CGT-E Info N°1

CGT-E Info N°1

samedi 14 janvier 2006, par frank


CGT-E Info N°1

Parution entre heddomadaire et quinzomadaire, voire vingtetunzomadaire.

Il est évidemment démentiel de prétendre tout refléter, y compris des actions minoritaires, qui peuvent s’avérer essentielles dans le temps. Mais une tentative de couverture globale, en attendant que des fédérations d’industries ou des syndicats, prennent la relève, me paraît valable.

Responsable : Frank, CNT 91.

Objectifs : ll s’agit d’informations pratiques sur le syndicalisme ibérique SR-AS, en partant de l’enracinement le plus concret, la CGT d’Espagne.

Données fixes économiques, sociales et politiques

Espagne 505.000 km2, 42 millions d’habitants, 10 % de chômage, taux de pauvreté 18 % (moyenne européenne 15), indigents, couches sociales.

Un des premier pays d’Europe occidentale pour les accidents du travail ; et également pour le travail au noir (bâtiment, agriculture, industrie de la chaussure, etc.).
Note d’Antonio, 93, « Les Espagnols ne veulent plus tellement travailler dans le bâtiment ni dans les travaux manuels durs. »

Profusion de multinationales qui obéissent à leurs maisons mères et ne créent pratiquement pas d’emplois depuis vingt ans.
L’entrée dans la CE a sinistré les activités des chantiers navals et de la pèche de la côte cantabrique.

Les séquelles de la dictature - nullement mise en cause par la Transition concoctée par la droite et le PS(OE ouvrier espagnol) et le PC - font qu’il reste des rues du “ Generalísimo ”, des symboles franquistes de monuments (Canaries, XII-05),
Note d’Antonio, 93, il reste « el Valle de los Caídos (près de Madrid), dans de nombreuses villes l’on a conservé deux noms à des places ou des rues Plaza, calle del Generalísimo, calle José Antonio, calle de la Constitución. Jusqu’à octobre 2005, il y avait une statue de Franco près des « nouveaux ministères » à Madrid » (statue enlevée de nuit !).
On a des méthodes scolaires encore utilisées dans des écoles privées (Saragosse, XII-05). Au-delà de détails qui peuvent sembler minoritaires, on a deux traits qui demeurent le génocide perpétré par Franco (le mot commence à être utilisé par certains historiens et correspond à la réalité : des sévices et une législation particulière appliquée à un groupe de la population pour l’exclure et le terroriser) et l’aversion contre les étrangers (les slogans passés du rejet des non catholiques et de la dénonciation du complot rouge, voire judéo marxiste) matérialisée par la condition faite aux travailleurs étrangers (alors que, depuis 1900, 90 % des familles espagnoles ont des parents immigrés politiques ou économiques).
Note d’Antonio, 93, « Eviter de parler de génocide - qui devrait être réservé, selon moi, au génocide juif ; parlons plutôt de répression sanglantes ; pour que l’on ne puisse pas accuser la CGT-E de “ révisionnisme ” et de tout mélanger. »

La non reconnaissance de crimes de la dictature, comme les deux condamnations à mort au garrot “ vil ” (terme officiel) d’août 1963 des anarchosyndicalistes Delgado et Granados, après un procès bâclé et vu que dans les années 90 les deux coupables des attentats attribués aux exécutés ont reconnus en être les auteurs. La CGT, depuis 2001, défend une campagne pour la réhabilitation de Delgado et Granados. Si ce verrou saute, de nombreuses autres condamnations peuvent également être annulées.
Note d’Antonio, 93, « -le Tribunal suprême a refusé en 1998 de réviser le procès Granado Delgado ;
- En 2004 le tribunal constitutionnel a annulé la décision du tribunal suprême et demande de poursuivre la demande de révision par quatre voix contre deux. Les deux voix contre prétextait que la constitution espagnole n’est pas rétroactive et que les décisions prises par « la justice » franquiste ne peuvent pas être révisées. »

C’est la mémoire historique qu’une partie de la population, en gros les petits-fils de la génération de 1936-1939, réhabilite concrètement avec des recherches d’identification à l’ADN de corps dans des charniers qui sont peu à peu inventoriés. La CGT participe également à ce travail avec en Andalousie des expositions et des publications sur le “ canal des prisonniers ”, une œuvre de plusieurs années de condamnés républicains qui construisirent le troisième canal d’irrigation, en importance, du pays. Un atelier sur la mémoire historique a été organisé par la CGT en mai 2005.

