Argentine info n° 13-14

lundi 31 juillet 2006, par frank

Argentine info n ° 13 - 14

(Fin de rédaction 3I juillet 2006)

Donnés générales, voir le n° 4

Contenu

1) Bavures policières systématiques

2) Origine de ces automatismes policiers

3) Organismes des droits de l’homme

4) A propos de soja

5) Lutte en cours

6) Entreprises récupérées

7) Réflexions intéressantes

8) Elections piège à cons

1) Bavures policières systématiques

 Página 12,17.05.06, “ Il a passé plus de cinq ans en prison pour une plainte inventée par un policier. Un sergent de la police de Buenos Aires l’avait accusé pour “une raison sentimentale”. Il vient d’être acquitté, mais entre tant il a perdu son père, un frère et son domicile.

Anred, 06.05.06, gâchette facile, attentats contre les pauvres. Des membres de la police de l’Etat de Mendoza, à la gare de chemin de fer de Perdriel, à Luján de Cuyo, sont intervenus contre des femmes et des enfants qui prenaient du charbon dans un wagon (visiblement pour se chauffer). Mauro Morán, de 14 ans, été tué d’une balle dans la poitrine, son neveu âgé d’un an et huit mois, a perdu deux doigts et un jeune de treize ans est grièvement blessé.

 Página 12, 21.04.06, la Justice de l’Etat de Tucumán a accepté une demande d’habeas corpus collectif présentée par un avocat et exige du gouverneur qu’il “garantisse aux détenus des condition de vie dignes, de la nourriture adaptée, une assistance médical correcte et complète, et que le personnel pénitentiaire cesse d’imposer des traitements cruels, inhumains et dégradants aux internés. "

Un avocat a constaté en février que dans le pénitencier de Villa Urquiza les détenus avaient mangé du riz avec des vers, de la viande pourrie et avaient trouvé de la gase ensanglantée dans leur nourriture. Il a qualifié l’air d’irrespirable à cause des conditions déplorables des sanitaires et il a ajouté que durant trois jours le pénitencier avait manqué d’eau.

Lavaca, 28.06.06, La Patagonie tragique, le pouvoir de l’impunité. Depuis une année la Comisión Interamericana des Droits de l’homme demande inutilement à l’Etat argentin de protéger les personnes en danger après la disparition d’Iván Torres à Comodoro Rivadavia. On dit que trois témoins ont été assassinés, dont un à la mairie. Un rapport du CELS (proche des droits de l’homme) révèle la responsabilité de la police dans le cas Torres, en plus de la complicité politique et judiciaire et la violence dans cette zone où le pétrole se marie à l’impunité. Et les élus en faveur du gouvernement se réjouissent de l’efficacité de la police.

 Página 12, 18.06.06, “Celui-là, tire-lui dans les jambes” Deux policiers de la police de Buenos Aires expulsés pour “traitements illégaux”. « Qu’est-ce que tu regardes ? T’es mauvais ? Tu veux passer toute la nuit au commissariat ? ». Les [six] garçons, tous mineurs, ne surent que répondre à un tel interrogatoire, de la part de deux hommes en civil, qui s’avérèrent être deux policiers de la police de Buenos Aires. Un des agresseurs, pour donner plus de force à ses questions, sortit un pistolet de 9 millimètres, tandis que son collègue l’encourageait “Celui-là, tire-lui dans les jambes”. La scène a eu lieu rue Nación, entre Urquiza et Francia, dans la zone centrale de San Nicolás. Non contents de leur intimidation verbale, les deux agents mirent en état d’arrestation les mineurs au commissariat n° 1 de Buenos Aires. Et là la situation empira. Plusieurs témoins ont déclaré devant la Justice avoir entendu les cris des garçons, quand ils étaient frappés dans un bureau du local. Rien qu’en juin, 54 membres de la Police de Buenos Aires ont été accusés de différents délits ou d’actes d’indiscipline. Les deux policiers ont perdu leur poste et tous les bénéfices s’y rapportant indique-t-on.

Indymedia, 11.07.06, Cas Viera. Une femme policier condamnée, mais elle sera à perpétuité chez elle, en conservant le privilège de la chevillière électronique (système de détection). Les quatre autres agents accusés de torture ont été acquittés par manque de preuve. Le verdict a déclanché la furie des membres de la famille et des proches de la victime.

Andrea Viera, 25 ans, avait été interpellée avec son mari Gustavo Cardoso dans la nuit du 10 mai 2002, pour vérification d’antécédents au commissariat 1 de Florencio Varela [banlieue de Buenos Aires et proche de La Plata]. Alors qu’ils attendaient un bus une fusillade eut lieu et un policier fut blessé. Les dépositions lors du procès du mari et des témoins ont révélé que la jeune femme fut passée à tabac, puis conduite à l’ hôpital “Mi Pueblo” de Varela où, au bout de douze jours d’agonie, elle mourut des suites des lésions.

Argenpress, 26.07.06, « Mar del Plata : L’UTA, les condés et les chauffeurs de taxis” Dans la municipalité de General Pueyrredón, et plus précisément la ville de Mar del Plata et ses environs, le chef de la police du district Guillermo Britos a recommandé à la population de prendre ses papiers avant de sortir de chez elle. Après une réunion avec les dirigeants syndicaux de l’UTA [Unión de Trabajadores de Administración] et des syndicats des chauffeurs de taxis, tout suspect sera interpellé dans les transports collectifs, les taxis et les voitures taxi [remise]. Il faut comprendre les gens allant dans "des zones conflictuels", "les faciès suspects, les apparences de pauvres". Les organismes de Droits de l’homme ont déposé plainte contre ces mesures.

