Nabat, Plateforme d’Archinov et de Makhno, Synthèse de Voline et Faure

Nabat, Plateforme d’Archinov et de Makhno, Synthèse de Voline et Faure

mercredi 11 janvier 2006, par Nabat

Nabat, Plateforme d’Archinov et de Makhno, Synthèse de Voline et Faure

Commentaire :

Le mouvement anarchiste ukrainien Nabat [alarme/tocsin] apparaît au moment où naît l’armée insurrectionnelle makhnoviste en novembre 1918. Makhno occupe le sud de l’Ukraine, et la conférence de Nabat a lieu à Koursk dans le nord, ce qui peut expliquer que le terme makhnoviste soit absent du texte.

Par contre, au début de 1919, des contacts furent établis : un groupe Nabat fut fondé à Goulai-Polé, et en mai-juin 1919 la Confédération devait s’installer en territoire makhnoviste, mais l’offensive des Blancs l’en empêcha.

Alexandre Skirda fournit les documents essentiels sur la Plateforme et les différentes positions dans Autonomie individuelle et force collective (les anarchistes et l’organisation de Proudhon à nos jours) Paris, 1987). Dans les documents on trouve “ L’organisation Nabat en Ukraine 1919-1920 ”, publié dans Dielo Truda en janvier 1928, dont l’introduction signale “ la structure organisationnelle et politique du “ Nabat a été présentée jusqu’ici uniquement par les articles de Voline [...comme une] organisation assez lâche, fondée sur des rapports amicaux et harmonieux [...] Désormais, nous disposons du témoignage d’un camarade [évoquant l’esprit du texte donné ici...] ”

Il est sidérant de se rendre compte que tous discutaient en ignorant que le texte russe et sa traduction en espagnol de la conférence de 1918 de Nabat existaient depuis 1922. La confrontation des textes de Nabat et de la Plateforme en 1926-1927 aurait évitée des heures de discussion et des dizaines de pages inutiles.

En effet, Nabat servait de justification aux uns et aux autres. Archinov et Makhno affirmant suivre fidèlement l’orientation de la Conférence de Nabat et Voline et Faure également.

Voici des extraits significatifs du texte de la Conférence de Nabat (parmi les délégués, on remarque qu’il n’y avait aucun individualiste et uniquement des anarchocommunistes et des anarchosyndicalistes)..

“ 1) La révolution sociale et la construction de la commune anarchiste sont un travail organisationnel et créateur, et dans une grande mesure constructif, et non pas un processus spontané insurrectionnel.

2) La révolution sociale ne pourra qu’être réalisée que par les masses des travailleurs et non pas des anarchistes (ou des partis). Le fait que tous les anarchistes acceptent cela permettra également un rapprochement.

Enfin, il est indispensable de prêter une grande attention à la condition suivante, le “moi ” individuel ne pourra jamais s’épanouir dans le cadre d’un processus uniquement matériel.

La révolution sociale en soi, comme processus libérateur de tout ce qui gêne son chemin et comme transformation en union de communes libertaires, donne une puissante stimulation à l’esprit de libération et de développement de chaque personnalité. L’individualité libre, vive et créatrice, apparaîtra et commencera distinctement à poser ses demandes, ses intérêts et ses aspirations. Chaque individu sera aussitôt convaincu de l’objectif prioritaire à suivre : la participation active à l’établissement de la nouvelle société, pour l’orienter vers les possibilités individuelles les plus grandes, pour lui influer la liberté sous tous ses aspects ; pour obtenir de la société de plus en plus de respect envers le trésor que représente le développement vaste, libre et créateur de chaque individu. Et au fur et à mesure que les conditions matérielles satisferont tous les membres de la société, il y aura d’une part la réponse à tous les besoins individuels, et de l’autre (pour tous de façon égale) la libération individuelle sera de plus en plus exigée, comme but. Son libre développement est, en effet, le sens (et l’essence) véritable de tout processus de l’organisation sociale. [...]

Sur la base de tout ce qui a été dit, nous arrivons à la conclusion que pour l’anarchiste il n’y a aucune raison d’écarter, en théorie ou provisoirement, l’individualisme du communisme, ou le communiste du syndicalisme. Nous estimons qu’il est temps, en définitive, pour tous les vrais anarchistes d’accepter et de reconnaître cette orientation, vérité tout à fait établie.

Ces trois éléments (le syndicalisme, le communisme, et l’individualisme) sont trois aspects d’un seul et même processus la construction, par la méthode de l’organisation de classe des travailleurs (le syndicalisme), de la société anarchocommuniste qui n’est que la base matérielle nécessaire à l’épanouissement complet de l’individu libre. Ces trois éléments coïncident chronologiquement, et se manifestent fortement dès le départ de la révolution sociale. ”
(Déclaration sur les conditions du travail en commun des anarchistes)

“ 4) Discipline : En entrant dans l’organisation, les camarades ont l’obligation morale de mettre en pratique les principes et les tâches de l’organisation. Et, étant membre de l’organisation, les responsabilités doivent être appliquées. Toutes les interventions au nom des groupes doivent être discutées en assemblées générales des membres des groupes. Et ceux qui interviennent au nom des groupes doivent avoir l’accord de ces groupes. Les camarades rendent compte de la réalisation de ce qu’on leur a demandé. ”
(VI Sur l’organisation intérieure des anarchistes)

“ 1) Considérant qu’une bonne garantie contre l’entrée dans les organisations anarchistes d’éléments indésirables se trouve dans la constitution de groupes sur les bases indiquées dans la motion résolution sur ce problème, et dans la position sur les expropriations, - en ce concerne les différents cas d’abus du mot anarchisme -, la conférence recommande aux groupes locaux de suivre soigneusement toutes ces actions et de s’en faire l’écho tant oralement que dans tous les tirages de tracts et, généralement, dans la presse.

2) La conférence estime que les anarchistes ne peuvent en aucun cas prendre place dans les Commissions Extraordinaires (Tchéka), les milices civiles et anti-délinquantes, les tribunaux, les prisons, les commissions d’enquêtes et les autres institutions disciplinai-res et judiciaires.

3) Les anarchistes ne peuvent être dirigeants ou occuper des postes responsables dans les organes législatifs et les administrations semblables à caractère bureaucratique et autoritaire. ”
(X Contre l’emploi abusif du mot anarchisme)

De plus, dans l’introduction de Nabat, deux positions identiques à celle de la Plateforme sont nettement présentes :

« Nous savons déjà qu’une partie des camarades a une attitude très négative vis à vis de cette unité acquise Cela ne nous trouble nullement car nous savons aussi que ces camarades sont coupés de la réalité. Sans contact avec elle, ils mijotent dans leur propre sauce, ils se perdent sans but dans des constructions philosophiques en chambre. L’allure de la phrase et de la forme que le contenu et le fond, tournés à cause de cela vers la quadrature du cercle et à l’errance, ils sont désespérément morts pour le mouvement anarchiste. [...]

L’union acquise maintenant n’existe que pour le mouvement en Ukraine. Mais la Conférence ne se limite pas à elle. Elle a recommandé au secrétariat confédéral de prendre des mesures pour une union du mouvement anarchiste sur le plan de toute la Russie, puis au niveau international. La création d’un mouvement anarchiste international unique voilà le futur ordre du jour, le premier pas à réaliser a été fait par la première conférence des Organisations Anarchistes d’Ukraine.

Pour Voline, dans son article de 1934 sur la « Synthèse », dans l’Encyclopédie anarchiste, bizarrement il offre un résumé de la Conférence pour en rejeter ensuite les enseignements. C’est une façon, à mon avis, de reconnaître que l’obligation de réunir les anarchistes dans un ensemble discipliné consacré à la lutte sociale ne correspondait à sa vision libertaire, démocratique et maçonnique.

