NATIONALISME ET REGIONALISME (LES APPROCHES LIBERTAIRES)

lundi 2 octobre 2006, par frank

NATIONALISME ET REGIONALISME (LES APPROCHES LIBERTAIRES)

Que le probIème soit complexe, c’est évident à partir de l’exemple suivant : "Nous qui, malgré notre appartenance à l’ethnie corse et notre éducation "à la française", nous refusons tout nationalisme. [...] De temps en temps, nous nous laissons bercer par de douces illusions, le sentiment qu’il est possible de militer sur la Corse, de participer à un grand mouvement populaire. Et ça nous fait bien plaisir. [...] un peu ambigus, peut-être, ces regroupements - clandestins ou non - d’individus de tous bords défendant le label corse ? Oui plutôt ambigus ! Alors, nous fuyons à toutes jambes une réalité "révolutionnaire" peu conforme à l’idée que nous voulions nous en faire. Parce que peu nous importe de savoir quel nationalisme va l’emporter." (Vanina dans IRL, n° 38 Février-Mars I98I).

Et à côté de cela, on a des camarades qui s’investissent à fond dans la question languedocienne : "Poble d’Oc", après les camarades de la F.A.C.C. (Federacion Anarquista Communista d’Occitania).

Du côté de la nouvelle classe au pouvoir, on constate aussi des positions diamétra­lement opposées sur le problème : le jacobinisme centralisateur et le projet Deferre prévoyant en particulier l’autonomie de la Corse, et il faut ajouter une certaine vision technocratique qui depuis 1967 a pondu de nombreuses lois permettant la "déconcentration" budgétaire et administrative.

Si en France le régionalisme a mauvaise presse dans la bourgeoisie à cause des conflits ouverts ou latents de Belgique ou d’Irlande, il faut constater que la Grande ­Bretagne et l’Allemagne n’ont pas passé leurs minorités au rouleau compresseur culturel de l’éducation uniforme, à la française. L’exemple actuel de l’Espagne offrant l’autonomie aux Basques, aux Catalans et aux Galiciens (et l’éducation possible localement dans la langue régionale) démontre que l’exploitation capitaliste peut fort bien s’allier à un régionalisme que les Corses ­et le Bretons ne sont pas près d’avoir avant longtemps.

Les Corses sont réactionnaires par rapport aux Bretons, pensent certains camarades, du fait que pour les premiers le régionalisme c’est la conservation pure et simple de la famille (exploitation de la femme) au sens médiéval du terme et de la propriété (tirer sur celui qui voudrait en travailler une partie, même si elle est à l’abandon).

C’est vrai : on peut multiplier les exemples, des Basques se prennent pour le peuple le plus pur de la terre, les Arméniens partisans des attentats actuels parlent sé­rieusement de tuer "du Turc" en 1980-82 pour venger 1919 (!!!), etc. Mais lequel d’entre nous ne s’intéresse pas, ou ne s’est pas intéressé, aux "anars espagnols" plus qu’à ceux de Belgique ou du Pérou, parce que la CNT a eu ou pourrait avoir une grande influence ? Et pourtant, en tant qu’internationaliste, on devrait se dire qu’un anar­chiste du Luxembourg ne représent pas plus qu’un camarade des Etats-Unis.

Mais si dans nos goûts, nous avons un certain nationalisme, il y a loin de la sympathie vague à l’appui pratique, ne serait-ce que l’obstacle de la langue, du lieu de résidence etc...

Avant de passer en revue un évantail de positions anarchistes, fixons une limite : de toute façon, quoi qu’on fasse, il est presque sûr que les nationalistes non liber­taires nous laisseront tomber, témoin ce cas : Alors que les persécutions nazies contre les juifs étaient déjà assez claires, le "Jewish Labor Committee" des USA, vers 1939-40 refusa de faire partir de France aux Etats-Unis un certains nombres de juifs. "Ces gens furent laissés à la merci des nazis, simplement à cause de différence de croyance politique". Il s’agissait bien entendu, d’anarchistes dont une partie mourut dans les chambres à gaz. (affirmation de Boris Yelensky In the struggle for Equality : the story of the Anarchist Black Cross, New York, A. Berkman aid fund, 1958, p.73).

