LA PREMIERE INSURRECTION PAYSANNE ANARCHISTE : MEXIQUE 1868-1869

jeudi 14 décembre 2006, par Rosas-Ribeyro José

LA PREMIERE INSURRECTION PAYSANNE ANARCHISTE : MEXIQUE 1868-1869

José Rosas-Ribeyro nous a autorisé a présenté un extrait de sa thèse "ANARCHISME ET A­NARCHO-SYNDICALISME DANS LES MOUVEMENTS SOCIAUX : MEXIQUE 1861-1929"

C’est le militant grec Rhodakanaty qui introduisit l’anarchisme au Mexique. La région dont il va être question- - Chalco - avait été très active pendant la guerre contre les Es­pagnols, puis la guerre civile. Elle était aussi sujette au banditisme . Le cas de Chalco, de Morelos et du Nord mexicain tendent à faire penser, que l’affirmation de Hobsbawm "Les bandits"(Maspéro - 1972, p.18) : "le banditisme, en s’institutionnalisant dans un secteur dur et combattif de la paysannerie empêche le développement d’autres formes de lutte", ne rend pas compte exactement de la mobilité du phénomène. Nous dirions plutôt que le bandi­tisme est souvent un facteur précurseur qui, une fois le mouvement de révolte paysanne dé­chaîné, s’intègre à lui en apportant quelques unes de ses caractéristiques (note de Rosas-­Ribeyro). Rosas-Ribeyro souligne que le zapatisme (mouvement paysan révolutionnaire assez influencé par des libertaires, mais combattu par les "Bataillons rouges ", CPCA N° 22 [sur ce site]) na­quit en grande partie dans cette région. Mémoire collective, coincidence, il reste que cet­te épisode montre l’adéquation entre les idées anarchistes et les problèmes paysans, com­me en Ukraine et en Espagne.

Après avoir étudié la région et conclu qu’el­le était idoine pour l’implantation de son projet de communes socialistes, Rhodakanaty s’installe dans le village de Chalco en 1865. En répétant la méthode qu’il avait déjà uti­lisée dans la ville de Mexico, l’intellectu­el grec implanta d’abord un centre de forma­tion paysanne qu’il appela l’ESCUELA DEL RAYO Y DEL SOCIALISMO. L’instruction donnée commençait par l’alphabétisation, continuait avec l’étude des idéaux libertaires et certaines méthodes d’organisation et se renforçait par l’apprentissage de l’art oratoire et par la pratique de la rédaction.

Quelque temps après le début du projet, Zalacosta abandonne à son tour la capitale et re­joint Rhodakanaty à Chalco. Tous deux, maître et disciple, commencent un dur labeur de deux ans et réussissent à expliquer les idéaux proudhonniens d’une manière très attrayante pour les paysans car ils les adaptent à l’ex­périence communautaire traditionnelle. Cepen­dant, Rhodakanaty et Zalacosta ne partagent pas les mêmes idées quant aux méthodes à em­ployer pour atteindre la transformation so­cialiste de la campagne. Rhodakanaty, proudhonnien-fouriériste-chrétien est fondamentalement pacifiste et conçoit la. transformation comme le résultat d’un processus de réformes succesives et une graduelle influence ­sur les grands propriétaires terriens et des patrons. Za !acosta est, au contraire, parti­san de l’insurrection violente et. professe les idées de Proudhon révisées par Bakounine et le refus des "projets" fouriéristes. (1) Sans qu’il ne se produise une véritable rup­ture entre le maître et son disciple, Rhodakanaty, qui voit arriver un mouvement armé et violent, retourne à la capitale en 1867 et l’école de Chalco reste sous la respon­sabilité et l’orientation de Zalacosta.­

Un paysan originaire d’une hacienda proche de Texcoco, Julio López Chávez, est un des élèves les plus remarqués. Membre de l’école depuis sa fondation, cet homme a appris à lire, à écrire et à faire et à faire des discours avec l’aide de Rhodakanaty. Si Zalacosta décida de s’installer à Chalco c’est précisément parce qu’il croyait que López Chávez - qu’il connaissait par des références épistolaires de Rhodakanaty - pouvait devenir un leader agraire anarchiste efficace.