Note d’Antonio, 93, Note d’Antonio, 93, « Les efforts faits pour la mémoire historique ont été surtout le fait de petits groupes et pas des organisations politiques ou sociales « représentatives ». En 1994, le petit groupe PRO- REVISION GRANADO-DELGADO « a été pratiquement le premier à lancer le pavé dans la mare en faisant réaliser un documentaire sur l’affaire Granado-Delgado et en demandant la révision du procès. Avant on ne parlait que de la guerre d’Espagne, or le franquisme c’est surtout de 1939 à 1975. »
« Il ne s’agit pas seulement de mémoire historique mais d’ex prisonniers qui ont fait dix, quinze, vingt ans de prison, dans les geôles franquistes et qui subissent une double peine, puisqu’ils n’ont pas vu reconnues pour leur retraite, leurs années de prison, durant lesquelles ils ont travaillé pour des patrons. »

La xénophobie, reconnue et pratiquée dans de nombreuses municipalités de droite et de gauche, est si officialisée dans le programme de la droite qu’il n’y a pas de place politique pour un parti d’extrême droite. Le premier pogrom a eu lieu durant une vingtaine d’heures (sans interventions d’aucune force de police) en février 2000 dans la province d’Alicante à El Ejido (50.000 habitants) contre les Magrébins (30.000), insultes et menaces de morts contre les Espagnols d’origine magrébine, les Espagnoles mariées à des Magrébins, les Espagnols militant pour les étrangers. Au même endroit, un délégué syndical CGT hispano marocain a été assassiné en 2005.
Note d’Antonio, 93, « beaucoup d’entre nous, sommes étonnés, sachant le racisme qui règne dans certaines couches de la société espagnole, qu’il n’y ait pas eu d’attentats racistes ou xénophobes à la suite des attentats de Madrid par un groupe islamiste. » (mars 2004, parmi les 200 morts il y a de nombreux travailleurs étrangers : Latino-américains, Magrébins, Polonais, Roumains, Bulgares)

La CGT participe en force, depuis 2001, aux campagnes demandant la reconnaissance des sans papier et à la syndicalisation des travailleurs étrangers.

Les couches sociales exclues apparaissent principalement parmi les manœuvres du bâtiment, de l’agriculture de serres. Et, socialement, on a environ 2 millions de Gitans (présents depuis le XV siècle, considérés comme une “ race ” différente et inassimilable). Les travailleurs immigrés sont 2 millions en majorité Marocains, puis Portugais, Roumains, puis latino-américains (Colombiens, Equatoriens, etc.), puis Africains (Sénégal, Mauritanie, etc.), puis slaves (Polonais, Russes, etc.), puis asiatiques (Indiens, Chinois, etc.). Il reste 700.000 étrangers en situation irrégulière.

Le paradoxe social est l’émigration des jeunes scientifiques (absence de création d’emplois dans le pays) et le nombre d’Espagnols immigrés : environ 1 million, bien installés et en voie de disparition progressive, principalement en France, Belgique, Suisse, Allemagne et Hollande.

Note d’Antonio, 93, « En Espagne, la productivité dans le travail est très faible. D’autre part, la recherche et le développement sont particulièrement bas par rapport à beaucoup de pays européens. Dernièrement, le gouvernement Zapatero a fait un effort financier dans ce sens. Le privé ne fait pas grand-chose. D’ailleurs culturellement même, dans l’Espagne de l’après Franco, pas grand-chose n’a été fait pour inciter, pour « donner envie » à la jeunesse à aller vers les sciences et la technique.
L’Espagne va avoir - et commence à sentir - des problèmes avec l’adhésion des pays de l’Est à la Communauté européenne (main-d’œuvre qualifiée et bas salaires). »

Trois autres paradoxes, nouveaux et issus de la Transition, sauf le dernier, peuvent empoisonner les rapports humains quotidiens :
a) les querelles régionalistes (attentats et poids de l’ETA, condamnés par la CGT ; le statut des Catalans, etc.) ;
b) l’extension de la drogadiction ;
c) le poids du football (2001 à Salamanque, 500 personnes à la manif du 1 mai, et en juin, plusieurs manif de 20.000 à 30.000 personnes pour le maintien du club en 1 division).
d ) « la médiocrité et la grossièreté des émissions télévisées » (Note d’Antonio, 93)

Centrales syndicales :

UGT (Union générale des travailleurs) dépendant du PSOE, environ 500.000 affiliés.