Página 12, 20.07.06, "Trois policiers jugés pour une fusillade déguisée en échange de tirs. Le Percha [porte manteau] ne terrorise plus Villa Lugano". Ils sont accusés d’avoir tué un laveur de carreaux de 29 ans, assassiné de quatre tirs de 9 mm en mars 2003. Sa famille apprit sa mort au bout de six jours, en trouvant sur un site internet au style flic et nationaliste « Un de moins : un narcotrafiquant abattu dans un dangereuse fusillade » .
Au procès, la justification des policiers pour interpeller la victime a été "son regard suspect", ce qui a surpris le juge, qualifiant le fait d’arbitraire.

Página 12, 25.07.06, Encore un cas de gâchette facile à San Fernando. Un jeune de 21 ans a été abattu par ex sergent de la police fédérale, de sept tirs, pour tentative de vol, selon l’ex policier. Les témoins disent que le jeune s’approcha du véhicule du flic qui attendait que sa femme finisse ses courses. Le flic sortir avec une arme dans chaque main et tira. Le juge a constaté que les tirs ne venaient que des armes du policier et que la victime n’était pas armée.

Página 12, 25.07.06, « Gâchette facile, avec une halène éthylique ; le policier accusé d’avoir tué un garçon était ivre. Ça arrive si t’es pauvre » L’inspecteur de Lomas de Zamora, Roberto Castronuovo, a confirmé qu’un des policiers arrêté pour le crime de Gabriel Arévalo, de 19 ans, dans une discothèque à Ingeniero Budge en 2004, avait une “forte halène éthylique et des difficultés expressives". les témoins que les policiers ivres ont tirés au jugé sur une bande de jeunes devant la discothèque, d’où une victime.

Página 12, 17.07.06, "Dans les [41] pénitenciers de Buenos Aires le sida est mal traité avec des bouche trous" On ignore combien de détenus ont le sida. Il n’y a pas de campagne de prévention et les prisonniers porteurs de virus sont des parias parmi les parias. On manque même d’eau de Javel. C’est ce que révèle une plainte de l’avocat Ganon contre le ministère de la Santé de l’état de Buenos Aires, à partir des unités 13 et 16 de Junín et 21 de Campana, soit environ 2800 détenus. Aucun préservatif n’est distribué.

Mais il y a un budget pour « inaugurer la première synagogue dans une prison » Página 12, 30.05.06, à Devoto à Buenos Aires.

Amnesty International dénonce dans son rapport de 2005 “la situation carcérale et la pauvreté, qui tout en ayant diminué, demeurent élevées, mais fait l’éloge des avancées dans les jugements des crimes de la dernière dictature militaire » (bien naïfs ces auteurs !) Página 12, 24.05.06.

Página 12, 14.06.06 Premier rapport national sur les enfants privés de liberté, les prisonniers de la pauvreté. Plus de 20.000 enfants et adolescents sont enfermés. 87 % pour des problèmes d’assistance, soit seulement 13 % pour des faits délictueux. L’étude a été réalisée par le secrétariat des droits de l’homme de l’Unicef. "Elle a été très difficile à faire parce qu’il n’avait pas de donnée officiel dans les provinces du nombre d’enfants privés de liberté." Dans certaines provinces, comme Buenos Aires, Catamarca, Chaco, Chubut, Corrientes, Misiones et Santa Fe, les enfants et les adolescents enfermés pour des raisons non pénales dépassent 90 %." Ce fait est en contradiction avec "la loi national de protection intégrale de l’enfance" (bel intitulé). Une fonctionnaire a eu cette formule merveilleuse “Il existe une forte décision politique du président Kirchner d’en finir avec ce système de tutelle, mais nous savons qu’on ne peut changer cette situation d’un jour à l’autre.”

Argenpress, 28.07.06, commentaire final sur le même rapport de l’Unicef. Le manque d’informations précises est ainsi commenté. “Il faut comprendre derrière ces chiffres que pour 12.962 garçons, filles et adolescents, on ignore leur sexe. Ce fait, d’après le travail présenté par l’organisme international et le secrétariat des Droits de l’homme national, est dû au fait que les juridictions ont envoyé l’information par établissement et dans le cas des établissements mixtes le sexe des enfants n’est pas précisé. On peut se demander si les districts ou les provinces, les établissements qui abritent nos enfants s’imaginent avoir des légumes ? Mais même les pommes de terre, les patates douces, les tomates sont un article et sont identifiés. Pas les enfants. [...] Sur les enfants logés sans liberté, pour 66 % on n’a pas d’information quant à leur sexe. [...]

Toujours ce mépris des pauvres, des perdants de la société néo libérale (voir les n° précédents).

2) Origine de ces automatismes policiers

Le procès d’un tortionnaire Julio Simón, alias “Turco Julián permet de connaître une partie de l’époque de la dictature et les nombreuses séquelles actuelles (voir ne n° précédent pour la fille d’un disparu, devenu femme policier, et retrouvant ensuite ses origines de gauche)

« Il était acharné pour torturer » a déclaré un gendarme au procès contre Simón. Página 12, 13.07.06 ; D’autres part, les juges ayant noté que l’accusé a chez lui une arme - Browning 9 mm de fabrications militaires, lui ont retiré le privilège de l’arrestation domiciliaire et l’ont envoyé en prison de droit commun.

