CGT-e info n° 10

dimanche 1er octobre 2006, par frank

CGT-e info n° 9

(Fin de rédaction 30.09.06)

Evocation globale socio économique voir n° 2

Résumé bref !

- Agressivité des multinationales espagnoles dans le pillage du tiers monde et de l’Amérique latine en particulier (héritage des conquistadores) ;

- Stagnation et baisse du niveau de vie, avec perte des acquis, pour la majorité des salariés ;

- Ridéau de fumée sur la répression franquiste et la récupération de la mémoire historique.

Contenu :

1) Luttes en cours

2) Etat des lieux à Madrid et Récupération de la mémoire

3) Réflexion sur la mémoire

4)L’Espagne et sa société pourrie

1) Luttes en cours

Les employés de Mercadona reprennent le travail après 179 jours de grève indéfinie
*CNT* 17,09,06 Mais pour la période des jeudis aux vendredix soir, il y aura des débrayages indéfinis, [voir le bulletin précédent]

“ Hier à Valence la dernière manifestation a eu lieu avant le retour au travail après presque une demi-année de grève, C’est maintenant des arrêts limités qui vont marquer la protestation à Barcelone. La grève la plus longue de Catalogne, commencée le 23 mars au centre logistique de Mercadona à Sant Sadurní d’Anoia (province de Barcelone), change radicalement de stratégie pour celle des débrayages. Une décision, d’après la CNT, très appuyée sur les plans juridiques, syndical et personnel parmi les grévistes, en majorité Latino américains embauchés sur place par Mercadona.

Interprétation personnelle : il est toujours délicat de conclure un conflit face à une direction hystérique qui préfère acheter le départ des grévistes [voir le bulletin précédent]. La CNT doit être capable de les soutenir dans cette nouvelle phase. Il demeure qu’un gros effort a été fait dans tout le pays pour populariser la grève et s’opposer à l’image de Mercadona comme supermarché attractif,

120 militants de la CGT se sont réunis devant l’usine Peugeot à Villaverde (Madrid) pour protester contre les licenciements et la répression syndicale dans l’entreprise. Des débrayages d’une heure sont prévus dans les différentes brigades de l’après-midi et de nuit 25.09.06, (Ainfos).

Ce matin de 10 h30 à 11 h 30, une assemblée de la CGT - regroupant 50 travailleurs de l’usine et 70 camarades cégétistes venus en solidarité - a dénoncé des licenciements au compte-gouttes et l’éventualité de l’élimination de la troisième brigade, ce qui éliminerait un millier de travailleurs. Les deux groupes étaient de chaque côté des limites de l’usine où 160 ouvriers ont débrayé durant la manife.

Des camarades - hommes et femmes - de la coordination automobile de CGT étaient présents (Ford, Renault, Volkswagen, Iveco...), secteur très affecté par les licenciements massifs et la répression syndicale qui accompagnent en général ceux qui, comme dans la CGT, ne se plient pas aux intentions des patrons. Des syndicalistes d’autres secteurs étaient là aussi. Ángel Luis García, secrétaire d’Action syndicale de la CGT, a déclaré : "Nous sommes ici pour lutter tous ensemble. Nous en avons assez de travailleur dans des conditions de misère, avec des salaires infâmes".

Sur le plan international la CGT a appuyé une manife le 15.09.06 à Madrid avec de nombreuses organisations politiques (marxistes et chrétiennes de gauche), pour dénoncer l’attaque du Liban et des populations palestiniennes de Cisjordanie et de Gaza, le modèle capitaliste capable “ de massacrer des peuples qui, se fondant sur un droit légitime, résistent au Grand Moyen Orient selon les critères des Etats-Unis, d’Israël et de leurs alliés.