“ Les trois idées maîtresses qui, d’après la Déclaration, devraient être acceptées par tous les anarchistes sérieux afin d’unifier le mouvement, sont les suivantes.
1. Admission définitive du principe syndicaliste, lequel indique la vraie méthode de la révolution sociale.
2. Admission définitive du principe communiste (libertaire), lequel établit la base d’organisation de la nouvelle société en formation.
3. Admission définitive du principe individualiste, l’émancipation totale et le bonheur de l’individu étant le vrai but de la révolution sociale et de la société nouvelle. [...]
Ceci dit, nous préférons, au lieu de reprendre les arguments de la Déclaration, développer nous-mêmes l’argumentation théorique de la synthèse. [...] ”

Parce qu’elle refusaient l’expérience de Nabat et parce qu’elle s’appuyaient sur une vaine juxtaposition hors de la lutte de classe, les tentatives pratiques de la Synthèse n’ont pas donné de fruits.
Frank Mintz

Première conférence des organisations anarchistes d’Ukraine Nabat [alarme/tocsin] novembre 1918

Textes des déclarations et des résolutions 12/ 16 novembre 1918 [pagination selon l’original russe]

A partir du texte russe et sa traduction espagnole (légèrement abrégée) édités en 1922 à Buenos-Aires ; en partie traduit dans Explosion de liberté en 1986, sans commentaire.

Aux camarades

Le mouvement révolutionnaire en Ukraine, en sommeil pendant l’invasion allemande du printemps de cette année [1918] n’a pas pu été définitivement anéantie. La population ne s’est pas rendue compte clairement des conséquences de la conquête du pays par les Austro Allemands. C’est pourquoi elle n’a montré de résistance décidée. La population d’Ukraine ne s’est préparée à l’insurrection que maintenant, seulement lorsqu’elle a compris le fondement du changement produit. Sous le sifflement de la discipline imposée par les soldats allemands à la bourgeoisie ukrainienne, et avec les sanglantes blessures des paysans insoumis, il est apparu l’idée qui se renforce, de la nécessité d’une nouvelle transformation, d’une nouvelle révolution. La tentative de reprise et de prolongement de la révolution en Ukraine est déjà entreprise par la population actuellement.

Le succès de la révolution en Ukraine dépend, sans aucun doute, du succès de la révolution mondiale, de l’incendie s’emparant de plus en plus du pays. Mais, à son tour, la révolution en Ukraine peut, de façon significative, imprimer son influence à la révolution internationale. Alors que la révolution dans différents pays a encore un caractère de Parti et de politique, et conduit, donc, au renforcement provisoire du bolchevisme sur le plan mondial, (dont l’impuissance créatrice n’a pas encore été comprise par les travailleurs du monde), l’Ukraine a déjà connu le régime bolchevique, l’a expérimenté, a ressenti plus ou moins son incapacité de reconstruire / - p. 3 - la société sur des bases réellement libres et économiques égalitaires. Et ce facteur amène à penser que la révolution authentique en Ukraine peut passer par la voie de l’absence de parti et de la création en masse du peuple, et qu’elle peut d’un coup arriver à la révolution sociale, qui créera obligatoirement le régime anarchocommuniste. La puissance, la vivacité, la richesse et l’invincibilité de la révolution, dans ce sens, représentent un exemple, digne d’être imité dans les autres pays. Et par là même, elles influencent le caractère de la révolution internationale en la poussant vers la révolution anarchiste.

Les considérations qui viennent d’être exposées ont incité les militants en Ukraine à penser très sérieusement à quelle activité ils doivent se consacrer en ce moment, afin qu’elle ne soit pas stérile comme ce fut presque partout le cas. Il est apparu évident que si nous ne voulons pas que la révolution se passe sans nous, il, est nécessaire de déterminer très précisément le rôle que les anarchistes doivent avoir dans le processus révolutionnaire. Il s’est avéré absolument nécessaire d’expliquer exactement le but du mouvement anarchiste et de trouver comment les atteindre ; de découvrir les moyens pratiques qui nous permettent de passer de la phase critique et destructrice au plan créateur et constructeur. Il est devenu tout à fait nécessaire de répondre à trois questions que la vie elle-même pose au mouvement anarchiste :

1) se démarquer nettement des éléments qui utilisent le drapeau anarchiste pour pêcher en eau trouble, en rejoignant d’une manière ou d’une autre le mouvement anarchiste, tout en poursuivant des buts forts différents, n’ayant rien à voir avec nos idées ;

2) connaître exactement l’anarchisme en tant que doctrine, résultant d’une étude, d’une généralisation, d’un approfondissement et d’une systématisation d’éléments apparaissant à toutes les époques historiques sous la forme d’ élans spontanés, instinctifs des travailleurs pour reconstruire la société sur des bases justes ; et la présenter aux camarades qui désirent réellement et sincèrement / - p. 4 - œuvrer pour le développement du mouvement anarchiste, mais qui n’ont pas une conception claire de l’anarchisme, en tant que forme précise d’organisation de la vie sociale ;

3) organiser toutes les forces vives de l’anarchisme, unir les partisans des différents courants anarchistes, unir dans une tâche collective tous les anarchistes qui veulent sérieusement et pratiquement participer à la révolution véritablement sociale et anarchiste, en comprenant par là un processus plus ou moins long de création de nouvelles formes de vie pour les travailleurs.

Le Groupe d’initiative des anarchistes d’Ukraine Nabat, remarquant l’existence de semblables tendances dans les organisations anarchistes, qui militent dans différents endroits en Ukraine, a décidé de prendre l’initiative de convoquer la Première Conférence des organisations anarchistes d’Ukraine. Après une série de travaux préparatoires, d’élaboration minutieuse de l’ordre du jour, et de contacts des membres du groupe d’initiative avec les autres groupes locaux pour présenter la conférence et ses tâches, la conférence s’est tenue entre les 12 et 16 novembre.

Les délégués des organisations anarchistes suivantes ont assisté à la conférence :

Un anarchocommunistes du groupe d’Alexandrovsk,
Un anarchocommuniste de Sernov ;
Un anarchosyndicaliste de la fédération d’Elizabetgrad ;
4 membres du groupe d’Initiative et de la rédaction de Nabat (3 anarchosyndicaliste-communistes et un anarchocommuniste) ;
Un anarchocommuniste du groupe de Kamenez-Padolsk ;
Un anarchocommuniste du département de Kamenez-Padolsk ;
Un anarchocommuniste de l’association de Kiev ;
2 anarchocommunistes du groupe de Konotop ;
Un anarchocommuniste du “ groupe itinérant pour l’organisation de la terreur et de l’insurrection en Ukraine ; / - p. 5 -
Un anarchosyndicaliste-communiste du groupe de Nicolaev ;
Un anarchosyndicaliste-communiste du groupe de Kharkov ;
et 5 camarades invités (un anarchosyndicaliste et 4 anarchocommunistes).

Le délégué de la fédération d’Odessa (anarchosyndicaliste), pour des raisons indépendantes de sa volonté est arrivé après la conférence et a accepté toutes les résolutions. Les délégués, qu’on attendait d’Ekaterinoslav, de Krementchoug et de Tchernigov, n’ont pas assisté à la conférence.

