Argentine info N° 2,

Argentine info N° 2,

samedi 14 janvier 2006, par frank

Argentine info N° 2,

13 janvier 2006

Parution entre heddomadaire et quinzomadaire, voire vingtetunzomadaire.

Responsable : Frank, CNT 91 (aide fournie par María Esther Tello).

Objectifs : il s’agit d’aborder en Argentine et dans les pays limitrophes, Chili, Bolivie, Paraguay, Brésil et Uruguay, les luttes et les pratiques qui nous sont proches.

Données fixes économiques, sociales et politiques

Argentine 2.761.000 km 2, 38 millions d’habitants, *20 % de chômage, 55 % de la population est sous la barre de la pauvreté, dont un fort 20% est dans l’indigence.
*les chiffres officiels indiquent 2002 : 20,8 %, 2003 : 14,5 %, 2004 : 12, 1 %, 2005 : 11 % estimation. Le 15 XII l’INDEC (= INSEE argentin) a publié une enquête du 3 ème trimestre 2005 sur 28 municipalités de tout le pays qui confirme 11 % de chômeurs, avec cette définition :
“ Population employée : ensemble de personnes ayant au moins un emploi, c’est-à-dire qui pour une semaine de référence a travaillé au minimum une heure (dans un cadre économique). Le critère d’une heure de travail, outre qu’il permet la comparabilité avec d’autres pays, permet de capter les multiples occupations informelles et/ou de faible intensité que la population accomplit. ” (Encuesta permanente de hogares, indicadores socioeconómicos, 28 aglomerados urbanos, p. 13)

Comme tout pays du tiers monde, la moitié et plus de la population a moins de 25 ans et se trouve majoritairement parmi les pauvres.

Premier pays d’Amérique latine pour les disparitions politiques (30.000) - génocide politique - et pour la prise de conscience de la lutte la lutte à mener contre les génocidaires, qui sont les complices des politiques de restructuration économique directement liées au néo libéralisme d’aujourd’hui.

Dans les années 70 les Argentins (et les Chiliens) se considéraient plus proches de l’Europe que de l’Amérique latine. Maintenant, après la répression militaire, la généralisation de la misère et la montée des protestations indiennes, ils savent qu’ils sont latino-américains.
Définition du régime actuel : “ Kirchner accorde une attention excessive à la défense des droits de l’homme lorsqu’on parle du passé, mais sa politique économique continue de condamner à la famine des millions d’habitants du pays, et de peupler les prison de prisonniers politiques.” (OSL, journal, En la Calle, 04-XII)

Sources CNT :
Les Temps Maudits N° 16 (2003), 19 (2004), 22 (2005).
Zibechi Raúl Argentine, généalogie de la révolte, ed. CNT-RP, 2004, 379, 16 €.

Syndicats officiels :

CGT officiel et CGT dissidente, proche des maffias bancaires et politiques. Quelques rares syndicats de base non pourris.

CTA (Confederación de Trabajadores Argentinos), en plein jeu politique opportuniste.

ATE (Asociación de Trabajadores del Estado), capable de mener certaines luttes longues pour plus de salaires, notamment dans l’enseignement.

Luttes intéressantes :

Deux tendances organisées à la base dans le métro de Buenos Aires et les chemins de fer ont organisé des grèves victorieuses contre la CGT en janvier 2005 (obtention de la journée de six heures et création d’emploi dans le métro de Buenos Aires) .

Lutte et succès chez Telefónica - multinationale espagnole dépendant de l’Allemagne et de la France -a u début de l’année (blocage des lignes nationales et internationales pendant deux jours), pas de tendance syndicale apparente.
Lutte dans des hôpitaux et intervention musclée syndicale et patronale contre les grévistes.

Simeca (Syndicat Indépendant des MEssagers et “ CAdetes ” messagers à pieds) est apparu en 2000 et a eu une action importante durant les journées des 19 et 20 décembre (indication de présence policière, transport de médicaments, attaques frontales pour effrayer les chevaux de la police montée, etc.) un affilié tué par balle, Gastón Rivas.