Connu par son surnom de “Turco Julián” il arrivait toujours avec un chien et une bouteille de whisky (il paraît que l’alcool lui faisait du bien pour torturer), normalement il déboulait en insultant les Juifs et il semblait acharné pour pouvoir torturer quelqu’un”

« Le critère général était de tous les tuer » expliquait Simón en 2000 sur Canal 13. Six ans plus tard, face à un tribunal offrant toute garantie, il a préféré ne pas parler, mais il n’a pas pu éviter de s’écouter. "J’ai participé au freinage de la guerre assassine qu’on nous colportait de l’extérieur" d’après ses dires. "Je suppose qu’on nous a choisi pour nos aptitudes", s’est-il vanté. Il était différent des bureaucrates "des bureaux où on prenait prétendument (sic) des décisions." Ils "ne cohabitaient pas avec les détenus, ils lisaient des dossiers mais ne les interprétaient pas. Interdire de liberté ou donner la mort à quelqu’un est quelque chose de très cruel. Personne ne voulait être avec un détenu parce qu’on ne pouvait l’exclure du destin fatal. Eux [les bureaucrates] ils allaient au plus facile, ils mettaient "DF" [Destin final]. Ils s’en lavaient tous les mains." expliquait-il.
En plus des obscénités pour les nouveaux venus dans les camps [coups de poings, de chaîne, de cravache, avec un peu de sel ensuite], il prenait ensuite du maté ou dormait sur la grille où on utilisait la « picana », la gégène de la guerre d’Algérie, les électrodes de forte puissance et quel humour !, promenade avec un drapeau nazi sous le bras, "des marches nazi pour terroriser les Juifs", et pour le chien d’un couple, des coups de pieds en disant "chien de Juif".

Mario Villani, ex disparu à la mémoire incroyable utilisé pour ses compétence de réparateur des machines des tortionnaires, a rappelé "un jeune instituteur, juif et communiste" qu’il vit attaché sur une table avec Simón, un câble de 220 volts à la main et un manche à balai dans l’anus de sa proie. Lorsque on donna l’ordre à Simón de le libérer, il dit "Encore heureux que ce Juif de merde est mort, j’aurais dû le relâcher."

Simón ne cachait pas sa capacité de décider de la mort d’autrui. Trois témoins se souviennent qu’avant d’être libérés, il leur ordonna d’enlever leur bande sur les yeux et de le regarder. "Je suis le Turco Julián. Nous sommes proches de la date de Noël, de la naissance de dieu. Ici nous sommes dieu, nous décidons de la vie et de la mort, et en fonction de Noël, nous allons vous laisser la vie, parce que vous êtes du "persil" [du menu fretin], pour que vous soyez les témoins de l’horreur que peuvent subir ceux qui portent atteinte à notre forme de vie. Nous vous libérons, mais vous êtes des condamnés à mort en marche. Et quant à ceux qui ne sont pas ici, oubliez-les."

Remarque personnelle : je suppose que vous avez reconnu la fibre française de la pratique et du discours des colonels d’Algérie et de ceux de la CIA que les tortionnaires ont magnifiquement assimilés. Et les armées française (en Afrique) nord-américaine en Irak et en Afghanistan, israélienne en Palestine continue ces techniques.

Adriana Trillo reçut sa dernière visite quelques jours avant l’entrée en fonction d’Alfonsín [1983, premier gouvernement de démocratie bourgeoise]. Simón lui déclara. "La démocratie vient, mais n’oubliez pas que nous allons être toujours là." Lorsque Tita Sacolasky le vit dans un bar et lui demanda : " Tu te rappelles de la juive de merde ?", Simón rétorqua "Qui crois-tu qui t’as donné la liberté ?

Le journaliste note "En dépit des 28 ans passés, aucune de ces atrocités n’a encore été condamnée. » (voir des commentaires en fin de cette partie).

Le procès actuel ne concerne que José Poblete et Gertrudis Hlaczik, militants de Cristianos pour la Liberación, séquestrés le 28 novembre 1978. José était chilien et avait perdu ses jambes à 16 ans en étant renversé par un train. Il avait lancé le front des infirmes péronistes en 1974, en obtenant une loi obligeant les patrons à employer 5 % d’handicapés. dans l’usine d’Alpagatas, il connut sa compagne, étudiante en psychologie.

Dans le camp de l’Olimpo, les gardes lui enlevèrent son fauteuil pour le faire marcher sur ses moignons. Simón l’obligeait à se battre à poing nu. Un témoin raconte que Simón "éprouvait un bonheur spécial à susciter ce cirque romain." un autre indique qu’un jour les gardes les obligèrent à former " une pyramide d’hommes nus, et en haut le cortito (alias de José), debout sur les mains comme une pierre mobile tandis que les gardes applaudissaient." Sa compagne subit un sort semblable, on la forçait à boxer une autre détenue. " Si elles ne cognaient pas assez (et jamais ce n’était suffisant), les répresseurs leur tapaient dessus."

On constate que les photos de corps de prisonniers irakiens nus dans une prison de l’armée US ont des antécédents évidents.

Leur fille, Claudia Victoria, a été disparue en 1978, à sa naissance en camp et elle a récupéré son identité en 2000.

Página 12, 28.07.06, le répresseur Julio Simón, connu comme “el Turco Julián”, devra affronter un nouveau jugement oral. Il s’agit de l’accusation de privation de liberté, durant la dernière dictature militaire, de 145 personnes et de tortures pour presque une centaine d’entre eux.

Página 12, 30.07.06 « On connaîtra vendredi le verdict contre le répresseur ex policier Julio Simón, alias “Turco Julián ». Ce sera la première sentence d’un tribunal oral pour tortures et disparitions au bout de deux décennies d’impunité.