D’après les problèmes évoqués, le Groupe d’initiative avait élaboré un ordre du jour, qui après quelques rajouts, a été accepté par la conférence :

[Ordre du jour au départ]

I -Rapport des délégations

II -Analyse de la situation
[1) Internationale,
2) Nationale,
3) Ukrainienne]

III -Sur le mouvement insurrectionnel
[1) Participation aux comités militaires révolutionnaires,
2) Participation aux bataillons insurgés,
3) Terreur politique et économique (dans les usines et les campagnes),
4) Organisation de la Croix noire]

IV -Sur le mouvement anarchiste
[1) Conditions locales du militantisme des anarchistes, buts et moyens du mouvement anarchiste, phase transitoire, soviets et pouvoir soviétique, comités de fabriques et d’usines, unions professionnelles et productives, coopératives, communes de travail paysannes ;
2) Organisation, groupes, fédérations, confédérations ; / - p. 6 -
3) Agitation et propagande, travail culturel et formateur, journal, édition ;
4) Moyens, cotisation individuelle, subsides, expropriations ;
5) Organisation générale russe du mouvement anarchiste.]

V - Lutte contre l’emploi abusif du mot anarchiste
[Cambriolages, expropriateurs]

VI -Divers

[Liste des motions définitivement adoptées]

Déclaration sur les conditions du travail en commun des anarchistes

Résolution adoptée par la première Conférence des organisations anarchistes d’Ukraine, convoquée à l’initiative du groupe anarchiste d’Ukraine Nabat y qui eut lieu du 12 au 16 novembre 1918

I -Rapports d’activité

II -Analyse de la situation créée : internationale, russe et ukrainienne

III -Le mouvement insurrectionnel

IV -Le mouvement anarchiste (voir la “ Déclaration sur ...anarchistes ”)

V -Nos rapports avec les organisations économiques et politiques existantes

VI -Organisation interne des anarchistes
[1) But de l’organisation ;
2) Constitution de l’organisation ;
3) Forme de l’organisation ;
4) Discipline ;
5) Groupes de combat ;
6) Nom de l’organisation.]

VII -L’agitation et la propagande

VIII -Les moyens

IX - Organisation du mouvement anarchiste russe

X -Lutte contre l’emploi abusif du mot anarchiste

[Apparemment le point “ Divers ” n’a pas été traité]

Toutes les questions indiquées ont été discutées de façon très approfondie. Toutes les résolutions prises l’ont été à l’unanimité. La conférence a amené la création de la Confédération d’organisations anarchistes d’Ukraine Nabat et le secrétariat fédéral a été choisi et composé de six camarades.

Le point central de l’ordre du jour, le "temps fort" de la conférence, a été la question du "travail en commun des anarchistes".

Tous les délégués présents ont compris la nécessité de l’union. Mais aucun d’eux ne voulait arriver à accord en laissant de côté des problèmes épineux ou en faisant des compromis sue le plan des principes. Tous sentaient qu’atteindre une aussi précieuse union serait extrêmement dure et pourrait s’avérer une bulle de savon, un château de cartes, qui se briserait au moindre souffle de réalité. C’est pourquoi la conférence s’est efforcée de ne pas assouplir les divergences ou de les étouffer, mais au contraire, de les découvrir, de les discuter très à fond et de les démonter jusqu’aux moindres détails. Et c’est seulement après cela que l’on est passé de positions générales abstraites à un contenu vivant, réel. et qu’il est apparu que les divergences qui séparaient jusqu’alors les anarchistes n’existaient que dans leur imagination, et absolument pas : - p. 7 - dans la réalité. Les pommes de discorde se sont avérées être des moulins à vent, contre lesquels les anarchistes ont perdu tant de force, d’énergie et de temps. La conférence a reconnue que l’union est possible et indispensable et a adopté à l’unanimité une résolution évoquant un type unique d’anarchisme.

L’union des anarchistes militant en Ukraine s’est faite facilement parce que le travail concret sur place demandait impérieusement cette unité. Nous savons déjà qu’une partie des camarades a une attitude très négative vis à vis de cette unité acquise Cela ne nous trouble nullement car nous savons aussi que ces camarades sont coupés de la réalité. Sans contact avec elle, ils mijotent dans leur propre sauce, ils se perdent sans but dans des constructions philosophiques en chambre. L’allure de la phrase et de la forme que le contenu et le fond, tournés à cause de cela vers la quadrature du cercle et à l’errance, ils sont désespérément morts pour le mouvement anarchiste. Mais tous les camarades, qui ont une attitude sérieuse sur la question de la participation des anarchistes à la révolution, ne peut que accueillir positivement la résolution de la question du travail en commun, qui a trouvé son expression dans la déclaration de la Conférence, ouvrant une nouvelle ère pour le mouvement anarchiste.

L’union acquise maintenant n’existe que pour le mouvement en Ukraine. Mais la Conférence ne se limite pas à elle. Elle a recommandé au secrétariat confédéral de prendre des mesures pour une union du mouvement anarchiste sur le plan de toute la Russie, puis au niveau international. La création d’un mouvement anarchiste international unique voilà le futur ordre du jour, le premier pas à réaliser a été fait par la première conférence des Organisations Anarchistes d’Ukraine. Et tout camarade sérieux, sincère et dévoué, souhaite que les prochaines étapes dans cette direction soient aussi réussies : / - p. 8 - que la première ; et que l’union des anarchistes du monde entier puisse faire tout ce dont elle est capable pour le triomphe la vraie révolution sociale, qui déclenchera la création d’un nouveau monde juste écrasant l’oppression et la violence du vieux monde.

Le secrétariat confédéral des organisations anarchistes d’Ukraine Nabat / - p. 9 -

Déclaration sur les conditions du travail en commun des anarchistes
(Adoptée à l’unanimité par la première Conférence des organisations anarchistes d’Ukraine lors de la session du 16 novembre 1918)

Le règne universel de l’esclavage, de l’obscurantisme et de l’immobilisme, qui domine les rapports humains (pour toute une série de raisons) depuis des millénaires, commence à se craqueler. II tend tout naturellement à devenir, dans le même temps, un royaume universel de libre entente, de travail volontaire, de lumière et de mouvement entièrement libre. L’humanité commence maintenant à entrer dans une époque de destruction création bouleversante et gigantesque : l’ère de la Grande Révolution.

Une fois déclenchée, cette révolution - vu les exceptionnelles conditions dans lesquelles elle se déroule - a de grandes chances de toucher, dans un futur plus ou moins proche, tous les pays et de devenir, par là même, véritablement universelle, solide et définitivement victorieuse. La victoire de la révolution universelle (quelles que soient les formes qu’elle adopte dans les différents pays) signifiera inévitablement sa transformation ultérieure en révolution sociale.

Ce point essentiel et formidable étant perçu, il en résulte que le processus révolutionnaire universel consiste à ce qu’au fur et à mesure de sa réalisation, il pose les jalons de la véritable évolution de l’humanité, du mouvement réel de la masse humaine et sociale. Cela va sans doute dans le sens d’une forme de société plus parfaite, d’un développement plus complet de chaque individu, de résultats sociaux plus harmonieux entre d’une part la société comme moyen et base matérielle indispensable, et l’individu, d’autre part, comme but et trésor sacré de la création et de la perfection spirituelle de l’humanité. / - p. 10 -

Bien que jusqu’à présent l’histoire des sociétés humaines ait été progressive (en prenant le mot au sens large et en considérant des étapes très vagues), ce processus s’est déroulé chaque fois si petitement, difficilement, secrètement, mesquinement, en ne touchant qu’un nombre si infime et limité de gens que d’un point de vue de la société entière et des millions d’êtres humains, dans l’histoire de l’humanité et du monde, il y eut en fait presque du “sur place”, presque un arrêt.

II y a maintenant apparition de la possibilité d’une évolution pleine et entière, ouverte et libre des masses, des sociétés et de individus.

L’humanité se met, finalement, résolument en marche. Elle commence à avancer. Elle se trouve dans un mouvement général de création incessante.

II n’est pas difficile (avec une part plus ou moins grande d’exactitude) de prévoir les phases, les formes et le fond de ce grand mouvement.

