Argentine-info N° 3

Argentine-info N° 3

mardi 31 janvier 2006, par frank

Argentine info N° 3 31 janvier 2006

Parution entre heddomadaire et quinzomadaire, voire vingtetunzomadaire.

Responsable : Frank, CNT 91 (aide fournie par María Esther Tello).

Objectifs : il s’agit d’aborder en Argentine et dans les pays limitrophes, Chili, Bolivie, Paraguay, Brésil et Uruguay, les luttes et les pratiques qui nous sont proches.

Données fixes économiques, sociales et politiques

Argentine 2.761.000 km 2, 38 millions d’habitants, *20 % de chômage, 55 % de la population est sous la barre de la pauvreté, dont un fort 20% est dans l’indigence.
*les chiffres officiels indiquent 2002 : 20,8 %, 2003 : 14,5 %, 2004 : 12, 1 %, 2005 : 11 % esti-mation. Le 15 XII l’INDEC (= INSEE argentin) a publié une enquête du 3 ème trimestre 2005 sur 28 municipalités de tout le pays qui confirme 11 % de chômeurs, avec cette définition :

“ Population employée : ensemble de personnes ayant au moins un emploi, c’est-à-dire qui pour une semaine de référence a travaillé au minimum une heure (dans un cadre économique). Le critère d’une heure de travail, outre qu’il permet la comparabilité avec d’autres pays, permet de capter les multiples occupations informelles et/ou de faible intensité que la population accomplit. ” (Encuesta permanente de hogares, indicadores socioeconómicos, 28 aglomerados urbanos, p. 13)

Comme tout pays du tiers monde, la moitié et plus de la population a moins de 25 ans et se trouve majoritairement parmi les pauvres.

Premier pays d’Amérique latine pour les disparitions politiques (30.000) - génocide politique - et pour la prise de conscience de la lutte la lutte à mener contre les génocidaires, qui sont les complices des politiques de restructuration économique directement liées au néo libéralisme d’aujourd’hui.

Dans les années 70 les Argentins (et les Chiliens) se considéraient plus proches de l’Europe que de l’Amérique latine. Maintenant, après la répression militaire, la généralisation de la misère et la montée des protestations indiennes, ils savent qu’ils sont latino-américains.
Définition du régime actuel : “ Kirchner accorde une attention excessive à la défense des droits de l’homme lorsqu’on parle du passé, mais sa politique économique continue de condamner à la fa-mine des millions d’habitants du pays, et de peupler les prison de prisonniers politiques.” (OSL, journal, En la Calle, 04-XII)

Sources CNT :

Les Temps Maudits N° 16 (2003), 19 (2004), 22 (2005).

Zibechi Raúl Argentine, généalogie de la révolte, ed. CNT-RP, 2004, 379, 16 €.

Syndicats officiels :

CGT officiel et CGT dissidente, proche des maffias bancaires et politiques. Quelques rares syn-dicats de base non pourris.

CTA (Confederación de Trabajadores Argentinos), en plein jeu politique opportuniste.

ATE (Asociación de Trabajadores del Estado), capable de mener certaines luttes longues pour plus de salaires, notamment dans l’enseignement.

Luttes intéressantes :

Deux tendances organisées à la base dans le métro de Buenos Aires et les chemins de fer ont or-ganisé des grèves victorieuses contre la CGT en janvier 2005 (obtention de la journée de six heures et création d’emploi dans le métro de Buenos Aires).

Lutte et succès chez Telefónica - multinationale espagnole dépendant de l’Allemagne et de la France -a u début de l’année (blocage des lignes nationales et internationales pendant deux jours), pas de tendance syndicale apparente.
Lutte dans des hôpitaux et intervention musclée syndicale et patronale contre les grévistes.

Simeca (Syndicat Indépendant des MEssagers et “ CAdetes ” messagers à pieds) est apparu en 2000 et a eu une action importante durant les journées des 19 et 20 décembre (indication de présence policière, transport de médicaments, attaques frontales pour effrayer les chevaux de la police montée, etc.) un affilié tué par balle, Gastón Rivas.

Simeca est composé surtout de motards, une mouvance d’une centaine d’adhérents-militants, continue à chercher à être reconnu comme syndicat pour avancer dans ses revendications. En attendant en novembre 2005, il a obtenu de la ville de Buenos Aires que le 20 décembre soit reconnu comme le jour du motard. C’est un bel hommage, mais qui pue la démagogie péroniste (imité du marxisme léni-nisme) avec un calendrier dont chaque jour correspond à une profession, à une victoire du grand mou-vement patriotique des travailleurs, dont le comité central veille pour le salut de tous.

