Argentine info N° 1

Argentine info N° 1

samedi 14 janvier 2006, par frank

Argentine info N° 1, 20 décembre 2005

Parution entre heddomadaire et quinzomadaire, voire vingtetunzomadaire.

Responsable : Frank, CNT 91 (aide fournie par María Esther Tello).

Objectifs : il s’agit d’aborder en Argentine et dans les pays limitrophes, Chili, Bolivie, Paraguay, Brésil et Uruguay, les luttes et les pratiques qui nous sont proches.

Données fixes économiques, sociales et politiques

Argentine 2.761.000 km 2, 38 millions d’habitants, *20 % de chômage, 55 % de la population est sous la barre de la pauvreté, dont un fort 20% est dans l’indigence.
*les chiffres officiels indiquent 2002 : 20,8 %, 2003 : 14,5 %, 2004 : 12, 1 %, 2005 : 11 % estimation. Le 15 XII l’INDEC (= INSEE argentin) a publié une enquête du 3 ème trimestre 2005 sur 28 municipalités de tout le pays qui confirme 11 % de chômeurs, avec cette définition :
“ Population employée : ensemble de personnes ayant au moins un emploi, c’est-à-dire qui pour une semaine de référence a travaillé au minimum une heure (dans un cadre économique). Le critère d’une heure de travail, outre qu’il permet la comparabilité avec d’autres pays, permet de capter les multiples occupations informelles et/ou de faible intensité que la population accomplit. ” (Encuesta permanente de hogares, indicadores socioeconómicos, 28 aglomerados urbanos, p. 13)

Comme tout pays du tiers monde, la moitié et plus de la population a moins de 25 ans et se trouve majoritairement parmi les pauvres.

Premier pays d’Amérique latine pour les disparitions politiques (30.000) - génocide politique - et pour la prise de conscience de la lutte la lutte à mener contre les génocidaires, qui sont les complices des politiques de restructuration économique directement liées au néo libéralisme d’aujourd’hui.

Dans les années 70 les Argentins (et les Chiliens) se considéraient plus proches de l’Europe que de l’Amérique latine. Maintenant, après la répression militaire, la généralisation de la misère et la montée des protestations indiennes, ils savent qu’ils sont latino-américains.
Définition du régime actuel : “ Kirchner accorde une attention excessive à la défense des droits de l’homme lorsqu’on parle du passé, mais sa politique économique continue de condamner à la famine des millions d’habitants du pays, et de peupler les prison de prisonniers politiques.” (OSL, journal, En la Calle, 04-XII)

Sources CNT :

Les Temps Maudits N° 16 (2003), 19 (2004), 22 (2005).
Zibechi Raúl Argentine, généalogie de la révolte, ed. CNT-RP, 2004, 379, 16 €.

Syndicats officiels :

CGT officiel et CGT dissidente, proche des maffias bancaires et politiques. Quelques rares syndicats de base non pourris.

CTA (Confederación de Trabajadores Argentinos), en plein jeu politique opportuniste.

ATE (Asociación de Trabajadores del Estado), capable de mener certaines luttes longues pour plus de salaires, notamment dans l’enseignement.

Luttes intéressantes :

Deux tendances organisées à la base dans le métro de Buenos Aires et les chemins de fer ont organisé des grèves victorieuses contre la CGT en janvier 2005 (obtention de la journée de six heures et création d’emploi dans le métro de Buenos Aires) .

Lutte et succès chez Telefónica - multinationale espagnole dépendant de l’Allemagne et de la France -a u déut de l’année (blocage des lignes nationales et internationales pendant deux jours), pas de tendance syndicale apparente.
Lutte dans des hôpitaux et intervention musclée syndicale et patronale contre les grévistes.

Simeca (Syndicat Indépendant des MEssagers et “ CAdetes ” messagers à pieds) est apparu en 2000 et a eu une action importante durant les journées des 19 et 20 décembre (indication de présence policière, transport de médicaments, attaques frontales pour effrayer les chevaux de la police montée, etc.) un affilié tué par balle, Gastón Rivas.

Simeca est composé surtout de motards, une mouvance d’une centaine d’adhérents-militants, continue à chercher à être reconnu comme syndicat pour avancer dans ses revendications. En attendant en novembre 2005, il a obtenu de la ville de Buenos Aires que le 20 décembre soit reconnu comme le jour du motard. C’est un bel hommage, mais qui pue la démagogie péroniste (imité du marxisme léninisme) avec un calendrier dont chaque jour correspond à une profession, à une victoire du grand mouvement patriotique des travailleurs, dont le comité central veille pour le salut de tous.

Groupes proches de la CNT :

Simeca (solidarité financière fournie, 150 € en 2004, 150 € en 2005).