Position personnelle sur le nationalisme des pays industrialisés.

Les Etats-Unis connaissent encore les problèmes des Noirs, auxquels s’ajoutent ceux des portoricains et des Chicanos, et dernièrement des Indiens qui réclament les terres de leurs ancètres, qui sont parfois des mines ou des gisements. Quant à l’URSS, depuis 1917, il semble que la poussée nationaliste ait rarement été aussi généralisée. Je pense que ces nationalismes ne ressemblent que de loin à l’esprit borné hiérar­chique et religieux des Iraniens et Afgans.

Ce n’est pas un hasard si tout ces mouvement donnent des analyses fouillées du centralisme économique et administratif et pronent des solutions en fait fédéralistes. C’est en quelque sorte l’Etat moderne qui engendre le nationalisme en provoquant le développement de certaines régions contre d’autres et en important de la main d’oeuvre d’origine agricole de pays éloignés.

C’est aux libertaires d’être conscients du problème, de le susciter et de dénoncer les pièges. Cela suppose une vision claire en amont -l ’Etat aujourd’hui - et en aval - le fédéralisme -, et il faut donc l’étayer.

Terroir et nationalisme

Dans son livre Nationalisme et Culture (non traduit en français, mais que le CIRA de Marseille veut éditer [sera édité en 2007 par la CNT-RP]),.Rudolf Rocker remarque que l’amour du terroir, du pays natal est "simplement l’expression d’un sentiment intérieur aussi spontané que la joie humaine dans la nature, et dont le terroir est une particule." (éd. Espagnole, La Piqueta, p. 268) L’Etat s’impose arbitrairement une généralisation de ce senti­ment à un ensemble qui n’est pas défini que par les prétendues frontières naturelles, ou des limites qui sont en fait celles des impôts (Basques en France ou en Espagne, Flamand en France ou en Belgique).

La position marxiste léniniste

On connait les termes orduriers des Marx et Engels sur les Slaves du sud et les Mexicains (voir Ribeil Marx / Bakounine socialisme autoritaire ou libertaire,10/18 ou Haupt, etc. "Les marxistes et la question nationale" Maspero) "Pourquoi ? Parce que les Tchèques et les Slaves du Sud étaient à l’époque des "peuples réactionnaires", "des positions avancées de la Russie" en Europe, des positions avancées de l’abso­lutisme, tandis que les Polonais et les Hongrois étaient des "peuples révolutionnaires", qui luttaient contre l’absolutisme." (Staline Cuestiones del Leninismo, Moscou 1947 p. 66 ; extrait de "Fondements du léninisme", 1924).

Dit en terme plus communs, c’est de l’opportunisme, ou encore, miser sur un groupe pour accroitre sa puissance ’la tactique habituelle de la Grande-Bretagne dans ses colonies, bien démontée par Elisée Reclus (Hérodote, n°2). Mais la pensée profonde a été bien exposée par Lénine : "A la place du moujik grand-russe ou ukrainien, borné routinier, sédentaire et outrageusement inculte le capitalisme met le prolétaire mobile, dont les conditions de vie brisent l’étroitesse spécifiquament nationale, grande-russe comme ukrainienne. Admettons qu’une frontière d’Etat passe un jour entre la Grande-Bretagne et l’Ukraine, -en ce cas également le caractère progressif histo­rique de l"’assimilation" des ouvriers grands-russes et ukrainiens sera indubitable, de même qu’est progressif le brassage des nations en Amérique." (Notes critiques sur la Question Nationale, 1913 Moscou, s.d., p.17).

Lénine précise encore : "Celui qui n’a pas sombré dans des préjugés nationalistes ne peut pas ne pas voir dans ce processus d’assimilation des nations par le capitalisme un immense progrès historique, la destruction de la routine nationale des différents coins perdus, notamment dans les pays arriérés tels que la Russie". (Idem p.I5, I6).