Groupes proches de la CNT :

Simeca (solidarité financière fournie, 150 € en 2004, 150 € en 2005).

OSL, Organización Socialista Libertaria, (solidarité financière fournie, 150 € en 2005), groupe anarchiste s’inspirant de la plateforme d’Archinov, avec une insertion dans les MTD (Mouvement de travailleurs “ Désemployés = chômeurs) , les quelques restes d’assemblées de quartier et dans des sections syndicales combatives.

MUP Movimiento de Unidad Popular, forte présence dans des MTD dans tous le pays, avec un squelette organisationnel similaire à l’OSL, issu d’un groupe anarchiste en implosion Auca (rebelle, en langue mapuche).

* * *

Chili : un pays très manipulé par les médias ; quelques luttes chez une partie des mapuches dans le sud, dans le bâtiment et chez les dockers.
Peu d’implantation libertaires constante, mais beaucoup de groupes, avec l’OCL Organización Comunista Libertaria, qui semble isolée.

Bolivie : situation paysanne et minière explosive.
Grande méfiance des communautés paysannes envers le MAS (jeu de mots sur PLUS et en même temps le sens de Mouvement vers le socialisme) d’Evo Morales.
Un mouvement anarchiste récent présent dans la lutte.

Paraguay : colonie brésilienne, corruption et exploitation sociale séculaire.
Pas de présence libertaire (si ce n’est des individus, plus ou moins nombrilistes).

Uruguay : le plus petit pays d’Amérique du Sud, avec en gros les mêmes problèmes qu’en Ar-gentine et un gouvernement prétendument de gauche.

Deux organisations anarchistes à tendance ouvriériste sans rapport entre elle : la FAU et l’OLC (Organización Libertaria Cimarrón = rebelle), plus visible à Montevideo (appui au squat du Galpón de Corrales).

Brésil : le plus grand pays latino-américain, de langue portugaise, avec une multitude de pro-blèmes sociaux en suspens depuis le coup d’Etat organisé par l’armée et la CIA en 1964 et l’invention des commando de la mort, intériorisés ensuite surtout au Guatemala et en Argentine.
Les bidonvilles gangrenées par le trafic d’armes et de drogues, la guerre des gangs, organisés d’en haut pour endormir les pauvres, les conflits agraires, se combinent au néo libéralisme arrogant.

De nombreux groupes libertaires existent avec des implications plus ou moins profondes avec les travailleurs et les précaires. Les principaux sont la FAG (Federação Anarquista Gaucha) de Porto Alegre qui anime une fédération de recycleur d’ordure, Luta social de Campina dans l’état de São Paulo et la FARJ (Federação Anarquista de Rio de Janeiro). Les contacts entre eux sont difficiles.

ACTUALITÉ

Mémoire historique : 1919 la semaine tragique

Le mardi 7 janvier 1919, à 15 h , une barricade d’ouvriers entre les rues Amancio Alcorta et Pepirí se prépare à intercepter un camion conduit par des jaunes et protégés par la police. Des insultes fusent à l’adresse des jaunes, les flics enlèvent le cran de sécurité des armes, des jets de pierres ; le véhicule s’arrête et les occupants se mettent derrière lui. La première détonation déclenche une ava-lanche de tirs des flics et des jaunes avec des fusils Mauser, contre des Colt et des carabines Winches-ter, depuis une école, les arbres, l’usine Bozalla ; Dans toutes les directions les habitations ouvrières et les petits commerces sont mitraillés.

La terreur règne dans le quartier. Vers 17 h 30 les tirs cessent. Tout le pâté de maisons de la rue Alcorta au N° 3400 est criblé de balles (avec le siège de la Société de Resistencia Metalúrgicos

Unidos). Les ambulances amènent des dizaines de blessés dans les hôpitaux, des cadavres restent dans la rue, un Espagnol qui essayait d’expliquer qu’il n’est pas gréviste et deux autres (dont un jeune qui préparait le maté pour sa mère, mais les maisons étant en bois, les tirs y pénétraient.