II y aura par conséquent une poussée destructrice rageuse, une prise de conscience stimulante et une action créatrice assurée qui vaincront sur leur passage tout obstacle, barrière et illusion : ceux de l’opposition bourgeoise et contre-révolutionnaire, du cul-de-sac policier et étatique du “ socialisme communisme” impuissant, des partis politiques de gauche en place. Des millions de travailleurs s’efforceront alors sans relâche de créer “ leur” société libre, naturelle, et donc fructueuse, au moyen de l’édification de classes (et non de parti), économique (et non politique), d’une union harmonieuse et globale de toutes les différentes organisations de travailleurs : consommateurs et de producteurs.

Simultanément on aura une destruction et une liquidation de la société artificielle, autoritaire des impérialistes bourgeois et des sociétés étatistes, avec aussi une cohabitation avec la création d’un nouveau régime, les aspirations et les exigences des masses libérées. Les travailleurs, une fois en marche, seront obligés de créer de façon autonome une société réellement nouvelle, véritablement communiste, fondée et unie économiquement, et libertaire. La vie elle-même les amènera à la / - p. 11 - nécessité de cette façon de s’organiser. En effet, ils se rendront compte inévitable-ment que s’il n’en est pas ainsi, leur tentative sera vouée à l’échec.

Nous appelons révolution sociale tout le double processus, d’une part, de destruction de la forme étatique, politique et autoritaire de la société (bourgeoise capitaliste ou faussement communiste), et, d’autre part, de substitution créatrice graduelle par une forme nouvelle d’économie de masse, libertaire, réellement communiste, débouchant sur une ère de développe-ment ultérieur tranquille d’une organisation sociale définitive-ment établie. Toute autre révolution ne peut avoir qu’un contenu social plus ou moins ambigu. Nous réaffirmons que la révolution sociale ne peut se réaliser (si elle compte assez de forces objectives) que sous cette forme et selon cette voie. Dans le cas contraire, elle ne pourra avoir lieu et elle sera finalement vaincue pour finir en déroute et en rétablissement (sous une forme ou sous une autre) du régime capitaliste bourgeois. De deux choses l’une : ou la révolution sociale détruit et dépasse les formes nouvelles corrompues et se prolonge pour trouver, en fin de compte, son aspect authentique déjà évoqué, ou bien il n’y aura pas de révolution sociale.

II est donc évident que la révolution sociale est un processus destructeur créateur plus ou moins long (révolution évolution), qui ne peut se faire qu’à l’aide d’un grand mouvement de masse, qui surmonte les obstacles, détruit les barrières, déjoue les pièges, pour découvrir peu à peu la vraie voie de l’édification sociale créatrice.

II est non moins évident que la partie novatrice de ce processus consiste à produire, développer, renforcer et unir un très grand nombre d’organisations économiques de travailleurs, ayant en main, c’est-à-dire contrôlant et dirigeant- aussi bien tous les moyens, matériaux et outils de travail, que la nouvelle organisa-tion de production, de consommation, de transport et d’échange.

Bien entendu, une tâche aussi grandiose que la création - après la destruction - d’une nouvelle agriculture, d’une nouvelle industrie, d’un nouvel échange, de transport, de consommation, etc., ne peut se faire que par l’intermédiaire de la population paysanne et solidement unie.

Enfin, il est sûr que l’essentiel de ce processus ne peut venir que d’un effort tenace, profondément naturel : - p. 12 -, spontané et conscient, ainsi que de la création d’une base libertaire, égalitaire en économie et librement organisée de la vie.

Si maintenant nous tentons d’esquisser notre vision du communisme anarchiste et de sa réalisation, cette ébauche correspond point par point à celle que nous venons de faire. II est parfaitement clair pour nous que tout le processus déjà exposé et ses résultats directs - augmentant avec son développement — ne sont pas que la réalisation immédiate des communes anarchistes en soi.

En pratique, que représente en fait la construction d’une ville commune si ce n’est la création d’un puissant réseau d’organisations sociales et économiques (pour le travail, la production et la consommation), qui en se développant, s’étendant et se ravitaillant cherchent à unir, sur la base d’une union égalitaire et libertaire, toute la population d’une ville, et qui contrôlent la marche de la vie économique. Qu’est-ce qu’une ville commune, si ce n’est un grand mécanisme économique, entraîné par le travail ardent et libre de la population, unie sur un plan libertaire avec d’innombrables unions économiques, qui possèdent collectivement tous les outils de travail, qui produisent, consomment et exportent sur d’autres marchés

On constate aisément que dans les campagnes, dans le processus même de révolution sociale, on sera inévitablement conduit à construire immédiatement des artels communes (1) libres et libertaires, c’est-à-dire des communes anarchiste possédant de façon communiste ta terre et l’outillage et organisant le travail sur une base communiste. Même une analyse superficielle indique qu’en dehors de cette solution, la paysannerie pauvre ne pourra ni travailler, comme il faut, la nouvelle terre, ni en tirer tout le nécessaire, ni non plus impulser un échange avec la ville commune. Lors de ce processus de communisation de l’agriculture, la paysannerie aisée sera bientôt entraînée, surtout, par la réquisition de la terre et du matériel, et la coopération volontaire. De cette façon, la campagne, à son tour, directement et assez rapidement, se transformera (durant le processus de la révolution sociale).

Le besoin naturel de liens étroits et d’échange réciproque entraînera aussitôt des unions entre les villages com / - p. 13 - munes et les villes communes, c’est-à-dire, ni plus ni moins que la fédération libre des communes urbaines (2) et paysannes.

Ainsi, le processus même de la révolution sociale, qui est destructeur, du fait qu’il abat la vieille forme organisationnelle mensongère, s’avère comme étant, dans sa partie constructive, dès le début, anarchocommuniste. II en va de même pour le contenu, et il ne pourra en être autrement. La révolution sociale est en soi un processus constructif anarchocommuniste. Son point de départ est celui de la formation de la commune anarchiste.

La conséquence est claire : il n’est nul besoin de parler de “période transitoire” entre le “capitalisme détruit” et le “régime anarchiste”. Dans les faits, il n’y a pas de période transitoire. A peine commençons-nous à envisager l’édification de la commune anarchiste, que nous apparaît le côté constructif de la révolution sociale elle-même. II n’y a pas du tout d’époque intermédiaire entre la fin de cette révolution et le régime anarchiste. Le passage du moment de la chute du régime bour-geois capitaliste au communisme anarchiste n’est pas une ”période de transition”, mais le commencement immédiat de l’édification de la commune anarchiste elle-même. La domination provisoire d’un parti politique et ne peut absolument pas être considéré comme un “stade transitoire”, cela entre dans le militantisme des anarchistes. Ce n’est pas encore la révolution sociale. C’est en réalité le prolongement et la fin de la révolution politique, qui vaincra la révolution entièrement, ou bien sera supplantée par la révolution sociale. L’ouragan révolutionnaire se poursuit implacablement II n’y a pas d’accalmie, et on ne peut évoquer de période de transition. Si le bolchevisme sort vainqueur de l’ouragan, alors la révolution sociale (c’est-à-dire anarchocommuniste) commencera bientôt : l’impuissance créatrice du bolchevisme (et du Parti) fera bientôt que les masses s’en détourneront. L’activité de création se continue sans nuire à la révolution, ce qui amènera les masses sur la large voie de l’anarchocommunisme.

La révolution sociale peut ne pas se réaliser du tout. Mais dans la révolution sociale (si elle se fait), il n’y a pas de place pour une “période transitoire”.

Admettre cela est la première condition pour que les différentes tendances anarchistes puissent se donner la main et œuvrer ensemble.

