Argentine info n° 15

samedi 2 septembre 2006, par frank

Argentine info n° 15

(Fin de rédaction 01.09.06)

Evocation globale socio économique voir n° 4

Résumé bref

- Augmentation de la répression et de la fracture sociale,
- Persistance de la misère des plus pauvres, surtout des enfants,
- Indifférence d’une grande partie des classes moyennes,
- Refus d’action en profondeur du gouvernement.

Contenu

1) Chiffres de la répression et de la misère, malgré les cocoricos de Kirchner

2) Echo des luttes

3) Usines récupérées

4) Mouvement des droits de l’homme et la marche de Blumberg

5) Mères et libertaires gouvernementalistes

6) Misère du catholicisme sur le plan sexuel

a) L’avortement à la une

b) La prostitution dans l’ombre

7) Nécessité de la récupération de la mémoire

1) Chiffres de la répression et de la misère, malgré les cocoricos de Kirchner

« CORREPI (Coordinadora contra la Represión Policial e Institucional)
Rapport de situation 2003-2006 : Les droits de l’homme dans la gestion Kirchner

Introduction Le CORREPI présente tous les ans un dossier avec les cas de personnes assassinées par les forces de sécurité de l’Etat, qui révèle la continuité de la répression après 1983, indépendamment des changements de formes. Aujourd’hui, au bout de trois ans de gestion présidentielle, nous présentons ce document comme un complément de notre dénonciation, avec un calcul de la répression appliquée par ce gouvernement aux secteurs pauvres non organisés de la société et aux secteurs organisés de la politique nationale du 25 mai 2003 à aujourd’hui [juillet-août 2006].

La stratégie politique du gouvernement de Néstor Kirchner en matière de droits de l’homme est un des axes de sa quête permanente de légitimation. Une manœuvre habilement combinée de captation de référents historiques du domaine des droits de l’homme et de la propagande officielle déguisée sous le couvert d’information journalistique [comprendre « Página 12 »] cherche à nous situer, nous qui dénonçons le caractère répresseur de ce gouvernement, comme de dangereux déstabilisateurs issus d’une gauche qualifiée de sinistre. [...]

Du 25 mai 2003 au 28 juillet 2006 505 personnes ont été assassinées par les forces de sécurité. Dans leur majorité ces sont des jeunes pauvres, les chiffres pour chaque année sont :

102 assassinats entre le 25/5/03 et le 31/12/03.
159 assassinats en 2004.
175 assassinats en 2005.
69 assassinats entre le 01/01/06 et le 28/07/06.

Depuis la 10 ème présentation de dossier, nous avons eu connaissance de 95 nouveaux cas de gâchette facile ou de morts par torture, dans les prisons et les commissariats dans 10 provinces [sur 24], dont 79 après le 10 décembre 2005.

Les provinces citées sont pour les sept premiers mois de l’année 2006 :
1. Buenos Aires, 20 cas. 2. Ville de Buenos Aires, 9 cas. 3. C0rdoba, 10 cas. 4. Corrientes, 5 cas. [etc.]

Quant aux modalités, 53 % des faits enregistrés entre le 25/05/2003 et fin juillet 2006 correspondent à des crimes par gâchette facile, et 45 % des morts en prisons et commissariats. Parmi ces derniers, beaucoup correspondent à des cas de torture suivie de décès.

Le personnel des divers centres de détention définit en général les morts comme résultat de suicides, d’incendies, lutted entre internes et mutineries. Les suicides sont d’habitude une méthode pour déguiser la torture suivie de mort. Au bout d’une séance de torture qui implique généralement des coups, des viols, « petits sacs » (difficulté mécanique respiratoire, en utilisant surtout un sac de polyéthylène sur la tête) et « gégène » ou « picana » [électrodes de puissance variable sur des parties corporelles sensibles]. »

On remarque, une fois de plus, l’intériorisation dans le quotidien des flics argentins de BABA des génocidaires de la dictature militaire, lui-même « confié en héritage » par des officiers français formés en Algérie et envoyé par le gouvernement français.