OSL, Organización Socialista Libertaria, (solidarité financière fournie, 150 € en 2005), groupe anarchiste s’inspirant de la plateforme d’Archinov, avec une insertion dans les MTD (Mouvement de travailleurs “ Désemployés = chômeurs) , les quelques restes d’assemblées de quartier et dans des sections syndicales combatives.

MUP Movimiento de Unidad Popular, forte présence dans des MTD dans tous le pays, avec un squelette organisationnel similaire à l’OSL, issu d’un groupe anarchiste en implosion Auca (rebelle, en langue mapuche).
* * *
Chili : un pays très manipulé par les médias ; quelques luttes chez une partie des mapuches dans le sud, dans le bâtiment et chez les dockers.
Peu d’implantation libertaires constante, mais beaucoup de groupes, avec l’OCL Organización Comunista Libertaria, qui semble isolée.

Bolivie : situation paysanne et minière explosive.
Grande méfiance des communautés paysannes envers le MAS (jeu de mots sur PLUS et en même temps le sens de Mouvement vers le socialisme) d’Evo Morales.
Un mouvement anarchiste récent présent dans la lutte.

Paraguay : colonie brésilienne, corruption et exploitation sociale séculaire.
Pas de présence libertaire (si ce n’est des individus, plus ou moins nombrilistes).

Uruguay : le plus petit pays d’Amérique du Sud, avec en gros les mêmes problèmes qu’en Argentine et un gouvernement prétendument de gauche.
Deux organisations anarchistes à tendance ouvriériste sans rapport entre elle : la FAU et l’OLC (Organización Libertaria Cimarrón = rebelle), plus visible à Montevideo (appui au squat du Galpón de Corrales).

Brésil : le plus grand pays latino-américain, de langue portugaise, avec une multitude de problèmes sociaux en suspens depuis le coup d’Etat organisé par l’armée et la CIA en 1964 et l’invention des commando de la mort, intériorisés ensuite surtout au Guatemala et en Argentine.
Les bidonvilles gangrenées par le trafic d’armes et de drogues, la guerre des gangs, organisés d’en haut pour endormir les pauvres, les conflits agraires, se combinent au néo libéralisme arrogant.

De nombreux groupes libertaires existent avec des implications plus ou moins profondes avec les travailleurs et les précaires. Les principaux sont la FAG (Federação Anarquista Gaucha) de Porto Alegre qui anime une fédération de recycleur d’ordure, Luta social de Campina dans l’état de São Paulo et la FARJ (Federação Anarquista de Rio de Janeiro). Les contacts entre eux sont difficiles.

ACTUALITÉ

Exactement 4 ans après les journées de protestation spontanée des 19 et 20 décembre 2001, que se vayan todos [qu’ils se barrent tous], voici quelques faits simples et récents qui montrent la tension latente et une prise de conscience forte à la base.

SURVIVRE

Comme le Brésil, l’Argentine vient de rembourser sa dette au FMI.

Le 15 décembre, le président Kirchner a surpris tous les Argentins en annonçant le remboursement de la dette au FMI d’un montant de 9 milliards 810 millions de $.

L’organisation horizontale de chômeurs Frente Popular Darío Santillán a réagi le 16décembre 2005 par cette déclaration “ En dépit du discours “ progressiste ”, la dette est payée par la famine du peuple ”

“10 milliards de $ pour payer le FMI, alors que près de 8 millions d’enfants sont encore dans la pauvreté, dont 3 millions et demi survivent directement en étant sous-alimentés en Argentine [chaque Argentin sait que le pays peut nourrir plusieurs de millions d’habitants en viande et en céréales], d’après des données de l’INDEC dans son rapport sur “ L’infantilisation de la pauvreté ”. le jour même où Kirchner a fêté son annonce de remboursement à coups de milliards de la dette extérieure, son ministre de l’Action Sociale, Juan Carlos Nadalich, a déclaré que le gouvernement annulait pour cette année les “ étrennes sociales ” qu’il payait à 1 million 800 mille familles, qui touchent encore des plans sociaux de 150 pesos comme seul revenu.[et souvent, il y a un enfant à charge, bref , en avril 2005 - depuis les prix ont augmenté - une paire de sandales coûtent 20 pesos et une chemise 30, le kilo de bonne viande “ chorizo ” à 5-6 “ L’augmentation des prix de la nourriture a été de 1,4 % et pour la viande depuis le début de l’année de 15%, fruit de la spéculation IX, presse. ”