Lénine tournera casaque en 1922, une fois au pouvoir dans un pays foncièrement paysan en dénonçant le danger d’attitudes imprialistes envers des nationalités opprimées" et revendiquant l’alliance entre les paysans et les ouvriers comme Marx "en 1856 en référant à la Prusse" (Ultimos articulos y cartas, Moscou, s.d., p. 19,37). Mais en fait Lénine voulait la russification, tout comme Staline, et la Chine, avec prudence, tente de siniser au maximum ses minorités.

La faiblesse des analyses marxistes est bien soulignée par Rosa Luxembourg, Pannekoek, Strasser et Bordiga qui nient toutes les luttes nationales. Bordiga fait une petite exception pour accepter les revendications nationalistes en Asie (pourquoi là seulement ?) pour affaiblir l’impérialisme "euro-américain". (voir Le Luxembourgisme aujourd’hui, Rosa Luxembourg et sa doctrine, édités par Spartacus ; Strasser et Pannekoek Nation et lutte de classe, 10/18 ; Bordiga Facteurs de race et de nation dans la théorie marxiste, Promethée).

Otto Bauer semble avoir établi des analyses intéressantes, mais il a été tellement châtré par la propagande léniniste qu’il faudrait consulter directement ses textes, qui ne semblent pas très édités.

Brève conclusion : on peut constaterque le refus de l’acceptation nuancée du nationa­lisme existe aussi bien dans les classes dirigeantes bourgeoises (bourgeoises et marxistes) que dans les analyses théoriques des marxistes et des anarchistes. La petite anthologie qui suit est volontairement choquante et sans ordre chronologique !

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Nationalisme ou anarchisme

Au terme de cette étude quelques conclusions s’imposent :

1) Le nationalisme politique, économique et culturel est peut-être le phénomène le plus important, tout au moins le plus visible, de la société contemporaine.

2) Le mouvement ouvrier n’échappe pas à la division en nations, et les séparations ver­ticales en nations se révèlent, en générale, plus forte que les clivages horizontaux entre classes.

3) Les peuples évoluent parallèlement sans se connaître et l’expérience révolutionnaire internationale est très limitée.

4) Non seulement la solidarité effective est très réduite entre prolétaires métropo­litains et peuples coloniaux , mais il n’y en a pas plus entre peuples européens eux-­mêmes. (Affaires similaires de l’Algérie et de la Hongrie).

5) La cause essentielle de ces entraves au développement d’une conscience et d’une vie sociale mondiales est l’existence des Etats-nations.

6) La multiplication des Etats-nations est un phénomène historique irréversible, c’est le choc en retour de la conquête du monde par les quelques Etats européens touchés les premiers par le capitalisme et l’industrialisation.

7) Ce phénomène est irréversible - mais il doit être dépassé -, l’égalité effective des peuples est la condition nécessaire d’une véritable société internationale. La prolifération des Etats signifie que les plus grands s’affaiblissent et que les plus petits sont inviables.

8) Les mouvements d’émancipation nationale n’ont pas en vue la société libertaire, mais sans eux elle ne pourrait se réaliser. La fédération des peuples ne peut se substituer à la juxtaposition des Etats qu’à la fin d’un processus général de redistribution géo­graphique, égalitaire, des activités humaines. Processus que l’impérialisme dans ses formes anciennes ou nouvelles n’a fait qu’entraver au profit : les premières, de l’Europe de l’Ouest ; les secondes, des Etats-Unis et de l’URSS.

9) Le particularisme local n’est en soi pas une fin libertaire mais contre le monopole universel, il constitue une aussi saine réaction que la révolte individuelle contre l’oppression sociale et la mystification nationale.

10) Il n’y a, pour nous, pas plus de peuple élu que de grande nation, que de pays de la liberté des droits de l’homme ou du socialisme, que de civilisation à admirer. Tout Etat est anti-libertaire par destination, tout peuple est libertaire en acte dès qu’il se révolte, mais peut aussi rapidement cesser de l’être vis à vis des autres peuples dont il tolèré l’exploitation.