La Fora tendance V congrès, anarcho-communiste, décrète immédiatement la grève générale indéfinie contre ce crime. Le lendemain la grève s’étend et la Fora IX (socialiste) l’annonce parce que ses affiliés sont déjà en grève. La Fora V est en contact avec ses syndicats du reste du pays. Une foule silencieuse vient se recueillir devant le local des métallurgistes. Le 9 janvier jour des funérailles des victimes, Buenos Aires est presque complètement paralysée. Dès le matin des groupes de grévistes ont parcouru les rues pour faire fermer les commerces et arrêter les tramways. Vers 13 h le cortège funèbre se met en marche, avec en tête un SO armé de revolvers. La foule est à tous les coins de rues où doit passer le cortège.

Au passage devant les ateliers Vasena, des nervis engagés par le propriétaire Vasena tir sur le cortège depuis la terrasse de l’entreprise. Suivant la rue Corrientes vers le cimetière de la Chacarita, des groupes commencent à incendier des abords avec des charrettes à ordure en flamme. Les pompiers sont repoussés entre les rues Yatay et Lambaré, des autobus sont brûlés [ça rappelle novembre 2005, pour ceux qui auraient des doutes sur les symboles]. Un jeune jette des pierres contre un couvent et on lui tire dessus ; du coup une église et attaquée et incendiée

De nouveaux échange de tirs au niveau du commissariat 21ª. L’arrivée au cimetière se fait vers 19 h. Au moment des discours devant les tombes, un peloton du Régiment de Grenadiers à cheval juché sur les murs du cimetière se met à tirer, des gens doivent se jeter dans les tombes pour sauver leur peau.

Durant la nuit le général Luis Dellepiane concentre 30.000 hommes à Buenos Aires, avec même des soldats venus de Salta (à environ 1.200 km). La police est en effet débordée et inquiète.

Les rues sont au pouvoir des ouvriers et seuls les véhicules autorisés à circuler doivent avoir les sigles Fora peint sur un drapeau rouge. Seuls deux journaux sont vendus : La Protesta y La Van-guardia (PS).

La Fora demande la libération de tous les prisonniers pour raison sociale, comme Radowitzky et Barrera, Radowitzky vengeur des victimes d’un massacre en 1909. D’autres villes sont en grève : Córdoba, Mar del Plata et Rosario, et dans d’innombrables localités de province. Mais la For IX ex-horte les ouvriers à reprendre le travail. le 17 les derniers secteurs reprennent le travail. Les ouvriers de Vasena obtiennent toutes leurs revendications.

Le nombre de morts semble être entre 700 et 2.000 personnes, plus de 4.000 blessés, et envi-ron 55.000 arrestations dan tout le pays. Le gouvernement radical fit tout pour cacher le nombre de victimes, comme pour les massacres de La Forestal [1919 nombre inconnu aujourd’hui d’ouvriers bucherons victimes de nervis d’une compagnie anglaise, à Santa Fe, avec accord du président de la république radical] et de la Patagonie [1920-1921, intervention de l’armée contrer des grévistes gar-diens de moutons pour régler les problèmes des exportateurs, avec accord du même président de la république radical, 1.500 grévistes fusillés].

Depuis toujours, les révoltes populaires ont marqué un point d’inflexion dans l’histoire. Un moment où les travailleurs, les chômeurs, les opprimés en général disent basta ! et décident prendre en mains leur destin. [...] ce fut le cas de la "Semana trágica", comme du Cordobazo [1969] et, plus ré-cemment, des journées des 19 et 20 décembre 2001, pour ne citer que les plus connus.

La réponse de l’Etat est toujours la même : répression, assassinats, criminalisation de la pro-testation et ensuite l’impunité pour les bourreaux. Cependant les luttes des travailleurs laissent des traces. Aujourd’hui la grève est toujours une méthode de lutte. Les travailleurs débordent les bureau-craties syndicales. C’est le cas du métro, de l’hôpital Garrahan, des employés des téléphones, les che-minots ....La répression et l’exploitation continuent, la lutte également. Camarades morts pendant la semaine tragique et tous ceux qui sont tombés dans la lutte populaire PRESENTS !!! MAINTENANT ET TOUJOURS (pour annoncer une manif le 13 janvier 06)

Une autre manif, le 14, a regroupé des gens du « Movimiento Territorial de Liberación” (MTL), du PC et de l’Organización Socialista Libertaria (OSL). Une déclaration commune fut lue :