Mais si la révolution sociale a un contenu anarchocommuniste, son principe : / - p. 14 -organisationnel (comme nous l’avons vu) est absolument “syndicaliste ”, dans le sens de groupement de masse. C’est seulement la masse organisée par la création. Le renforcement et l’union de ses organes de classe, qui peut entreprendre la grande mission créatrice de la révolution so-ciale : l’édification de la commune anarchiste.

C’est précisément dans le sens de méthode organisationnelle qu’il faut prendre le mot “syndicalisme” des anarchosyndicalistes russes, en reconnaissant que sans action unitaire des organisations de masse (qui deviendront inévitablement révolutionnaires pendant la révolution sociale), il est impossible de résoudre le problème de la révolution sociale, de socialiser, d’organiser et renforcer le nouvel appareil économique

Admettre cela est la deuxième condition de travail collectif entre anarchistes.

Remarquons au passage que tout ce qui a été exposé précédemment confirme solidement ces deux affirmations, reconnues depuis longtemps par tous les penseurs anarchistes :

1) La révolution sociale et la construction de la commune anarchiste sont un travail organisationnel et créateur, et dans une grande mesure constructif, et non pas un processus spontané insurrectionnel.

2) La révolution sociale ne pourra qu’être réalisée que par les masses des travailleurs et non pas des anarchistes (ou des partis). La reconnaissance de ces positions permettra également un rapprochement de tous les anarchistes.

Enfin, il est indispensable de prêter une grande attention à la condition suivante, le “moi ” individuel ne pourra jamais s’épanouir dans le cadre d’un processus uniquement matériel.

La révolution sociale en soi, comme processus libérateur de tout ce qui gêne son chemin et comme transformation en union de communes libertaires, donne une puissante stimulation à l’esprit de libération et de développement de chaque personnalité.
L’individualité libre, vive et créatrice, apparaîtra et commencera distinctement à poser ses demandes, ses intérêts et ses aspirations. Chaque individu sera aussitôt convaincu de l’objectif prioritaire à suivre : la participation active à l’établissement de la nouvelle société, pour l’orienter vers les possibilités individuelles les plus grandes, pour lui influer la liberté sous tous ses aspects ; pour obtenir de la société de plus en plus de respect envers le trésor / - p. 15 - que représente le développement vaste, libre et créateur de chaque individu. Et au fur et à mesure que les conditions matérielles satisferont tous les membres de la société, il y aura d’une part la réponse à tous les besoins individuels, et de l’autre (pour tous de façon égale) la libération individuelle sera de plus en plus exigée, comme but. Son libre développement est, en effet, le sens véritable de tout processus d’organisation sociale (et son existence même).

Sur la base de tout ce qui a été dit, nous arrivons à la conclusion que pour l’anarchiste il n’y a aucune raison d’écarter, en théorie ou provisoirement, l’individualisme du communisme, ou le communisme du syndicalisme. Nous estimons qu’il est temps, en définitive, pour tous les vrais anarchistes d’accepter et de reconnaître cette orientation, vérité tout à fait établie.

Ces trois éléments (le syndicalisme, le communisme, et l’individualisme) sont trois aspects d’un seul et même processus la construction, par la méthode de l’organisation de classe des travailleurs (le syndicalisme), de la société anarchocommuniste qui n’est que la base matérielle nécessaire à l’épanouissement complet de l’individu libre. Ces trois éléments coïncident chronologiquement, et se manifestent fortement dès le départ de la révolution sociale.

A cette triple orientation, tout anarchiste doit être toujours prêt, et préparer les autres, à toutes ces phases.

C’est pourquoi nous affirmons que le type d’anarchiste, vrai, complet et fort, ne doit pas être ni particulièrement “syndicaliste”, ni précisément “communiste” ou spécifiquement “individualiste”. Il doit être les trois à la fois. Il doit être simplement et uniquement anarchiste. II doit jouer de tous les rayons que représente le soleil de l’anarchie. II doit créer et agir pour ces trois éléments de l’anarchisme complet. II doit être anarchocommuniste, en acceptant l’anarcho-communisme comme immédiat, sans aucune “étape transitoire-, comme base matérielle organisationnelle de la nouvelle société qui se construit avec le processus de la révolution sociale. Et il doit être anarchosyndicaliste, dans le sens de l’acceptation d’organisation sans partis des masses, parce que c’est le levier de l’édification de la révolution sociale. Et il doit être anarchoindividualiste, tout en reconnaissant que seul / - p. 16 - l’intérêt du développement spirituel complet de l’individualité libre justifie ce processus matériel.

Nous pensons qu’ainsi, même les représentants de certaines catégories de l’anarchoindividualisme (sinon toutes) trouveront leur place dans le rang des travailleurs anarchistes.

La révolution sociale peut ne pas se faire. Mais si elle a en effet lieu, il ne fait aucun doute pour nous qu’elle sera anarchocommuniste par sa forme organisationnelle, syndicaliste par la méthode, et individualiste dans ses aspirations spirituelles. C’est pourquoi les anarchistes - qui sont les apôtres et les initiateurs de la révolution- s’efforcent depuis longtemps, au lieu d’inutile mise à l’écart réciproque à propos de raisons profondes, de trouver un langage commun, de se donner la main et de s’unir pour un travail collectif à partir d’une plateforme d’un anarchisme unique et complet.
(Adopté à l’unanimité) / - p. 17 -

Résolutions adoptées à la première conférence des organisations anarchistes d’Ukraine, à l’initiative du groupe des anarchistes ukrainiens Nabat, qui se déroula les 12 - 16 novembre 1918

I Rapport des délégations

Après avoir entendu les rapports des délégués des groupes locaux, la première Conférence des Organisations Anarchistes d’Ukraine constate :

1) Que de grandes masses de la population d’Ukraine, suffisamment déçues au moment du régime étatique et politique du parti bolchevique, éprouvent de la sympathie et montrent un grand intérêt vis-à-vis de la propagande anarchiste et qu’il y a une acceptation extraordinaire du militantisme anarchiste ;

2) Que le Groupe d’Initiatives des Anarchistes d’Ukraine Nabat, peu de temps après sa formation, a jeté les bases d’un travail organisationnel pour les anarchistes en Ukraine, et que les tâches immédiates consistent à continuer à élargir et à approfondir ce travail, tout en participant activement au mouvement insurgé en Ukraine contre les ennemis de la révolution ;

3) Que face à certains aspects négatifs inhérents au mouvement anarchiste qui sont abordés plus loin dans les résolutions sur l’organisation, sur l’emploi abusif du mot anarchisme, et sur les expropriations, les plus grands obstacles à la réalisation des tâches indispensables indiquées sont actuel-lement : l’absence parmi les travailleurs d’une conception claire des orientations anarchistes positives et créatrices, ainsi que celle de moyens matériels indispensables pour de vastes applications à long terme, et enfin la présence de conceptions erronées chez les travailleurs.

Après avoir constaté ces aspects fort négatifs dans le mouvement anarchiste en Ukraine en ce moment, la Conférence considère absolument indispensable de faire tout de suite les efforts les plus énergi : - p. 18 - ques pour éliminer progressivement les obstacles indiqués et souhaiter du succès aux efforts dans ce sens au groupe initiateur et aux autres organisations anarchistes d’Ukraine. (adopté à l’unanimité)

II Analyse de la situation (internationale, nationale et ukrainienne)

Constatant que la majorité écrasante des anarchistes, dès le début de la guerre, a pensé à la révolution mondiale considérant la guerre comme le prologue d’une révolution universelle inévitable et sans aucun doute sociale, constatant ensuite, que l’extension de la révolution au-delà de la Russie apparaît maintenant, avec le commencement de la révolution en Allemagne et ailleurs, comme un fait précis, la Conférence analyse ainsi la situation créée :
- 1 -

1) Si la révolution déborde la Russie et commence à se développer à l’échelle internationale, elle a de grandes chances, à plus ou moins brève échéance, de toucher tous les pays et de devenir ainsi universelle et victorieuse de façon ferme et définitive.

