Argentine info n° 12

jeudi 13 juillet 2006, par frank

Argentine info n° 12 (Fin de rédaction 12 juillet 2006)

Pour les données générales, voir le n° 4

Contenu

1) Luttes en cours

2) Entreprises récupérées

3) Droits de l’homme

4) Un nouveau livre « Argentine rebelle »

1) Luttes en cours

L’occupation durant deux jours du lieu (Puente Pueyrredón) où furent assassinés les piqueteros Maxi et Darío s’est bien passée et a été même couverte par Página 12.avec un titre éloquent “ Quatre ans après le massacre d’Avellaneda [nom de la station de métro dont le nom a été symboliquement changé en. Maxi et Darío], des hommage et des revendications commencent aujourd’hui ainsi que qu’une demande d’enquête sur les responsabilités politiques”.

Cette couverture médiatique par un organe proche du gouvernement s’explique parce que le président en exercice était alors Duhalde dont Kirchner démolit l’influence à chaque fois qu’il le peut (parfois mollement quand les péronistes jouent à l’unité).

Les luttes des peuples originaires sont apparues dans l’Etat du Chaco avec un piquet de plusieurs semaines d’Indiens (avec des températures allant de 5 à 30 degrés) pour faire entendre leurs revendications. Apparement une partie des griefs a été transmises et une réponse va être discutée par la communauté indienne.

Benetton contre les Mapuches (Argenpress19.06.06)
« ’Les lois sont pour los ’huincas’(blancs). Pour nous, la democracie n’est pas encore venue’, a déclaré Mauro Millán, leader indigena du sud argentin, après le jugement qui a restitué au groupe italien Benetton 300 hectares revendiqués par une famille mapuche.” Cette famille, avec leur quatre enfants, avait occupé en 2002 des terres de leurs ancêtres (après en avoir fait la demande auprès d’un organisme officiel), appartenant à la Compañía de Tierras Sud Argentino, qui possède 970.000 hectares dans la zone contrôlée par la multinationale Benetton. La police avait expulsé la famille au bout de deux mois.

Le porteparole de la compagnie, Alberto Mazzucchelli, a affirmé que ’maintenant le gouvernement national et le gouvernement provincial doivent s’entendre pour résoudre le problème de logement de la communauté mapuche. Nous sommes une entreprise qui donne principalment des emplois’.

Página 12 du 03.07.06 titrait “Les terres de Benetton ne servent même pas comme cadeau (selon un rapport de l’INTA [institut agraire], le gouvernement de Chubut a refusé les terres offertes par Benetton en usufruit pour les Mapuches. Le rapport technique indique que sur 7.514 hectares, moins de 5 % est utilisable.” Ce subit intérêt pour les Mapuches entre dans l’approche du quotidien de suggérer des lignes d’action socailes au gouvernement.

Réclamation mapuche au siège de Repsol à Madrid (Argentina Indymedia, 18.06.06)
« Cinq militants se sont présentés à la réunion des actionnaires de la compagnie, et parmi eux le représentant de la communauté mapuche Lonco Purrán., ils y ont dénoncé l’entreprise Repsol YPF [Yacimientos Petrolíferos Fiscales, nom de la compagnie avant la privatisation par l’ex président escroc Carlos Menem] les dégâts sur l’environnement et la culture dans les territoires aborigènes [...] » Seul l’un deux, Martín Velázquez Maliqueo, représentant des peuples originaires de l’Argentine, put pénétrer et y présenter ses griefs au moment où le président de Repsol, Antonio Brufau, s’exprimait. Ce dernier « répondit qu’il respecte ces commentaires mais qu’il ne les partage pas parce ce que basés sur des données non sûres et il l’a invité à dialoguer mais plus tard, tout en ne fixant pas de rendez-vous.”

A cette occasion un manifeste contre Repsol a été diffusé contre la prospection pétrolière en généralManifeste de la contre réunion des personnes affectées par REPSOL-YPF’Argentina Indymedia (12.06.06)“
Pour un monde sans pétrole, qui sommes-nous
Nous sommes des gens des communautés touchées par les impacts de l’activité de REPSOLYPF dans le monde.
La pollution, le bruit et les accidents périodiques tout long de la chaîne de production du pétrole portent atteinte et dégradent nos conditions de vie et de source d’alimentation. Aussi bien après des champs pétrolifères, des terminaux pétroliers, la pétrochimie, des stations-service, il est difficile de vivre.
De plus, le modèle de consommation qu’on a choisi pour nous, fondée sur une grande dépendance d’énergie fossile (pétrole, gaz et charbon), nous conduit à une situation difficile actuellement, insoutenable pour les futures générations. Pour faire face à cette situation, un vrai changement est nécessaire. Il faut lutter pour que les peuples puissent défendre leur identité culturelle et leur environnement, tout en décidant de leurs formes de vie (souveraineté des peuples). Pour dépasser la crise énergétique et aller vers un nouveau modèle d’énergie. Il faut une reconnaissance, une restitution de la dette écologique et sociale.