“Nous nous sentons les héritiers de ces combattants ouvriers qui ont été écrasée par la force de l’injustice et de l’impunité. [...]Nous nous sentons les héritiers de leur capacité d’affronter les puis-sants qui hier et aujourd’hui s’imposent à feu et à sang. Nous nous sentons les héritiers de ces com-battants pour une société juste. [...] Deux ans après le début du gouvernement actuel, promettant de ne pas payer la dette au détriment de la famine du peuple, ce qui se passe réellement est qu’il paie par avance la dette réclamée par le FMI en utilisant les réserves de la Banque centrale. En attendant des millions d’enfants subissent la faim et la malnutrition, des millions de foyers survivent dans la pau-vreté et les entreprises privatisées continuent à empocher des gains fabuleux. [...]

Nouvelles d’organisations

A la question sur la liste du SIL - Solidarité Internationale Libertaire - de la NEFAC des Etats-Unis et du Canada sur ce que devient AUCA, voici la réponse de l’OSL :

« Ce n’est pas à nous de transmettre l’info mais depuis un an AUCA n’existe plus. Elle s’est dissoute à la demande de ses membres qui ont décidé que ce nom ne soit plus utilisé. Le mouvement d’unité populaire (MUP) s’est divisé en deux, l’un formé par le Front Populaire Darío Santillán et l’autre qui n’en fait pas partie. Des militantes de l’ex AUCA de Buenos Aires ont formé le collectif Rojo y Negro et actuellement ils militent avec l’OSL. Avec des camarades de l’ex AUCA de la ville de La Plata et l’OSL nous avons proposé une coordination nationale avec les camarades des provinces de Neuquén, Córdoba et Entre Ríos. (23.01.06)

Les vrais problèmes sociaux

« La faim est un crime, disons assez !!!!, l’Union des travailleurs de Presse de Buenos Aires (UPTBA) et la Fédération latino-américaine de journalistes (FELAP), adhérent et souscrivent à la campagne du Mouvement national des enfants du peuple : « La faim est un crime [23.01.06] »

« Le futur est aujourd’hui : ce sont nos enfants

La faim est un crime. Il faut l’arrêter. Nécessairement. Parce notre pays ne manque pas de nourriture, ni de plats, ni de mères, ni de médecins, ni d’instituteurs, ce qui manque, par contre, c’est la volonté politique, l’imagination institutionnelle, la compréhension culturelle et les désirs de cons-truire une société d’êtres humains qui assure à chaque enfant argentin les possibilités vitales de se développer sainement et de pouvoir grandir dignement.

70 % de la population totale du pays a moins de 18 ans, c’est-à-dire que neuf millions et demi d’enfants se trouvent dans la misère. La moitié ne mange presque plus. Plus de cent enfants meurent tous les jours - moins de 5 ans -, à cause de la pauvreté.

Quand nous parlons de mortalité infantile, nous ne devons seulement inclure les enfants con-duits vers la mort, mais aussi les enfants handicapés - pour toujours - physiquement, intellectuelle-ment et émotionnellement avant l’apparition du langage.

La faim est un crime qui annihile le prodige de la vie. Il faut la stopper nécessairement ? Les enfants sont le plus noble patrimoine de la société argentine. Les enfants sont à tout le monde, s’ils mangent ou pas, s’ils vont à l’école ou l’abandonnent, s’ils pleurent davantage qu’ils ne rient. C’est un devoir moral et politique pour toute société que de modifier cette situation. L’Argentine a aujourd’hui la responsabilité morale, culturelle et politique de donner à chaque enfant une vie qui vaille la peine d’être vécue.

Sans une enfance saine, suivie et complète, une Argentine meilleure est impensable. Parce qu’un pays qui condamne ces enfants à des possibilités minimales de développement est un pays qui se condamne lui-même. Un pays sans un projet spécifique pour l’enfance est au sens propre un pays sans projet.

Notre seule dette est d’honorer les enfants. Tissu du futur.

Mouvement national des enfants du peuple. »

Rapport 2005 de “Alerta Argentina” sur la situation des droits de l’homme, selon les extraits du portail lavaca.org 22/01/2006.