Peu à peu le paysan de Texcoco commence non seulement à écrire et à lancer des proclamations déclarant "que les hacendados n’ont pas le droit de cultiver les terres qui appartenaient aux villages", mais aussi il entame un processus très actif d’organisation paysanne dans le but d’appliquer le programme agraire qu’il ébauche peu à peu. "Je suis socialiste parce que je suis ennemi de tous les gouvernements et communiste parce que mes frères veulent travailler les terres en commun", écrit-il. Et, appliquant le principe de l’action directe, il se lance avec un petit groupe de partisans pour prendre les terres des haciendas du Chalco et Texcoco.

Le mouvement prit rapidement corps et s’é­tendit vers une partie du Morelos, de San Martin Texmelucan et de Tlalpan. En mars 1868 le préfet du Texcoco sollicitait l’intervention énergique du gouvernement car " la bande de brigands que commande Julio López est en train de causer des méfaits aux très graves conséquences" et il ajoutait que quelques habitants de Coatepec et d’A­cuautla s’étaient unis aux insurgés.

Pour sa part, le journal El Siglo XIX écrivait : "Un certain López à la tête d’une bande de brigands peu nombreuse a parcouru plusieurs villages du district de Chalco en proclamant la guerre aux riches et la répartition entre les indigènes des terres des haciendas" (26/2/1868).

Répondant à ces actions, le gouvernement de Juárez envoya des forces militaires pour combattre l’insurrection, mais la tâche ré­pressive se compliqua à cause de l’aide que les villages apportaient aux paysans en ar­mes et l’appui logistique qu’ils recevaient d’un militaire partisan de la réforme agraire et ennemi du gouvernement de Juárez, le général Negrete.

Le chef militaire chargé de combattre López Chávez, le général Cuellar, décida de recourir au râtissage des régions de Chalco et Texcoco. ce qui occasionna de nombreux morts et la protestation des habitants de Coatepec, Chicoloapan et Acuautla. On ins­taura alors la loi martiale, on procéda à des arrestations massives de la population de la région dont une partie fut déportée vers le Yucatan. Le président Juárez, tenu au courant des événements approuva les mé­thodes employées par Cuellar. Cependant l’insurection ne s’arrêta pas. Le 2 juin 1868 El Siglo XIX disait : "La guérilla de Julio López [...] a mis à sac l’hacienda de BUENA VISTA et a emporté tous les chevaux..." (2/6/1868).

Bien qu’on ait pas fait une analyse détaillée de la tactique et de la stratégie militaire du mouvement révolutionnaire du Chalco, on peut déduire de l’information de la presse que la guérilla paysanne agissait a­vec une remarquable mobilité et une grande connaissance de la région. Ainsi, bien que El Monitor Republicano ait écrit : "Les villages d’Ameca, Chalco et La Asunción se sont soulevés contre" [...] (Julio López Chávez) et "ce coryphée du communisme se trouve complètement annihilé sans d’autres appuis que six ou huit déserteurs qui fuient à travers les montagnes" (3 et 28/6/’68) le leader révolutionnaire de Chalco réussissait à s’implanter à Puebla. De là, au dé­but de l’année 1869 et avec la complicité de Zalacosta, il planifie l’insurrection générale du Plateau central.

Le 20 avril 1869, comme plateforme de programme pour la Révolution socialiste, López Chávez lance son MANIFIESTO A TODOS LOS OPRIMIDOS Y POBRES DE MEXICO Y DEL UNIVERSO que la presse ouvrière de la capitale reproduit et les paysans reçoivent avec sympathie. Le Manifeste est un document de singulière importance. Cette fois - et c’était la première - à la différence des révoltes antérieures, le gouvernement libéral se voyait confronté à une rébellion qui manifestait une critique idéologique de l’Etat mexicain et qui proposait des alternatives dans un programme révolutionnaire.