Simeca est composé surtout de motards, une mouvance d’une centaine d’adhérents-militants, continue à chercher à être reconnu comme syndicat pour avancer dans ses revendications. En attendant en novembre 2005, il a obtenu de la ville de Buenos Aires que le 20 décembre soit reconnu comme le jour du motard. C’est un bel hommage, mais qui pue la démagogie péroniste (imité du marxisme léninisme) avec un calendrier dont chaque jour correspond à une profession, à une victoire du grand mouvement patriotique des travailleurs, dont le comité central veille pour le salut de tous.

Groupes proches de la CNT :

Simeca (solidarité financière fournie, 150 € en 2004, 150 € en 2005).

OSL, Organización Socialista Libertaria, (solidarité financière fournie, 150 € en 2005), groupe anarchiste s’inspirant de la plateforme d’Archinov, avec une insertion dans les MTD (Mouvement de travailleurs “ Désemployés = chômeurs) , les quelques restes d’assemblées de quartier et dans des sections syndicales combatives.

MUP Movimiento de Unidad Popular,
forte présence dans des MTD dans tous le pays, avec un squelette organisationnel similaire à l’OSL, issu d’un groupe anarchiste en implosion Auca (rebelle, en langue mapuche).
* * *
Chili : un pays très manipulé par les médias ; quelques luttes chez une partie des mapuches dans le sud, dans le bâtiment et chez les dockers.
Peu d’implantation libertaires constante, mais beaucoup de groupes, avec l’OCL Organización Comunista Libertaria, qui semble isolée.

Bolivie : situation paysanne et minière explosive.
Grande méfiance des communautés paysannes envers le MAS (jeu de mots sur PLUS et en même temps le sens de Mouvement vers le socialisme) d’Evo Morales.
Un mouvement anarchiste récent présent dans la lutte.

Paraguay : colonie brésilienne, corruption et exploitation sociale séculaire.
Pas de présence libertaire (si ce n’est des individus, plus ou moins nombrilistes).

Uruguay : le plus petit pays d’Amérique du Sud, avec en gros les mêmes problèmes qu’en Argentine et un gouvernement prétendument de gauche.
Deux organisations anarchistes à tendance ouvriériste sans rapport entre elle : la FAU et l’OLC (Organización Libertaria Cimarrón = rebelle), plus visible à Montevideo (appui au squat du Galpón de Corrales).

Brésil : le plus grand pays latino-américain, de langue portugaise, avec une multitude de problèmes sociaux en suspens depuis le coup d’Etat organisé par l’armée et la CIA en 1964 et l’invention des commando de la mort, intériorisés ensuite surtout au Guatemala et en Argentine.
Les bidonvilles gangrenées par le trafic d’armes et de drogues, la guerre des gangs, organisés d’en haut pour endormir les pauvres, les conflits agraires, se combinent au néo libéralisme arrogant.

De nombreux groupes libertaires existent avec des implications plus ou moins profondes avec les travailleurs et les précaires. Les principaux sont la FAG (Federação Anarquista Gaucha) de Porto Alegre qui anime une fédération de recycleur d’ordure, Luta social de Campina dans l’état de São Paulo et la FARJ (Federação Anarquista de Rio de Janeiro). Les contacts entre eux sont difficiles.

ACTUALITÉ

SURVIVRE

Le remboursement subite de la FMI, alors que la misère et l’indigence font du sur place depuis 2001 continue à secouer le pays.

A ce propos il est dommage que le CS de janvier sorte un article sur l’Argentine décalé, écrit d’Espagne par une personne visiblement éloignée de la base (vision genre Monde Diplo sur les rapports de forces gouvernementaux et absence des réactions à la base, comme du front Aníbal Verón, par exemple, le plus proche de nos préoccupations).
En fait une partie de la gauche et des organismes de défense des droits de l’homme ont été aspirés par le gouvernement (et touchent des aides non négligeables), comme les Mères de la place de Mai, d’Hebe de Bonafini. Par contre, celle de Línea fundadora annonce qu’elle revendique la lutte et les buts pour lesquels luttaient les disparus.
Pour marquer la différence une plainte en justice a été présentée par Alejandro Olmos (célèbre économiste, spécialiste de la dette) contre le paiement au FMI par le président Néstor Kirchner.