11) La mystique nationale n’a qu’une puissante valeur négative et destructrice (quand elle combat l’oppression et fait éclater la domination) ; elle ne peut rien apporter de positif à la conscience humaine et à l’édification d’une société meilleure.

12) Les anarchistes ne peuvent donc prêter aux mouvements d’émancipation coloniale et nationale qu’un soutien éminemment critique. Leur tâche reste de saper à la base tout esprit national, toute mesure nationale, comme toute institution coloniale et impériale. Le rempart de l’exploitation et de l’oppression, de l’injustice et de la misère de la haine et de l’ignorance reste l’Etat, où qu’il apparaisse avec son cortège : armée, église, parti, paralysant les hommes et les dressant les uns contre les autres par la guerre, la hiérarchie, la bureaucratie, au lieu de les unir par la coopération, la solidarité, l’entraide.

Revue Noir & Rouge, conclusion d’un numéro spécial sur la question (n°7-8, I957, pp.II9-12I).

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La question nationale

Il est clair que chaque groupe national a le droit naturel et indiscutable d’utiliser librement sa langue, de suivre ses coutumes, de conserver ses croyances et des rites, de rédiger ses manuels scolaires et d’organiser ses établissements et son administration ; en un mot, de maintenir et de développer sa culture nationale dans tous les domaines.

Il est, cependant, évident que cette position simple et nette n’a absolument rien à voir avec le nationalisme étroit à caractère "isolé" qui oppose une nation à une autre et qui remplace le combat pour "une union naturelle, sociale, dans le travail des gens" dans un tout social commun, par une séparation artificielle, fatale, c’est-à-dire un combat socialement funeste pour une union particulière nationale.

A notre avis, les aspirations nationales naturelles, saines (langue, coutumes, culture, etc.) trouvent une satisfaction pleine et fructueuse uniquement dans le cas où ces aspirations se manifestent non pas "sous leur forme première", non pas en tant qu’une idée fallacieuse de l’unité nationale et de l’opposition d’une nation à l’autre, mais au contraire, sous la forme d’une culture nationale qui se développe naturellement et librement sur la base d’une union et d’une création saine socialement et économiquement.

La lutte de libération d’un peuple amènera naturellement le droit à la libération des autres peuples. Et le résultat sera un isolement inévitable et la haine entre les différentes nations. Cette vision de la question nationale est profondément bourgeoise et négative pour un peuple, parce qu’elle dévie le souci et l’énergie de la lutte nationale d’un peuple pour la libération vers la sombre haine horrible et sanglante, qu’elle conduit fatalement aux guerres nationales absurdes et inutiles.
L’édification rapide d’une nouvelle vie fondée naturellement sur les masses travailleuses unies sur des bases socialistes donnera "en soi", sans aucune présentation de la "question nationale", à chaque nationalité l’entière possibilité de développer très brillamment sa culture nationale.

Et si nous, les insurgés-makhnovistes, nous parlons, par exemple, de "l’indépendance de l’Ukraine", nous voulons dire non pas l’indépendance "nationale", mais l’indépendance sur "le plan social et du travail".

Nous proclamons le droit du peuple travailleur ukrainien (et de toute autre nation) à l’autodétermination non pas dans le sens de "l’autodétermination de la nation", mais dans celui de l’autodétermination des travailleurs". Nous déclarons que le peuple travailleur d’Ukraine des villes et des campagnes, par son combat héroïque, a montré partout et à tous, qu’il ne veut plus subir de pouvoir politique et n’en a pas besoin ; qu’il se munisse et aspire consciemment à s’organiser des bases libres, c’est-à-dire anarchistes. Nous déclarons donc que tout pouvoir politique qui prétendrait par la force et l’arbitraire dominer et diriger le peuple travailleur ukrainien, qui montre clairement son aspiration à une organisation social anarchiste, tout pouvoir semblable d’où qu’il vienne, sera considéré par les masses travailleuses ukrainiennes, comme hostile et contre-révolutionnaire. Et elles mèneront contre lui une lutte farouche, en se défendant et en protégeant leur droit à la libre organisation jusqu’à la dernière goutte de sang.