 Rojo y Negro de septembre a consacré 8 pages préparées par la CGT-Comisión Chiapas aux problèmes des Mapuches d’Argentine et du Chili. Dans les deux cas il s’agit de l’attribution des terres ancestrales à des multinationales explotant la laine et les gisements pétroliphères (Benetton et Repsol) et le bois (entreprises suédoises, chileno-nord-américaines notamment), ce qui est un crime pour la culture mapuche profondément respectueuse de la nature et de la flore. Un vaste projet en cours de réalisation construit des centrales hydrauliques sur le fleuve Bío-Bío au Chili, d’où destruction d’une partie de l’écosystème et déplacement de la population contre son gré. De nombreuses manifestations ont lieu depuis des années avec une longue série d’arrestations et des morts. En Argentine, les verdicts des procès demandés par les familles mapuches sont majoritairement favorables aux chefs d’entreprise (en dépit de la constitution !). La pollution s’étend avec l’imprégnation de pétrole d’une partie de la nappe phréatique de Patagonie (voir la scène dans le fim Mémoire du saccage de "Pino" E. Solanas). D’où une migration vers les villes "comme main d’oeuvre à bon marché, les femmes comme esclaves domestiques". Evidemment, la langue et la culture sont globalement ignorées depuis un siècle (au contraire de la constitution, bel exemple de "lettre morte"). Dans certains cas, une vague tolérance est montrée, mais la présentation de revendications est écartée : "Ce n’est pas de la culture, pardon, c’est de la politique [...] La politique revient à qui commande [sous entendu selon la démocratie à la sauce capiraliste]." Les Mapuches jugent justement cette situation en l’englobant avec l’arrivée des conquistadores et la version anti indigène des faits : " C’est à tort qu’on nous demande de nous identifier avec cette nationalité [argentine], ces symboles et ces héros que nous présente l’histoire officielle ; Car tous représentent la mort, la destruction, l’invasion de notre nation originaire."

Un dossier qui serait excellent, s’il ne donnait pas tant de place à la vision du monde mapuche, où les éléments mystiques occupent une place importante au point que je ne vois pas les limites entre le domaine laïc et un éventuel futur secteur clérical.

Dans le prochain bulletin, il y aura un résumé d’une interview avec trois membres de Solidaridad Obrera de Madrid ; l’analyse d’un livre publié par le syndicat STE(s) sur ses 25 ans d’activité et les changements actuels.

2) Etat des lieux à Madrid et mémoire

Il est toujours factice tenter de figer une situation qui passe par le prisme d’un individu, mais cependant voici quelques impressions. A Madrid en septembre 2006, la CGT a organisé des journées libertaires où des camarades de la CNT-AIT, de “ Solidaridad Obrera ” et de la FAI ont pris la parole, sans qu’il y ait de tensions ni pendant les interventions ni ensuite. Un camarade de la FAI a même nuancé, en privé, les propos du secrétaire confédéral de la CGT déplorant la division de l’anarcho-syndicalisme en Espagne, en remarquant qu’il ne voyait pas d’opposition sur le terrain. J’ai suggéré qu’il y avait plutôt “ juxtaposition ”, puisqu’il existe deux coordinations à Madrid regroupant la CGT, la CNT-AIT et “ Solidaridad Obrera ” dans le bâtiment et la santé (avec des dîners périodiques portant le nom de “ somosmuchos ”, nous sommes nombreux). Les camarades de la CNT-AIT et de la FAI n’ont eu vis-à-vis du représentant de la CNT-f, aucune animosité ni aucune question piège ou inquisitoriale.

Pour la CGT, les sujets abordés étaient : Autogestion, pédagogie libertaire, la culture de la vie quotidienne (plus 1936-1939), Actualité du mouvement libertaire, résistance libertaire et répression franquiste, avec une moyenne de 80 personnes et des pointes à plus de 100. Des compte-rendus, des photos et des interviews sont disponibles pour chaque journée sur www.memorialibertaraia.org

Voici quelques extraits des commentaires officiels, avec des remarques éventuelles,

L’autogestion offrait la vision de 1936-1939 et une expérience actuelle : BAH [¡Bajo el Asfalto está la Huerta ! ; sous le goudron il ya le potager] ; deux camarades ont expliqué leur expérience autogestionnaire et se sont définis comme une "Coopérative unitaire de production-distribution-consommation d’agriculture écologique ; BAH propose un modèle alternatif basé sur l’autogestion. Un modèle qui s’appuie sur une structure d’assemblée et un fonctionnement horizontal, qui rend possible le rapport direct entre producteurs et consommateurs. Des collectifs de travailleurs, et différents groupes de consommations de quartier, deux localités et les deux collectifs de Madrid ont constitué et développer cette coopérative. Un livre a un été publié Con la comida no se juega (Alternativas autogestionarias a la globalización capitalista desde la agroecología y el consumo), Madrid, Traficantes de Sueños, 2006, 246 p., 12 €, [compte-rendu dans le prochain bulletin].