Nous dénonçons l’occupation territoriale de REPSOL-YPF sur la planète., aussi bien dans les zones rurales que dans la périphérie des grandes villes. L’abus de pouvoir qu’ exerce. REPSOL-YPF sur les classes dirigeantes de tous les pays, pour qu’elles acceptent des intérêts de cette multinationale, même à l’encontre de la population. [....]

Nous exigeons du gouvernement espagnol
- qu’il oppose le bien-être des citoyens aux bénéfices économiques, en tenant compte des futures générations.
- qu’il l’oblige les entreprises espagnoles à respecter la légalité des droits de l’homme sur le plan social, économique et environnemental, dans tous les pays où elles agissent, en faisant des contrôles environnementaux et sociaux dans les zones affectées par les explorations, les oléoducs.
- qu’il face la promotion de la reconversion de l’industrie pétrolière en technologie à échelle réduite pour une mise à profit rationnel des sources énergie propre, renouvelable décentralisée.

Nous demandons à la multinationale REPSOL-YPF :
- de rendre toutes les terres publiques privatisées de façon illégitime à leurss peuples respectifs, de même que YPF aux Argentins ou YPFB ou Boliviens. D’annuler tous les contrats d’exploitation, d’explorations signées avec des pays non démocratiques, sur le dos du peuple.
- de se retirer des lieux où les populations locales ne veulent pas développer son activité et où ladite activité représente un risque pour la santé publique et environnementale.
- d’investir ses bénéfices dans des recherches pour réparer l’environnement endommagé, soigner les malades (pulmonaire et de leucémie entre autres choses) et indemniser les victimes d’accidents et les communautés affectées.
- de ne pas intervenir dans des aires protégées.
- d’informelr avec transparence les personnes infectées des impacts implicites de la production pétrolière et d’informer les consommateurs des coûts environnementaux et sociauxt. :

“Les multinationales espagnoles : c’est ainsi que le sud est attaqué” Mariano Guindal Rebelion 24.06.06 (La Vanguardia)

“En plus de Telefónica, Repsol-YPF, Banco Santander et BBVA, l’Espagne à une centaine d’entreprises de différentes tailles qui peuvent être considérées comme de véritable multinationale Par exemple : Abengoa, Abertis, Gas Natural, Agbar, Colonial, Alsa, Roca Corporación, Barceló, Sehrs, CAF, Cintra, El Corte Inglés, RiU, Ficosa, Agrolimen, Mango ou Prosegur, ont investi ces dernières années principaux marchés mondiaux avec un succès significatif.

Les chiffres sont éloquents. Les 83 multinationales espagnoles les plus importantes ont eu un chiffre d’affaires, l’année dernière, de 210.454 millons d’euros, et 68.727 viennent de l’étranger. Cela signifie que 17 % de leur chiffre d’affaires est extérieur. Les données sont encore plus significatives si nous prenons- le nombre d’employés. Ces entreprises ont 770.521 travailleurs en Espagne et 512.914 à l’étranger. [...]

L’entreprise pétrolière Repsol-YPF est un bon exemple de VOL.. En moins d’une décennie, elle est passée du stade d’entreprise purement espagnole à être une des 10 premières entreprises pétrolières mondiales. Et plus de 50 % de ses actifs sont en Amérique latine (Argentine, Trinité et Brésil), une tendance extérieure qui se renforce avec les investissements réalisés en Algérie, en Iran et dans le golfe persique. 48 % de son personnel est à l’étranger.

Une transformation semblable apparaît chez Endesa, première entreprise électrique espagnole, qui, pour la même période, obtient à l’étranger un euro sur trois de son chiffre d’affaires. Le chiffre d’affaires à l’étranger dépasse 7 milliards d’euros, principalement en Italie et en Amérique latine. Les bénéfices nets du groupe obtenu à l’étranger frisent les 500 millions, 40 % des bénéfices. En conséquence, son personnel est plus nombreux à l’étranger qu’en Espagne. [...]

Le métro est au bord de la catastrophe
Application du sabotage (dans le sens de la brochure de Pouget, de dénonciation des la male bouffe, de l’absence de qualité de la production patronale) Indymedia (08.07.06)

Communiqués de presse : le transport métropolitain est au bord de la catastrophe. Vu l’accident qui a eu lieu dans le métro de la ville de Valence, le 3 juillet où à la suite du déraillement 41 personnes sont mortes, les délégués du métro Buenos Aires expriment leur douleur face à une telle tragédie et portent à la connaissance de l’opinion publique l’absence grave de sécurité dans le service local. La conséquence du décret encore en vigueur sur l’urgence ferroviaire est que les investissements nécessaires à l’entretien du matériel roulant n’ont pas été faits, que les tunnels manquent de sortie de secours, et les stations d’extincteurs et de pharmacie de secours. On constate des déficiences sur les rails les échangeurs. Le déficit de personnel de nettoyage et d’assistance aux voyageurs augmente les risques quant à l’hygiène et la sécurité du service pour les usagers et les travailleurs.