Il va de soi que dans la société organisée sur les bases soviétiques réelles, telle que nous l’avons exposée, la question de la représentation proportionnelle, et autres problèmes, ne se posent pas.

(Projet-déclaration de l’Armée insurgée Makhoviste d’Ukraine, "20 Octobre 1920" extrait d’un texte inédit, dont la traduction intégrale ]a été publiée dans le livre de Skirda sur Makhno].

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"La Crète est insurgée contre le dominateur turc ; la Macédoine est sur le point de le faire et toute la péninsule balkanique sera peut-être bientôt en feu. Quelle chose devons-nous, pouvons-nous faire par rapport à ces événements ? Certains socialistes et certains anarchistes se sont préparés à aller en Crète. De toutes parts nous recevons des nouvelles de camarades qui voudraient partir et sont seulement retenus par le manque de moyens [...]".

"Mais, nous, si nous pouvions supporter une aide efficace à ces insurgés, nous devrions le faire au nom de nos idées, que nous défendons et qui comprennent toutes les questions mineures. Nous devrions combattre pour que ces peuples aient la liberté réelle de choi­sir leur destin . Mais nous ne pourrions être les soldats d’un roi, nous ne pourrions accepter d’avance les responsabilités de toutes les véxations, dont les Crétois et les autres seront victimes de la part de la bourgeoisie grecque, qui souvent - nous en sommes sûrs - fera regretter le Turc".

"Etant donné ce que nous avons dit, il nous semble que vue les conditions réelles - les nôtres et celles de la Crète - nous ne pouvons rien faire. Consolons-nous : nous avons tant à faire, si nous le voulons, contre les Turcs de l’Italie.".

Malatesta "Pour la Crète" dans l’Agitazzione,Ancone ,14-3 1897, reproduit par Volontà (II n 9 - 1-3 1948).

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I - Complète indépendance et liberté la plus grande du peuple macédonien pour établir le système social qu’il désire.

2- Puisque la Macédoine est peuplée de différentes éthnies, le Comité déclare qu’il n’a pas à protéger les unes aux dépens des autres ; il n’a pas à aiguiser les antagonis­mes nationaux. Bien au contraire, il s’efforce d’unir ces minorités dans un seul but : combattre le pouvoir Turc en Macédoine, et lorsque que cela sera fait, présenter le problème de l’union de la Macédoine à un des Etats voisins ou de la constitution d’une unité poli­tique séparée.

3 - Pour la solution de ce dernier problème, le Comité ne permettra aucune ingérance étrangère. Il veut que la population se détermine elle-même, sans aucune pression ex­térieure.

4 - Le comité considère ennemis non seulement les autorités turques, mais tous les individus, quelqu’ils soient, qui gênent son activité, ou troublent, directement ou pas, la cause de la libération du peuple.

5 - La population turque pacifique n’est pas considérée comme ennemie, et au contraire le Comité peut accepter ou non son aide, dans le cas où elle manifesterait le désir d’agir avec nous pour écraser le pouvoir illimité du Sultan".

Programme du MIRK (Makedonskist Tainen Revolioutsionen Komitet ; Comité Révolutionnaire Secret Macédonien) rédigé par des anarchistes dont Mandjoukov ; en 1897, reproduit par Balkanski dans Natsionalno Osvobojdenie i Sotsialna Revolioutsa,Paris 1969, P. 39 traduit en italien, en préparation en espagnol et en français).

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"Nous ne sommes pas sionistes, parce que l’émigration des juifs diminuerait la masse prolétarienne active. Enlever les prolétaires juifs à la cause révolutionnaire, c’est enlever à cette cause un de ces éléments les plus énergiques, les plus intelligents, les plus conscients. Car ne nous y trompons pas, les colonies sionistes, telles qu’on nous les présente, ne sont pas même des colonies socialistes ou libertaires, comme on a essayé en Amérique : les Juifs transportés en Palestine seraient, écono­miquement, les esclaves de ceux qui les auraient emmenés. Mais, quand même Sion serait une colonie communiste anarchiste, nous ne la favoriserions pas. Nous pensons, en effet, et nous avons toujours pensé, qu’il est absolument impossible de faire vivre un essai
de communisme, si la révolution intégrale n’a pas mis à bas l’ordre capitaliste tout entier. Une colonie qui reste enfermée dans d’étroites proportions n’a pas d’intérêt. Si elle se développe, elle se met forcément en rapport avec le système mercantile et capitaliste, et elle est tôt submergée."