La pédagogie a été illustrée par Juan Borroy, professeur de la faculté de sciences humaines et d’éducation [équivalent d’un IUFM] à Huesca, a parlé de l’itinéraire vital et pédagogique de Félix Carrasquer (1905-1993), libertaire aragonais et, sans doute, un de ces êtres humains exemplaires que l’on trouve fréquemment en lisant l’histoire de la CNT du premier tiers du XXe siècle. Autodidacte, il est allé que deux jours à l’école. Lecteur infatigable(selon ses propres termes : “ je n’ai pas fait autre chose que de dévorer des livres et de rêver “ Carrasquer “incarnant des valeurs et un engagement pour l’éducation que nous devrions récupérer”. [....] Le rapporteur suivant, José Antonio Nieto, moniteur de la Escuela Popular de La Prosperidad (“La Prospe”), qui a maintenant 33 ans d’existence (fondée en 1973), s’est présenté comme un “dinosaure imposteur.” : dinosaure à cause de son ancienneté dans “La Prospe”, et imposteur parce que, selon lui, sa connaissance de la pédagogie est “ fragmentaire et rudimentaire ”. Il a déclaré que ce qu’il allait dire provenait uniquement de son expérience dans cette école. Le projet pédagogique et social de “La Prospe” est coopératif, avec les gens du quartier madrilène de La Prosperidad qui s’y impliquent et également la collaboration de personnes d’autre quartier. De “la Prospe” il faut souligner son indépendance et qu’aucune des personnes participantes ne touche de salaires. Au contraire, elles fournissent toutes une cotisation, sauf les chômeurs [....] Le troisième rapporteur Ilía Galán s’est perdu dans un problème universitaire (l’esclavage des assistants par rapports au mandarins). Un dialogue s’est alors engagé avec des assistants sur la pédagogie libertaire en 2006, avec la constatation que les conditions sociales avaient évolué puisque des écoles privées libertaires des années 1930 on est arrivé à une présence massive dans le système étatique. Mais dans ce système, une piste est le refus du pouvoir, du rôle de garde chiourme imposé aux enseignants.

Le quatrième thème était l’actualité du mouvement libertaire, brièvement introduite par deux camarades de la CGT, sociologue et journaliste. Carlos Ramos envisage la pensée libertaire comme fondée sur trois idées forces : la liberté (et sa défense à outrance avec ses deux facettes : l’individuelle et la collective), la participation / coopération, et l’éthique libertaire. Tout le reste n’est que l’application pratique de ces trois idées. La défense de la liberté entraînerait la méfiance vis à vis de la politique, l’idéal de coopération aurait comme résultat l’entraide ; et l’éthique libertaire nous amène à la conviction que la fin en aucun cas ne justifie les moyens (“on ne peut arriver à la liberté que par les chemins de la liberté”). Carlos Ramos [...] a fini son intervention en afirmant que les idées libertaires ont pénétré de nombreuses structures sociales, ce qui permet d’être optimiste. Rafael Cid [...] pense que nous vivons trop des “pères fondateurs”. Il y a une grande indigence idéologique, et cela se traduit par le fait que nous sommes peu visibles. Et cela survient en dépit du fait qu’actuellement il y a un certain nombre de penseurs qui, tout en n’étant pas libertaires, abordent des éléments qui, d’après Rafael, sont des interprétations du mouvement libertaire (par exemple : Petit et le concept qu’il n’y a de liberté que lorsqu’il n’y a pas de domination). Cid a souligné trois thèmes qui ont marqué ce “zig-zag” qui a empêché que nous soyons plus visibles.

1) Le rapport à la violence qu’ils considèrent comme “ une tare ”, non pas qu’il la rejette, mais parce qu’il considère que l’on doit l’utiliser que lorsqu’elle est légitime , mais en aucun cas en faire un signe de ralliement, puisque cela entraîne une image facilement manipulable.
2. Le thème de la démocratie. Selon Rafael, nous n’arrivons pas à l’assumer comme une conception positive en soi. “La démocratie c’est l’action directe”. Ce qui se passe c’est que “ ce qui existe actuellement n’est pas la démocratie : l’anarchisme est l’expression la plus grande de la démocratie ”.
3. L’Etat. Notre vision de l’État est, d’après le camarade Cid, la conséquence du fait que nous continuons à appliquer les schémas du XIXe siècle. Mais maintenant les choses ont changé et il existe de meilleures conditions [...]