Nous appelons les autorités compétentes en met un terme à ces conditions d’un sécurité énorme. Signature de la commission de presse de diffusion det du corps des délégués du métro deBuenos Aires

Que veut dire aujourd’hui être un piquetero ? (Lavaca 12/06/2006)

Des membres des MTD de Allen y Cipolletti (Patagonie) ont décidé de changer de nom après un débat pendant deux ans. Actuellement ce mouvement a des ateliers de tissage, de couture, de confection, boulangerie, fabrication de bonbons et de conserve, un verger, une fabriquei de briques et - prochainement - d’assistance de santé et de cantine communautaire. Un dialogue s’est établi dont voici des extraits.

Patricia : le problème s’est posé parce que pourquoi nous appeler travailleurs desoccupés [terme commun en Argentine pour “chômeur”] si nous représentons tout le contraire. Nous sommes très occupés à essayer d’améliorer la situation où nous vivons, la qualité de vie, nous voulons un projet de vie différent, qui contribue un changement social. [...]
Erwin : c’est une de nos autocritiques. Nous avons copié beaucoup de choses nous ne les avons pas créés nous-mêmes. Nous ne sommes alors rendus compte que nous étions dans une logique qui avait été totalement capturée par la politique
- Quel est le modèle de MTD que vous avez copiées ?
Miriam : Un mouvement à la remorque de l’État, de donation, d’assistentialisme..

Patricia : Nous étions une fonction de l’État et n’aurait avions nous-mêmes des attitudes assistentialistes.
Oscar : ils étaient arrivés de passer toute une assemblée à discuter sur la nourriture, les paquets les plans. On aurait dit que notre militantisme consistait uniquement à bloquer un pont pour demander plus de plans, des paquets de nourriture. Et à un moment nous nous sommes dit que nous ne voulions pas cela ,nous voulions quelque chose de plus. [...]
Patricia : évidemment, le sens de mouvement ne peut être équivalent à celui d’une action sociale, celle de la municipalité, du gouvernement. Et nous avons dit si tu veux de la nourriture, va à la mairie et on va t’en donner., le parquet individuel aussi, le plan également. Nous avons parié sur un projet de vie différent.

(L’Intervieweur souligne que par ces attitudes, le mouvement écarte la possibilité d’être des manipulateurs politiques dans la pratique(“punteros”), ce qui en fait des exceptions, dans un monde politique parasité par le clientélisme).
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Patricia : C’est ça l’habileté du gouvernement de Kirchner.
Oscar : Nous pensions au delà du chômage. Nous nous sentions même différents de beaucoup de mouvements de chômeurs. Et il est certain au départ, il est illogique qu’il y ait eu un peu d’assistance parce qu’il fallait couvrir des besoins urgents. Mais nous ne sommes rendus comptes soudain que nous avions été pris par cela. Nous étions en panne, encartés, encadrés, sans pouvoir avancer vers ce que nous voulions comme mouvement. [...]
Vasco : Avec la politique de Kirchner de noyautage du mouvement social dans son ensemble, nous avons tout le contraire de ce qui existait entre nous quand nous avons commencé. Avant cet état de mouvements revendicatif, on réclamait, on faisait des piquets, on occupait des lieux, pour avoir de la nourriture et des plans. Et maintenant qu’est-ce que fait Kirchner ? Il inonde lee mouvement social de plans, de nourriture, etc., il remplit le mouvement de tout un tas de choses matérielles. Qu’est-ce que cela entraîne ? . Si nous n’opérons pas dans notre conception un changement, il va nous arriver la même chose qu’à plein de mouvement en Argentine, qui ont commencé à disparaître, à être atomisé, à être au point mort. [...]

Notre discussion consiste à penser comment survivre à cette vague kirchneriste. [...]
Patricia : Mais nous avons vu que la politique s’était introduit dans le mouvement, l’assistancialisme également , et ce que nous voulons c’est récupérer notre souveraineté, notre autodétermination.
Nous ne nous sommes pas beaucoup inquiétés de ceux qui pensent aux gouvernements de gauche. Notre vision indifférente, nous pensons que l’impact de la lutte sociale changent en Amérique latine les modes de domination, et il y a une ré- institutionnalisation du capitalisme. [...]

Vasco : Le mouvement a décidé de mener une lutte de lui-même pour éviter que des garçons parmi eux le frère d’un de nos camarades, soient envoyés en maison de correction. Nous avons agi parce que la juge pour partieren vacances avait clos le dossier et décidé la maison de correction. Les deux mouvements des villes Allen et Cipolletti ont manifesté dans la rue, ont mobilisé la justice et la police. Cette lutte a été objectivement très suivie. Il y a eu une énorme répercussion médiatique et sociale. Et il nous a mène semblé que nous faisions fonctionner les institutions à l’envers. La police est allée chercher la juge. [...]. Et nous avons sorti les garçons de la maison de correction. [...]

Vasco : nous avons montré la radicalité et le questionnement critique des institutions, en les mettant en situation de crise, en dévoilant ce que ces institutions font ou oublient de faire. Le mouvement à Cipolletti a trouvé un grand consensus social, fruit de cette lutte, qui n’est pas purement revendicative.
Erwin : Le changement est dans les contenus. Il ne s’agit pas seulement d’apparence, mais du sens profond de la lutte. [...]