Le 28 XII 05, il lui avait envoyé un télégramme dans le même sens signé par 28 personnalités, signé entre autre par le Prix Nobel de la Paix (1982) Adolfo Pérez Esquivel (chrétien, mais plus engagé que la Fora et la Fla, par exemple), Nora Cortiñas de Mères de place de Mai (une des plus politisées).

En parallèle, et pas par hasard, on apprend le 4 janvier 2006 qu’une dénonciation pour trahison à la patrie a été déposée contre l’ex président Carlos S. Menem le 6 décembre 2005 et « c’est lui qui a plongé dans la famine les deux tiers des Argentins, qui a détruit l’Argentine industrielle, technologique et scientifique créée par le péronisme et existante entre 1943 et 1989. C’est lui qui a plongé un tiers des Argentins et des Argentines dans l’indigence. » Cette action semble portée par des péronistes, mais elle est très bien.

LUTTES

Entreprises récupérées :

« Entreprises en gestion ouvrière : le succès et ses dangers » est un article d’Eduardo Lucita (apparaît dans Recuperadas, film de étudiante Julie Lastman, projeté à la fête du CS 2005). Après des considérations sur ce « formidable laboratoire d’expériences sociales », il prévoit pour 2006 « une nouvelle étape » face à la sainte propriété, la prétendue supériorité des cadres et des patrons, les travailleurs « découvrent l’origine des gains patronaux et du caractère de l’exploitation capitaliste ». Mais d’un autre côté, ces expériences ont un « côté conservateur, ou si l’on veut défensif, évidemment légitime, dû à l’instinct de survie, pour défendre la source de travail, pour gagner le pain pour la famille. »

D’après ses informations, Lucita remarque que les travailleurs « discutent de comment on décide, qui décide ». Ils adoptent une « humanisation des rapports de production, une adéquation des rythmes de travail, une extension des temps de repos, des congés supplémentaires justifiées, etc. » De plus certaine entreprises ont ajouté des activités culturelles, « cédé des espaces pour des écoles techniques et des centres de formation de métiers, ont organisé des bibliothèques et des cantines populaires, des campagnes de solidarité avec des buts spécifiques et une foule d’autres initiatives. »

« Mis à part, les exceptions de l’usine de ceramique Zanón, l’hôtel Bauen, la compagnie d’électro-ménager Renacer, » qui n’ont pas réglé leur situation juridique, « la majorité des entreprises en gestion ouvrière ont stabilisé leur situation. » Elles ont même augmenté leur production, leur gamme de produit et le nombre d’employés. Les revenus mensuels sont au-dessus de la ligne de pauvreté, mais en dessous d’un niveau correct pour vivre.

Il n’existe pas d’entraves du gouvernement central ni des gouvernements des provinces, mais il veulent que les entreprises récupérées deviennent des coopératives traditionnelles ou de simples PME.
Une rencontre d’entreprises récupérées a eu lieu au Venezuela (au delà du choix des délégués argentins, bel euphémisme de Lucita) et a permis des échanges enrichissants. Et Lucita saute sur le modèle de la « cogestion de type ouvrier-Etat, avec les adaptations nécessaires ».

Il est évident qu’il s’agit de remarques. Lucita indique en note des faits qui auraient pu servir de base à son article, comme l’entreprise de biscuits Grissinopoli, aujourd’hui la coopérative La Nueva Esperanza (filmée dans Argentinazo de David et le film de Julie) qui a incorporé 50 % de personnel en plus, en fermant son centre culturel et mettant un terme à toute activité militante. Tout le contraire pour l’imprimerie Chilabert (film de Julie), le supermarché El Tigre à Rosario, les pièces automobiles Usaco à San Martín, la Clinique Junín à Córdoba.
L’article finit par des données intéressantes :
210 entreprises avec 8461 travailleurs
Distribution géographique : 16% à Buenos Aires ; el 53% dans la province de Buenos Aires et 11% dans celle de Santa Fé.
Par secteur d’activité : Industriel 79% ; Services 18% ; Primaire 3%.
Par importance des entreprises : de 1 à 24 travailleurs 44% ; de 25 à 49 27% ;
de 50 à 149 23% ; plus de 150 6%.
Par origine du capital : (sur 169 cas) : National/PME 92.9% ; National/concentré 4.1% ;
Multinationale 0.6% ; Coopérative/mutuelle 1.2% ; de l’Etat 1.2%.