Après ces exposés, le débat a commencé et un rapporteur de ces journées, Frank Mintz qui, tout en étant assez d’accord avec ce qui a été dit par Cid, ne l’a pas été en ce qui concerne l’indigence” idéologique, étant donné que le néo libéralisme est en train de démontrer que nous revenons au XIX siècle (journées de 10 heures et davantage, perte des acquis sociaux, etc.). Mintz estime que la pensée de Bakounine est tout à fait actuelle. Et il ressent une forte antipathie envers les penseurs qui aujourd’hui luttent contre le pouvoir sans citer Bakounine. Il finit son intervention en revendiquant Noam Chomsky comme auteur actuel important pour la pensée libertaire.

Le débat s’anime et plusieurs personnes dans l’assistance parlent de la nécessité de revenir à la réalité, de la violence (avec des différences de critères) et de ce que doivent faire les libertaires dans la société actuelle. Tous sont d’accord sur l’actualité du mouvement libertaire, tout en reconnaissant les difficultés. Plusieurs soulignent le fait que les organisations suivent la lutte syndicale et bien moins un débat sur les sujets abordés.

Le camarade Octavio Alberola a souligné notre aspiration à être libre afin que tous le soient. Nous ne luttons pas seulement pour notre liberté, mais pour la liberté de tous. C’est la condition pour être libre. Il a également souligné notre aspiration à partager nos expériences avec les autres. L’entraide, avec la liberté, est la base du mouvement libertaire. Octavio a indiqué que personne ne peut donner une définition parfaitement délimitée et définitive de l’anarchisme pour l’offrir aux autres, parce qu’il est en évolution constante. Il pense également que le mouvement libertaire est actuel, puisque ces valeurs sont de plus en plus présentes dans la société.

Le temps est passé très vite une somme repartie avec la sensation d’un débat intéressant et avec un bon esprit. J’ajoute qu’une dizaine de camarades sont intervenus (dont deux femmes). Un “ fourre-tout ” (batiburrillo) a été dénoncé avec raison par l’ami Jesús Alegre du Stes qui a proposé - pour le futur - de diviser le débat en trois sections : - la pensée libertaire ; - les mouvements anarcho-syndicalistes et leur sectarisme ; - l’actualité du mouvement libertaire. Mais il faut expliquer le contexte : c’est la première fois que dans la CGT Madrid, on débat sur ce thème et l’ensemble a été posé, sans digressions personnalistes, clairement et avec qualité. Outre le camarade du Stes, et les cégétistes, on a entendu Crescencio de “ Solidaridad Obrera ”, un camarade de la CNT-AIT, un de la FAI qui a mis le point final au débat en soulignant qu’on pouvait parfaitement débattre entre militants de différentes confédérations et être d’accord, et auparavant des jeunes du comité sur le logement (voir ce bulletin n 7) sont venus remercier des cégétistes pour leur soutien technique (tirage de propagande) et leur conseil pour leur campagne en juin-juillet. Après des déclarations d’un pessimisme impressionnant ("comme certaines sectes religieuses anti autoritaires, nous risquons de demeurer quelques centaines et finir par disparaître d’ici des dizaines d’années ou 150 ans"), ça réchauffait le cœur de tout le monde - y compris le camarade pessimiste.

Le côté pratique - peut-être le plus positif - et qu’une des deux camarades organisatrices (ouvrière de la base, pilier du syndicat du Nettoyage, permanente cégétiste et qui a gardé son emploi tous les week-ends à l’aéroport de Barajas) sait maintenant qu’elle est libertaire et avec autant de valeur que les anarchistes. Une autre,Rosa, va préparer une formation syndicale sur la violence (définition que nous impose l’Etat espagnol, réalité économique et sociale et la vision syndicale, le Sabotage vu par Pouget, etc.).