(Une étude plus approfondie et comparative - par rapport aux présidents précédents - sera faite en septembre)

"Página 12" 23.08.06 « le chômage avec plans sociaux a baissé pour atteindre 10,4, forte croissance de l’emploi » [Sur les critères - en partie surréaliste - des calculs, voir ce bulletin, n° 4] par Fernando Krakowiak

« Le taux de chômage a chuté à 10,4 % pour le second trimestre, 1,7 de moins que l’année dernière au même moment, selon l’Indec. Quant au sous-emploi il est passé de 12,8 à 12 %. [...] En dépit de l’amélioration des indicateurs, presque 3,5 millions de personnes continuent à avoir des problèmes d’emploi dans l’ensemble des agglomérations urbaines du pays.
Si on considère comme chômeurs les bénéficiaires de Plan Jefas et Jefes le taux de chômage passe à 12,8 %. Cependant, ce groupe a diminué de 2,9 % l’année dernière, presque le double que le chômage.

Cela s’explique fondamentalement par l’incorporation accélérée dans le marché du travail des titulaires de ces plans, mais faut aussi tenir compte du fait que ces derniers mois plusieurs milliers de personnes sont passées au Plan famille et dans les calculs de l’Indec, les bénéficiaires de ce plan cessent d’être considérés comme chômeurs et deviennent des inactifs. [...]

Au-delà de cet exercice numérique, les données du chômage montrent une forte baisse, plus importante par comparaison aux indicateurs, par exemple, le premier trimestre 2003, quand le chômage était de 20,4 (sans les plans 26,6 %) et le sous emploi de 17,7 %. La forte baisse du chômage est une conséquence de la croissance soutenue de l’activité économique proche de 9 %. Un des principaux moteurs de cette récupération est l’industrie, qui a augmenté de 8,8 en juillet et 7,6 % pour les sept premiers mois de l’année, [...] Cette croissance est impulsée par le secteur automobile et le bâtiment (qui absorbe une grande quantité de la main d’œuvre).

[Pour les] emplois [...] l’instabilité a une incidence supérieure à 70 %. En premier lieu se trouvent les travailleurs domestiques, dans leur grande majorité les femmes représentent 12 % des employés pauvres. Ensuite viennent les vendeurs ambulants (7,7), maçons (5,8), ouvriers non spécialisés de l’industrie (4,6) et manœuvres dans le bâtiment (4,3 %). L’index de salaires élaboré par l’Indec montre que depuis la période octobre-décembre de 2001, le secteur privé a enregistré une hausse de revenu de 107 %, tandis que le non enregistré uniquement de 45 %, [...]

une proportion non négligeable des salariés pauvres est légale et même avec un bon niveau de qualification. Tel est le cas, par exemple, de certains ouvriers spécialisés de l’industrie, les enseignants et les infirmiers. Les ouvriers qualifiés de l’industrie manufacturière apportent 4,4 % au total des employés pauvres, presque le même pourcentage que les non qualifiés mentionnés plus haut. [...] Dans la majorité des cas, ces employés sont pauvres parce qu’ils travaillent moins de 35 heures hebdomadaires, ce qui implique une journée complète (parmi les ouvriers enregistrés de l’industrie, par exemple, la moitié est dans cette situation),

Eduardo Pavlovsky, « Página 12 » 28.08.06, synthétise ce que les classes moyennes et le gouvernement ne veulent pas voir (ou ne peuvent pas voir, vu leurs intérêts liés aux multinationales). Comme il ne fait pas partie du monde politique, qu’il est psychanalyste et homme de théâtre, sa vision est nette. Sa chronique s’intitule
"La Marche", une allusion à la manifestation du 1 septembre [voir le point 4] sous couvert de demande de plus de moyens pour la sécurité et la répression animée par Blumberg, patron d’entreprise dont le fils fut séquestré en 2004 et exécuté lors de l’intervention de la police. Depuis, Blumberg a des visées politiques évidentes pour la droite divisée - en tant qu’élément fédérateur. 2007 est une année d’élection présidentielle et - pour le moment - Kirchner fait tout pour perdre ses maigres acquis dans la gauche (et les leaders les plus astucieux commencent à abandonner le vaisseau qui sombre). Voir aussi le point 4.