CC OO, Commissions ouvrières, moins dépendantes du PC, 500.000 affiliés.

CGT : environ 50.000 cotisants, présentes pour la première fois en 2004-2005 dans toutes les régions et dans tous les secteurs économiques ; traversée par de nombreux courants idéologiques (plus ou moins anarchosyndicalistes, en faveur de partis de gauche), de pratiques différentes (appels aux AG versus multiplication des permanents, priorisation de bastions dans des entreprises fortes et rejet de l’internationalisme, internationalisme ciblé de certains syndicats - Chiapas et ex Sahara espagnol - au détriment des rapports avec l’Europe, etc.) la CGT demeure un exemple et un partenaire indispensable pour la CNT-f.

La campagne contre le référendum de la CGT a démontré sa volonté réelle de refus d’une Europe du capital (à la différence des autres syndicats espagnols ; à mon avis, on a été mauvais à la CNT-f, sauf quelques syndicats, de ne pas suivre).

La CGT mise, depuis des années et l’a démontré en novembre 2005, dans les rencontres européennes du syndicalisme alternatif, sur les branches des transports et de l’industrie automobile. Il est évident que la CGT désire étendre son influence internationale dans d’autres branches qui ne fonctionnent pas bien encore (Enseignement, Nettoyage, Télémarketing). Il dépend de la CNT-f de savoir répondre à cette demande, si ce n’est pas le cas, SUD saura le faire.

LAB : syndicat basque, très gauchiste et internationaliste dans ses déclarations ; très cantonné dans le pays basque espagnol et - de temps en temps - français.

STES : second syndicat du pays dans l’Education (derrière les Commissions et devant l’UGT et la CGT), prône l’autogestion ; mais semble assez éloignés des non titulaires de l’éducation.

Solidaridad Obrera : quelques centaines d’adhérents, bien implantés dans le métro de Madrid et les cheminots d’Alicante,

CNT-AIT : dans les 3.000 affiliés (au pif, 350 selon des membres du SI), avec deux changements intéressants depuis 2000-2001 : davantage de syndicalisme réel et des accords - dans certaines régions - pour travailler dans certains cas, avec la CGT. Un exemple un document en espagnol et en arabe pour les ouvriers du bâtiment de Madrid, signé par CGT, CNT et Solidaridad Obrera.

La CNT-AIT reçoit du gouvernement une part du patrimoine historique (imposition de 1939 - 1936 dans certaines régions - de contributions obligatoires des travailleurs et réquisitions des biens syndicaux de l’UGT et de la CNT). En XII-05, le gouvernement a annoncé l’ultime restitution : 90 millions de € pour l’UGT et 4 environ pour la CNT-AIT (grosse colère de cette dernière).

Remarque d’Antonio, 93, pour « beaucoup de libertaires, nous ne sommes pas rentrés en Espagne à la mort de Franco parce que l’ambiance dans les organisations libertaires n’étaient pas propices. Nous serions rentrés, non pour des raisons économiques, la plupart d’entre nous gagnions bien notre vie. Nous serions rentrés si dans les mouvements libertaires régnait “ l’harmonie ” et non les polémiques stériles et les polémiques personnelles. Il était hors de question de sacrifier notre vie personnelle et familiale pour des polémiques absurdes et démoralisantes. »

Portugal 120.000 km2, 12 millions d’habitants, 7 % de chômage, “ 21% de la population totale vit sous le seuil de la pauvreté ” (X 05).
Exclus : gitans (présents depuis le XV siècle, considérés comme une “ race ”) ; travailleurs immigrés : en majorité Angolais, Capverdiens, Guinéens (Guinée Bissau), Mozambicains et Ukrainiens.

