il y a un renforcement des attitudes xénophobes des forces de répression, confortées par la droite et par la gauche. Par contre, il existe une importante présence de syndicats alternatifs à la base.
L’arrivée en politique du millionnaire Berlusconi, homme de média, ami de Craxi, président du club de football Inter de Milan, est spectaculaire. Il crée un parti su le modèle des supporters de son club, dont le programme est le culte du chef, à l’image de Mussolini et Franco et se fait élire au parlement ; Avec l’aide de la ligue du Nord (exploitant les désirs de séparatisme des provinces riches du Nord), il forme un gouvernement dont il devient le Premier ministre en 1994. Mais l’action des juges sur la corruption l’oblige à démissionner la même année. Son pouvoir médiatique lui a permis de redevenir Premier ministre en 2001 et faire votre des lois diminuant les possibilités d’action des juges. En avril, néanmoins, la mobilisation syndicale sur une grève générale d’un jour a entraîné des millions d’Italiens dans la rue contre Berlusconi.

En France, l’apparition de la crise permet au FN de compter sur le fond (et les fonds) pétainistes, xénophobes, des nostalgiques de l’Algérie française, et le slogan nazi “ deux millions de chômeurs, deux millions d’étrangers ”. Le Pen est imbu de pouvoir et élimine tous les quatre ou cinq ans les cadres lui faisant ombre. Un “ après Le Pen ” n’existe pas.

Refusant totalement tout ce qui est syndical, le FN a dû s’adapter avec les grèves de 1995 et Mégret lança des syndicats dans la RATP, les PTT, l’Éducation Nationale, qui ne fonctionnèrent pas. Mais avec les couches sociales en voie de paupérisation, le vote FN est le premier parmi des travailleurs. Cela s’explique par la désertification des présences syndicales et de gauches sur le plan local, les travailleurs n’ont que des références FN. Comme les réponses de la droite et de la gauche sont le discours et les mesures sécuritaire, le FN en est renforcé.
Pour la CNT, l’évolution du FN est inséparable de celle du capitalisme. La réponse est dans la lutte contre le capitalisme. Le FN manque de cadres pour être présent sur tout le territoire, mais il a la possibilité d’en former chaque mois. Il faut donc agir.

Ricardo : Pour l’Espagne, c’est vrai que les Espagnols voyaient le franquisme comme une période répressive. Mais il n’y a pas eu d’épuration et il reste des cadres franquistes. Les problèmes de l’immigration agitent les braises de l’ancien régime.

Frank : Au Portugal, c’est en gros la même chose après Salazar. Dans chaque pays où l’extrême droite apparaît, il y a des facteurs spécifiques. En Italie, on peut ajouter que les Etats-Unis ont des bases militaires d’abord contre le bloc soviétique, puis contre l’Irak et pour agir dans l’ex Yougoslavie. Dans les années 70 la CIA a financé des groupes terroristes d’extrême droite en réaction aux attentats des brigades rouges.

Dragi : J’aimerais qu’on revienne sur l’analyse de la CNT et le lien capitalisme-fascisme.

Frank : Le Medef a pris position contre le programme économique de Le Pen, mais de nombreux petits patrons sont pour le FN. C’est peut-être une demande des patrons que le FN ait une position européenne plus logique avec leurs intérêts. Dans la mesure où les salariés peuvent développer des mouvements de contestation, il y a intérêt à une force de droite pouvant les contrôler fortement.

Fouad : Le Pen est contre l’Europe au contraire les leaders de l’extrême droite européenne.

Ricardo : Tant que le libéralisme se développe sans problèmes, sans crise, c’est OK. Dans le cas contraire, il soutient un régime autoritaire.

Dragi : On confond extrême droite et fascisme.

Hugo : Le Pnef (parti nationaliste français et européen) pourrait prendre de l’importance. L’extrême droite peut servir de moyen dans l’avenir. Mais dans l’immédiat elle sert de repoussoir pour les ouvriers.

Florence : Dans quelle mesure le capitalisme a besoin du fascisme ? Le capitalisme a besoin au niveau idéologique du racisme et du sexisme, deux éléments qu’on retrouve dans le fascisme. Le racisme pour diviser la main d ‘œuvre et augmenter les profits. Le sexisme, en ne reconnaissant pas le travail domestique comme un travail, et donc en ne le rétribuant pas permet au prolétariat de survivre avec des bas salaires.

Dragi : Je suis assez d’accord que le capitalisme a besoin d’une idéologie justifiant l’inégalitarisme mais je ne vois pas l’intérêt qu’a le capitalisme, dans les zones développées, de l’extrême droite. On ne peut pas dire que ces gouvernements soient fascistes.

Ricardo : Pourquoi l’extrême droite atteint-il de tel score ? Le libéralisme exclut de plus en plus des pans entiers de l’économie. Cela favorise la montée de l’extrême droite.
On en revient au problème des services publics qui servent le capitalisme et qu’il détruit en même temps. On va vers une crise type 29, d’une toute autre ampleur. Et le fascisme peut être un cadre de résistance pour le capitalisme.
Comment combattre le fascisme ? La grève de 36 en France a fait reculer le fascisme. Lorsque la classe ouvrière a été capable de présenter une autre alternative au fascisme ; il a reculé. La vraie réponse est une mobilisation de la classe ouvrière face au fascisme.

Frank : Le mot fascisme est employé à toutes les sauces. En Italie, le fascisme représentait le syndicalisme unique regroupant les patrons et les salariés. C’est une définition commode (pour le franquisme) avec l’union sacrée de tous les acteurs de la production. Cela n’a rien à voir avec la violence.

Fouad : Pour répondre à Dragi. Bush se place dans une perspective de guerre des civilisations, qui sont des idées de la nouvelle droite.

Vincent : nos sociétés n’ont pas besoin du fascisme. Le système représentatif fonctionne très bien. Une des raisons peut être le combat contre les forces syndicales organisées, avec une montée de l’extrême droite.

Florence : L’évolution des sociétés, c’est l’exclusion de plus en plus forte d’une partie de la population. Les gens doivent être contrôlés. Aux Etats-Unis il y a un contrôle pénal de la population pauvre (le pourcentage accablant des Noirs parmi les incarcérés). Le système ne fonctionne qu’avec une partie de la population exclue et la solution du bâton est utilisée.

Frank : il faut faire attention à l’aspect prolétaire du fascisme, qui a existé au début du mussolinisme, avec la demande de nationalisation des banques. Dans une revue de l’extrême droite espagnole des années 80, on lit une critique de la pollution, de la misère progressive due au capitalisme et des ouvriers communistes, socialistes, anarchistes allant avec Hitler sur un programme respectant le droit de propriété et excluant les étrangers. Donc il faut prendre garde à notre critique du capitalisme et l’englober dans une vision internationaliste et égalitaire.

Vincent : Les SA allemands avaient un discours anticapitalistes et Hitler les a remplacés par les SS. L’implantation fasciste au niveau de la classe ouvrière est à prendre en compte.

Johan : Plusieurs petits groupes fascistes existent en Suède, mais aucun n’a l’importance du FN. Dans certaines parties du pays, il y a un racisme important et c’est là que se concentre leur propagande. Ce sont des régions rurales ou des banlieues de classes moyennes. Les antifascistes radicaux sont assez présents.