" Dans ce pays la faim est ce qu’il y a de plus pervers dit Alberto Morlachetti, coordinateur des Enfants du peuple, qui oeuvre depuis trente ans dans la Fondation Pelota de Trapo [balle de chiffon] (Página 12, 11/ 8). « La faim est un crime. 70% de la population du pays sont des mineurs de 18 ans, 9 millions et demi d’enfants vivent dans la pauvreté, presque la moitié ne mange pas. » Son commentaire est que les enfants dans l’imaginaire social semblent responsables de leur pauvreté. Ainsi les enfants des favelas de São Paulo collaboraient aux actions des narcotraficants lors des événements destructeurs récents, parce que les narcotraficants offraient de l’argent à leurs familles pour la nourriture, l’éducation et la santé. La délinquance juvénile c’est la classe moyenne complice qui la construit. Peut-on vivre avec 3 pesos par jour, 87 pesos par mois ? [...] La faim est un acte de barbarie, et nous voyons que ces dernières années elle n’a pas changé du moins dans les grands centres urbains." C’est le premier problème à résoudre. Et c’est en rapport avec la distribution de la richesse." Des dizaines d’enfants meurent tous les jours pour des raisons évitables et de nombreux autres qui ne meurent pas ont leurs neurones abîmées. On le sait. Le problème de la faim est un problème de volonté politique et non pas d’argent." [...] 10% des foyers les plus pauvres touchent 65 pesos par mois et les plus riches disposent de 2.226 (Indec). Les plus riches gagnent 34 fois plus que les plus pauvres et ce surplus résiduel doit demeurer exclu pour soutenir le capitalisme humaniste. Le temps de la justice sociale viendra un jour. "Maintenant il faut construire des prisons" dit Blumberg.

Les 3000 enfants qui viennent quotidiennement de la banlieue à Buenos Aires, pourquoi viennent-ils ? Les uns pour demander l’aumône, d’autres pour des petits boulots et enfin pour de l’argent pour la drogue. Certains apprennent sans doute le vol comme métier des plus expérimentés. N’est-ce pas vrai ? Davantage de prisons demande Blumberg pour les "coffrer" tous et exiger plus de peine avec une baisse de l’âge d’incarcération.

Tous ces enfants des décharges sont les disparus d’aujourd’hui. Ils disparaissent tous les jours. La faim vient les chercher. Les disparus d’aujourd’hui sont les morts de faim et misère. Tous les enfants qui vivent dans le sous développement des ressources humaines. Aujourd’hui la picana ["gégène", torture aux électrodes] c’est l’indifférence citoyenne d’un grand secteur de la population face à la faim.

Un groupe de petites filles de la province de Formosa décrivait dans un programme télévisé comment elles exerçaient la prostitution. Avec une totale naïveté et évidence. Une mère est apparue en disant qu’elle conseillait sa plus jeune fille. Toutes entre 12 y 15 ans. La réception du téléspectateur est dans sa grande majorité obscène et insolente, comme si son regard aussi devenait complice et non critique. Mais s’il y a une agression dans un appartement de la rue Agüero et Santa Fe les gens s’émeuvent et s’indignent fortement : " Jusqu’à quand - semblent-ils dire - allons-nous supporter cette insécurité ? " Ils font partie des citoyens ordinaires qui iront à la manifestation de Blumberg pour protéger leurs biens.

La marche de Blumberg ressemble beaucoup aux grandes marches civiles de la bourgeoisie allemande de 1925, envahissant et remplissant les rues des principales villes allemandes pour acclamer le nom de Hindenburg (élu ensuite président en 1933). Ce fut le maillon qui conduisit l’Allemagne au nazisme. [...]

Comme le disait l’autre jour une dame à Radio 10 : " Pendant la période militaire nous vivions bien et tranquillement. Mes enfants pouvaient sortir et dans la rue, ils n’avaient pas peur, parce qu’il y avait une grande sécurité et pas le danger comme maintenant." Cet "extrait " de la réalité est une manière de voir le monde. Le monde est sa famille. « Nous étions tous plus tranquilles." Cette subjectivité du citoyen moyen n’a pas été discutée et étudiée jusqu’à maintenant. Mais c’est là que se forme le germe du fascisme dans une petite pensée innocente d’une famille. De là à la justification de la répression il y a un écart. Il n’est pas de Terrorisme d’Etat sans complicité civile. Mais parfois je pense, en conversant avec les gens, que le citoyen ordinaire ne savait pas qu’il était complice de quelque chose. Il n’était qu’un citoyen qui voulait vivre tranquille. C’est le grand problème à débattre. La nouvelle complicité d’aujourd’hui ce sont les problèmes de la sécurité. 60% de notre population place le problème de la sécurité comme une priorité. 30%, le problème des rues défoncées, bien avant le chômage qui inquiète 10%. Les corps résiduels n’existent que dans les statistiques. La faim n’est pas calculée. Le problème est devenu comment se prémunir contre cette masse sous humaine qui peut nous attaquer nous ou nos propriétés. C’est l’idée centrale de Blumberg. La criminalisation de la misère. [...]