2) La probable victoire de la révolution universelle, quelles que soient les formes de départ que la révolution adopter dans les différents pays, permettra inévitablement leur transformation ultérieure en révolution sociale internationale.

3) Ayant commencé sur le plan international, la révolution sociale aura de grandes chances - à condition de ne pas tomber dans l’impasse stérile du socialisme communiste-policier-étatique : le parti des bolcheviks- de réussir. Elle devra abandonner la voie fausse des partis politiques et suivre le vaste chemin créatif de la révolution vraiment sociale, sans parti et sans pouvoir, fondé sur l’économie et les classes, c’est-à-dire la révolution anarchocommuniste.

-2-

De ce point de vue, la Conférence considère que tout ce qu’a fait jusqu’à présent la révolution russe n’est qu’une première étape de la première vague de la Grande Révolution, qui a de fortes possibilités de devenir une révolution universelle, sociale et, en fin de compte, anarchiste. / - p. 19 -

La Conférence pense que, provisoirement, la révolution russe est au point mort, à cause de la victoire actuelle d’un parti politique autoritaire et étatique. La première étape de la Grande Révolution est donc terminée. Cet arrêt momentané fait connaître inévitablement aux masses ouvrières de la Russie toute l’impuissance créatrice et organisationnelle de la révolution que provoque un parti politique autoritaire et étatique. Et si cet affaiblissement n’oblige pas la révolution à reculer, ce n’est qu’à cause de fortes conditions objectives et matérielles, qui la maintiennent à son niveau et font espérer qu’elle progressera.

Les révolutions qui ont actuellement lieu en Allemagne et dans d’autres pays d’Europe centrale (l’Autriche-Hongrie. la Bulgarie, etc.) sont interprétées par la Conférence comme la deuxième étape la seconde vague de la Révolution, qui tend à devenir universelle, sociale et anarchiste.

La Conférence estime que cette seconde vague même si elle donne une puissante poussée au développement futur de la révolution internationale, ne la sortira cependant pas de l’impasse que représente un parti politique autoritaire et étatique. Bien au contraire, la victoire de la révolution socialiste étatique en Europe Centrale renforcera temporairement le triomphe du parti politique de gauche (bolchevique).

La Conférence considère que c’est seulement par l’entrée future sur la scène révolutionnaire de la France, l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne (c’est-à-dire de pays où l’appareil des partis est faiblement développé et où, par contre il y a un fort mouvement de classe en marche avec des travailleurs sans parti et des anarchistes) que commencera la troisième et dernière étape fondamentale, la troisième vague révolutionnaire. Seule cette vague pourra donner un ultime élan renforçant la révolution internationale, dans le sens d’une révolution véritablement sociale et anarchiste. Seule cette vague pourra montrer une voie à la Russie, l’Allemagne, et aux autres pays, sans tomber dans I’ornière de la révolution des partis politiques.

La conférence estime que la révolution en France, Allemagne, Italie, Espagne (et par la suite, en Amérique et d’autres pays) apparaît, quels que soient les cas, comme inévitable, à plus ou moins brève échéance. / - p. 20 -

En ce qui concerne l’Ukraine, la Conférence pense que, sous l’effet de conditions tout à fait exceptionnelles, il existe une possibilité de révolution sociale et anarchiste, qui est actuellement extrêmement propice. En Ukraine, il se déroule une nouvelle, une deuxième révolution, succédant à l’enseignement et à l’expérience de la première, après l’essai du régime du:parti politique bolchevique. En conséquence, que la deuxième révolution ukrainienne ait lieu tout de suite, ou qu’elle éclate après les combats contre les impérialistes, elle aura une très grande possibilité sociale et anarchiste d’influence le développement ultérieur de la révolution russe et de la révolution internationale.

En ce qui concerne, enfin, la crainte de certains camarades au sujet de l’Amérique, du Japon et de la Chine, la Conférence pense que même dans le cas où ces pays ne suivraient pas la révolution internationale et l’attaqueraient, ils ne pourraient limiter le processus révolutionnaire universel. Selon toute vraisemblance, ils seront à leur tour, tôt ou tard, entraînés par lui.

- 3 -

Tenant compte de ce qui a été établi et d’une série de considérations théoriques générales, la Conférence est arrivée à la conclusion qui suit :

Encore que les chances de réussite de la contre-révolution universelle, et en particulier de la perversion politico-étatiste soient assez fortes, il y a cependant d’extraordinaires possibilités de victoire finale complète de la révolution mondiale. Celle-ci dispose d’énormes forces objectives, qui la transformeront en révolution réellement sociale et anarchiste.

C’est pourquoi, il est demandé à tous les anarchistes russes et à toutes les organisations anarchistes de Russie de faire tous leurs efforts sur les tâches pratiques suivantes :

1) Rétablissement et renforcement immédiats des rapports avec les anarchistes des autres pays. En particulier avec les anarchistes, les organisations anarchistes et de travailleurs en Allemagne, en France et en Angleterre. Etablissement rapide d’une propagande anarchiste à l’échelle internationale.

2) Organisation immédiate d’un travail unique et méthodique sur la Russie sur le plan le plus large. / - p. 21 -

3) Participation la plus active possible à l’insurrection et au mouvement révolutionnaire en Ukraine, dans le but d’unir l’activité purement insurrectionnelle au mouvement révolution-naire des larges masses de la population, afin de l’orienter vers la voie de la révolution et de l’organisation vraiment sociales et anarchocommunistes.
(Adopté à l’unanimité)

III Sur le mouvement insurrectionnel

Tenant compte de la nécessité

1) De combattre activement les contre-révolutionnaires de toute sorte régnant en Ukraine et l’utilisant comme tête de pont.

2) D’introduire, si possible, un contenu anarchiste dans cette lutte pour assurer dès maintenant une orientation anarchiste à la victoire future et à l’organisation des forces révolutionnaires,

La conférence reconnaît que la participation anarchiste active est très nécessaire dans le mouvement insurrectionnel d’Ukraine.

Etant donné l’inutilité démontrée par l’expérience passée, voire l’aspect négatif de bataillons majoritairement et purement anarchistes, la Conférence admet qu’ils ne sont pas nécessai-res.

Au sujet de la participation d’anarchistes dans les différents bataillons et organisations insurrectionnels non anarchistes, la conférence reconnaît :

1) la nécessité de la participation des anarchistes aux bataillons insurrectionnels de tout type, et surtout de I’organisation par les anarchistes de bataillons insurrectionnels de travailleurs et paysans sans parti.

2) la possibilité de participation des anarchistes dans diverses organisations insurrectionnelles (comités, états-majors, etc. militaires et révolutionnaires) selon les conditions suivantes :

a) Les comités et organisations militaires et révolution-naires peuvent être considérés par les anarchistes uniquement en tant qu’organes techniques exécutifs (ayant un rôle dirigeant seulement dans le domaine purement défensif et offensif), mais en aucun cas, en tant qu’organes administratifs posant !e problème (sous quelque forme que ce soit) du pouvoir ou le prenant en main ; / - p. 22 -

b) Quant aux organisations de ce type ayant un caractère de parti politique, et d’administration autoritaire, les anarchistes n’y participent pas. Dans ces localités, les anarchistes doivent s’efforcer de créer des organisations identiques sans parti :

c) Les anarchistes peuvent participer et travailler dans les organisations sans rôle politique ni dirigeant. Dans le cas de transformation des organes en question en sections politiques, les anarchistes doivent les abandonner et essayer d’en créer nouvelles, sans partis.

d) Les anarchistes organiseront des comités militaires révolutionnaires dans les localités qui n’en auraient pas.