Le Manifeste de López Chávez commençait en dénonçant le dépouillement séculaire dont souffraient les paysans de la part des hacendados, le paiement en espèces et le semi-servage dérivé des dettes des tiendas de raya (magasins des grands propriétaires) Sur ce point la position du Manifeste va au-delà de la dénonciation : peut-être pour la première fois au Mexique on tentait une analyse historico-sociale de ce semi-servage dans les haciendas et ceci est fait avec une telle précision que même aujourd’hui elle conserve sa validité. López Chávez dit :

“ Nos parents ont été achetés par l’hacienda pour le prix d’un real journalier de salaire. Comme il n’était pas possible de subsister avec un real, parce que dans les marchés installés dans les hacienda, on achetait les articles aux prix les plus exagérés (même les articles que nous faisons produire de nos mains), au fur et à mesure des mois et des années, il se formait une dette à la charge de nos parents [...]

Quand nous sommes venus au monde, nous nous sommes trouvés avec des dettes de nos parents qui passaient à notre charge et ainsi, à cause de tout cela, nous sommes nés esclaves avec l’obligation de continuer à travailler au même endroit, sous le même système, afin de couvrir la fameuse dette. ”

Les termes utilisés dans le Manifeste faisaient découvrir un système qui était toujours en vigueur - celui des peones liés à l’hacienda par des dettes, à une époque où la réthorique libérale, depuis le pouvoir, faisait référence aux droits de l’individu et instaurait le liberté de travail et de circulation. Cette dénonciation touchait le coeur même du régime en place.

Mais López Chávez dans son opposition au libéralisme de Juárez ne se laisse pas non plus impressionner par le cléricalisme - chose qui aurait pu être possible compte tenu du discours anticlérical et "laïciste" du gouvernement. Non. Sa position est de rendre l’Eglise aussi responsable de la situation du paysannat, en même temps qu’il revendique les principes de base d’un christianisme en rupture avec l’appareil oppresseur de l’institution-église.

Qui a collaboré pour nous maintenir dans le silence, dans l’humiliation, dans l’ignorance et dans l’esclavage ? L’Eglise et seulement l’Eglise qui par le moyen de ses missions hypocrites a tissé le men­songe du salut spirituel dans un lieu qui n’est pas la terre. [...] Les curés nous trompent en profanant la doctrine du grand Christ qu’il faut revendiquer... Que règne la religion mais jamais l’Eglise et encore moins les curés. [...] Si les curés sont mauvais tous les hommes qui commandent le sont aussi. Que dirons-nous de ce que nous appelons gouvernement, et qui n’est que tyrannie ? Où est le bon gouvernement ?"

Le refus du gouvernement central comme entité nécessaire et le manque de confiance en la possibilité qu’un Etat - quel qu’il soit - puisse instaurer la justice sociale ; n’est pas dans le Manifeste une position de principe ni le produit d’un apprentissage théorique de l’idéologie anarchiste. Cette prise de position se base sur la vision du monde du paysan, sur son mode de vie. Wolf l’a expliqué en des termes très précis :

"L’Utopie des paysans-a-t-il dit- est le village libre, qui n’est pas touché par les collecteurs d’impôts, les recruteurs de travailleurs, les grands propriétaires terriens et les fonctionnaires [...] Pour le paysan, l’Etat est quelque chose de négatif, un mal qui doit être remplacé le plus vite possible par leur propre ordre social de caractère domestique. Cet ordre, croient-ils, peut exister sans un Etat, par conséquent les paysans rebelles sont des anarchistes naturels". (Las Luchas Campesinas del Siglo XX, ed. Siglo XXI - 1972 - p.400 - Eric Wolf).

Face au projet des libéraux, López Chávez exprime la désillusion des paysans. D’un côté il se réfère aux lois de Réforme en les qualifiant de "grandes" - en ce qui concerne la destruction du pouvoir économique de l’Eglise - mais, de l’autre, il attaque durement le gouvernement libéral de Juárez et met en doute son intention d’anéantir véri­tablement le pouvoir ecclésiastique et oligarchique.