Opinion personnelle : ces arguties juridiques sont typiques de pays protégeant les mafieux et les salauds. Le Turco Julián a été actif dans les camps d’extermination clandestins Club Atlético, El Banco et Olimpo (dans l’état de Buenos Aires). Il a personnellement torturés des membres de Resistencia Libertaria (voir sur ce site) notamment Daniel et Rafael Tello, disparus dans les vols de la mort.

Des considérations décapantes apparaissent dans Página 12, 26.06.06, qui publie une interview du juge de La Plata Leopoldo Schiffrin, célèbre dans les années 80-90 pour sa participation au procès contre les génocidaires, par Victoria Ginzberg, petite-fille de disparu et journaliste connue.

En réalité, nous n’avons même pas fait la moitié du travail. Nous avons enregistré plus de mille cent déclarations. Il y a une quantité de cas inconnus. Nous avons comptés mille cent quatre vingt disparus et un grand nombre d’entre eux sont nouveaux par rapport à la liste de « Nunca Más » [Jamais plus]. Et tous les jours on en signale des nouveaux. La capacité des juges d’instruction ne permet pas de les traiter tous. En fait c’est comme une centrale de réunion d’information que les avocats utilisent pour instruire des procès ou enrichir des cas en cours. [...]

Les mille et davantage de déclarations et la documentation révèlent que les buts favoris de la répression n’étaient pas les rares résistants armés qui pouvaient rester, mais la masse d’activistes, por exemple, du secteur syndical. Les dirigeants syndicaux de base et les étudiants étaient les favoris. [...] Un autre problème parmi d’autres qu’on a constaté est la disparition incroyable de preuve. On a appris que 23 livres de la morgue de la police de La Plata, qui étaient précieux, ont été détruits. Le seul qui demeure est utilisé pour le procès contre Etchecolatz. [voir le n ° précédent.]

-Dans certaines juridictions les procès avancent et dans d’autres ils stagnent. Peut-on agir sur ce plan ?

-J’étais toujours soutenu qu’il faut dicter une loi spéciale pour obliger les juges à œuvrer, je ne dis pas en termes très brefs, car cela ne se peut, mais certes en termes très clairs. Et on doit établir que si cela n’est pas respecté, cela entraîné un disfonctionnement. De plus il faut des règles pour activer des aspects comme les appels.

-Il s’agit de délits imprescriptibles, mais on court le risque que les procès n’aient pas lieu et que les répresseurs et les victimes ne meurent.

-Evidemment. Lorsqu’il y a de la bonne volonté, par exemple, à La Plata, les juges enregistrent les appels et continuent à instruire la demande. Mais, à mon avis, il faut une loi qui oblige les juges à agir. J’ai présenté un projet à Kirchner quand il a participé à la réunion avec « la Comisión Provincial por la Memoria » au début de son mandat. J’y étais en tant que consultant de la Commission et j’ai donné le projet, mais jusqu’à maintenant il ne s’est rien passé. [...]

- Comment évaluez-vous les attitudes des juges en général ?

- Il existe le problème générique de toute corporation bureaucratique ayant un passé lié à l’ancienne république oligarchique. Aujourd’hui il y a beaucoup d’hommes nouveaux, qui n’appartiennent pas à ce secteur social, mais même ainsi, l’esprit général est associé à cette vieille république pas complètement disparue. Mais c’est une corporation en transition. Je souhaiterais que ce moment crucial soit pour la réflexion. [...]

- Pourquoi est-ce un moment crucial ?

-Si ces procès ne se font pas maintenant et avec une certaine célérité, ils ne se feront pas. Nous avons une justice lente, nous devons éviter qu’elle soit encore plus lente. Il y a la disparition des preuves, la mort des témoins. [...]

Página 12, 08.07.06, “ Avec Adolf Hitler comme guide et inspirateur » Victoria Ginzberg décrit le travail du juge fédéral Daniel Rafecas intrigué par les symboles nazi dans les centres clandestins du premier corps d’armée (région de Buenos Aires) et il a remis ses conclusions au centre juif DAIA. L’étude porte sur les centres clandestins Atlético, Banco, El Olimpo et d’autres, de El Vesubio. De plus, y est ajoutée la déclaration du survivant Mario Villani, qui relate, entre autre, que la guérite d’Atlético il y avait un portrait de Hitler et que dans la “salle de renseignement de Banco et d’ El Olimpo, un drapeau nazi accroché au mur.

“Le magistrat a cité de plus plusieurs témoignages de la Conadep (commission pour la mémoire) qui détaillent des tortures auxquelles étaient soumis les séquestrés d’origine juive. “On les obligeaient à lever la main et a crier ‘J’aime Hitler’ », etc.

Remarque personnelle : d’après les représentants de la religion juive durant la dictature (1976-1983), il n’y avait pas d’antisémitisme ni de Juifs emprisonnés. Dans la mesure où la majorité des détenus étaient de gauche et athée. Cependant, le journaliste et directeur d’un quotidien Jacobo Timmerman (partisan du putsch et admirateur et ami de Videla) se retrouva en prison et subit des vexations antisémites avant d’être expulsé en Israël (qui vendait des armes aux génocidaires).