PILLAGE
L’Union de Chômeurs (UTD) de General Mosconi (nord du pays) “Des “désoccupés” (= chômeurs) très occupés » de Sebastián Benítez Larghi et Ignacio Sabbatella

Située à environ 300 kilomètres de la capitale de la province de Salta,près de la frontière avec la Bolivie, 20.000 habitants, centre de nombreuses luttes entre 1997 et 2001 avec des manifestation capables de faire reculer les gendarmes et les policiers (voir la belle évocation de Zibechi dans le livre sorti par la CNT-RP), mais au prix de cinq personnes assassinées.

YPF (compagnie pétrolière publique reprise par Repsol) y représentait le travail, le bien-être, la santé, l’éducation pour trois générations d’habitants. Sa privatisation en 1991-1992 a produit une catastrophe sociale dans cette région très riche en gisements de pétrole et de gaz. En moins de cinq ans la moitié de la population active s’est retrouvée au chômage. Le retrait de l’Etat a entraîné des problèmes dans l’éducation, la santé et les travaux publics et un manque de service vitaux, comme l’eau et le gaz. Et par-dessus le marché, l’absence de contrôles a provoqué une pollution progressive de l’environnement, à cause de l’exploitation sauvage des ressources naturelles par le capital privé.

C’est à General Mosconi qu’est apparu le système des plans, pour calmer l’humeur des manifestant. Mais face à la persistance des maux, l’UTD a pris des décisions. Installés dans un immeuble abandonné, ex club de Transport, les chômeurs se sont chargés de nettoyer les caniveaux et les chemins publics, les décharges d’ordure et les terrains en friche. L’UTD avait décidé en 1999 de travailler pour la communauté. En 2000 les écoles de la ville furent refaites pendant les vacances d’été. Mais l’UTD ne s’est pas arrêtée là, elle a repris tout ce que la municipalité abandonnait : construction de salles pour les urgences et à usage multiple dans les quartiers les plus excentrés, réhabilitation et agrandissement de l’hôpital de la ville, nouveaux jeux pour les enfants sur les places. Du coup, le bureau de l’UTD reçoit chaque jour différentes demandes d’écoles, de centres de « Fomento » (activités de quartier normalement financées par les mairies, le scribe), de simples particuliers. « Des chômeurs qui au départ cherchaient à échapper à l’abandon, se consacrent aujourd’hui à construire un autre monde. »

Un membre de l’UTD note “pour ne pas devenir fous, on a décidé de se retrouver au moins pour discuter. » L’UTD est devenu une usine à projets pour améliorer la qualité de la population, fourniture d’eau potable à toute la ville, récupération de puits de pétrole marginaux, réponse au désastre écologique provoqué par le déboisement des groupes de l’industrie agricole.

“Convaincus de la légitimité de ses réclamation, l’UTD s’est transformée en syndicat parallèle avec la ferme conviction de faire appliquer aux compagnies pétrolières ce à quoi elles s’étaient engagées lorsque l’Etat leur « fit cadeau » d’YPF : multiplier les emplois et privilégier l’embauche des travailleurs de la zone. De plus, l’UTD défend les salaires des travailleurs en obtenant le double que ce qui est prévu par les conventions.

L’UTD a aussi décidé de monter un atelier de métallurgie (qui porte le nom d’un des assassinés par la répression : Orlando Justiniano) où plus de 200 jeunes ont été formés comme soudeurs, polisseurs, etc. L’UTD veut reprendre la culture du travail : un atelier de couture,
un centre de recyclage écologique de plastic, trois pépinières, des dizaines de potagers, une briqueterie.