"Antisémitisme et Sionisme", long rapport présenté par les ESRI (Etudiants, Socialistes Révolutionnaires internationalistes) au Congrès Anarchiste de 1900 à Paris, dans Supplément Littéraire au Temps Nouveaux, n° 29, p. 278

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5 - Que tous les adhérents de la Ligue devront par conséquent tendre par leurs efforts à reconstituer leurs patries respectives, afin d’y remplacer l’ancienne organisation fondée de haut en bas, sur la violence et le principe d’autorité, par une organisation nouvelle n’ayant d’autre base que les intérêts, les besoins et les attractions natu­relles des populations, ni d’autre principe que la fédération libre des individus, des communes dans les provinces, des provinces dans les nations, enfin celles-ci dans les Etats-Unis de l’Europe d’abord et plus tard dans le monde entier."

6 - Conséquemment, abandon absolu de tout ce qui s’appelle droit historique des Etats, toutes les questions relatives aux frontières naturelles, politiques, stratégiques, commerciales, devront être considérées désormais comme appartenant à l’histoire ancienne et repoussées avec énergie par tous les adhérents de la Ligue".

7 - Reconnaissance du droit absolu de chaque nation, grande ou petite, de chaque peuple, faible ou fort, de chaque province, de chaque commune, à une complète autonomie, pourvu que sa constitution intérieure ne soit pas une menace et un danger pour l’autonomie et la liberté des pays voisins."

8 - De ce qu’un pays a fait partie d’un Etat, s’y fût-il même adjoint librement, il ne s’ensuit nullement pour lui l’obligation d’y rester toujours attaché. Aucune obligation perpétuelle ne saurait être acceptée par la justice humaine, la seule qui puisse faire autorité parmi nous, et nous ne reconnaitrons jamais d’autres droits, ni d’autres devoirs que ceux qui se fondent sur la liberté. Le droit de la libre réunion et de la sécession également libre est le premier, le plus important de tous les droits politi­ques ; celui sans lequel la confédération ne serait jamais qu’une centralisation man­quée".

9 - Il résulte de tout ce qui précède que la Ligue doit franchement proscrire toute alliance de telle ou telle fraction nationale de la démocratie européenne avec les Etats monarchiques, quand même cette alliance aurait pour but de reconquérir l’indé­pendance ou la liberté d’un pays opprimé ; une telle alliance, ne pouvant amener qu’à des déceptions , serait en même temps une trahison contre la révolution. [...].

12 - La Ligue reconnaitra la nationalité comme un fait naturel, ayant incontesta­blement droit à une existence et à un développement libre, mais non comme un principe, tout principe devant porter le caractère de l’universalité et la nationalité n’étant au contraire qu’un fait exclusif, séparé. Ce prétendu principe de nationalité, tel qu’il a été posé de nos jours par les gouvernements de la France, de la Russie et de la Prusse et même par beaucoup de patriotes allemands, polonais, italiens et hongrois n’est qu’un dérivatif opposé par la réaction à l’esprit de la révolution : éminemment aristocrati­que au fond jusqu’à faire faire mépriser les dialectes des populations non lettrées, niant implicitement la liberté des provinces et l’autonomie réelle descommunes et soutenu dans tous les pays non par les masses populaires, dont il sacrifie systématiquement les intérêts réels à un soi-disant bien public, qui n’est jamais que celui des classes privilégiées, ce principe n’exprime rien que les prétendus droits historiques et l’ambition des Etats. Le droit de nationalité ne pourra donc jamais être considéré par la Ligue que comme une conséquence naturelle du principe suprême de la liberté, cessant d’être un droit du momentqu’il se pose soit contre la liberté, soit même seulement en dehors de la liberté."