3) Organismes des droits de l’homme

Nora de Cortiñas, une mère de place de Mai à Tartagal (Argenpres, 30.07.06)

« Ce n’est pas la première fois que je viens dans le Nord, et maintenant c’est pour commémorer les 30 ans des nuits tragiques de Calilegüa et El Libertador tristement connus comme "la nuit de la panne d’électricité". C’est me moment où la répression des forces armées et de l’entreprise Ledesma appartenant à la famille Blaquier (qui prêta toutes ses camionnettes) provoquèrent une panne, utilisée pour parcourir le village maison par maison, en enlevant plus de 300 personnes, dont 36 ne revinrent jamais, jusqu’à aujourd’hui. Certains de ces prisonniers étaient des politiques, transférés dans différents centres du pays.

Dans cette action de terreur, les assassins ne sont pas que les forces armées, l’entreprise elle-même est criminelle, doublement parce qu’en plus de sa participation aux enlèvements, elle a continué et continue à polluer l’environnement. En effet elle n’a jamais respecté les mesures que juridiquement elle devait prendre pour préserver la santé de la population que depuis des années est affectée par des cas tragiques. Il y a assurément des centaines ou des milliers de cas de mortalité due à cette pollution, mais jamais ils n’ont été dénoncés parce que jamais on n’a statué sur ce fait. Le cas d’Olga Marquez de Aredez en est un paradigme car il montre bien la contamination. Elle a commencé par avoir un cancer des poumons et les médecins ont diagnostiqué que c’était la conséquence de cette intoxication. Avant sa mort, Olga lorsqu’elle sut qu’elle était malade, entama un procès pour pollution contre l’entreprise, avec le soutien de Pérez Esquivel [voir le bulletin précédent] et d’autres membres d’organismes des Droits de l’homme. La dernière sentence des juges est que l’entreprise ne pollue pas l’atmosphère, mais on va faire appel [...]

- Où en est votre travail sur les disparitions ?

Nous continuons à agir pour qu’il y ait une justice et que tous les responsables des disparitions et des tortures subies par les prisonniers politiques aillent en prison, en prison de droit commun et à perpétuité. Ce sont des crimes horrible de lèse humanité qui ne sont pas prescriptibles ou amnistiables parce que la disparition forcée de personnes est un délit permanente, commis chaque jour jusqu’à ce que la personne disparue réapparaisse.

- Que pensez-vous de la situation aborigène actuelle et de la gestion qu’en fait le gouvernement Nacional ?

Nous sommes assez inquiets. Olga M. de Aredez travaillait ce dossier, tellement que lors de la cérémonie en son souvenir, une femme wichí était présente, conseillère municipale du village et elle a déclaré qu’elle a appris à lutter auprès d’Olga, qui lui transmit sa force, son impétuosité. C’est cette femme qui a dénoncé que maintenant elle témoigne qu’il y a des enfants sous-alimentés qui meurent de faim, qu’il existe un abandon de la part de l’Etat, c’est un autre crime qui est commis, maintenant et en ce moment où il y a un gouvernement qui tout en prétendant être distinct de ceux que nous avons eux par le passé, tout en donnant la possibilité d’annuler les lois d’impunité et en ouvrant des lieux ex camps de concentration, en ce moment il se produit des violations de droits économiques, sociaux et culturels. Nous pensons que cela est modifiable. Le gouvernement au lieu de payer une dette que notre peuple n’a pas souscrite, en aucune façon, nous payons et même par avance une dette externe immorale, illégitime, sans même faire d’audits pour déterminer s’il y a une dette légitime, en tout cas Celle que nous devrions payer. Et pas une dette fondée sur l’usure et la fraude. Si nous la payions pas, on aurait de quoi améliorer la situation du peuple car dans ce pays il y a des recettes fiscales, il y a une production, même si c’est du soja transgénique, un danger de plus pour la population. Mais ce gouvernement parle de bénéfices, alors il devrait les verser dans la redistribution de la richesse et non pas dans la redistribution de la pauvreté, comme celle qui existe en Argentine, chaque jour.

Nous sommes humiliés, nous souffrons qu’en Argentine des enfants et des adultes meurent de faim. C’est terrible, c’est la plus grande offense qui puisse nous arriver à nous Argentins. Nous avons des gouvernements constitutionnels depuis plus de vingt ans et les gens meurent non seulement de famine, mais de maladies prévisibles. Donc cette lutte que nous menons, nous les mères, avec les organismes de droits de l’homme, c’est un combat très tenace car réellement c’est pour arriver au monde que souhaitaient nos fils, nos filles, un monde de développement et d’égalité pour tous.

Droits de l’homme : que font ces organismes ? Témoignage d’Adriana Calvo, lavaca, 29.03.06. Après les tiraillements du 24 mars 2006 (voir le n ° du mois), Adriana Calvo (disparue, et qui accoucha dans la voiture des flics qui la menaient au camp clandestin, sans l’aider, bien entendu), présidente de l’association des ex détenus, marxiste léniniste et parfaitement honnête, démontre qu’aussi Estella di Carlotto (présidente des grands-mères de place de Mai à fond pour le président en place de Menem à Kirchner) que Marta Vázquez (présidente de Mères de place de Mai, Línea Fundadora) s’opposaient à la mention de Cromañón dans les dénonciations des atteintes aux droits de l’homme (vu leurs penchant pro Kirchner). Adriana condamne, buen entendu, la pression de voyous du gouvernement contre les mères et elle explique également que les fonds que touchent les organismes des droits de l’homme du gouvernement et de l’étranger freinent parfois leur dénonciation. En conclusion, Adriana isole Norita Cortiñas et Mirta Baravalle, des électrons libres de Línea Fundadora,des mères qui demeurent intègres et qui dénoncent les injustices, quoi qu’il arrive.