Emigration des jeunes scientifiques (absence de création d’emplois dans le pays) et présence d’émigrés : environ 1 million, bien installés et majoritairement en France.

Il n’existe pas de groupes anarcho-syndicalistes véritables, ni d’action syndicale libertaire, mise à part un groupe embryonnaire parmi les enseignants (plutôt non titulaires).

Activités récentes de la CGT

XII 05 et I 06 campagnes internationales de la CGT (achat d’un autobus pour envoyer à l’usine récupérée de Zanon en Argentine - céramique en Patagonie à Neuquén - et contribution de 150 € de la CNT-f et de la SAC ;

- XII 05 syndicat Enseignement de Salamanque :
“ Sur les jeux, qu’est-ce que nous mettons en jeu ?

Le jeu est un instrument pour l’educatión de nos enfants. Il constitue une experience vitale importante dans le procesus de maturatión et dans la comunicatiòn avec les autres. Ce n’est pas seulement une source de transmission de connaissances, mais aussi de valeurs sociales et culturelles. [...]

Pour choisir mes jouets il est recommandable de chercher ceux qui développent et favorisent :
- La coopération au lieu de la compétition. Des jeux qui stimulent la capacité de partager et le travail en commun. [...]
- La résolution de conflits de façon de façon non violente et créative. [...]
- L’égalité entre les hommes et les femmes. [...]
- Le respect mutuel pour les autres cultures, races et façons de vivre. [...] ”

- 14 XII 05 : grève nationale lancée par la CGT Enseignement contre la réforme améliorant la situation de l’enseignement privé.

-"le 17 décembre, nous les travailleurs de la TV esp. nous allons manifester pour la défense de TV de qualité, au service de la démocratie [...] le gouvernement socialiste a pondu une loi de réforme de la TV et avant il faut "assainir" l’entité actuelle avec entre 3.000 et 5.000 licenciements et en la démantelant. La direction de la TV, les syndicats UGT et Commissions ont des pourparlers et les premières vont être annoncé en janvier. La section CGT propose de faire un cortège à part. Que eux s’assainissent d’abord !"
Une dénonciation locale des syndicats pro patronaux.

Secteur de l’industrie automobile
28-XII- 05 manifeste tract du secrétariat permanent de la CGT où on lit :
Toute l’opinion publique doit être consciente des raisons qui ont conduit VW-SEAT, CC.OO, UGT et Triparti, à faire ce “ nettoyage syndical et machiste ”, en balançant 660 travailleurs de force et plus de 230 de façon “ volontaire ” [...]

Les syndicats CC.OO + UGT non seulement ont menti devant les personnels durant les différentes mobilisations (grèves, manifestations,
etc.), mais ils ont menti lorsque dans leurs rapports d’Opposition [aux propositions patronales] ils ont affirmé qu’il n’existaient pas de raisons à la cessation des contrats.

Les syndicats CC.OO + UGT ont agi consciemment et de façon “torticera” (mensonges) comme le département de Restructuration du Groupe VW, plus “ efficace et dégueulasse ”, en trahissant leurs propres intérêts et ceux de leurs affiliés et en acceptant les raisons de la “ compétitivité ” et de l’économie des coûts de la multinationale. [...]

La CGT est touchée par cette diminution négociée et autorisée par VW, Triparti et y CC.OO + UGT, avec 144 personnes, c’est-à-dire 22%, une discrimination absolue puisque la représentation cégétiste est de 7,5%. Les camarades affilié(e)s des syndicats qui signent les licenciements, sont touché(e)s tout comme les travailleurs non syndiqués.

VW, CC.OO + UGT et la Généralité [= gouvernement catalan], portent et violent les droits fondamentaux : la liberté syndicale, la non discrimination pour raison de genre, le droit à la protection de la maternité (des femmes enceintes licenciées) et le droit à l’emploi. [...]

La CGT abandonnent le langage unitaire et dénoncent les directions syndicales pro patronales.

21-I-2006 : manif à Saragosse, avec invitation à la CNT-f, contre les licenciements dans l’automobile.

2006 : 70 ème anniversaire de la Révolution espagnole ; des syndicats de la CGT et la CNT-f y pensent.

(Fin de rédaction : 10.01.06)