Actuellement, on a la construction de 160 habitations par 320 travailleurs organisés en 20 coopératives. A partir du Programme fédéral d’urgence pour l’habitat du Ministère de la Planification, l’UTD exécute des travaux pour les habitants de la ville qui n’ont pas de logement décent. Les vêtements des travailleurs viennent d’un atelier de l’UTD. D’autre part, un groupe de membres de l’UTD se consacre à la récupération de bois mort (laissé par les entreprises qui déboisent au mépris de la loi, - les Etats et les patrons sont toujours d’accord sur ce point, le scribe -. 15 travailleurs en chômage sont rétribués pour cette occupation, en rapport direct avec les pépinières, dans le but de reboiser dans un futur proche.

« Une des dernières tâches de ce groupe consiste à construire et à finaliser une école rurale près de Trementinal, à la frontière de la Bolivie. Cet endroit éloigné, sur la rive de la rivière Gran Tarija, est pratiquement sans liaison terrestre, tout en étant à 45 km. A vol d’oiseau de General. Mosconi. Actuellement, pour accéder à Trementinal, il faut parcourir plus de 300 km, en passant plusieurs heures de route en Bolivie et en traversant la rivière en bateau. Ce coin est totalement oublié par l’Etat et depuis des années sa population, en majorité indigène, n’avait pas d’établissement scolaire, d’où l’obligation pour les 65 enfants et plus de faire 30 km à pied jusqu’à Madrejones pour pouvoir étudier. » C’est pourquoi l’UTD, face à l’indifférence bureaucratique, a décidé de résoudre le problème elle-même. La petite école est devenu un centre communautaire pour la région. Grâce à des donations , elle a reçu des blouses - pas d’écolier, sans blouse blanche, le scribe - des livres, etc., pour les élèves. L’absence de réponse du gouvernement de Salta a fait que l’UTD a amené une enseignante en prenant en charge son salaire, en attendant la reconnaissance officielle. Et pour le moment les enfants apprenant à lire et à écrire près de chez eux. « Le jour de l’inauguration, tandis qu’on hissait le drapeau argentin - le scribe indique que l’école est inséparable du drapeau, inséparable des manif, dans le sens où les riches sont vus comme des vendus aux intérêts étrangers, de plus l’école (copié sur la France et inconnue en Espagne), c’est laïc, gratuit et on y apprend le castillan, facteur d’intégration depuis la fin du XIX siècle pour des millions de paumés européens débarquant des coins reculés d’Italie, Espagne, France, Ukraine, Serbie, etc., se mariant entre eux, sans beaucoup s’occuper de leurs racines. La vision des Bretons et Occitans dénonçant la destruction culturelle est inconnue, pour le moment, en Argentine, même chez les Indiens ; faut dire, vu l’exemple, qu’ils n’en sont pas encore vraiment à la scolarisation généralisée, le scribe, long mais nécessaire -, un des hommes les plus âgés de la communauté ne pouvait éviter les larmes : C’est la première fois à Trementinal que je vois un petit avec une blouse".

Simeca communique ce qui suit à la CNT (11.01.06) :