Bakounine Fédéralisme, socialisme, antithéologisme. (1868)

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4 - Nous voulons la grande liberté du peuple, pas seulement en paroles mais en fait, dans tous les domaines de la vie. Et pour que cette liberté soit assurée, nous repous­sons toute forme de société, de vie populaire organisée de haut en bas, au moyen de la liberté dite légale, octroyée par quelque assemblée étatico-populaire, que ce soit, sous l’égide d’un pouvoir suprême quelconque ; nous n’admettons pas d’autre système social en dehors de celui, qui constitué de bas en haut par l’alliance libre des associations ouvrières et des communes libres, donnera naissance à une fédération libre, nationale et internationale".

5 - Adversaire de tout Etat, nous rejetons, bien entendu, les droits et les frontières dits historiques. Pour nous, la Pologne ne commence, n’existe réellement que là ou les masses laborieuses reconnaissent qu’elles sont et veulent être polonaises ; elle finit là où, refusant tout lien particulier avec la Pologne, ces masses entendent contracter librement d’autres liens nationaux."

Bakounine (programme d’émancipation, "Oeuvres" éd. Champ Libre, VI p. 344 ).

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"C’est presque de la bêtises que d’aspirer à parceller le monde. Les frontières voleront en éclat sous la poussée du prolétariat qui, comme un seul homme, les poings menaçants enfoncera l’arme de la libération dans les entrailles du capitalisme. Dès cet instant, un monde de travail et d’amour s’épanouira."

"Les nationalismes sont des aspects et des recours du capitalisme. Le prolétariat s’est rendu compte des trucs de la bourgeoisie pour couper ses aspirations de classe. Le nationalisme risque d’être l’étranglement des travailleurs. Pour guérir la gangrène sociale, il faut extirper la cause. Une fois émancipé economiqueent, le travailleur n’aura plus d’autre problème capable d’empoisoner le calme social."

Jaime Balius El nacionalismo y el Prolerariado, (1935 ou 36) pp. 30-31.

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"C’est triste à dire, mais le mouvement ouvrier libertaire espagnol, qui a été rela­tivement, un des plus forts du monde, n’a été à aucun moment, si ce n’est en 1909, un obstacle sérieux aux crimes de l’Etat espagnol au Maroc. Cela veut dire deux choses il n’y a pas eu dans le prolétariat révolutionnaire espagnol de notion de la réaction militariste qui couvait dans le Rif, ni non plus de sentiment de solidarité envers la population du Rif massacrée par les troupes espagnoles."

Santillán "Los anarquista y la politica colonial de los Estados civilizados" dans La Protesta supplemento literario n 156-,I2-I-1925 - malgré des exceptions indivi­duelles, cette tendance continuera jusqu’à maintenant ; elle fut très lourde de consé­quence lorsque Pierre Besnard et Camillo Berneri s’avisèrent de l’importance du Maroc, comme base du franquisme.

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"Toute lutte de libération nationale doit avoir deux buts principaux : a) liquidation de la domination étrangère ; b) Révolution sociale, c’est-à-dire élimination de la bourgeoisie nationale et du pouvoir de classe. Réorganisation de la vie sociale et de la production sur les bases du contrôle permament des organisations de base".

"N’oublions jamais que la bourgoisie conduit, toujours, la lutte de libération nationale conformément à ses intérêts de classe. La seule manière d’ouvrir la voie à l’accomplis­sement de la révolution est de doter chaque mouvement de libération nationale d’une organisation révolutionnaire, armée d’un programme prolétarien répondant à ses particularités historico-économiques, et d’une stratégie tenant compte compte de la nature réelle de ses objectifs et de la dimension de son adversaire."

Gui Maslobier "Revendication nationale et Dialectique de classes" dans Pour, n°I,1976.