Erwin : l’objectif est de dire à la communauté : nous avons une boulangerie mais elle n’appartient pas au mouvement, elle est à la société. C’est le changement. Ce n’est pas une appartenance au mouvement, c’est le mouvement qui va vers l’extérieur, qui s’ouvre, qui s’élargit aux espaces de solidarité. Ce n’est plus ce que nous avons construit par une pensée autonome, [...]

On dénonce une forte augmentation du travail des enfants en Argentine “ Encore une information de “Página 12”, pourrait-on penser, pour faire réagir le gouvernement. Visiblement le quotidien y a renoncé et c’est Rebelion. Qui l’a publié (13-06-2006)

Une croissance de 600 % durant les sept dernières années selon l’organisation Save the Children pour la journée mondiale du travail des enfants. Un total d’environ 6 millions d’enfants entre 5 et 17 ans travaillent en Amérique latine dont presque la moitié dans des conditions d’exploitation et de travail dangereux qui abrègent leur vie ou font qu’ils ne peuvent jouir des droits fondamentaux, aux cours leur développement, leur éducation ou leurs loisirs..

Bien que le dernier rapport de l’OIT (Organisation internationale du travail) constate une diminution du travail infantile dans le monde, dans certains pays le nombre travailleur enfants a augmenté de façon alarmante.

Dans le cas de l’Argentine, de 250 000 en 1998 on est passé à 1 500 000 enfants travailleur actuellement souligne Save The Children. [...]

Comment le gâteau officiel est partagé (lavaca 28.06.06)

Le pouvoir, selon l’organisation Poder Ciudadano, a octroyé127.462.075 pesos aux différents médias écrits et télévisés “Página 12” [dont le tirage semble être de 77.000 exemplaires en semaine, 120.000 les samedis, et 160.000 les dimanches - absence d’audit -] a été le plus augmenté, ainsi que “La Nación” (droite) et du groupe “Clarín” (centre droit).

Commentaire personnel : dans un pays où fuse encore de temps en temps “que se vayan todos”, il est vital d’empêcher de penser de façon autonome.

2) Entreprises récupérées

Les travailleurs de Bauen ont manifesté pour l’expropriation de l’hôtel récupéré : Argentina Indymedia et ANRed (06.06. 06 ). Ils sont allés devant le gouvernement de Buenos Aires pour exiger la non restitution aux anciens propriétaires, en demandant une loi d’expropriation qui leur permettrait de travailler légalement. Près de 200 personnes accompagnaient les 150 travailleurs.

Pour le porte-parole de cette coopérative, Gerardo Pensavalle, il y a un point positif parce que la loi “permet aus travailleurs de négocier en égalité de conditions avec ceux qui prétendent être les patrons”. Il a ajouté qu’il est probable que le gouvernement de Buenos Aires, par l’intermédiaire de la loi d’expropriation, achète l’hôtel pour le donner à la coopérative.[...] Le propriétaire a assuré, de son côté, qu’il poursuivait sa demande de restitution.

La manifestation des travailleurs a été soutenue par d’autres coopératives d’usines récupérées comme les textiles Brukman, plusieurs partis de gauche et la coordination nationale d’organisation de retraités, appartenant à la CTA.

Les ouvriers de Zanón font une manifestation devant le gouvernement de la province de Neuquén pour exiger l’expropriation définitive de l’usine et sa remise à la coopérative qu’ils ont fondée en 2000.

Le communiqué des ouvriers indique que que la dernière réforme constitutionnelle provinciale fait que le gouvernement est obligé d’étudier tout projet de loi d’initiative populaire qui comporte 8.000 signatures des habitants de la province, inscrit sur les listes électorales. Se servant de cette réglementation, les travailleurs de Zanón ont présenté à nouveau en mai dernier un projet d’expropriation définitive, avec un plan de travaux publics, accompagné de 19.600 signatures. Ce projet est actuellement à l’étude. Ce serait une possibilité de sortir de l’impasse légale qui existe depuis plus de six ans.

La lutte des ouvriers de Zanón a été soutenue par de nombreuses personnalités des arts, de la culture et de la communication, en plus d’organisation sociale et des droits de l’homme. “. Página 12” (03.07.06).

ANRED (06.07.06) titre : “Fête des céramistes Les législateurs [de l’Etat de Neuquén] vont recevoir les ouvriers de Zanon [le 11 juillet] après cinq ans dendifférence.”

3) Droits de l’homme

Allocution de Marta Vázquz à l’ambassade d’Argentine à Paris (04.07.06)

J’ai appris à chercher tous les disparus du monde. Je suis venue en Europe au nom de la fédération latino-américaine des persécutés politiques pour participer à la signature à Genève, pour l’ONU, d’une convention contre les disparitions forcées.

Mais notre lutte continue. L’impunité est toujours là.
Nous sommes des organismes autonomes, nous ne dépendons de personnes. Les disparitions continuent, de même que les conséquences sur plusieurs générations.
Nous sommes contre toute violence et contre la vengeance. Nous voulons entretenir la mémoire des êtres disparus et de leurs idées.