La démonstration est fournie par la réalité : RedLibertaria, 13.07.06, « Ils sont venus blanchir la politique des droits de l’homme de Romero » [Il s’agit du gouverneur de l’état de Salta, voir les n ° précédent, corrompu, anti indigènes, complice de dégât écologique, etc.] « La présence de Estela Carlotto et Eduardo Luis Duhalde [responsable des droits de l’homme dans le gouvernement national] à Salta, pour demander le respect pour le gouvernement de Romero en oubliant les violacions des droits de l’homme dans la Province a été un coup dur pour les habitants. » En fait ces deux figures des droits de l’homme se ridiculisent pour récupérer ce gouverneur corrompu pour Kirchner. Après la loque syndicaliste de Barrionuevo (voir n ° précédent), pourquoi pas ?

La réalité est encore assez trouble : Página 12, 28.07.06, "Un portrait de Videla" Grands-mères de place de Mai, Familiares de Detenidos y Desaparecidos et H.I.J.O.S. de Mar del Plata ont porté plainte auprès du Secrétariat de Cultura de la Nación que le café de Mar del Plata “El Tonel”, autorisé par l’organisme précité, expose des portraits des dictateurs Jorge Videla, Roberto Viola, Leopoldo Galtieri et Reynaldo Bignone à côté des présidents élus constitutionnellement. Les organismes des droits de l’homme condamnent le fait que « les institutions de la Nación et de la province autorisent un local ou on trouve le portrait de Videla et d’autres génocidaires de l’Etat”.

4) A propos de soja

Indymedia, 10.05.06, article publié dans la revue El Colectivo Nº 9, Paraná, Entre Ríos. Lorsqu’il y a une décennie semer du soja transgénique était présenté comme une promesse et le salut d’une province et d’un país qui avait liquidé jusqu’au bijoux de la grand-mère, personne ne pouvait imaginer les néfastes conséquences que cela entraînerait. Les bénéfices juteux à court terme, générés par le déboisement, la monoculture, l’apparition de nouvelles maladies et la multiplication de celles qui existaient, issues des fumigations à foison, n’ont servi que pour que quelques zones de semailles remplissent les poches de certains, au prix de terres détruites.

Suit un dialogue entre un médecin, Darío Gianfelici, auteur du livre “La soja, la salud y la gente” [le soja, la santé et les gens] et Daniel Verzeñassi, membre du Forum écologiste de Paraná. Le médecin a noté la hausse, entre autres pathologies nouvelles, de « la mort fétale précoce » depuis la culture du soja. Les séquelles des fumigations sont mal connues et touchent les humains et les animaux, peut-être les végétaux. Il est possible que des dizaines ou des centaines de générations soient affectées.

De plus, le déboisement entraîne des inondations parce que les eaux pluviales ne sont plus absorbées. Les coupables et les fonctionnaires les autorisant sont muets sur ces problèmes, sans compter les effets des multinationales dans ce secteur du soja.

Página 12, 22.05.06, “Les causes profondes du conflit autour du blé” de Fernando Krakowiak. La racine profonde est en rapport avec le soja, puisque la superficie du blé a chuté de 31,6 % depuis la campagne I996/97. Des spécialistes notent une évolution semblable pour la viande qui entre 1994 et 2003 est tombé de 55,4 à 54,6 millions de têtes, alors que l’abattage a augmenté de 13 à 14,25 millions par an, ce qui indiquerait “une phase de liquidation de stock d’une magnitude certaine” (due au passage de producteurs au soja, vu les bénéfices extraordinaires). Même phénomène dans l’état du Chaco où la production de coton a chuté au bénéfice du soja, d’où des importations de coton de l’étranger. Et à Entre Ríos pour le riz. On décèle une vulnérabilité externe potentielle si les prix du soja baissent. sans compter les effets dénoncés par les écologistes sur la désertification due au soja.

5) Lutte en cours

Página 12, 21.07.06 : « Revendication des livreurs, Protestation à vélo » Aujourd’hui les livreurs de nourriture à domicile de McDonald’s iront jusqu’à l’Obelisco en protestation contre les conditions de travail, qui ont entraîné la mort de l’un d’eux, écrasé avec sa bicyclette par un autobus. “Pour respecter le temps exigé, on en arrive à risquer notre vie et on ne nous donne pas de casque”, affirment-ils. [...] « Ces employés ne travaillent pas directement pour l’entreprise McDonald’s, qui a externalisé le service livraison à Correo Grupal, “mais c’est McDonald’s qui impose ses conditions”, disent-ils. »

Prensa De Frente, 12.07.06, « MTD Berisso [quartier de La Plata, ex zone de frigorifique] a mobilisé la mairie pour du vrai travail » « Plus de cent personnes membres du MTD Berisso dans le el Frente Popular Darío Santillán” ont participé à une marche au cri de “Nous voulons travailler ». Après avoir été reçu par le maire, des délégués ont expliqué que ce dernier les renvoie à une entreprise du bâtiment, qui les a déjà renvoyés au maire, mais c’est l’Etat qui doit garantir du travail. Dans un communiqué de presse, ils déclarent être une coopérative, avec des maçons, des électriciens, des plombiers, etc.

Prensa De Frente, 06.07.06, “Vie ou mort dans le Riachuelo [estuaire de La Plata] La rébellion des contaminés » A 30 pâtés de maisons de la place de Mai des enfants naissent difformes, il y a des avortements spontanés et les habitants ont le sang pollué par la contamination des grandes entreprises dans le Riachuelo. Quel jugement pourrait obliger ces entreprises à payer, à cesser de polluer et à trouver des solutions pour les victimes ?