2) Echo des luttes

Le MO.CA.FOR. (mouvement paysan de Formosa) et des différentes organisations qui ont participé à la "1º rencontre latino américaines de jeunes pour la terre proposent la formation d’un Front national sanmartinien pour la démocratie directe. Solidairement avec la diffusion de cette proposition le mouvement sanmartinien diffuse le communiqué de ces organisations. [le général San Martín fut, avec Bolívar, est des pères de l’indépendance de l’Amérique Latine et de l’Argentine au début du XIX siècle. Il refusa d’assumer des fonctions politiques et se retira en France où il mourut, à Boulogne sur mer, comme chacun le sait. C’est le symbole du sagesse, de la probité]
MoCaFor : Proclamation et marche

La préparation d’une marche nationale pour la Terre, les ressources naturelles et la souveraineté alimentaire et le lancement du Front sanmartinien pour la démocratie directe ont été annoncés à la fin de la 1º rencontre latino américaines de jeunes pour la terre et le mouvement paysan de Formosa (Mo.Ca.For.), respectivement, dans la Ville General Belgrano, le légendaire bastion de la résistance paysanne de la province. [...]

La proposition de la Marche a été faite lors d’une assemblée plénière et est appuyée par les représentants, entre autres, des jeunesses de la CTA et étudiants de Philosophie de la province voisine du Chaco et le groupe du Chaco Anarkismo Organizado ; les membres de différentes organisations de Corrientes de l’INCUPO (Institut de Culture populaire) et el Centre Ñande Sapucay de San Lorenzo ; le mouvement RAIS et mouvement Œcuménique Pour les droits de l’homme de Rosario ; l’UTERMI (Union de travailleurs ruraux de Misiones) ; venant de l’épiscopat de La Quiaca, Valentín González en représentation de 40 communautés originaires de Jujuy ; de Buenos Aires : le Groupe de Réflexion rurale, le CEPPAS (Centre de politiques publiques pour le socialisme), l’organisation Libres del Sur. Villa Gral. Belgrano, 15 juillet 2006
Proclamation de Belgrano
Dans le cadre de la construction de la démocratie participative, Nous, communautés originaires, femmes et hommes, paysans, petits et moyens producteurs, commerçants et professionnels de la province argentine de Formosa.
Nous voulons saluer la présence de toutes les personnes et les organisations qui sont venues à cette Première rencontre latino américaine de jeunes pour la terre et ont partagé ces journées de débat, de réflexion et de lutte, dans le cadre d’un mouvement social et du drapeau de la démocratie directe, en pratiquant ensemble une insurrection des idées qui ne fait que commencer et se rattache au printemps des masses de Notre Amérique [allusion à un texte du poète et homme politique cubain José Martí de fin du XIX siècle].

Lassés de voir que tous les jours notre survie et celle de nos familles sont plus difficiles ; de subir une politique incapable de résoudre le manque de travail producteur véritable, mais capable de passer sous silence la plus petite dissidence par la fraude, l’achat et la vente de vote et de volontés et le plus impitoyable des chantages, la coercition de tous les jours utilisant les bésoins élémentaires des gens, le logement digne, le travail honnête et les rapports solidaires entre voisins de la même communauté. [....]

Parce que la séquestration de documents et de personnes dans nos communautés originaires et l’achat de votes et de dénonciations, pour 10, 20, 40, ou plus de pesos ; ou l’obtention d’un Plan, constituent une pratique établie par cette classe qui se choisit elle-même, menace les faibles et persécute les insoumis, en combinant le harcèlement et les moyens sophistiqués de contrôle social.
Tout cela a lieu alors que : si 17 % des Argentins ont des besoins élémentaires non satisfaits, à Formosa c’est 33 % des habitantes qui vivent entassés, sans tout à l’égout, sans écoles ou avec faim le matin, l’après-midi et le soir et la nuit.

Contraste : "Página 12" signale, 15.08.06, que les compagnies étrangères de téléphonie n’ont pas versé 1 % de leur chiffre d’affaire aux impôts depuis 2001, soit la somme de 500 millions de pesos.

Dans la ville de Buenos Aires, Argentine, le samedi 26 août, nous les cartoneros y recycleurs d’une bonne partie du pays nous allons nous rencontrer grâce au Mouvement national de travailleurs cartoneros et recycleurs pour discuter les points suivants :

*Organisation des camarades cartoneros et recycleurs
*nécessitées et propositions
*Formes de gestion collective
*proposition de document qui nous donne une identité [...]

