L’élection du président Bolsonaro et l’abstention

jeudi 1er novembre 2018, par frank

L’élection du président Bolsonaro et l’abstention

Jair Bolsonaro, candidat en faveur d’un néo libéralisme exacerbé a obtenu 57,7 millions de voix sur 147,3 millions d’électeurs.

Fernando Haddad, candidat en faveur du néo libéralisme issu de l’union droite gauche appliqué par la Parti des travailleurs (PT) depuis plus de dix ans, a eu 47 millions de voix.

Un groupe non représenté par une candidature a réuni, d’une part, 11 millions de bulletins blancs ou nul, 9,5% de l’électorat ; de l’autre, 31 millions qui représentent les abstentionnistes, 21,3 du corps électoral. Au total 30,8% et 42,1 millions de personnes.

Comment interpréter la position de ce groupe ?

Évidemment, il n’est pas homogène, pas plus que les groupes ayant voté pour Bolsonaro (mélange d’admirateurs du putsch militaire après celui organisée par la CIA dès 1964, de partisans de la disparition de la corruption en général, de ceux de la corruption du PT uniquement, etc.) et pour Haddad (les opposants aux militaires, les admirateurs du PT même s’il y a pas mal de pourriture dedans, ceux qui craignent de perdre des aides sociales, etc.).

Il peut y avoir quelques personnes indifférentes à la politique pour des raisons religieuses ou atypique (mon nombril avant tout !).

La grande majorité représente des personnes écœurées par les deux groupes néo libéraux qui se sont partagé la direction économique du pays et les pot-de-vin également. Il y a une grande différence avec l’Espagne où la droite néo libérale du Parti populaire et la gauche néo libérale du Parti socialiste (ouvrier espagnole !) sont à égalité sur le plan des malversations.

Au Brésil la droite est majoritaire pour les cas d’escroquerie : le seul problème est que le chiffre (avancé par des juristes neutres il y a deux ans) de 75% des parlementaires éclaboussés, trempés des pieds à la tête dans la corruption n’a pas été démenti par des enquêtes sérieuses de leurs partis politiques.

Et le second problème est que c’est une alliance, depuis des années, du PT et de la droite qui entretient ce bourbier, ce purin, au nom, bien entendu, d’une action réelle en faveur d’une grande partie des pauvres.

Le PT a institué, avec l’approbation de ses alliés de la droite, un système de subsides mensuel pour des dizaines de millions de familles ; des bourses d’études pour favoriser les pauvres, et surtout les « non blancs, pour aller aux lycées et à l’université.

Bien entendu, comme dans « tout pays démocratique », les syndicats (dirigés par le PT ou d’autres tendances, voir plus loin) acceptent ou font semblant de résister, puis signent les lois qui favorisent les grandes entreprises nationales et internationales ; et beaucoup d’entreprises brésiliennes sont aussi des multinationales, comme Petrobras.

Les directions politiques marxistes léninistes de plusieurs partis politiques et leurs syndicats respectifs critiquent le PT, mais suivent exactement la même stratégie d’alliance avec le néo libéralisme pour en tirer des clopinettes.

Visiblement ce déséquilibre finit par lasser, car il éternise la misère, stérilise les luttes.

C’est l’absurdité – des Verts aux marxistes léninistes – de s’allier aux capitalistes pour « donner un visage humain au capitalisme » qui justifie et explique l’abstention au Brésil.

Bien sûr, on ne sait pas quelle va être la situation d’ici quelques semestres. Mais il est peu probable que ces dizaines de millions de personnes demeurent indifférentes !

Les hypothèses sont nombreuses.

Aux États-Unis également une grande partie des couches sociales les plus abandonnées sont abstentionnistes, et depuis des dizaines d’années et même quand un noir est candidat, car s’il l’est, c’est qu’il est acheté par le Système. Une évidence que bien des intellectuels de gauche de leur pays ne voyaient pas.

Ailleurs, on croit encore au père Noël du nouveau parti sauveur et différent. Pas en Espagne et en Grèce parce qu’on voit trop les glissades néo libérales de Ceriza et de Podemos.

Les élections ont-elles une utilité ?

Bien sûr, tous les politologues de la gauche française connaissent la création de la piscine de Vauhallan dans l’Essonne. Les maires de gauche n’y arrivaient pas car les gouvernements étaient de droite. Alors la majorité des électeurs de gauche s’est mis d’accord avec la minorité de droite pour élire un maire de droite qui a obtenu la piscine. Il a ensuite perdu les élections, mais le but était atteint.

C’est aussi un exemple curieux ! Cela n’a pas changé l’exploitation sociale.

Il arrive, cependant, des moments où tous sont d’accord pour agir autrement : en finir avec les hiérarchies, les crétins qui croient savoir comment faire sans être sur le terrain.

Une lueur de bon sens dans un fatras de bonnes intentions soutenues par bien des politiciens prêts à recevoir leurs pot-de-vin.