Association

Association

mardi 2 août 2005, par Besnard Pierre

ASSOCIATION

L’association est un groupement d’individus qui ont des intérêts matériels ou moraux communs. Ce groupement peut être composé d’individus poursuivant un même but social ou voulant réaliser une même oeuvre, exécuter une tâche qui nécessite la mise en commun des efforts, des compétences, des facultés des associés et que chacun d’eux, isolément, ne pourrait mener à bien. Il y a encore les groupements d’affinité dans tous les domaines de la pensée, des arts, de la science. Il y a, enfin, les ordres religieux masculins et féminins, qui sont de véritables associations. L’armée elle-même est une association, d’un ordre différent.

En principe, suivant son sens précis, exact, l’association est volontaire. Elle peut cependant être imposée par la force, la discipline, des règles sévères, même si ces dernières sont acceptées au début par des associés qui voudraient se libérer par la suite. Toutefois, nous le répétons, l’association est originellement libre.

L’esprit d’association est aussi vieux que le monde. Il a connu tous les aspects et évolué constamment, dans la forme, selon les nécessités de la vie.

L’homme des cavernes, obligé de lutter contre les grands fauves, de défendre sa vie, de chercher sa nour-riture, de construire son habitation fut appelé à s’asso-cier avec ses semblables. Il constitua instinctivement des groupements de défense et de travail.

L’esprit d’association se manifeste chez tous les animaux de même espèce, pour l’organisation de leur vie particulière, pour sa défense, pour la perpétuation de la race. Le mariage, légitime ou non, n’est autre chose qu’une association de deux êtres de sexes différents, pour la continuation de l’espèce. La famille est une association dont le but est également d’assurer la vie à la progéniture.

Les abeilles, les fourmis, les castors, etc., ont le sens inné de l’association dans le travail, dans la recherche des moyens d’existence et de sécurité.

La vie sauvage, en troupeau, des animaux de toutes tailles, est, elle aussi, une manifestation certaine, de l’esprit d’association que possèdent, instinctivement, tous les animaux.

Le mot “ association ” a une signification tellement vaste, il évoque un si grand nombre de choses précises, qu’il faudrait, pour lui donner tout son sens, lui consacrer plusieurs gros volumes.

On le retrouvera souvent employé dans cette encyclopédie, sous une forme ou sous une autre, lorsque nous examinerons tous les caractères des groupements sociaux qui résultent de l’application du principe d’association.

Bien entendu, l’association n’est pas particulière à une classe sociale. Les patrons comme les ouvriers utilisent également l’association. On peut même déclarer que l’association des patrons d’une part, prise en bloc, et l’organisation des ouvriers d’autre part, prise également comme ensemble, déterminent en fait les deux classes adverses irréductiblement dressées l’une en face de l’autre.
De même qu’il y a des syndicats ouvriers, des coopératives de production et de consommation ouvrières, il y a des syndicats et des coopératives patronaux. Les Trusts, les Cartels, les Consortiums sont des associations patronales formées sur le principe naturel.

Dans tous les domaines de leur activité, de leurs besoins, de leurs intérêts, les hommes s’associent. Toutes les manifestations de la vie sociale peuvent donner lieu à l’association.

Le heurt de ces associations rivales, sur le plan social, la discordance des intérêts des groupements opposés entraînent des conflits qui, à chaque instant, opposent tout ou partie des deux classes dans un milieu étendu ou restreint.

L’association est l’expression même de la vie et de ses nécessités inéluctables. C’est un acte auquel il est presque impossible de se soustraire, quelque idée qu’on puisse avoir sur le rôle de l’individu pris comme unité sociale.

Il y a aussi l’association ethnique. C’est elle qui a formé, de gré au début, de force souvent par la suite, les hameaux, les villages, les villes, les provinces, les nations. La plus grande association sera réalisée, de plein gré, lorsque tous les humains n’auront qu’une patrie : le monde, qu’un seul sentiment : l’amour du prochain.

Ce sera, alors, l’association idéale, celle qui englobera toutes les autres en les faisant disparaître dans l’harmonie générale réalisée. Hélas !, nous n’en sommes pas là. Pour en revenir à l’association ethnique, libre ou non, n’est-ce pas elle qui a engendré toutes les guerres du passé, pour de prétendus intérêts communs ? N’est-elle pas à l’origine du mot “ patrie ” ?

Qu’est-ce donc, en effet, que la patrie, sinon une association d’hommes qui sont censés avoir les mêmes intérêts, les mêmes besoins, les mêmes moeurs, parce qu’ils parlent la même langue et habitent le même lieu ? N’est-ce pas au nom de cette association monstrueuse, formée de gens dont les intérêts réels sont totalement dissemblables, que l’on constitue, dans chaque pays, des armées qui se heurtent en des chocs gigantesques, semant la mort et la misère ?

Dans un autre ordre d’idées, on peut constituer aussi les associations d’éducation, de sport, de divertissement, d’art, etc.

Les ouvriers et les patrons ont les leurs. Les prêtres des différents cultes ne négligent, pas davantage que les laïcs, la pratique de l’association dans les domaines du sport et de l’éducation.

L’association, enfin, a donné naissance à une tendance de l’anarchisme : les associationnistes. Ces camarades conçoivent, non sans raison, que l’association peut être limitée à l’accomplissement d’une tâche précise, n’être que momentanée, qu’elle peut être dissoute pour quelque cause que ce soit, par consentement mutuel, libre aux associés de la pratiquer à nouveau ou non.

Les associationnistes, contrairement à l’individualiste intégral, pensent que, dans certains cas, l’anarchiste peut volontairement s’associer à d’autres individus, même non anarchistes, pour la combinaison et la concordance des efforts de plusieurs individus, dont les intérêts sont momentanément communs. Le contrat qui lie les associés les uns aux autres est purement moral. . Il n’en est pas moins précis dans la durée et l’application. Il cesse de jouer lorsque l’oeuvre commune ou particulière à chacun, par l’usage, est terminée.

Les associés peuvent se réunir à nouveau s’ils le désirent, se joindre à d’autres individus ou à quelques-uns seulement de leurs compagnons du début ou à d’autres. Ils sont entièrement libres de pratiquer ou non tel ou tel genre d’association.

D’une manière générale, on peut donc dire que l’association est la plus certaine des manifestations vitales des individus dans toutes les circonstances, pour tous les buts, par tous les moyens.

L’évolution humaine exige d’ailleurs qu’on développe sans cesse l’esprit d’association en sériant, en classant les manifestations auxquelles il donnera lieu, suivant que l’association sera pratiquée par l’une ou l’autre classe.

L’association des producteurs est leur meilleure arme de défense et d’attaque. C’est leur outil de libération le plus puissant. Groupés en associations, les ouvriers peuvent espérer vaincre leur adversaire de classe. Isolés, ils seront sûrement vaincus par lui.

L’association est donc une nécessité dominante. Son principe est d’ailleurs admis à peu près par tous les individus qui serrent de près les réalités et qui con-naissent, pour les avoir éprouvées, les difficultés de l’existence.

(Voir syndicats ouvriers et patronaux, coopératives, groupements d’affinité, cartel, trust, consortium, congrégation, etc...)

Pierre Besnard