Nous le faisons pour récupérer notre dignité comme personnes.
Nous le faisons comme secteur social marginalisé et exploité, revendiquant le travail comme mécanisme d’inclusion social.
Nous le faisons pour que la richesse contenue dans les RSU [résidus solides urbain] demeurent aux mains de ceux qui la découvrent tous les jours en la sélectionnant dans la rue ou les immeubles, en lui ajoutant une valeur de recyclage ou en formant des entreprises intégrées dans l’économie sociale ; comme seule garantie de matérialisation de nos rêves.

Nous le faisons pour récupérer la défense de l’environnement avec comme centre l’être humain, sa santé, son education, en définitive, son bonheur.

3) usines récupérées

Les employés del Frigorifique Paloni luttent pour l’expropriation, Prensa De Frente, 18/08/2006, Carolina Keve

Enrique Garagiola est un des soixante-dix employés qui possède le Frigorifique Paloni à Bahía Blanca. Cela fait un an qu’il vit avec 300 pesos. De temps en temps quand la municipalité lui donne un sac de nourriture pour ses enfants, comme mesure exceptionnelle pour palier la tragique situation que connaissent les ouvriers après la fermeture de la fabrique. Bien qu’avec ses camarades ils aient présenté de nombreux projets pour la remettre en marche sous leur direction, le travail est au point mort pendant que la Justice poursuit le dossier de faillite. Cette semaine, au vu de l’absence de réponses, les organisations sociales et syndicales ont décidé d’aller à cette localité pour réaliser una mobilisation devant la mairie pour réclamer l’expropriation. « La situation est insoutenable. Ici il y a des gens qui ont travaillé toute leur vie dans le frigorifique. Paloni a vidé l’entreprise et par-dessus le marché, alors qu’elle est en liquidation, il a généré davantage de dettes. Nous la seule chose que nous demandons c’est qu’on nous laisse travailler. » explique Garagiola. [...]

Le frigorifique a été occupé par les travailleurs en août dernier, après avoir été plusieurs mois sans touchés de salaires, concrètement la dette représentait deux ans d’apports et six mois de salaires [...] plusieurs organisations - soutiennent - entre autres, le Mouvement national d’entreprises récupérées (MNER), Suteba et le Frente de travailleurs combatifs (FTC) - sont allés à Bahía Blanca pour participer à une marcha avec la consigne « Occuper, résister, produire ». [...]
4) Mouvement pour les droits de l’homme et la marche de Blumberg

"Página 12 " 01.09.06 Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix, 1980, avait appelé à une contre marche contre Blumberg, au dernier moment (une façon de donner un coup de main à un gouvernement paralysé par la peur d’avoir à se définir comme de droite et perdre sa base dans la gauche).
Toujours au dernier moment, Luis D’Elía, triple personnage -président perpétuel d’une organisation de logement et de terres pour les pauvres la FTV, -dirigeant de la CTA, tout en y étant un électron libre, - membre du gouvernement depuis janvier 2006, sous secrétaire de Terre et habitat social au ministère de Planification fédéral. Il appelait ses piqueteros et d’autres piqueteros kirchnéristes vinrent également.

Aucun des deux leaders n’a voulu parler en présence de l’autre. Bel exemple d’impuissance quand chacun cherche à capitaliser. Quelques 4.000 personnes contre les 20.000 de la droite de Blumberg (grosse baisse par rapport à 2004). Quand les droits de l’homme sont instrumentalisés, les gens ne suivent pas.

5) Mères et libertaires gouvernementalistes

Juin 2006 L’université des Mères, récupérée par Hebe de Bonafini après la scission entre son groupe et Línea Fundadora, a reçu 500.000 pesos des ministères de l’Education et de l’intérieur pour son travail de conservation du patrimoine historique. Pour un commentaire indirect sur les priorités des investissements, voir le texte de Pavlovsky.