La dernière journée sur la répression a débuté par un documentaire de Carlos Ceasero “Una inmensa prisión”, sur la répression franquiste, réalisé par le collectif “El Número Veinticinco”. Un film vraiment intéressant, plein de témoignages d’experts en la matière et, beaucoup plus important, de personnes qui ont subi la répression dans leur propre chair. Cecilio Gordillo a réfléchi dans son intervention sur ce qu’il appelle un “mouvement pour la récupération de la mémoire historique” depuis 2000 jusqu’à aujourd’hui. “ C’est le premier mouvement surgi de la société qui a obligé toutes les forces politiques, le Parlement et les pouvoirs de l’État, à repenser la politique qu’ils avaient adoptée jusqu’à maintenant par rapport au franquisme.” Cecilio a mis en valeur dans ce processus de récupération de la mémoire, l’importance des témoins. Jusqu’à maintenant la mémoire était demeuré dans un cadre privé. En fait les exhumations ne sont pas un fait nouveau. Ce qui est l’est c’est qu’elles ont lieu de façon publique, ce qui gêne le pouvoir. Le camarade Gordillo a fini son intervention en dénonçant qu’en Espagne, aujourd’hui encore, on n’a pas reconnu juridiquement le cas du détenu les condamné aux travaux forcés, avec les réparations juridiques qui s’imposent. [...]

Octavio Alberola a indiqué qu’ “une partie importante de la société réclame que les victimes soient réhabilitées moralement et juridiquement. Le gouvernement n’est pas prêt à le faire. ” Alberola a insisté sur cette honte que 30 ans après la mort de Franco, on n’en est encore à demander la réhabilitation des personnes qui ont lutté pour liberté dont nous jouissons actuellement. “ Ce que veut le gouvernement c’est que la récupération de la mémoire historique demeure au niveau dommageable purement symbolique, et que l’on passe ensuite autre chose. ” Octavio a également commenté la situation actuelle du cas Granado-Delgado, dont on a demandé la révision de la sentence. C’est le seul procès de ce genre qui est admis par le tribunal suprême. L’objectif de ce recours et de récupérer la mémoire des camarades et, en même temps, de tous ceux qui ont lutté contre le franquisme afin d’obliger le gouvernement à prendre position sur ce sujet. Le gouvernement socialiste, d’après le camarade Alberola, a démontré son absence totale d’engagement, alors que le PSOE quand il était dans l’opposition soutenait ce genre d’initiatives.

Pendant la discussion un intervenant a indiqué qu’en Argentine on ne faisait pas de distinction entre la dictature militaire et le présent que les organisations des droits de l’homme nourrissent et maintiennent constamment. Il est tout à fait possible de constituer en Espagne des groupes semblables pour dénoncer à la fois les tortures dans les commissariats, les mauvais traitements contre les sans-papiers (à Ceuta et à Melilla), les anniversaires des massacres de la guerre civile, l’identification des disparus dans les fosses communes. Ce dernier point est un également du ressort des syndicats, par exemple à Saragosse pour exiger la reconnaissance des syndicalistes exécutés et enterrés dans des charniers. “La répression franquiste vous l’avez encore dans la tête." Il faut agir.

Dans la suite des journées qui ont eu lieu à Madrid en septembre, à Burgos en octobre la CGT expose l’exposition sur 1936-1939 du 16 au 20 octobre, avec un exposé tous les soirs : Esclaves du franquisme, Mémoire historique, Epuration du corps enseignant sous le franquisme, Le cas Delgado - Granados, Cinéma contre oubli,.

Deux lieux renferment les principales archives anarcho-syndicalistes

La Fundación Salvador Seguí (FSS), centre d’archives proche de la CGT, avec un centre à Madrid et au autre à Barcelone. Pour Madrid, de nombreux documents historiques originaux sur l’histoire du mouvement libertaire espagnole, des livres, des brochures et des périodiques. Bien entendu le catalogage n’est pas complètement terminé, mais des revues ont été dépouillées, des donations sont faites. Des brochures et des livres ont été édités depuis 15 ans.Capacité d’information et de communication par internet, avec un responsable très qualifié, le camarade Carlos Ramos.

La Fundación Anselmo Lorenzo (FAL), centre d’archives de la CNT-AIT, en cours d’installation à Madrid, dans un local magnifique. Les livres, les brochures et les périodiques sont catalogués et déjà consultables, après accord, pour les chercheurs. Bien entendu le catalogage de tous les documents et des donations n’est pas fini. Capacité d’information et de communication, avec un historien détaché à la FAL, et la publication d’une revue, Germinal, dont le premier numéro est sorti en avril 2006.

4) Réflexion sur la mémoire historique

La dernière fois la présentation du journal de Enrique Barberá Tomá montrait la symbiose du naturisme et de l’anarchosyndicalisme. Cet aspect est parfaitement exposé dans le livre de Josep Maria Roselló La vuelta a la naturaleza (El pensamiento naturista hispano -1890-2000- : naturismo libertario, trofología, vegetarismo naturista, vegetarismo social y librecultura), Barcelone, Virus, 2003, 321 p.