Observations : dans des cas exceptionnels, comme par exemple des moments de lutte acharnées, lorsque la révolution est danger et que pour la sauver il faut combattre vite et avec décision, les anarchistes sont provisoirement autorisés à participer à l’organisation politique, militaire et révolutionnaire. Mais cela se fera uniquement dans un but purement informatif.

La conférence demande aux camarades de veiller particulièrement sur la nécessité :

1) Lorsqu’ils sont dans des bataillons et des organisations militaires et révolutionnaires, de ne pas se livrer à une activité uniquement combattante, mais de consacrer du temps à la propagande, en s’efforçant de développer et de renforcer parmi les membres des bataillons et des organisations les idées et les habitudes anarchistes ; de susciter l’esprit d’initiative, d’autonomie, d’inculquer certaines connaissances culturelles et morales ; et enfin de contribuer à l’assimilation des positions fondamentales de l’anarchisme.

2) De ne pas s’enfermer dans le cercle étroit du bataillon ou de l’organisation, mais de toujours essayer de mettre en rapport le groupe où ils sont avec la population avoisinante, et d’éveiller la parole et l’action et de renforcer sa sympathie pour l’insurrection, de développer chez les habitants des liens conscients avec la lutte, un soutien actif, et principalement, un attrait conscient vers les idées et les organisations anarchistes.

Cette activité des camarades est extrêmement importante, afin de préparer la population et les travailleurs à utiliser la future révolution dans un sens anarchiste. : / - p. 23 -

A propos de la terreur politique et économique : vu le moment actuel de combats illégaux et sanglants de la révolution contre les impérialistes, la conférence reconnaît la nécessité d’utiliser très largement la terreur politiquement et surtout économique-ment, afin de l’élever à une terreur de masses. La Conférence, à ce propos, appelle les camarades à être inflexibles quant aux richesses dans la population.

Sur l’aide aux victimes anarchistes Étant donné qu’à la suite des combats en Ukraine, il y a déjà et il y aura des victimes, la Conférence recommande à toutes les organisations anar-chistes de cette région de constituer un fonds spécial d’aide pour les camarades victimes de la guerre, et leur famille.
(Adopté à l’unanimité)

IV Sur le Mouvement anarchiste (Voir la “ Déclaration ... anarchiste ”)

V Nos rapports avec les organisations politiques et économiques existantes

Se fondant sur des considérations d’ordre général déjà évoquées dans le point précédent, la conférence estime ce qui suit.

La participation des anarchistes est tout à fait souhaitable dans les organisations économiques sans parti de toute nature, dans les villes et les campagnes, même si elles sont altérées défigurées et amoindries par la révolution politique des partis. Néanmoins, il faut qu’elles soient sur la voie de la construction nouvelles formes de vie et qu’elles s’unissent de bas en haut depuis les petites organisations noyaux locales jusqu’aux soviets régionaux puissants qui coiffent toutes les entreprises. / - p. 24 -

Actuellement on peut trouver de telles organisations : les comités d’usines, de fabriques, de chemin de fer, etc., et les organisations qui les unissent ; les comités de pauvres, communes de travail paysan. Il est très recommandé de créer des soviets communs d’organisations économiques ouvrières paysannes.

Pour ce qui est des coopératives, la participation des anarchistes est tout à fait possible. Mais il faut tenir compte de leur caractère à moitié bourgeois à un moment donné, et la Conférence recommande d’être prudent à ce sujet.

Les unions professionnelles sont jugées par la Conférence comme une forme vieillie d’organisations de travailleurs, incapables en soi d’entraîner une action révolutionnaire et créative, parce qu’elles ne répondent pas aux nécessités du moment, et ne méritent donc pas une attention particulière

La conférence considère très utile l’union des entreprises par branche de production, faisant partie des soviets, proposée par les ouvriers organisés de ces entreprises, et entrant dans un cadre économique général de construction de nouvelles formes de vie.

Quant aux actuels soviets de délégués, ils sont si éloignés du type juste de soviet, qui réunit les organisations sociales et révolutionnaires, et ils sont si imprègnes de l’esprit de parti, de politique, de bureaucratisme et d’autoritarisme, que la Conférence estime négative la participation des anarchistes. II peut y avoir peut-être des exceptions, peu nombreuses, où des tendances autoritaires se montrent moins.

La Conférence attire vivement l’attention des camarades sur les points suivants :

1) Lorsqu’ils sont dans ces organisations, les anarchistes doivent constamment s’efforcer d’y diffuser les habitudes et les principes anarchistes, l’esprit anarchiste si possible, la conscience et l’activité anarchistes ;

2) dans le cas où ces organismes se transformeraient définitivement en appendice autoritaire des partis, les camarades doivent les abandonner ;

3) lorsqu’ils sont dans ces différentes sortes d’organes, les anarchistes n’ont pas à unir leur voix aux slogans autoritaires et aux déclarations officielles. Dans ce cas, ils doivent clairement manifester leur refus ; / - p. 25 -

4) les anarchistes doivent constamment et obstinément prôner la création, à la place des soviets de délégués actuels de véritables soviets d’organisations paysannes et ouvrières, sans partis et libertaires, réellement unis localement par entreprises et par villages, et capables pratiquement de former les organisations de la nouvelle société.

VI Sur l’organisation intérieure des anarchistes

Constatant qu’une des raisons principales de l’échec du mouvement anarchiste dans la révolution en cours vient de l’absence de contact entre les organisations anarchistes (ce qui fait que le militantisme des anarchistes a laissé peu de traces tangibles parmi les travailleurs), la Première Conférence des Organisations Anarchistes d’Ukraine considère absolument essentielle l’union des anarchistes par l’intermédiaire d’organisations anarchistes harmonieuses. La conférence appelle l’attention des camarades sur ces conditions. Une activité vivante et fructueuse ne peut se faire qu’avec une organisation au sein de laquelle l’union n’a pas un caractère formel, mais est pour les membres le but commun et le seul moyen de l’assurer. La Conférence adopte le cadre organisationnel suivant :

1) But de l’organisation

L’organisation anarchiste a pour but essentiel la propagation des idées anarchistes parmi les travailleurs. L’organisation anarchiste n’aspire en aucune manière à un rôle de parti politique, qui prétend libérer les travailleurs par le biais de la prise du pouvoir par un parti politique, étant donné que la conviction profonde des anarchistes est que la libération des travail-leurs est l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes

2) Structure de l’organisation

Tous les camarades qui connaissent les idées anarchistes, qui en partagent les positions essentielles et acceptent la plateforme de la première Conférence des Organisations Anarchistes d’Ukraine peuvent devenir membres d’organisations anarchis-tes.

Les conditions d’entrée des nouveaux membres sont laissées aux groupes locaux. / - p. 26 -

Les sympathisants des idées anarchistes s’organisent en groupes et en cercles. D’après leurs connaissances de la doctrine anarchiste, selon les recomman-dations des membres des groupes. Ils peuvent être acceptés comme membres des organisations anarchistes.

3) Forme de l’organisation

Les partisans de l’anarchisme s’organisent en groupes locaux. Les groupes s’unissent en fédérations régionales ou urbaines. Les fédérations de regroupent en une confédération. Chaque groupe choisit parmi ses membres un secrétaire, chargé des activités et des rapports avec les autres organisations.

Les fédérations régionales et urbaines organisent leur secrétariat, en choisissant en assemblée générale des membres des fédérations ou des délégués de groupes. Le secrétariat s’occupe de fournir aux groupesde la littérature pour la propagande,des orateurs et des propagandistes,et li expédie les affaires courantes.

Les délégués des groupes forment le soviet des fédérations qui étudient toutes les questions relatives au mouvement. Les décisions du soviet de fédération sont transmises par le secrétariat des fédérations.