"Página 12" 18.08.06 "La ministre des droits de homme de Buenos Aires, Gabriela Cerruti, et la titulaire de l’Association Mères de place de Mai, Hebe de Bonafini, ont lancé hier avec des organisations sociales et piqueteras un « espace kirchnériste » de soutien à la gestion du chef du gouvernement de la ville de Buenos Aires, Jorge Telerman. La fonctionnaire a indiqué que "nous allons défendre" Néstor Kirchner « contre ses ennemis, mais aussi contre ceux qui se disent ses amis en croyant qu’en parlant des droits de l’homme nous allons oublier leur passé et de ce qu’ils ont fait." Pendant cette rencontre à l’université des Mères, Hebe de Bonafini a déclaré que ceux qui font partie de ce groupe "sont dans le même bateau" avec Telerman et Cerrutti.
Rencontre de masse en présence de Julio Pereyra [maire kirchnériste], lancement du Front d’unité populaire à Florencio Varela [banlieue sud de Buenos Aires] [devant 3.000 personnes, la manifestation a débuté par une intervention] de Federico Martelli [soi disant anarchiste], secrétaire général du Mouvement d’unité populaire qui, après avoir remercié les camarades de Florencio Varela pour cette rencontre, a fait référence à la situation actuelle et à la nécessité de renforcer le militantisme populaire organisé pour faire face à la nouvelle conjoncture nationale et latino-américaine.

Les principaux concepts étaient :
"Pour savoir où nous allons nous ne devons pas oublier d’où nous venons, des blocages de routes et la résistance au néo libéralisme"
"Il est certain que nous allons mieux, que nous avons avancé, mais il ne faut pas se faire d’illusions, il y a des lèche-culs qui croient que dans le pays il n’y a plus de famine et de chômage, ils se trompent, en Argentine nous sommes encore dans une mauvaise situation."
"L’oligarchie va nous tomber dessus, elle fait déjà sortir la rue les militaires nostalgiques et les gourous de l’économie ont pronostiqué inflation, [...] Pour faire face à cela, nous avons besoin de plus de force, que les unités de base cessent d’êtres des lieux vides et que les militants fassent davantage que peindre les murs
"

Les propos politiciens du maire et les adhésions de membres du gouvernement montrent la culbute de ces camarades libertaires.

6) Misère du catholicisme sur le plan sexuel

a) L’avortement à la une

Eduardo Aliverti, « Página 12 » 28.08.06|, avec sa chronique Los inmorales, les immoraux, exprime l’essentiel :

« aborder la problématique de l’avortement, et se plonger sur les dizaines de milliers de pauvres femmes opérées dans la clandestinité et la crasse, les décédées après ces opérations, l’hypocrisie énorme des curés, et la bataille idéologique en ce moment avec les héritiers de l’Inquisition, forme un panorama où on sent qu’on atteint quelque chose de vraiment structurel, présent, urgent et solucionable - au contraire de la pauvreté et de la marginalisation endémiques - de façon expéditive. Les filles de Mendoza et Guernica son la preuve qu’il n’y a pas de lobby et de menaces qui vaillent quand une volonté suffisante surgit contre la force antagoniste.

Savoir quand commence la vie, si un embryon est un être et à partir de quelle instance on pourrait le définir en tant que tel, implique des considérations scientifiques et philosophiques qui excèdent ou pourraient excéder la capacité de ces lignes. Mais en outre, ce n’est pas l’intention. Car un débat est valable lorsqu’il est régi par l’honnêteté, et ce n’est pas le cas. En conséquence, la première chose à faire est séparer la paille du blé pour aussitôt entrer dans d’autres profondeurs.

Les cas de ces filles ont été une offense légale horrible, puisqu’ils entraient parfaitement dans l’interruption de la grossesse sans crainte de tomber dans aucun délit. Cependant, pire que cela est le degré d’autorité morale d’un des acteurs institutionnels intervenants dans le débat. [...] une bande d’arriérés incroyables qui au nom de dieu non seulement ne saisissent aucune raison mais qui, comme résultat de leur dogmatisme maladif, ont démontré qu’ils étaient prêts à piétiner la limite du respect de la vie. Pas la vie d’un fétus : la vie concrète de deux adolescentes outragées, et celle de leurs familles. [...]
Le premier cas de viol d’une handicapée a été fortement médiatisé par les catholiques. Il a servi de repoussoir pour le deuxième cas qui a été réglé rapidement,. "Página 12" 24.08.06