« 2005 a été une bonne année pour notre profession : nous avons obtenu la reconnaissance du travail officiel pour des centaines de camarades [ne travaillent plus au noir], la régularisation de notre activité (il y a encore des limitations qu’il va falloir modifier) et, pas une mince affaire, notre profession est reconnue dans les faits et le 20 décembre est le jour qui lui est attribuée. [voir Argentine info N°1]
S.I.Me.Ca a mené toutes ces luttes et c’est pourquoi, en octobre nous avons réussi à avoir l’inscription comme profession si attendue (légalisation), la légalisation nous permet d’exercer un droit élémentaire : organiser des assemblées sur les lieux de travail sans autorisation patronale. Depuis cette date, nous allons dans les agences et les lieux de travail pour y encourager l’organisation interne.
Cependant, nous les messagers et les livreurs organisés dans S.I.Me.Ca., nous savons que nous ne pouvons baisser les bras : ASIM, le syndicat soutenu par la patronale est sur le point d’obtenir la reconnaissance juridique. Selon les lois argentines, il aurait le droit de représenter l’ensemble de la profession.
2006 va donc être une année de forte tension avec le syndicalisme bureaucratique collaborateur du patronat. Légalement nous sommes derrière la bureaucratie, mais les luttes internes entre les différentes fractions de la mafia syndicale, entre la fraction de la bureaucratie à laquelle appartient ASIM et le ministère du Travail nous donnent une marge de manoeuvre. Néanmoins, comme toujours, notre attente se base sur le développement et l’action directe. Nous continuons sur le choix de démontrer notre représentativité dans les rues, les débrayages, les mobilisations et à chaque fois selon la mesure de la force de notre profession.
Dans le cadre de cette rivalité, et après un long processus de discussion nous avons décidé d’entre dans la CTA (Centrale de Travailleurs Argentins), en comprenant qu’elle pourra nous doter de nouveaux outils pour la lutte de notre profession.
Nous considérons notre incorporation à la CTA comme un modeste apport à la construction de l’unité de classe qui n’annule pas la possibilité de développement autonome du syndicat.
Nous devons avoir un échange d’informations plus long et plus formel.
En attendant : une accolade des plus affectueuses autant que la distance et qu’internet le permettent !
¡Point fermé à l’ennemi, bras tendu au camarade !
Pour S.I.Me.Ca. Javier Altrudi”

Faudra voir sur place ce que donne cette adhésion à une centrale syndicale loin d’être horizontale sur l’évolution de Simeca, « syndicat indépendant ».

Prisons / juges :

Le procès des policiers assassins des piqueteros Darío et Maxi (juin 2002) a été rendu : Prison à perpétuité pour les auteurs matériels de l’assassinat (lire la suite).
"Maintenant on passe à Duhalde [président de la république de l’époque] et à tous les responsables politiques", s’est écrié Alberto Santillán, ému et furieux, après avoir pris connaissance de la sentence contre les auteurs matériels des assassinats de son fils Darío et de Maximiliano Kosteki. La nuit du lundi 9 janvier, l’ex commissaire Fanchiotti et l’ex caporal Acosta ont été condamnés à perpétuité. Les autres policiers ont eu des peines de deux à quatre ans pour complicité.

En même temps qu’on apprenait la sentence, des habitants des quartiers de la zone, organisés dans les mouvements de quartiers se sont dirigés vers le domicile privé de l’ex-président Duhalde, considéré comme responsables politiques des crimes, et ils ont fait un "escrache" [dénonciation publique avec photos, banderoles, cris et accompagnement musical], au moment où Santillán père prononçait ses mots sur les condamnations. » (extrait du communiqué de Prensa De Frente, envoyé par l’OSL, 10.01.06)

Le 31 décembre 2002 la discothèque Cromañón a brûlé et 194 jeunes sont morts (en grande partie des chômeurs avec leur bébé (pas de garderies bon marché) Et, comble de zèle, la police croyant à une manife non autorisée, avait bloqué l’accès des ambulances, du coup, plus de la moitié des morts, voire plus, étaient des jeunes qui cherchaient à sauver leurs camarades et ont été asphyxiés. Il est aussitôt apparu que la décoration n’était pas ignifugée (contre l’habitude argentine de jeter des pétard), les tuyaux d’incendies étaient percés, les extincteurs hors d’usage, les portes d’évacuation cadenassées, le nombre de présent : le double autorisée, mais toutes les entrées étaient payées (accord entre le proprio de la salle et le groupe qui jouait). Bien entendu, tous les certificats de sécurité étaient en règle.

Dès les premiers jours de janvier 2005, une manif de parents et rescapés, écartant tous les représentants politiques (groupes trotskistes, Blumberg, un père d’un jeune tué par des kidnappeurs et qui depuis réclament des sanctions dures contre les délinquants, sans un mot pour les gosses qui meurent de faim), s’est mis à scander « Que se vayan todos » en demandant la démission des responsables de la sécurité de la ville de Buenos Aires. Comme ce sont des proches du gouvernement actuel, la gauche et quelques mères de place de Mai à la recherche de pouvoir, Estela di Carloto, se sont opposés aux manifestants de Cromañón en les traitant d’irresponsables. Du coup elle a été bombardé d’œufs et des députés peut enclins à faire accélérer les procédures judiciaires ont été menacés de mort par des parents de victimes.