Je continuerais la lutte et la défense de leurs idées.
Le 30 avril 2007 cela fera trente ans qu’existe l’association des Mères de la place de Mai, Línea Fundadora.
Mon petit-fils est né à la ESMA [ Ecole supérieure mécanique de la marine]. Les derniers enfants enlevés par les militaires ont eu l’intuition de cette séquestration et ils ont fait les tests d’ADN. Nous sommes en train de constituer des archives de famille.

Nous sommes reconnaissants à ce gouvernement, mais nous avons besoin de connaître toute la vérité. Des changements vont avoir lieu, nous voulons trouver les responsables militaires et civils et disparitions.
En tant qu’Argentins nous ne méritons pas qu’il y ait des enfants qui meurent tous les jours, qu’il y ait tant de pauvreté.

Je vais finir en lisant un poème d’une mère en 1978 tiré d’un livre qui vient d’être publié sur les Mères de la place de Mai, Linea Fundadora.[évocation de la fille disparue par sa mère qui finit par une fusion avec leur sensation commune sur la vie]

Déposition d’une mère de place de Mai Línea Fundadora au procès d’Etchecolatz à La Plata. Echecolatz est un célèbre génocidaire de la dictature militaire dans l’Etat de Buenos Aires. indymedia (06.07.06)

Commentaire personnel : une des particularités du système judiciaire argentins est son apparente atomisation des procès : sous prétexte de traiter chaque élément, on aboutit à une succession de mini procès qui correspondent à des fragments d’une même action (séquestration d’enfants, séquestration d’adultes, assassinats, participation à un complot militaire, etc.). Bien évidemment, les dépositions précédentes des témoins sont rarement prises en compte, sauf décès de personnes importantes. De cette façon les procès surgissent à tout bout de champ et comme par hasard, ils contribuent au paravent humanitaire dont s’affuble le gouvernement.

Pour les familles, en particulier pour les mères de place de Mai, vu la profondeur de la douleur, vu l’ostracisme dont elles ont été victimes de 1976 à 1983, - et qui peut durer suivant les cas jusqu’à aujourd’hui -, ces répétitions de procès d’assassins de leurs enfants est soit une épreuve de sadomasochisme imposée par le gouvernement, soit une méthode d’épuisement pour accélérer leur disparition. Il peut s’agir tout bonnement d’imbécillité, venant d’un gouvernement, cela semble logique.

« Lors de la séance au palais de justice sur la disparition de Diana Teruggi, et de son bébé Clara Anahí Mariani, leur mère et grand-mère de 82 ans (une des fondatrice des mères de place de mai Línea Fundadora), Chicha Chorobik de Mariani, a déclaré : « Je ne peux pas me permettre de mourir, je dois retrouver ma petite-fille. »

« Chicha Mariani a offert une narracion détaillée et émouvante de sa recherche, qui la conduit à des bureaux de commissariat, de militaires, de juges et d’évêques. 30 ans après l’assassinat de sa belle-fille et de la disparition de sa petite-fille, Chicha a affirmé, après une question des avocats de “Justicia Ya en La Plata” [justice maintenant à la Plata, voir le descriptif à la fin de ce texte sur Chicha] « l’État a une grande dette ; pour chaque disparu, il n’y a pas eu de réponse. Je suis sûr qu’il existe des archives secrètes, c’est l’obligation des gouvernements de donner une réponse, qu’aucun n’a fournie : ni Alfonsín, ni De la Rúa, ni Menem, ni Kirchner. ». [...]. »

« Son témoignage a duré près de quatre heures. À plusieurs reprises les juges lui ont proposer un quart d’heure de repos, mais elle répondait « Je ne me suis jamais donné de repis, je peux continuer. C’est elle qui est au bout de trois heures de récits leur a proposé une pause. [...].

« Avant de déclarer, Chicha a mis en cause le caractère fragmentaire de ce procès qui - sans que l’on en sache la cause -prend des faits isolés, sans embrasser le fonctionnement intégral de la répression illégale pendant la dictature. Le cas de l’assassinat de Diana est un exemple parfait de ces limites. Encore que le jugement en cours ne s’intéresse qu’à son homicide, le jour même trois personnes au moins ont péri et le bébé de Diana fut enlevé. Cependant, ces faits font partie de notre procès, dont l’instruction est en cours. Et l’assassinat de Daniel Mariani, neuf mois plus tard, n’apparaît ni dans le procès actuel ni dans le procès futur. »

« Il m’est difficile de séparer les cas, ce que l’on juge ici c’est la mort de ma chère belle-fille Diana, a souligné Chicha, mais je ne peux séparer sa fille, qui a survécu, et elle qui l’a sauvée au prix de sa vie et de celle des autres qui sont morts. Le sang de ces jeunes gens aspergeait les murs de la maison. Je ne sais pas à qui il appartenait. Pour moi c’est impossible de faire une séparation. Ceci étant dit, je demande l’autorisation de faire un récit complet. Et c’est ce qu’elle fait. »
« Diana était étudiante en lettres, 26 ans, marié avec mon fils Daniel. » Ainsi a commencé le témoignage de Chicha. « Ils vivaient rue 30, entre 55 et 56, avec leur bébé, née en août 1976. Au fond de leur maison, il y a une petite imprimerie clandestine. Ils venaient de publier, en octobre 1976, qu’il y avait un camp de concentration à l’ESMA [ Ecole supérieure mécanique de la marine militaire], et que l’on jetait des cadavres dans le Río de La Plata
. »