En dépit des obstacles, la jeune fille de Buenos Aires a pu interrompre sa grossesse. La famille de L.M.R, la jeune handicapée violée à Guernica, a trouvé un médecin qui a réalisé l’avortement légal. [...] La mère et la sœur ont donné leur témoignage « Tant de semaines de lutte et en peu de temps, en vingt minutes, la normalité est revenue. A dire vrai, nous ne pensions pas que cela allait être si simple », dit Verónica, la sœur aînée L.M.R. à "Página 12", chez elle à Guernica, [...] Mais trouver dans ce pays un médecin qui accepte de pratiquer l’intervention ne fut pas facile. La famille a été accompagnée dans sa recherche par des organisations de femmes membres de la Campagne nationale pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit, qui ont réglé l’opération. Plus d’une centaine de personnes se sont mobilisées dans plusieurs provinces pour trouver un professionnel du secteur public ou du privé pour appliquer la procédure. Certains acceptaient, mais quand ils apprenaient le nom de la patiente ils refusaient par crainte de poursuites criminelles. On a même envisagé la possibilité de conduire L.M.R. en Espagne, où un médecin argentin - comme l’a publié "Página 12" s’est offert à faire l’avortement -, mais pour partir la jeune fille avait besoin de l’autorisation de son père, avec lequel la famille n’a plus de contact depuis plus de dix ans.

b) la prostitution dans l’ombre

Eva : la cruelle vérité 23/08/2006, lavaca "L’histoire de la femme que nous appelons Eva symbolise la situation de prostitution et d’humiliation qui fait partie du paysage urbain, mais que beaucoup ne veulent pas voir. Elle a 64 ans et a commencé comme prostituée à 20 ans dans la province de Chaco. [commentaire oublié : 1962 c’est peu après l’époque où les antipéronistes -belle union de militaires, catholiques de droite, socialistes, communistes et certains anarchistes connus - sont sensés remettre le pays en ordre pour la démocratie]

De cette interview kilométrique, par Sonia Sánchez, de Ammar Capital, [voir plus loin des extraits], voici un court passage :

- Comment as-tu commencé à te prostituer ?
-A 20 ans. A Resistencia, Chaco. Parce que j’étais seule avec mes enfants, mon salaire ne suffisait pas, mes enfants avaient faim, ma maman avait faim. Et bon, à 20 ans j’étais déjà (elle dit le mot en chuchotant, comme si elle confiait un secret) prostituée.
-La faim t’y a poussée.
-La faim, la pauvreté m’ont poussée à la prostitution. Parce qu’en ce temps là, quand mes enfants étaient petits, combien gagnait-on dans un travail ? Deux pesos cinquante, ou cinq.Biensûr,c’était de l’argent, et ce ne l’était pas, je n’y arrivais pas. Une fois, en parlant à une amie, que je fatiguais à force de lui demander de l’argent, elle me dit : Tu veux gagner de l’argent ? J’ai ri et j’ai demandé comment. Elle m’a dit : je fais ci et ça. Je ne veux pas dire qu’elle m’y a poussée. J’y suis allé parce que je l’ai décidé.

Sonia Sáanchez, de Ammar Capital, Réflexions sans maquillage 23/08/2006 lavaca

[...] il y a davantage de contagion de putes qui ont l’information sur comment mettre un préservatif, et même comment négocier avec le "prostituant". Eva [la personne précédente] savait se soigner et elle est tombée malade à cause de la faim.
- De quoi parle-t-on ? Combien a-t-elle touché de plus en n’utilisant de préservatifs ?
- Parfois, la différence est de 3 pesos.
- Combien prend une femme qui doit se prostituer ?
-Aujourd’hui, dans la rue, il y a des femmes qui demandent entre 5 et 10 pesos : 10 pesos pour passer deux heures avec le client. Et 12 ou 3 pour le faire sans préservatif.
- A Ammar on donne des cours sur le VIH.
-Tu sais une chose ? je veux dire qu’aujourd’hui, je suis très irritée contre ces ateliers.
- Pourquoi ?
-Parce que nous dans les ateliers nous apprenons comment utiliser le préservatif, comment négocier avec le prostituant, que tu dois utiliser parce que c’est ta vie. Mais s’il existe la faim, la camarade ne va pas utiliser tout ça. Et après, elle ne peut pas venir te dire "Aide-moi, je n’ai pas su m’en servir". Elle a honte parce qu’elle a peur et se sent coupable. Et c’est nous qui le permettons, parce que nous fonctionnons comme un instrument. On nous utilise, parce que nous avons nos entrées, nous travaillons beaucoup entre nous, nous sommes utilisées par les grands programmes sur la santé. [...]