L’amplitude de la chronologie et des champs étudiés imposaient une vision panoramique par fiche. La nouveauté du sujet dépasse l’aspect fastidieux des fiches et du style descriptif. Le livre a 250 pages et de nombreuses notes, des annexes de 17 pages et 40 pages de bibliographie et d’index. L’absence de conclusion véritable oblige les lecteurs à réfléchir sur les limitations des deux périodes historiques abordées : avant la guerre civile et durant mais surtout après le franquisme.

À chaque fois deux plans s’opposent : le naturisme (ou l’écologie) comme solution sociale globale face à l’anarchosyndicaliste. Au sein du mouvement anarchosyndicaliste, le naturisme et soit un mouvement partiel soit un élément moteur. Il faut rappeler que Isaac Puente, auteur d’une brochure très célèbre sur le communisme libertaire, était un naturaliste convaincu. Mis à part quelques foyers, comme Alcoy où vivait Enrique Barberá Tomá, il n’était peu présent dans le cadre syndical.

Bien entendu, deux périodes sont abordées avant (brièvement sous la dictature) et après le franquisme et chacune a ses particularités : la pudibonderie généralisée des années 1920 et 1930, l’absence de préjugés des années 1970. Une citation de Federica Montseny de 1926 ou 1929 est intéressante. “ Le vice, en France, a toujours un aspect utilitaire. L’amour y est une marchandise qui se vend et qu’on achète comme un article de première nécessité. C’est pourquoi les idées de certains individualistes tendant à concevoir l’amour comme quelque chose de semblable à manger, boire, déféquer, etc., ont eu du succès. ” (p. 197)

Je laisse de côté le penchant antifrançais qui oublie l’influence de la morale compétitive et conquérante des classes supérieures - identiques dans tous les pays - plus forts en France qu’ailleurs sur les couches populaires, mais bien inférieur aux libertés féminines des Scandinaves à la fin du XIXe siècle.

Une autre citation de 1977 du bulletin Barcelona libertaria marque une autre approche : “ le fait qui amena à un colloque au parc Gûell [siège des Journées libertaires] après 40 ans de répression totale et particulièrement sexuelle, à une idéologie que certains célèbrent la tolérance par un nu intégral est gratuit pour tout le monde. Mais ce n’est pas tout, au-delà de la fête il y a une provocation et une critique de la morale bourgeoise et traditionnelle. Le corps humain est beau et naturel, nous nous en avons tous un et nous le connaissons. ” (p. 254)

Avec un certain recul, on peut également conclure que le naturisme et ses multiples tendances, est un outil tout autant pour un mysticisme fangeux que pour l’extrême droite. À ce propos, l’auteur rappelle un article de la revue Archipiélago, n° 15, de 1993. Paz Moreno Feliu notait que le führer des médecins du Reich, G. Wagner avait obtenu la fabrication de pain complet, dont la production passa de 1 % au milieu des années 1930 à 25 % en 1943. “ Hitler était végétarien, ne fumait et ne buvait pas. Hess était un partisan et un promoteur de la médecine homéopathique ; les SS, avaient parmi leurs missions, une moins connue : la défense de l’eau minérale et du jus de fruits contre les boissons alcooliques, il contrôlait à la fin de la guerre 75 % de distribution de l’eau minérale ; Himmler, pendant la guerre, fonda des hôpitaux homéopathiques sur le front ; Streicher, opposé parce que contre nature aux campagnes de vaccination obligatoire, présidait une association de médecines naturelles qui comptaient 6 millions de membres ; Rosenberg, patronait une “ façon de penser en liaison avec les lois naturelles, organiques ” ; Göring renforcer les nouvelles lois du Reich par la protection des animaux, avec la menace suivante : ” les personnes qui pratiquent la vivisection des animaux de toute espèce seront déportées dans des camps de concentration. ” (p. 62)

Josep Maria Roselló conclut fort justement, comme Paz Moreno Feliu dans son article, “ l’interdiction du DDT et l’utilisation du gaz Zyclon B pour les “ douches définitives ” sur les deux côtés de la même valeur dans l’Allemagne nazie : tandis qu’en améliorant la race aryenne, on exclut les tumeurs de ce que l’on appelait les races inférieures et asociales [“ l’extermination systématique des malades mentaux ” indique Paz Moreno Feliu]l, c’est-à-dire l’ingénierie bio sociale. ” (p. 250).