Le secrétariat de la Confédération est désigné en congrès des organisations anarchistes et conserve ses fonctions jusqu’au congrès suivant. Les attributions du secrétariat confédéral sont d’éditer un organe imprimé, mettre en place des éditions, organiser des écoles de propagande, placer des travailleurs actifs dans les organisations, convoquer des congrès, établir le contact avec les organisations anarchistes des autres pays.

Note : Luttant de toutes ses forces contre le centralisation étatique et donnant une pleine autonomie aux organisations locales. La conférence pense, cependant, souhaitable que les éditions et les finances de notre mouvement soient, si possible concentrées dans le secrétariat confédéral, ce qui enlève aux groupes un souci superficiel et leur permet de se consacrer exclusivement au militantisme parmi les travailleurs.

4) Discipline

En entrant dans l’organisation, les camarades ont l’obligation morale de mettre en pratique les principes et les tâches de l’organisation. Et, étant membre de l’organisation, les responsabilités doivent être appliquées. Toutes les interventions au nom des groupes : - p. 27 - doivent être discutées en assemblées générales des membres des groupes. Et ceux qui interviennent au nom des groupes doivent avoir l’accord de ces groupes. Les camarades rendent compte de la réalisation de ce qu’on leur a demandé.

5) Groupes de combat

La Conférence propose que les organisations locales créent des groupes de combat avec les camarades aguerris, pour remplir différentes missions de caractère militaire.

6) Nom de l’organisation

Nos organisations seront les groupes et fédérations anarchistes Nabat. La conférence prend le nom de Confédéra-tion des organisations anarchistes d’Ukraine “Nabat”.
(Adopté à l’unanimité)

VII Sur les campagnes d’agitation et de propagande

La conférence reconnaît la grande importance d’une campagne planifiée d’agitation et de propagande anarchiste. Elle signale en ce domaine la voie à suivre :

1) Elle charge le secrétariat désigné par la Confédération des organisations anarchistes d’Ukraine Nabat d’organiser, par le biais du secrétariat des éditions, la publication rapide d’une série de brochures et de livres sur la théorie et la pratique anarchistes. Par la même occasion, la conférence incite le secrétariat à faire en sorte que l’édition puisse intéresser de nombreuses catégories d’ouvriers et de paysans.

2) Elle recommande au secrétariat de continuer et d’élargir le travail commencé par les groupes d’Initiatives de lancer un organe imprimé (Nabat), en s’efforçant qu’il devienne le plus tôt possible hebdomadaire et, si les circonstances le permettent quotidien. Le journal Nabat est dès maintenant considéré comme l’organe de la Confédération des organisations anarchistes d’Ukraine.

3) Elle recommande au secrétariat de publier, dans un avenir proche, une revue théorique sous le titre de Pout k Anarkhii [voie vers l’anarchie].

4) Elle recommande au secrétariat d’organiser le plus tôt possible une école pour former des propagandistes.

5) Elle recommande au secrétariat de préparer, comme il faut, la diffusion du journal et des éditions dans les usines, les communes, etc. / - p.28 -

6) Elle recommande au secrétariat, et aux organisations locales, d’avoir un certain contrôle sur les campagnes en cours d’agitation et de propagande sur l’anarchie parce que souvent elles n’ont rien à voir avec l’anarchisme.

7) Elle recommande aux organisations locales de créer leur propre noyau d’agitation et de propagande, en faisant appel (dans tous cas nécessaires) au secrétariat pour obtenir des moyens, de l’aide, etc.

8) Elle recommande au secrétariat d’organiser, le plus tôt possible, une série de causeries publiques sur l’anarchisme.

La Conférence considérable qu’il souhaitable d’éditer, au nom de la Confédération, un journal commun afin de ne pas gaspiller les forces et les moyens avec de petits organes. (Adopté à l’unanimité)

VIII Sur les moyens (cotisations des membres, subsides, expropriations)

Sur les expropriations : sans aborder la question du principe des expropriations et estimant que l’expérience passée du mouvement anarchiste a montré toute l’inutilité, l’inadéquation et le mal des expropriations systématiques, la Conférence a une position vis-à-vis des expropriations entièrement négative.

Cependant, tenant compte du caractère exceptionnellement grave de la situation, du travail clandestin en Ukraine et de la nécessité aiguë de moyens matériels pour mener à bien ce travail, la Conférence admet (dans des cas extrêmes) la réalisation d’expropriations. Mais dans chaque cas elles devront être faites en informant et sous le contrôle du secrétariat, et au nom de la Confédération. En même temps chaque expropriation sera publiée dans l’organe de la Confédération.
.
Sur les subsides : tenant compte des engagement internes inévitables sur l’utilisation des subsides, la Conférence adopte une position tout à fait contraire à quelle que sorte de subsides de la part de partis, administrations ou d’organisations non anarchistes.

Sur les cotisations des membres : une des façons d’obtenir les moyens financiers indispensables pour les groupes, fédérations et confédération, en dehors des donations, peut être de verser régul-ièrement et volontairement une cotisation.
(Adoptée à l’unanimité) / - p. 29 -

IX Sur l’organisation du mouvement anarchiste russe en général

Considérant indispensable d’unir le mouvement anarchiste de tous les pays, la conférence recommande au secrétariat de la Confédération de prendre les mesures appropriées pour établir des contacts avec les organisations anarchistes de l’étranger. Ln premier pas dans ce sens, avec la propagande pour un anarchisme unique dans la presse et les éditions de brochures , expliquant les conditions d’élaboration de cette question, doivent consister à mettre ce point dans l’ordre du jour de la Seconde conférence anarchosyndicaliste russe, qui aura lieu à Moscou le 25 novembre et, au cas où cette pro-position est accueillie favorablement, il faudra s’efforcer de lancer un appel à un congrès d’unification de toutes les organisa-tions anarchistes de toute la Russie.

La Conférence recommande au secrétariat de la Confédération de préparer un rapport sur cette question et de le présenter à la conférence anarchosyndicaliste en y envoyant un délégué parmi ses membres.
(Adopté à l’unanimité)

X Contre l’emploi abusif du mot anarchisme

1) Considérant qu’une bonne garantie contre l’entrée dans les organisations anarchistes d’éléments indésirables se trouve dans la constitution de groupes sur les bases indiquées dans la motion résolution sur ce problème, et dans la position sur les expropriations, - en ce concerne les différents cas d’abus du mot anarchisme -, la conférence recommande aux groupes locaux de surveiller soigneusement toutes les adhésions et de s’en faire l’écho tant oralement que dans tous les tirages de tracts et, généralement, dans la presse.

2) La conférence estime que les anarchistes ne peuvent en aucun cas prendre place dans les Commissions Extraordinaires (Tchéka), les milices civiles et anti-délinquantes, les tribunaux, les prisons, les commissions d’enquêtes et les autres institutions disciplinai-res et judiciaires.

3) Les anarchistes ne peuvent être dirigeants ou occuper des postes responsables dans les organes législatifs et les administrations semblables à caractère bureaucratique et autoritaire. / - p. 29 -

4) Refusant toute sorte de reprise par la force (immeubles, matériel, etc.) par les organisations anarchistes, la conférence ne les admet que dans des cas d’urgence extrême, uniquement après résolution en assemblée générale de l’organisation, sous son contrôle, et à condition que l’utilisation se fasse pour un travail purement idéologique. De plus, cette reprise sera à chaque fois annoncée publiquement, avec l’explication des raisons de cette nécessité
(Adopté à l’unanimité) / - p. 30 -

1) Artel : coopérative (NDT).

2) Les communes urbaines sont restées bien vivantes après l’instauration du pouvoir bolchevique. Elles furent liquidées par Staline dans les années 30, voir Changer la vie, changer la ville d’Anatole Kopp. (NDT)