“L’Argentine est un pays qui en 2005 continue à vivre dans un état d’insécurité sociale et institutionnelle, visible dans l’extension de la pauvreté, la persistance de la famine et les taux élevés de chômage. En dépit des bénéfices fiscaux, ni la politique économique ni la politique sociale ont montré des orientations vers la solution de ces problèmes de fond : la faim de millions de personnes, l’injuste redistribution de la richesse et la destruction du tissu sociale. Il est évident, au moment des annonces officielles sur le destin des réserves [monétaires] argentines, quelles sont les priorités. Cela signifie, entre autres, que la tension sociale sera une réalité que nous devrons côtoyer quotidiennement. Cette tension est exprimée par le paradoxe d’un pays riche qui devient de plus en plus pauvre. [...] contexte d’approfondissement des inégalités, pendant 2005, la situation de non protection et de violation des droits de l’homme dans le pays a enregistré de nouvelles inflexions. Parmi les principales, nous vou-drions souligner les suivantes :

- La stigmatisation médiatique, politique et sociale des organisations de chômeurs.

- L’augmentation de la criminalisation des revendications sociales, avec une tendance au dépôt de plaintes, suivies de longs séjour en prison pour les accusé(e)s et, par la suite, l’abandon des inculpa-tions.

- La tentative de stigmatisation et de manipulation des revendications syndicales, qui a notoirement augmenté l’année dernière.

- La pénalisation de la pauvreté et l’augmentation de l’insécurité des citoyens

- Les conséquences de la féminisation de la pauvreté.

- L’aggravation de la situation carcérale du pays.

- La politique de l’exploitation des ressources naturelles

- La politique gouvernementale vis-à-vis des médias.

- La persistance de l’impunité [allusion aux millions de $ volés par les présidents Menem et Duhalde et leurs nombreuses équipes de fonctionnaires]".

En conclusion, le 24 mars 2006 - 30 ans après le coup d’Etat militaire salué avec intérêt par la bourgeoisie de centre droit et le parti communiste, dont le visage ne faisait pas de doute pour les mili-tants engagés avec les travailleurs, qui furent la majorité des 30.000 disparus -, le gouvernement va célébrer le retour de la démocratie. De leur côté les organismes de base et de défense des droits de l’homme vont défendre la lutte des disparus pour une société juste et sans pauvres.

Une remarque évidente de 1976 à 1982, la dictature a liquidé 30.000 militants et de 2001 à 2005 les gouvernements qui payent le FMI ont liquidé 100 gosses qui crèvent par jour, donc on arron-dit à 36 000 par an. En quatre ans, ça donne 144.000, sans compter ceux qui sont handicapés intel-lectuellement et physiquement pour toute la vie.

Réponse des partisans du gouvernement actuel, comme l’ambassadeur d’Argentine à l’Unesco, Miguel Angel Estrellas, le 24 janvier 2006 à une réunion à l’ambassade d’Argentine à Paris. Sortir de la crise “ c’est un processus long [...] on sauve beaucoup d’enfants ”, et le bougre d’âne de citer des organismes de bénévoles.

Deux déductions. D’abord c’est une façon de reconnaître que le gouvernement, bourré de fric depuis des années, grâce aux taxes sur l’exportation de pétrole et de soja, préfère partager les bénéfi-ces avec les plus riches. Ensuite, le long processus, le temps de préparation nécessaire, voire attendre une génération, ça ressemble pas mal au PC au pouvoir en URSS, plus récemment les verts au gouver-nement, sans oublier Attac.

En attendant les gosses qui crèvent tous les jours nous rappellent que la réalité du néo libéra-lisme, la nécessité d’être impatient et de lutter contre les multinationales et les privilèges des classes riches de tous les pays.

Mères de la place de Mai, pour ou contre le gouvernement

Les médias argentins et internationaux se sont focalisé sur le ralliement de plus en plus tapa-geur d’Hebe de Bonafini et ses supporteurs, comme si toutes les mères étaient d’accord (opposition de Nora Cortiña et du groupe Línea Fundadora), au gouvernement de Kirchner et la fin des marches et des protestations.

