la Révolution n’est ni vindicative ni sanguinaire

vendredi 26 novembre 2004, par Bakounine

Bakounine La Révolution n’est ni vindicative ni sanguinaire

La révolution d’ailleurs n’est ni vindicative ni sanguinaire. Elle ne demande ni la mort ni même la transportation en masse, et pas même individuelle, de toute cette tourbe bonapartiste qui, armée de moyens puissants, et beaucoup mieux organisée que la République elle-même, conspire ouvertement contre cette République, contre la France. Elle ne demande que l’emprisonnement de tous les bonapartistes, par simple mesure de sûreté générale, jusqu’à la fin de la guerre, et jusqu’à ce que ces coquins et ces coquines aient dégorgé les neuf dixièmes au moins des richesses qu’ils ont volées à la France. Après quoi, elle leur permettrait de s’en aller en toute liberté où ils veulent, en laissant même quelques mille livres de rente à chacun afin qu’ils puissent nourrir leur vieillesse et leur honte. Vous le voyez, ce serait une mesure nullement cruelle, mais très efficace, au plus haut degré juste, et absolument nécessaire au point de vue du salut de la France.
La révolution, depuis qu’elle a revêtu le caractère socialiste, a cessé d’être sanguinaire et cruelle. Le peuple n’est point du tout cruel, ce sont les classes privilégiées qui le sont. Par moments il se lève, furieux de toutes les tromperies, de toutes les vexations, de toutes les oppressions et tortures dont il est la victime, et alors il s’élance comme un taureau enragé, ne voyant plus rien devant lui et brisant tout sur son passage. Mais ce sont des moments très rares et très courts. Ordinairement il est bon et humain. Il souffre trop lui-même pour ne point compatir aux souffrances. Souvent, hélas ! trop souvent, il a servi d’instrument à la fureur systématique des classes privilégiées. Toutes ces idées nationales, religieuses et politiques pour lesquelles il a versé son propre sang et le sang de ses frères, les peuples étrangers,. n’ont jamais servi que les intérêts de ces classes, et ont toujours tourné en nouvelle oppression et exploitation contre lui. Dans toutes les scènes furieuses de l’histoire de tous les pays, où les masses populaires, enragées jusqu’à la frénésie, s’entre-détruisirent, vous retrouvez toujours, derrière ces masses, des agitateurs et des directeurs appartenant aux classes privilégiées : des officiers, des nobles, des prêtres ou des bourgeois. Ce n’est donc pas dans le peuple, c’est dans les instincts, dans les passions et dans les institutions politiques et religieuses des classes privilégiées, c’est dans l’Eglise et dans l’Etat, c’est dans leurs lois et dans l’application impitoyable et inique des lois, qu’il faut chercher la cruauté et la fureur froide, concentrée et systématiquement organisée !-

l’Empire knouto-germanique (fragments), Œuvres, t.8, p. 345 [Manuscrit de 25 pages qui précédait le manuscrit de l’appendice].