Une autre opinion, le journaliste de gauche sans étiquette, Eduardo Alverti, remarque dans Página 12 (quotidien proche du pouvoir mais encore critique du 19 : “ Il y a au moins deux façons d’analyser ce que beaucoup considèrent comme l’information forte de cette année. La conclusion, assurément, est identique, quel que soit le jugement qu’elle le mérite ; La première rappelle le caractère illégitime de la dette extérieure, assurée successivement comme le président s’est chargé de le remarquer dans son discours : affamer le peuple pour le bénéfice de l’oligarchie financière internationale et fixer des conditions politiques aux décisions de la nation. [la seconde est que la dette aux organisme privés est bien plus importante et que les prochaines générations devront en régler les intérêts et le remboursement] ”

Le président, visiblement sur une autre planète, affirme (à partir de statistiques fondées sur le coefficient de Gini “ Parmi ses principales limitations, il faut signaler la possibilité que la valeur du coefficient puisse descendre avec une hausse simultanée de la pauvreté. ” Página 12 , 20-XII) : “ Nous avons réduit de moitié l’indigence. De 27 al 12,6 %. La pauvreté a baissé de 57 à 38 %. Le chômage est tombé de 24 à 10 %. Même la distribution des revenus s’est amélioré un peu, et au point qu’aujourd’hui 5 millions de personnes ont trouvé du travail. (17.11.05)”

Le rapport annuel de l’UNICEF : ¨Etat mondial de l’enfance 2006” indique que “ 58,5 % des enfants et des adolescents de moins de 18 ans sont pauvres ou indigents, ce qui implique que près de 12,5 millions d’enfants et d’adolescents, c’est-à-dire 33,3 % de la population totale, sans compter les adultes, sont pauvres ou indigente.¨Elena Luz González Bazán (diffusé par Argenpress,14/12/2005).
A Rosario, ville importante,depuis le 12 XII une protestation de piqueteros est en cours devant un supermarché pour exiger des rations supplémentaires pour la fin de l’année (comme les années précédentes) et une augmentation des plans, bloqués à 150 pesos depuis 2000.
Un plan pour que les immigrantes sans papiers soient légalisés va toucher entre 700 mille et un million de personnes des pays du Mercosur à partir de mars 2006 (15-12-2005)

Pillage :

Argenpress signale le 20-XII la situation de Andalgalá, troisième ville de la province de Catamarca, 17.000 habitants, avec une des plus importantes mine d’or et de cuivre du monde exploitée depuis dix ans. La compagnie Minera Alumbrera dépend de Xstrata de Suisse à 50 %, et deux canadiennes : Goldcop, 37,5 %, et Northern Orion, 12,5 %. Emploi créé sur place : 90. Un projet en cours va multiplier la production. En attendant la pollution touche la terre, l’eau et l’air. La population chercher à s’organiser pour limiter la pollution future qui viendra de l’agrandissement de la mine. Actuellement, l’hôpital, les écoles, les maisons croulent de misère. Petit exemple quotidien à ajouter au film de 2005 de Solana (péroniste de gauche) Memoria del saqueo - mémoire du pillage -, le pays est aux Argentins, ses richesses aux capitalistes étrangers, grâce aux gouvernements radical et péronistes (de droite).

LUTTES
Entreprises récupérées : 200 / 250 touchant une dizaines de milliers de personnes, d’ouvertes sur le quartier et participatives, elles ont eu tendance à se fermer sur elles-mêmes à la recherche d’un statut juridique clair et stable. Bruckman, ex bastion trotskiste, est maintenant une coopérative péroniste paisible.

Le film Grissinópoli, el país de los grisines [sorte de petits beignets] de Darío Doria a été présenté en première mondial au Festival International de Nyon, en août 2005. Le documentaire qui a remporté le prix du public sort en salle en Argentine. La recette sera versée à la coopérative des travailleurs de Grissinópoli. Le film montre comment 16 personnes ont récupéré leur source de travail et c’est le fruit de huit mois de tournage. L’indolence universitaire, les prévisions des libéraux, des “experts”, les embrouilles de la gauche et les conflits entre les individus, jalonnent le parcours du projet.
Zanon, deux ouvriers tabassés (29-XI). Il s’agit d’une entreprise de céramique de Patagonie d’esprit socialiste, ouverte sur le quartier, génératrice d’emplois (pour le quartier, les handicapés, les indiens mapuches). Malheureusement son statut est peu clair, les propriétaire veulent récupérer le local et le gouverneur de l’état (l’Argentine est un état fédéral semblable aux Etats-Unis) est de droite et sera un des candidats de la droite pour les élections présidentielles de 2007.

Prisons / juges :

Le 4 XII un nouveau cadavre de militant assassiné en 1976 à Córdoba a été identifié par l’équipe de médecins légistes qui travaillent sur le puits de San Vicente (où l’on sait qu’une centaine de corps de “ disparus ” par les militaires ont été balancés avec des corps d’indigents, le dixième depuis le mois de mai.