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"L’exigence premièrec’est lecontrôle noir de la communauté noire, avec sa politique et son économie. Nous devons dominer les villes, établir des municipalités, et exercer l’auto-gouvernement, comme première étape vitale. Nous sommes la majorité dans de nombreuses villes importantes du pays (USA) et nous sommes capables de contrôler nos affaires. Mais dans l’avenir nous devons être conscients que jamais nous n’arriverons à ce pouvoir par le vote pour certains politiciens et pour des capitalistes noirs, ou par la dépendance passive en espérant le "salut" de tel ou tel leader ? Nous devons y arriver nous-mêmes, si nous voulons avoir un jour la liberté.[...].

"Nous établirons des conseils municipaux pour prendre les décisions sociales et gérer les affaires de la communauté noire. Ces conseils seront les assemblées démocratiques des habitants, formés par les représentants élus des travailleurs noirs dans plusieurs institutions communautaires (usines, hôpitaux, écoles) ainsi que de délégués élus dans les quartiers."

Lorenzo Komboa Ervin Anarchism and the black Revolution 1977 (?) p. 15.

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"Même en France la libération nationale n’a pas fait progresser le sentiment révolu­tionnaire. Que sera-ce donc dans une Algérie libre (ou demi libre) soumise en réalité aux mêmes puissances financières et intellectuelles ? [...]"

"La véritable tâche c’est de travailler pour l’anarchisme chez nous".

Le Libertaire, n° 40, 2/8/1946 -Sur les anarchistes français et l’Algérie, voir Agora, n° 2. [voir Boulouque "les libertaires et les guerres coloniales]

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"Il est clair que si la communauté basque c’est un réseau de solidarité, d’habitude relationnelles, un désir de construction culturelle liée à un mode de vie et qui unit tous ceux qui vivent au Pays-Basque sans exploiter le travail d’autrui, cela ne peut être que positif et lié à un projet socialiste anti-étatique."

"Mais si, au contraire, ce n’est que la "basquitude" qui unit patrons et ouvriers, notables et agriculteurs, qui veut perpétuer le patriarcat, l’Etat, les frontières, cela ne serait que négatif et réactionnaire."

"La vision que nous pouvons avoir de la culture basque ne peut être homogène ni tournée vers le passé ; il faut en extirper tout ce qui constitue la domination : l’éloge de la force, du pouvoir masculin, du père sur les enfants, l’importance de la religion et de l’église."

"Par contre, développer tout ce qui est facteur de solidarité, de démocratie, de résistance au centralisme et colonialisme, à l’impérialisme ; rendre à une culture ce qui en fait le reflet des luttes et des inquiétudes populaires."

ERRAN N°I, avril 1980

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"La division intérieure des classes ouvrières correspondant en général à des différen­ciations d’origine nationale et ethnique, notamment en Europe, il est à craindre que les grandes vagues xénophobes ne se déchainent aisément dès lors que la concurrence s’établira pour obtenir le droit au travail, quand il n’y aura plus de travail pour tous. Il y a là un danger réel contre lequel aucune mesure n’est prise par les cen­trales syndicales, lesquelles se limitent à de vagues proclamations internationalistes, mais ne tentent pas d’assimiler les groupes importants de travailleurs étrangers, souvent à une double ou triple exploitation, en y comprenant celle de leurs compa­triotes nés malins."

Luis Mercier-Vega L’increvable anarchisme, p. 88 (1970).

Pour des informations générales sur les différents nationalismes, voir la revue Pluriel et Le Monde diplomatique.
Pour le plus d’informations sur la pratique libertaire et le nationalisme, voir les sources citées, et aussi :
Corée (CPCA n°I4), Archinov "Le mouvement makhnoviste", Bretons ("Front libertaire" n° II2), Occitanie (FACO et "Poble d’Oc"), Basques (Erran et Askatasuna).

Pour des analyses théoriques, voir les textes de Bakounine indiqués, et Kropotkine "Oeuvres", éd. Maspéro, pp. 300-303 et 365 : Maslobié dans Pour n°I, René Furth dans Interrogations, n° 4.

(Dossier préparé par Israël Renov et Anacleto = Frank Mintz)

revue CPCA [Centre de propagande et de culture anarchiste] n° 15, février - mars 1985