L’avocat qui a créé le dossier constate un vide juridique par rapport aux Etats-Unis, l’absence de motivation des juges, les traînements de pieds pour créer un fonds de compensation (lenteur du médiateur). 150 plaintes de sinistrés sont en cours (comme autant de cas individuels !). Il n’existe pas non plus de droit environnemental. Des cas similaires existent pour la pollution des tanneries sur des dizaines de milliers de personnes dans l’état de Santa Fe. Ces cas remontent à un siècle. Les compagnies d’assurance ne font rien. Il existe un plan d’assainissement qui stagne et un versement de 150 millions de dollars, utilisés ensuite pour d’autres projets.

Prensadefrente, 12.07.06, “ Occupation de terres dans le Bolsón : travail autogéré et solidaire dans le Mouvement Terre et Dignité » par Martín Flores. Le Bolsón est une localité patagonne située dans le sud ouest de la province du Río Negro, à 340 mètres au-dessus de la mer, dans une vallée couronnée par la montagne Piltriquitrón, boisée et arrosée. La population est de 20.000 habitants d’origine mapuche, espagnole, italienne, syrienne, libanaise, allemande, anglaise, française.

En octubre 2002, suite à l’inondation de la rivière Quemquemtreu, de nombreuses familles ont perdu leurs biens. Le gouvernement local ne fit pas grand-chose, de plus les aides sont accordés aux étrangers pour exploiter des terres, mais pas aux Argentins. « L’absence de réponse aiguisa le désir de se nourrir par soi-même, et des assemblées est né le projet d’organiser un mouvement autogéré, incluant le contact avec la nature. D’où l’idée d’occuper à 20 familles un terrain enregistré (mais à l’abandon) de 52 hectares se trouvant dans la localité de Mallín Ahogado, a trois km de El Bolsón. C’est ainsi qu’est né Terre y Dignité.

Au départ “personne n’avait d’expérience militante, ni de teorie politique, ni rien ne s’en rapprochant. Ils commencèrent à exploiter le terrain avec les connaissances de chacun, en dialoguant, en apprenti ensemble, d’assemblée en assemblée. Ils ont construit des maisons en respectant la forêt, à force de travaux collectifs, ils ont installé l’au, l’électricité, des chemins, des espaces pour les animaux, un système de production de nourriture pour la vente et la con sommation interne.

Auparavant, le terrain et d’autres étaient objet de spéculation, ou un projet de terrain de rugby. Terre y Dignité a présenté une demande de permis précaire d’occupation, pour remplir les conditions administratives. Mais la municipalité ne répondit pas et émit un arrêté d’expulsion. Le groupe ne se laissa pas intimidé et fit des appels à l’état de Río Negro. D’autres familles sont venues, et même certaines envoyées directement par des fonctionnaires après les inondations de mars 2004.

Terre y Dignité n’est pas un cas isolé : près de 110 familles font de même dans la région. De nombreuses associations les appuient APDH (droits de l’homme) Bariloche, Cedha, Centre Mapuche Bariloche, Asociacion de Micro entreprises, Corriente de Militantes por los Derechos Humanos, Asociacion grand-mères de place de Mai, Asamblea No a la Mina de la localité de Esquel, professeurs de l’Université del Comahue, divers organismes défenseurs des droits de l’homme, des médias de la région, et des personnalités de la culture, parmi lesquelles l’écrivain Osvaldo Bayer.

On remarque sur A-Infos, 17.07.06, le premier bulletin de type syndical de la FORA - cela change après des années de considérations verbeuses et trop souvent creuses de « La Protesta » -, au titre de « Voy Atrás ! nº 1 » [je vais en arrière] Il s’agit de propos pratiques sur le métier de garçons de café et sur le travail dans la restauration et quelques donné es sur Bariloche.

6) Entreprises récupérées

Lavaca, 22.05.06, « Zanon a fait don d’un mural à Cromañón [la discothèque légalisée par piston et absence d’inspection, mais où tout était hors normes en cas d’incendie, d’où 194 morts le 30 décembre 2005, voir les bulletins précédents et dans celui les considération d’Adriana Calvo] »

Le mural évoque l’idée d’un mouvement contre l’impunité, les remises en question du gouvernement actuel et des remarques sur le pessimisme et l’optimisme. Il a été placé sur une place proche du lieu de la tragédie devant les membres des familles des victimes. Lecture a été faire d’un document qui finit ainsi :

« Peut-être que de l’Etat on ne voit pas les coïncidences entre Zanon, AMIA [attentat dans un centre juif, 80 morts, pas d’enquête sérieuse jusqu’à présent, une vingtaine d’années plus tard], Kosteki y Santillán, Las Heras [trouble en février 2006, un policier tué, puis des arrestations arbitraires avec torture au commissariat], gâchette facile, assassinat de mineurs en prison, et Cromañón. Mais nous, nous le disons, Monsieur Kirchner, nous sommes unis par la lutte contre toute forme de corruption et nous allons continuer la bataille jusqu’à l’obtention de l justice pour tous. Les jeunes de Cromañón. Présents. Maintenant et toujours. »

Les deux représentants de Zanon, venu de Neuquén à 1.300 km, « le gouvernement est aussi responsable de l’absence de solution pour les usines récupérées, parce que ce gouvernement, quand il faisait sa campagne [avant les élections] disait qu’il pouvait apporter une solution pour Zanon. Cela fait trois ans que Kirchner est président et il n’a pas encore pris une seule position".

