Francesco Barbieri (hors de l’ombre)

Francesco Barbieri (hors de l’ombre)

vendredi 23 décembre 2005, par frank

Nouvelle biographie à partir du Dizionario Biografico

degli Anarchici Italiani (2004)

Francesco Barbieri (hors de l’ombre)

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Né en Calabre, à Briatico le 14 décembre 1895 dans une famille aisée, il obtient un diplôme de géomètre et part travailler en Argentine. Sensible à la propagande patriotique de l’ambassade italienne, il s’engage comme volontaire et participe à la guerre mondiale dans les troupes d’assaut, blessé deux fois, il est décoré.

Revenu en Calabre début 1919, il est fort déçu que le gouvernement ne donne pas de terres aux anciens combattants. Il adopte les idées anarchistes et participent à une coopérative agricole dont il est le comptable. Des différents y éclatent et Barbieri se rend dans une coopérative de consommation, mais l’adhésion au parti fasciste est obligatoire. Barbieri refuse et profitant de disposition en faveur des anciens combattants, il retourne en Argentine en avril 1922 pour travailler en Patagonie.

La répression et les 1.500 grévistes de la Fora fusillés par l’armée en Patagonie en 1921-22 font que Barbieri reste à Buenos Aires. Il fréquente des groupes italiens socialistes et anarchistes qui lui trouvent du travail comme docker et apprenti dans une imprimerie. En 1924, Barbieri participe au boycott de la croisière du paquebot Italia en faveur du fascisme mussolinien. La police argentine arrête de nombreux militants. Barbieri est en fuite et il entre en contact avec des Calabrais anarchistes, Severino Di Giovanni, les frères Alejandro et Paulino Scarfó, ainsi que Silvio Astolfi, Umberto Lanciotti et Miguel Arcángel Roscigna. Ensemble, ils forment un groupe pour combattre le fascisme, et aussi pour appuyer la campagne en faveur de Sacco et Vanzetti.

Les actions consistent à faire des attentats à la dynamite contre des cibles nord-américaines. C’est Barbieri qui, mettant à profit les connaissances acquises pendant la guerre, est responsable de la confection des bombes. En 1926, lorsque Buenaventura Durruti et Francisco Ascaso arrivent en Argentine, le groupe collabore activement à de nombreuses expropriations dans des entreprises
argentino-anglaises.

Le 3 mai 1928 Di Giovanni place une valise contenant une bombe dans le consulat d’Italie. L’explosion fait neuf morts et trente quatre blessés. La répression de la police contre les anarchistes italiens oblige Barbieri à chercher refuge d’abord à Montevideo, puis à Rio de Janeiro et à Belo Horizonte. La police brésilienne l’expulse vers l’Italie.

En Argentine, une violente polémique éclate dans les milieux libertaires. La Protesta, l’organe de la Fora, qui prétend être un syndicat anarchiste et est très critique de l’anarchosyndicalisme espagnol considéré comme réformiste, sous la plume d’Abad de Santillán et de López Arango, dénonce pratiquement nommément le groupe de Di Giovanni. La Antorcha, périodique anarchiste critique de la Fora et victime de ses nervis armés en 1926, tend à comprendre et couvrir les attentats. La polémique s’arrête lorsque López Arango est assassiné chez lui par Di Giovanni, qui exigera un jury d’honneur anarchiste pour trancher entre lui et Santillán. Evidemment, il fut « acquitté » (voir sa biographie par Osvaldo Bayer : Severino Di Giovanni, el idealista de la violencia, Buenos Aires, 1998).

Barbieri, qui n’est l’objet d’aucune accusation dans son pays, séjourne en Calabre, puis se rend clandestinement à Marseille. Il prend contact avec les réfugiés antifascistes italiens. En mars 1931, il est condamné par contumace à un an et six mois de prison pour émigration clandestine et comme « subversif dangereux ». En février 1932, il est condamné à Toulon à huit mois de prison pour usage de faux papiers.

Une fois purgée sa peine, il se rend à Genève. La police italienne lui attribue une série d’attentats antifascistes sur la Côte Azur et à Lyon. « En 1932, il fait la connaissance de Camillo Berneri qui le considère comme un camarade courageux, indispensable pour la lutte armée. » Le directeur de la police politique fasciste juge Barbieri comme étant une sorte de « consultant militaire » des anarchistes et qui, lors de ces aller et venues, les conseille pour la fabrication d’explosifs (note de juin 1935 aux consuls italiens en France, Suisse, Belgique, Espagne, Hollande et Allemagne). Du reste, le dossier politique de Barbieri est composé d’environ « 413 lettres rédigées durant des dizaines d’années par des serviteurs zélés du régime fasciste, reproduisant des nouvelles transmises par la poice sur les principales activités politiques de l’anarchiste le plus connu (mais pas trop) en Calabre. » (1)

En octobre 1935, Barbieri est expulsé de Suisse et va chez Berneri à Paris. Il participe indirectement à la « conférence d’entente » des anarchistes italiens que Berneri, Giglioli et d’autres avaient préparée pour élaborer un programme insurrectionnel. Berneri conseille à Barbieri de se réfugier en Espagne où il peut compter sur un groupe italien et de ses amitiés de la période argentine. Il se rend à Palma de Majorque pour monter une entreprise d’impor-export de fruits et légumes. Durant ses nombreux voyages à Barcelone, il est dénoncé par la police italienne en février 1936, arrêté et incarcéré. Le ministère des Affaires étrangères italien réclame son extradition ou son expulsion vers le Portugal, d’où l’extradition serait plus facile.

Après deux mois de prison, Barbieri est libéré grâce à un décret d’amnistie. Il rentre clandestinement en Suisse. Fin juillet 1936, il part avec un groupe d’anarchistes suisses et retrouve Berneri à Barcelone, ainsi que les camarades italiens exilés en France. Il fait partie de la section italienne de la colonne Ascaso, dont Berneri est le commissaire politique et Barbieri devient son aide de camp.

Après la bataille de Monte Pelado en Aragon, il suit Berneri à Barcelone qui publie Guerra di classe tandis que Barbieri monte un réseau d’assistance aux miliciens. Barbieri cherche des fonds, des armes, des médicaments, des ambulances. Il est en contacts avec les dirigeants espagnols et sert d’agent de liaisons. Lorsque l’organisation des anarchistes italiens se structure - Comitato Anarchico di Defesa -, avec à sa tête Virgilio Gozzoli, Barbieri n’a pas de fonction précise. Cependant pour la police fasciste, il serait le chef de la police à Barcelone.

L’appartement où vivent Barbieri, Berneri, Tosca Tantini et Fosca Corsinovi est souvent persquisitionné par des communistes et des ugétistes lors des journées de mai 1937 à Barcelone. Le 5 mai un nouveau groupe d’une quinzaine d’hommes, pistolets à la main, fait irruption chez les camarades. Après une altercation violente, Barbieri et Berneri sont conduits vers la place de Catalogne. Les deux femmes restent seules.

Le lendemain, le corps de Barbieri est trouvé sur les Ramblas et présente plusieurs blessures par balles.

1) Oscar Greco, Contropotere - giornale anarchico, n° 14 - juillet-août 2003.