Il y a des femmes qui ne veulent y être [dans la rue]. Mais le gouvernement te garde dans ce lieu, c’est comme ça aujourd’hui. Bien entendu, nous demandons l’education, mais on nous envoie des préservatifs et des boîtes de nourriture. Les stages [de formation] durent six mois, et après ? Il y a deux ou trois camarades qui ont appris à coudre, comme Eva, qui fait des gants. Mais où les vendre ? Si tu le fais dans la rue, la police vient et te demande des pots de vin. Si tu n’es pas d’accord, elle prend la marchandise.
- On t’aide à fabriquer, pas à vendre.
- Et où te retrouves-tu ? De nouveau dans la rue.
- Que propose Ammar ? Quel autre revenu pour ne plus être dans la rue ?
-En réalité, je ne veux pas retirer les filles de la rue : je veux qu’elles s’en aillent d’elles-mêmes. D’abord elles doivent se retrouver. [...] Nous nous recherchons en tant que femmes, pour pouvoir décider, parce que quand on est dans la rue on ne décide pas, c’est la faim qui décide, le proxénète, le gouvernement. [...]

l’Etat est aussi le proxénète des putes. [...] La pute et la police vont ensemble, l’exploitation et la police vont ensemble. Et ce sera toujours ainsi. [...]
-A Ammar Capital vous dites "Nous ne sommes pas des travailleuses sexuelles". Comment en êtes vous arrivées à cette idée ?
-Nous étions dans la CTA (Centrale des travailleurs argentins) et ... je crois que ça a été parce que le temps s’est accéléré sur nous. Je ne trouve pas le mot ... on nous a sous estimées. On a voulu nous syndicaliser, il y a toute une pression pour que nous nous reconnaissions comme travailleuses sexuelles. [...] , en 2001, 2002, ils avaient préparé les statuts, nous allions devenir un syndicat, mais bon, nous comme partie de la commission directive nous avons dit non. [...]

- Mais nous avons commencé à nous demander : qui sommes-nous ? Nous n’aimions pas beaucoup le mot "prostituée" ou le mot "pute", parce que c’est une insulte, parce que quand tu le prononces, il te rappelle toute la merde qu’on t’oblige à faire dans les abris provisoires, ou dans une voiture, ou dans l’obscurité. Quand nous disions "travailleuses sexuelles" ça faisait très beau, très doux, le travail te rend digne : « travailleuse". A ce moment nous nous sentions bien, mais après non. Nous n’aimions pas nous appeler pute, ni travailleuse sexuelle. Alors nous devions savoir qui nous étions. [...] Aujourd’hui nous conservons le sigle Ammar Capital mais nous sommes l’Asociation de femmes argentines pour les droits de l’homme.
-C’est une organisation sans appui institutionnelle, formée par des femmes pauvres, qui voient la prostitution non pas comme un travail, avec un langage contre tout ce qui est établi. Quelle est la force ? [...]
De nombreuses femmes d’Ammar continuent à travailler.
-Bien sûr, si nous demandons à l’Etat toutes ces choses et il ne nous donne rien. Pourquoi demander à l’Etat ? Mais à qui d’autre demander ? Nous demander une formation professionnelle, on nous donne six mois. Et nous voulons un lieu physique pour commencer à produire des choses. Et si tu ne sais ni lire ni écrire, évidemment tu vas continuer à te prostituer parce que tu dois vivre, mais un changement est en cours, les camarades pensent autrement
.

7) Nécessité de la récupération de la mémoire

"Página 12 », 19.08.06, "Visite à des centres clandestins, les traces d’Etchecolatz

L’intention était de revoir trois centres clandestins situés à Arana, dans la banlieue de La Plata, pour que les survivants reconnaissent les lieux et apportent plus de données et de détails pour le procès contre le répresseur Miguel Etchecolatz pour crimes de lèse humanité. On ne s’attendait pas à de grandes surprises, mais il y en eut. Quand le groupe formé de juges, experts, plaignants et défenseurs et ex détenus est entré dans le poste de police de la localité, les dinosaures étaient encore là : « Hommage de la police de la province de Buenos Aires au personnel mort contre la délinquance terroriste » dit la plaque, protégée par un rosaire, fixée depuis 1981 dans l’entrée du commissariat.

C’est encore une fois la collusion police / armée actuelles et le legs de la dictature, que le gouvernement ne peut que connaître et sur laquelle il n’agit que mollement, puisqu’il utilise constamment la police. (Voir les chiffres de la gâchette facile).