7) Réflexions intéressantes

Zibechi « Recommencer à nouveau » lavaca, 26.07.06. Une interview fleuve sur les usines de traitement de pâte à papier en Uruguay et la pollution sur les villes frontalières argentines (et la lutte des écologistes) et les différences entre les deux pays, ce qui est privilégié. Zibechi donne un séminaire sur les nouveaux mouvements sociaux en Amérique latine une fois par mois à Buenos Aires dans le cadre de lavaca.

Il apparaît que l’Uruguay souffre d’un développement démographique par rapport à ses voisins argentin et brésilien. Le pays vieillit, a un million d’exilés dont 300.000 en Argentine.

L’Uruguay est un pays qui a une culture social et politique de classes moyennes. Et en Argentine, au contraire, la culture plébéienne est hégémonique, les couches populaires ont toujours débordé l’Etat à un moment ou à un autre.

Il y a une donnée qui est fondamentale pour moi. En 1955, lors du putsch contre Perón, en Uruguay les gents sont sortis faire la fête. Cela révèle plusieurs choses, dont l’une est qu’on n’a rien compris au phénomène du péronisme. On n’a pas vu que la classe ouvrière était réprimée, punie, que les ouvriers voyait le gouvernement péroniste comme à eux et que la figure d’Evita surtout représentait cette culture plébéienne élevée au rang de direction de l’Etat. Je trouve très grotesque que les gens fête un coup d’Etat dans un pays démocratique, anti militariste, à culture de gauche, mais de classes moyennes. Et pourquoi l’empathie ne fonctionnait pas ? C’est que la culture plébéienne ne va pas avec celle des classes moyennes. [...] jamais on n’a compris le mouvement piquetero. [...] .En Uruguay, nous sommes à côté de la classe ouvrière qui au XX siècle a été la plus active du monde. Elle a fait 7, 8, 9 insurrections À partir de 1909, tous les 8 ou 10 ans, la Semaine tragique, 35, 45, la résistance, le Cordobazo, les “azos” des années 60, jusqu’à la nouvelle génération, les coordinations de 75 et 76, ce qu’on appelle erronément l’émeute de Santiago del Estero, une autre génération de soulèvements. Et on rate tout ça ? Les gens radicaux, révolutionnaires en Uruguay, ne peuvent le voir. [...] En Uruguay tout ça n’existe pas. En Uruguay jamais ceux d’en bas n’ont débordé l’Etat, jamais, pendant un siècle. [...] Dans une société où on prétend parler de classes, parce que la et le marxisme aussi, on ne peut pas voir les classes. [...]

Il existe une nouvelle forme de domination, pour chercher à contenir les plus pauvres et à affaiblir les classes moyennes. Je crois que pour les stratégies de la Banque Mondiale, du G -7, des Etats-Unis, cette unité possible des classes moyennes et des plus pauvres, est un
danger. Alors il la casse. MST plus CUT au Brésil, piqueteros plus assemblées en Argentine, ce serait la chute des régimes. Alors ces derniers font une muraille de Chine. [...] en contrôlant les plus pauvres, au moyens de subsides. En Argentine entre les subsides directes et indirects, ça fait cinq millions de personnes. La plus grande partie dans la banlieue de Buenos Aires. Et au Brésil 40 millions. Ce sont de très forts pourcentages de la population. En Uruguay, environ 200.000 personnes, la pauvreté profonde. [...]

Maintenant nous avons un Etat faible, incapable d’intégrer. Il doit diviser et dominer autrement les différents secteurs. [...] ce que fait Kirchner ce n’est pas de re- étatiser, mais De donner aux capitaux nationaux ce qui avant appartenait à des capitaux étrangers. En réalité, il n’y a pas de capitaux nationaux, c’est un euphémisme. Il existe des capitaux plus contrôlables. Ce dont il s’agit c’est de diminuer le désastre social engendré par le néo libéralisme, tout en suivant le model libéral, avec ses normes fondamentales. [...]

Les organisations qui font cela [demander des subsides à l’Etat], tout en se disant d’opposition, finissent par devenir fonctionnelles et ne gênent pas. Le défi c’est de se détruire en tant qu’organisations, de chercher d’autres voies. [...] je crois que nous sommes dans une période comme lorsque le néo libéralisme s’est installé, de 89 à 91. Ce qu’on avait fait jusqu’alors ne servait plus et il fallait trouver quelque chose de différent. Mais nous sommes bien mieux préparés. Parce que dans les années 90 c’était le désert. Il n’y avait que les Mères, La Tribu, La Colifata commençait et rien d’autres. Il y a eu des dizaines d’initiative intéressantes, non noyautées, autonomes. Ce qui Se passe c’est que pour créer des choses nouvelles, elles ne peuvent pas continuer à être comme avant. Elles doivent émigrer, ce qui entraîne toujours beaucoup d’incertitude. [...] On le voit avec Cromañón, qui en profondeur a beaucoup de traits communs avec le début des Mères, leur esprit des premières années : un petit groupe avec de la présence et de l’initiative. [...]

8) Elections piège à cons

Página 12, 28.07.06 “L’Opus au gouvernement. Le social démocrate García a forme un cabinet à forte présence de patrons, d’économistes néo libéraux et un referant de l’Opus Dei. [... ] Alan García devient aujourd’hui por la seconde fois président du Pérou et avec cabinet néo libéral. Cela confirme le rapprochement de la droite avec García et son éloignement de beaucoup de ses promesses électorales, à commencer par celle d’en finir avec le modèle économique néo libéral.