«  Le 24 novembre de la même année, Daniel était sorti, à la maison il y avait Diana et son bébé de trois mois, et trois camarades de leur groupe : Juan Carlos Peiris, Daniel Mendiburu Eliçabe et Roberto Porfirio. L’attaque a été lancée à midi. C’était un groupe opérationnel de répression formée par différentes forces : police de la province, police fédérale, armée, gendarmerie, marine -, avec des tanks, de bazookas, des camions militaires et des hélicoptères. [ Il était commandé par Echecolatz]"

« L’attaque de la maison fut si importante que tout le quartier en fut impressionné, et des gens s’en souviennent encore avec précision. Les quatre jeunes furent assassinées par balles et l’on pense que leur corps ont été brûlés dans la maison, afin de rendre plus difficile leur identification par la suite. Ce qui est arrivé au bébé Clara Anahí demeure une inconnue jusqu’à aujourd’hui. Curieusement le dossier qui avait été rédigé au commissariat n °5 a disparu à l’époque. [...] »

« Chicha était chez elle, angle de 44 et 21, en train de tricoter un tablier pour sa petite-fille, lorsqu’elle entendit passer les tanks. « J’ai été terrorisée parce qu’alors on tuait beaucoup de jeunes. Mais je n’imaginais pas qu’ils allaient chez les enfants. Je me suis demandée qui ils allaient tuer, rappelle-t-elle. »

«  Plus tard dans la journée, Chicha a dû sortir pour aller soigner son père malade. Quant elle est revenue le lendemain, elle a vu tous les voisins réunis à sa porte. Le lieu été détruit, la maison avait été mitraillée et pillée. Il y avait des décombres partout des meubles détruits. « En outre ils [les forces de « l’ordre »] avaient volé tout ce qui étaient dérobable. » a-t-elle indiqué. Elle a ajouté que dans cette même maison il y eut un mois plus tard une violente perquisition. [...] »

Ayant reçu une information sûre de que sa petite fille de n’avait pas été tuée, la grand-mère s’achemina alors vers le commissariat n° 5 pour parler avec le commissaire. « Il me laissa debout au milieu de la pièce et lui, assis, commença par me montrer son mépris envers moi, j’étais la mère de subversifs. Mais comme il devait rendre une faveur à la personne que nous connaissions tous deux, il finit par direr d’une voix presque inaudible, « La fillette est vivante, cherchez-la en vous fixant sur les vêtements parce qu’ils ont dû changer son identité. Et cherchez-la vite parce que vous avez perdu trop de temps. » Le policier l’orienta vers l’unité régionale de la police de la province, « mais là on m’a répondu qu’ils ne savaient rien et on m’a éconduit avec indifférence. »

Les familles Teruggi et Mariani n’ont jamais pu récupérer le corps de Diana. C’est seulement en 1984 que Chicha a su par le directeur du cimetière de La Plata, que la jeune fille avait été enterrée comme NN [Non Nommé ou No Name] et qu’en 1982 cette tombe avait été ouverte et les restes jetés à la fosse commune. [...]

« J’allais partout seule et je n’étais pas toujours bien reçue » rappelle-t-elle. Jusqu’au moment où elle a contacté Alicia ou Licha, Zubasnabar de De la Cuadra, une autre grand-mère qui cherchait sa petite-fille disparue. « Licha est ici présente aujourd’hui, elle a 90 ans, et nous avons cherché ensemble les enfants et les petits-enfants jusqu’à aujourd’hui. » C’est avec elle qu’elles ont commencé leur gestion, qu’elles ont pris contact avec d’autres mères et d’autres grands-mères, qui venaient de se connaître et de s’organiser. "

« Licha a cherché les autres grands-mères qu’elle connaissait sur la place de Mai. Nous nous sommes réunies et nous avons décidé de commencer à travailler ensemble. Nous étions 12 à ce moment. Et elle ajoute : « j’ai été sidérée de les voir si sereines, j’étais une loque, un sanglot continu, je voyais leur sérénité et je me disais « Je dois être comme elles. ». [... à la question que tu te poses, la réponse est que Hebe de Bonafini est arrivée un an plus tard en 1978]. »

Un autre coup a frappé Chicha peu de temps après, le 1 août 1977, son fils, Daniel Mariani, fut assassiné. « Il n’était pas parti du pays à cause de sa fillette, pour Diana et par loyauté envers ses camarades militants. Il est resté jusqu’à ce qu’on le tue, rue 132 et 35. » [...]