Une lecture d’indymedia argentine montre un certain nombre de critiques dont les plus claires sont celles-ci. « Hebe, j’ai l’âge qu’auraient tes enfants [...] Les années ont passé Hebe, pour toi comme pour nous, et je ne sais pas si tu le sais mais même la nuit, surtout après minuit, je retrouvent les souvenirs de plaintes mortelles, de bruits de porte de cellules, de bruit de bottes et de grosses chaussures qui montent des escaliers [...] Tu as décidé pour moi, tu as décidé pour les morts, pour nous qui n’avons pas encore trouvé la justice. Tu as perdu des enfants, comme d’autres mères en ont perdus. Tu as souffert et tu ‘es battu comme les autres mères. Tu as subi ta douleur et tu as élaboré ton deuil, d’autres mères ont subi leurs douleurs et attendent encore de retrouver leurs morts. C’est ton indifférence à la douleur des autres qui me pousse à te dire que tu t’es trompée. Résister toute la vie était alors la consigne, résister jusqu’à retrouver et rendre à chaque mère le corps de son fils. [...] Est-ce que tu as pensé à ce que l’on ressent trente après en déposant à la barre d’un tribunal ? [...] je veux te répondre parce que je suis une survivante qui a subi l’horreur d’un puits situé entre Quilmes et Ban-field. » María Cristina Saborido (29.01.06)

“Je tiens à exprimer mon plein accord avec María Cristina Saborido, et ma solidarité. D’autre part, je dis ma douleur face à l’attitude de Hebe Pastor de Bonafini. De toute façon, je continue à res-pecter profondément son itinéraire de lutte. Et ici une réflexion s’impose : ils se sont bien trompés ceux qui ont cru voir chez Hebe un cadre de référence politique. Ce ne fut jamais le cas. Hebe de Bonafini a toujours été un exemple de Valeur dans la lutte. Elle n’a jamais été la personne adéquate pour montrer une ligne. [...] Mario des années 70 (29.01.06)

“Hebe y Mister K par Luciano (29.01.06) Et voici la fin de la dernière Marche de la Résis-tance parce que, selon Hebe, l’ennemi ne se trouve plus au gouvernement et ce gouvernement est l’ami des Mères. [...] Certains d’entre nous, nous nous rappelons des Mères lorsqu’elles organisaient des “contra marches”, parce qu’elles étaient “hyper révolutionnaires” ; quand Hebe disait que la lutte pour les droits de l’homme est aussi la lutte contre l’exclusion et la misère ; ou quand elle insultait le FMI ; ou quand elle allait à Zanón en faisant l’éloge des travailleurs des usines récupérées ou quand à l’Université des Mères elle a été jusqu’à comparer Bin Laden au Che !!!! Maintenant il s’avère que « ce gouvernement est l’ami des Mères ». Est-ce ce même gouvernement qui refuse de confirmer l’expropriation de Zanón, du Bauen et toute une liste de cas ? « Ce gouvernement ami des Mè-res » vient de payer la totalité de la dette au FMI. [...] « Ce gouvernement ami des Mères participe à l’occupation militaire de Haïti, avec le gouvernement « progressiste » de Lula... Sûrement pour sauver les haïtiens des troupes françaises et yankees. [...] « Ce gouvernement ami des Mères » n’a pas net-toyé, que je sache, ce tas d’ordure qu’est la police fédérale. Avec « Ce gouvernement ami des Mè-res » la pauvreté touche 50 % ... alors qu’il y a eu des exportations record de viande et que le PIB augmente à vive allure. [...] Et, enfin, que je sache, en taule il n’y a pas un dizième des militaires assassins, ni des cerveaux éminences grises de la dictature, comme Martinez de Hoz [un des pères du néo libéralisme et des accords escroqueries avec le FMI]. Combien de députés ayant voté les lois de “point final” sont détenus ? A part décrocher quelques tableaux et des phrases “progressistes” [allusion au 24 mars 2004 quand la ESMA, ex centre de torture de la marine, fut repris pour être transformé en musée, rien depuis], qu’est qu’a fait de qualitativement différent « Ce gouvernement ami des Mè-res » ?

Comme le dit le proverbe : dis-moi avec qui tu vas et je te dirai qui tu es. Les déclarations de Hebe me confirme ce que je soupçonnais : c’est une vielle gaga lèche cul de Mister K, parce qu’il lui a donné un peu de considération. Tu t’es vendu pour pas grand-chose Hebe !! “

Commentaire : Les gens normaux et bien informés ne supportent plus Hebe, depuis des années complètement à l’écart à cause de déclarations débiles, et ne peuvent que partager les attitude d’Adolfo Pérez Esquivel et de Nora Cortiñas (voir Argentine Infos N° 2)

Dans le n° 4 des d’infos sur « Tartagal, le pont révélateur de la misère-indigence », suite de « Mères de la place de Mai, pour ou contre le gouvernement ».