Le naturisme qui oublie la lutte de classes ne peut tomber que dans les travers qui viennent d’être dénoncés.

Le film Salvador est sorti : c’est une grande production consacré au camarade Salvador Puig Antich (Poutch Antik, en prononciation catalane) garrotté en 1974 (voir la biographie sur le site), membre du MIL (Mouvement Ibérique Libertaire ou de Libération, suivant les moments), un groupe mariant l’anarcho-syndicalisme, un peu de situationnisme et un brin de conseillisme. Autrement dit Anton Pannekoek avec une mitraillette. Du reste, c’est la seule interprétation intelligente du consellisme que je vois jusqu’à maintenant. A l’époque, bien entendu, la défense de Puig Antich était difficile, tant en Espagne qu’à l’étranger. En gros on nous disait “ Rien pour ce petit con qui vomit sur les partis politiques de gauche et les organisations syndicales en exil. ” Yves Montand, le cuarteto argentin Cedrón ignorèrent toute demande de soutien (merci encore de leur indifférence que je rappelle pour qu’on en tire les conséquences). Cependant, on croyait que comme pour le procès de Burgos de 1970, il pourrait y avoir une grâce de Franco, parkingson aidant. Ce ne fut pas le cas.

Le réalisateur conduit son film par une description sèche, voir ennuyeuse au départ. Heureusement la reconstitution d’attaques de banques, de l’arrestation de Salvador donnent un côté thriller, quelques nichons et des fesses des deux sexes à l’air rajoutent un autre intérêt. A partir de là, le grand jeu est l’attente en prison, la fraternité de Salvador et de ses sœurs, le dévouement de l’avocat, une invention du réalisateur sur une amitié avec un gardien de prison (à vague allure homo, à mon avis), l’attitude parfaitement franquiste des agents des services de répressions dont un pote avait été flingué lors de l’arrestation (autant ou plus par les tirs de ses collègues que ceux de Salvador). Bref, on pleure tous à la fin du film. Et deux choses sérieusesà la fin : deux lignes indiquant que la famille continuent à demander la révision du procès (comme celle de Delgado et Granados) ; une série de photos, Palestiniens bombardés, prison de Guantánamo, manifes du CPE, faisant pendant à celles du début sur Mai 68, le Vietnam, pour expliquer la prise de conscience de Salvador. Un spectateur non politisé devrait avoir de quoi réfléchir.

Que demander de plus d’une production officielle !

5) L’Espagne et sa société pourrie

Dans la gigantesque escroquerie immobilière de Marbella impliquant des conseillers municipaux de droite et de gauche, il s’avère que si l’affaire est apparue en mars avril 2006, en fait 18 rapports dénonçaient la corruption massive entre l’année 2000 et 2004 (“ El País ” 20.09.06, p. 23, édition de Madrid). Deux petits scandales, en comparaison, surgissent : neuf ans de prison à un juge et sept ans pour son complice avocat qui faisaient chanter des sociétés du BTP en Catalogne (même source, 23.09.06, p.29) : un ex ministre du travail du gouvernement catalan apparaît comme conseiller d’un chef de la mafia russe depuis 2002 (même source, 20.09.06, p. 25). Mais le gouvernement socialiste vient d’augmenter le financement de l’Eglise catholique à travers les impôts (0,7 %) soit une augmentation de 31 millions d’euros. C’est peut-être pour compenser la permissivité sexuelle qui s’étale dans les petites annonces des journaux dits sérieux.

Si les organismes officiels font un certain travail de récupération de la mémoire avec la publication par le ministère de la culture d’un livre consacré aux Espagnols déportés dans les camps nazis, on ne souffle mot sur le problème soulevé par la CGT en la personne de Cecilio Gordillo et des forçats. Une lettre de lecteurs signale le 15 septembre qu’une plaque déposée en août 2002 à Barrado (province de Cáceres) en l’honneur d’un instituteur fusillé le 16 septembre 1936 par les franquistes vient d’être retirée par le propriétaire actuel de la maison où il vivait. Petit détail de plus le maire du village également fusillé et enterréer dans un lieu inconnu est toujours disparu. Un fait symptomatique de cette chape de plomb franquiste qui demeure.