Ensuite, Chicha rappelle que, avec les mères de place de Mai, elles sont allées 18 fois au Vatican, sans jamais réussir à être reçues. « Je n’ai à remercier de rien l’Eglise, j’ai plutôt de nombreux reproches à lui adresser. Je ne lui dois rien, mais j’ai de la douleur de l’amertume envers elle. »

[En dépit d’informations certaines et de semi-confidences d’un policier au moment de la dictature, aucune trace concrète de la petite fille n’a été détectée par Chicha. Un couple qui servait d’intermédiaire a eu peur d’être liquidé et un flic un peu bavard a fermé sa gueule et la ferme même actuellement. La femme du chauffeur d’Echecolatz a témoigné que son mari a reconnu avoir tué Diana qui avait son bébé dans les bras. Les policiers qui auraient récupéré le bébé sont en état d’arrestation. Plusieurs personnes ont donné des témoignages divers et Chicha espère que ce procès va permettre de « présenter la vérité ». Echecolatz a prétexté de raisons de santé pour ne pas assister au procès et en particulier au témoignage de Chicha.

JUSTICIA YA EN LA PLATA est formée par toutes les organisations de droits de l’homme de La Plata (y compris Mères et HIJOS) :et deux autres organisations ex détenus et la CTA de La Plata et de Buenos Aires.

Pour notre pratique, il est important d’être conscient du niveau supérieur des organismes de droits de l’homme. Ils sont nés au pire moment de la répression en 1975 et 1976-1977 lorsque toute forme d’opposition légale avait disparu et que les crimes des forces de répression de l’Etat étaient en plein apogée. Ces organismes ne se sont pas dissous ou endormis ensuite : ils continuent à dénoncer le paiement d’une dette illégale au FMI et la persistance de la misère et son accentuation pour certaines régions (Nord ouest Tartagal dans l’état de Salta, Jujuy, etc.) et pour certaines couches sociales (morts d’une centaine d’enfants pauvres et d’origine indienne, en grande partie).

Ils présentent donc une continuité dans les critiques, une ligne temporelle qui ne cède pas aux caprices des zigzags, des incohérences, des trahisons politiques du péronisme, des PC et PS. Et dernière supériorité, surtout visible, pour les Mères de la place de Mai, Línea Fundadora, c’est de réunir des personnalités sans engagement politique préalable et des militantes, des athées et des croyantes, des personnes assez proches du gouvernement et d’autres très méfiantes. Quelle est l’attache entre toutes ? C’est la douleur commune de la disparition des enfants, du rejet souffert des années durant d’une partie de la société, ressenti presque toujours au sein de la famille, la torture de voir l’immense majorité des génocidaires en liberté et des quelques tortionnaires inculpés dans des prisons sous prétexte d’âge avancé, parfois l’impossibilité d’identifier les petits-enfants, la tristesse de voir tant de mères mourir sans avoir connu d’apaisement.

Le danger pour tous les groupes de droits de l’homme est de ne pas être manipulés par les groupes d’opposition et de tout dénoncer dans un fatras impressionnant incluant la guerre en Irak, l’utilisation du phosphore blanc dans une liste interminable, comme si fut le cas le 24 mars 2006. Dernier handicap, se tenir à distance des gouvernements malgré les tentatives de séduction de ces derniers (avec ses armes habituelles : clientélisme et népotisme).

C’est un peu ce qu’on appelait en France dans les années 1945-55 l’esprit de la Libération parmi les résistants, mais qui fut éphémère vu les pitreries communistes et les fluctuations gaullistes vis-à-vis des ex pétainistes. Avoir un groupe comme les Mères, c’’est une arme à construire pour maintenir ensemble les luttes du passé et du présent, et disposer de référents solides et objectifs.

4) Un nouveau livre « Argentine rebelle »

Hérard Daniel et Raimbeau Cécile Argentine rebelle, un laboratoire de contre-pouvoirs, Paris, Alternatives, 2006, 143 p., 20 €.

Excellent livre : « Voici l’histoire d’une rébellion qui ne s’est pas emparé du pouvoir, mais qui construit des expériences de multiples contre-pouvoirs. [...] L’Argentine que ce livre aborde n’est pas pour autant une Argentine utopique. C’est une facette du pays qui existe, qui vit, qui bouillonne d’idées, et qui de fait, est peu connue des Argentins eux-mêmes parce que les médias dominants locaux en parlent peu ou mal. En phénomène minoritaire, elle est souvent ignorée des médias européens. » Et la conclusion de finir par « Quand les chômeurs doivent s’accommoder d’une allocation insuffisante, ils se solidarisent, non seulement pour revendiquer, mais pour produire collectivement des moyens de survie. [...] Voici donc l’histoire de la rébellion de citoyens qui nous ressemblent, en réaction, à des crises qui nous menacent. »

Cette dernière phrase explique le quasi silence des médias européens. C’est le refus d’avouer aux citoyens que le néo libéralisme ne fait que commencer sa pression et que la plus grande misère est programmée par toutes les tendances politiques qui acceptent la gouvernance actuelle. Alors, il est difficile pour les soi disants stratèges de reconnaître que la seule résistance viendra des plus démunis, lorsqu’ils comprendront que les messies n’existent pas, que se vayan todos. Une hypothèse difficile à ne pas admettre globalement pour l’Europe et la France en juillet 2006.

Et quant aux médias argentins, à part vanter le gouvernement actuel et occulter la mort d’une centaine d’enfants par jour, l’indigence plus profonde des perdants, grâce aux fermetures des antennes de santé, aux économies sur les petites cliniques, la centralisation des soins et leur privatisation dans les grands centres urbains, ils se taisent pour ne pas perdre les subventions étatiques. Deux notes qui n’appartiennent pas aux auteurs.