Le juge Sergio Torres, 15 XII, a rendu responsables Astiz, Acosta et huit autres represseurs de la séquestration et de l’assassinat de Rodolfo Walsh, écrivain et journaliste péroniste, le 25 mars 1977, en leur imposant à chacun un million de pesos (environ 285.000 € de confiscation de biens.

Interprétation : le gouvernement joue médiatiquement sur ces effets pour se donner des allures de gauche (le budget - fort coûteux - à la recherche d’identification par ADN est accordé au compte goutte suivant les besoins politiques) et jusqu’à présent les accusés de crimes sous la dictature de 1976-1982 n’étaient pas inquiété sur l’origine de leurs revenus.

Quant aux faits remontant à deux ou trois ans, il commence à être jugé.

Les policiers assassins des piqueteros Maxi et Dario en juin 2002 viennent d’être condamnés.

Le procès du camarade Gabriel Roser a commencé le 29 XI et devant l’incohérence des accusations, des déclarations et contradictions des témoins à charge et des policiers, l’accusé a été acquitté le 2 XII, après 17 mois de prison. Il a été emprisonné depuis le 29 avril 2004 pour cambriolage et en réalité comme responsable du SO du MUP de La Plata.

Le CORREPI Commission contre la REpression Policière et Institutionnelle indique en décembre 2005 : “ Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis le 10 décembre de l’année dernière l’apparat répressive étatique a tué un total de 183 personnes en application de la gâchette facile, de la torture, en prison et dans commissariats [...] Les polices fédérale, provinciale, les services pénitenciers fédéraux et provinciaux, la gendarmerie et la préfecture tuent une personne toutes les 48 heures, ce qui augmente la fréquence qui était de 60 heures l’année dernière. Le gouvernement K devrait expliquer pourquoi durant les trente mois de son mandat il y a eu 420 morts, alors que sous de De la Rúa et la Alianza le nombre fut de 436 cas (en incluant le 37 assassinats de la répression de décembre 2001) et pendant le second mandat de Carlos Menem 383. [...] 44,6 % des morts se sont produits en prison et dans les commissariats suite aux passages à tabac durant la détention. [...] 64 % des victimes sont des jeunes de 15 à 25 ans, et plus de la moitié avait moins de 18 ans. ”

Les prisons sont surpeuplées et les gangs aidés par les gardiens, la situation explosive en 2004 a abouti a une insurrection de plusieurs jours à Córdoba en février 2005 avec une dizaine de morts (gardiens et prisonniers), 33 morts en octobre à Magdalena, toujours pour les mêmes raisons.

Récupération de la mémoire :

Identification et enterrements officiels des corps des fondatrices du mouvement des mères de la place de Mai enlevées en décembre 1977 Azucena Villaflor (péroniste d’origine libertaire qui eut l’idée de manifester sur la place de Mai), Esther Ballestrino de Careaga (paraguayenne, militante du Parti Revolucionario Febrerista, d’orientation socialiste et anti impérialiste, exilée à Buenos Aires à cause de la dictature de Stroessner ; ayant retrouvé sa fille, elle demeura avec les autres mères à la recherche de leur disparus car “ Nous devons trouver tous les autres, tous sont mes enfants” et María Eugenia Ponce De Bianco, (chrétienne et marxiste). Dans la même fournée de femmes disparues par les militaires, une jeune communiste (dénoncée par le PC qui appuyait la junte militaire) et deux religieuses françaises.

IX 1975 / XI 2005, célébration de la mort du syndicaliste péroniste de base Agustín Tosco, pilier des grèves et luttes urbaines de 1969 à Córdoba. L’écrivain libertaire Osvaldo Bayer a évoqué ce militant prônant “l’alliance avec les péronistes surgis de la base et le refus courageux des péronistes du populisme démagogique et corrompu. ” (Página 12, 07-XI-2005)

SANTÉ

Stagnation de l’indigence, en dépit des chiffres contradictoires, et de ses séquelles, comme le souligne le psychanalyste et dramaturge Eduardo Pavlosky : “ Les piqueteros sont l’expression quotidienne et visible des “petits” de la société, des enfants morts de faim chaque jour, des bouches édentées, des visages des jeunes cherchant à manger dans l’ordure, du manque d’hygiène, des dommages irréparables d’un secteur de la population qui ne pourra jamais plus penser, parce qu’elle n’a pas reçu l’alimentation adéquate durant les premières années de sa vie, de la promiscuité et de l’entassement [...] ” (Freud et les piqueteros, 12-04-2003).

L’interdiction de l’avortement est dénoncée depuis des années par le féminisme de gauche. Mais les groupes catholiques intégristes, appuyé par l’Opus Dei, sont agressifs.

L’absence de formation scolaire sur la sexualité et la tradition catholique entraîne une forte natalité non désirée parmi les jeunes.