L’anniversaire a été la tragédie à été célébrée par les parents et les rescapés soutenus par Nora Cortiña, mère de place de Mai (une des plus politisée) et le prix Nobel de la Pais (1982) Adolfo Pérez Esquivel.

Récupération de la mémoire :

Un célèbre animateur de radio Pepe Eliaschev a reçu l’ordre d’interrompre son programme de commentaire à la radio national le 31 XII 2005 (au bout de cinq ans d’activités), sur ordre oral de la présidence. Son commentaire est intéressant : “J’ai vécu dix ans en exil. J’ai dû partir d’Argentine en 1974, durant le gouvernement péroniste, lorsque la Triple A commençait le travail que
les Forces armées allaient assumer officiellement en 1976. Je suis revenu en 1984, avec la démocratie. Aujourd’hui, on m’a censuré. Je demande vote solidarité et votre soutien. Avec espoir et sans peut, mais une profonde préoccupation pour le future de l’Argentine. ” (I- 06)

Sans doute un problème personnel, mais apparemment le gouvernement va profiter au maximum des trente ans du coup d’état militaire (24 mars 2006) pour récupérer la chose à son profit et justifier sa docilité vis-à-vis du FMI, avec les beni oui oui raccolés chez les Mères de place de Mai, genre Bonafini, chez les chômeurs et les groupes trotskistes.

Tout ce qui est encore « propre » parmi les piqueteros va défendre la lutte de la génération des années 70 décimée par la répression militaire, dont nos camarades de Resistencia Libertaria et les luttes qui se réclament de cet héritage.

SANTÉ

Pollution, protestation et la gauche en Uruguay. Des usines de transformation de papier sont prévues à la frontière avec l’Argentine, côté uruguayen. Les habitants de Gualeguaychú protestent avec véhémence. Le gouvernement de gauche de Tabaré ne semble rien vouloir modifier et le prétendu gouvernement de gauche argentin semble gelé (I-06) ;

Bolivie

J’ai écouté le discours d’une bonne heure du président Evo Morales de passage à Paris le 5 janvier. D’un côté, il va garantir la propriété privée contre la corruption (10 % aux partis politiques), donner une carte d’identité à des millions d’Indiens [meilleur flicage], faire accéder les Indiens à toutes les fonctions, parce qu’au Venezuela et à Cuba, il y a des généraux noirs [comme ça la répression se fera entre Indiens] ; de l’autre, il va mettre un terme à l’époque coloniale, nationaliser, revoir les contrats avec les grandes entreprises. Donc tout le monde est content, sauf le scribe et d’autres.

“Eva n’est pas sortie de la côte d’Evo” de María Galindo du Mouvement bolivien “Mujeres Creando” [femmes en train de créer] donne une autre vision.

« Le Poncho est à l’Indien ce que la cravate est à un Monsieur. Et la Patrie n’est pas la mère mais le père et elle ne représente pas la société, mais le pouvoir. Il saute directement aux yeux non pas l’exclusion des femmes, mais l’usage servile de centaines de centaines d’entre nous dans les tâches historiques que les gens de gauche nous ont toujours reconnues et que les indigénismes perpétuent aujourd’hui ; laver, cuisiner, servir et organiser tout en silence de muettes, avec l’émotion de la soumission, la patience d’esclaves et, bien entendu, la dévotion d’amantes que les femmes apportent avec plaisir pour les nuits du caudillo et sa suite du moment. [...]

Si séducteur cet Evo Morales qu’on a envie de se joindre aux dizaines de femmes "cocaleras" qui ont organisé le repas pour les centaines de journalistes étrangers le jour des élections. Ils ont mangé avec lui une soupe de poissons à Ibirgarzama, le village de Chapare où Evo a voté. [...]

Que ce soit un père irresponsable qui ne paie pas de pensions alimentaires et qui a même refusé de reconnaître fille n’a pas eu, n’a pas et n’aura pas aucune importance. [...] »

Pour plus d’info : www.mujerescreando.com