Le livre est construit sur plusieurs plans et les assemblées représentent le premier. Les divers courants des premières assemblées sont bien restitués avec une belle formule « mieux vaut penser global et agir local ». Face à l’urgence, ces groupes autoconvoqués se mettent à organiser des soupes populaires en plein air.

Le plan suivant sur le troc montre comment dès 1995 une réponse de la base apparaissait, suivie de la monnaie locale en 2002, bien vite dépassée par les escrocs et les « débrouillards ».

Le suivant aborde la disparition des services publics avec deux exemples en construction : une compagnie alternative d’autobus et une coopérative pour la gestion de l’eau et du tout-à-l’égout dans deux villes de la périphérie de Buenos Aires. On perçoit un combat incessant entre le pouvoir public uni à des entreprises pourris gérées par des ripoux contre les organisations spontanées de base des habitants. Une remarque finale définit le gouvernement actuel : « Ce que propose Kirchner est du pareil au même : des mêmes actionnaires derrière des noms différents. »

Un plan de photos en noir et blanc souvent saisissantes montre la participation des femmes (les jeunes et les grands-mères) et des enfants aux activités de base. Sur ce plan, même si Zibechi est cité dans les sources, il aurait été judicieux de mieux l’utiliser (p. 133, par exemple).

Les usines récupérées sont bien traitées et Zanón en premier lieu. La revendication d’une étatisation sous contrôle ouvrier est justifiée dans le cas spécifique de cette usine de céramique : « Zanón étatisée, nous produirions du carrelage pour des logements sociaux, des hôpitaux, des écoles ... ». La vision de la rotation est frappée par le bon sens. « Si nous sommes tous égaux, tout le monde n’a pas les mêmes dispositions à tous les métiers ! [...] Quand un travailleur est faible dans son travail, on en ajoute un à ses côtés. A deux, ils ont beaucoup moins de chance de se tromper. » On n’est plus dans un rapport de temps et de gain patronal. La preuve est une réinvention de l’accès à la santé : « Avec la solidarité d’un groupe de médecins, ils [les salariés] réhabilitent l’infirmerie et organisent des consultations gratuites dans l’usine. [...] nous avons reconnu le domaine psychosocial comme une question de risque pour les travailleurs et leur famille ! ».

Dans un autre domaine, un avis de l’universitaire Andrés Ruggeri pointe le sabotage inhérent au capitalisme (ce qui n’écrivent pas les auteurs) : « Les entreprises récupérées qui fabriquent des pièces auto ne peuvent vendre aux constructeurs auto[mobiles]. Or [en effet], ces multinationales refusent de travailler avec des coopératives, encore moins avec des entreprises récupérées. Vendre à une société intermédiaire qui revend aux multinationales est l’unique solution, mais les travailleurs perdent un pourcentage dans ces transactions ! ». Une autre vision du MNER (Mouvement national des entreprises récupérées) est, dans le cadre coopératif, imaginer que « le développement de telles entreprises sociales peut humaniser le capitalisme. [...] l’autogestion pourrait récupérer cent cinquante mille emplois dans le pays. »

L’exemple de l’hôtel Bauen est aussi intéressant, avec l’échange de carrelage fourni par Zanón et le logement gratuit de délégués de Zanón lorsqu’ils sont à Buenos Aires pour faire pression sur le gouvernement (à 1.400 km de chez eux). Autre observation de poids sur les assemblées des travailleurs d’entreprises récupérées est l’influence de la mentalité individualiste due au capitalisme - suggèrent indirectement les auteurs - (ou bien à tout groupe humain pas assez conscient, ce que je me permets d’ajouter) : « Souvent, si quelqu’un n’aime pas untel, il vote pour lui nuire, motivé par des raisons personnelles. Pas pour des raisons objectives favorables à l’entreprise. ! Pragmatique le commercial [de l’hôtel Bauen] a rédigé une proposition écrite adressée au bureau élu pour qu’il en programme la discussion dans une prochaine assemblée. Son titre : le vote secret ! Santiago pense que cette méthode éviterait que les affinités ou les jeux d’influence pèsent sur les décisions. »

La conclusion écarte les problématiques des militants européens et assimilés et de leurs têtes pensantes comme Holloway, Toni Negri, les fadaises sur le passage à gauche de X gouvernements d’Amérique latine (je pense aussi à un fidèle pilier du conseillisme français dénonçant dès le début 2002 la faillite des assemblées et des entreprises récupérées face au capitalisme). « La plupart des Argentins rebelles protagonistes de ce livre n’ont pas tant de cap déterminé : « On ne sait pas où l’on va, mais on y va », aiment-ils plaisanter. [...] la crise argentine, malgré ses particularismes, n’est pas une exception historique. Cette crise est un miroir qui laisse refléter aux citoyens du monde le futur que leur réserve le capitalisme mondialisé. [...] Parce que l’Argentine rebelle nous montre que d’autres mondes sont possibles, qu’ils existent déjà. »

(Prochain n° fin juillet et ensuite fin août)