"Juárez, bien qu’il se dise républicain et ennemi de l’Eglise, est un conservateur et un despote : c’est que tous les gouvernements sont mauvais. C’est pour cela que ...nous nous prononçons contre toutes les formes de gouvernement : nous voulons la paix et l’ordre [...] Nous avions cru que le triomphe de la République serait le véritable triomphe du peuple, puisque tous les hacendados s’étaient réfugiés dans les basques de l’Empire.... Mais ces mêmes hacendados ont trouvé refuge dans les basques républicaines. Nous avons perdu nos terres et Juárez nous a trahi...."

Mais le Manifeste ne se limite pas à la né­gation et à la dénonciation d’une réalité d’injustices, comme c’est fréquent dans les mouvements paysans. López Chávez a un pro­gramme, une "utopie", et affirme pour la première fois au Mexique, un projet de société alternatif. Il dit :

"Nous voulons le socialisme... la forme la plus parfaite de convivialité sociale. [..] Nous voulons la terre pour y semer pacifiquement et récolter tranquillement en abolissant dès maintenant le système d’exploitation, en donnant la liberté à tous pour qu’ils sèment dans le lieu qui leur convient le mieux sans avoir à payer aucun tribut, en leur donnant la liberté de se réunir dans la forme qu’ils croieront la plus adéquate, en formant de grandes ou de petites sociétés agricoles qui se surveillent pour se défendre mutuellement sans avoir besoin d’un groupe d’hommes qui leur donne des ordres et les châtie. Nous voulons abolir toute marque de tyranie parmi les hommes mêmes, vivant dans des sociétés de fraternité et de mutualisme et établissant la République universelle de l’harmonie."

Les paragraphes finaux du Manifeste ont l’impulsion illuminée des mouvements milléna­ristes. Derrière la recherche du salut et l’ordre se trouve l’image rédemptrice du Christ des premiers croyants. Le christianisme de López Chávez - comme celui des primitifs - est une lumière intérieure qui engage l’homme dans la transformation du monde, même au prix de sa propre vie :

"Nous serons poursuivis ; peut-être criblés de balles, peu importe ! quand notre poi­trine bat l’espoir. [...] On nous méprise comme libéraux, on nous souille comme so­cialistes et on nous condamne comme hom­mes. Il est indispensable de sauver le moment présent et d’élever nos efforts autour du sacro-saint drapeau de la Révolution socialiste qui dit du haut de la République : "Abolition du gouvernement et de l’exploitation."

Levons notre visage en cherchant avec sérénité notre salut qui se trouve en nous-mêmes

Nous voulons des terres, nous voulons du travail, nous voulons la liberté. Nous avons besoin de nous sauver de toutes souffrances, nous avons besoin de sauver l’ordre ; enfin, ce dont nous avons besoin c’est la mise en place parmi les hommes d’un pacte social à base de respect mutuel."

Presque immédiatement après la publication du Manifeste et alors que celui-ci commençait à circuler parmi les paysans et les peones des haciendas, les forces gouvernemen­tales réussirent à. faire prisonnier le leader de Chalco et Texcoco. Mais l’affaire ne s’arrêta pas là. Peu de temps après les paysans sympathisants du Manifeste s’organisèrent spontanément et attaquèrent avec succès les troupes commandées par Cuellar et libérèrent López Chávez. Depuis les montagnes les paysans se préparèrent pour une insurrection générale contre le gouvernement. Arborant le Manifeste ils recrutèrent de nouveaux adhérents et un peu d’argent et, comme première action, ils se lancèrent sur l’hacienda et le village de San Martin Texmelucan, situés entre Chalco et la ville de Puebla. Là ils vainquirent les troupes fédérales et continuèrent vers Apizaco dans le Tlaxcala. Dans les deux cas les insurgés se préoccupèrent de récupérer les armes laissées par les soldats dans leur débandade, ils réunirent tout l’argent possible des coffres des hacendados et répétèrent un geste typique des mouvements paysans en brûlant les archives municipales.

Le pas suivant dans la stratégie militaire de López Chávez consistait à se doter d’une plus large base d’appui et à dominer un espace territorial plus étendu, ce qui lui permettrait une plus grande mobilité et, en attaquant en différents points, permettrait la dispersion des troupes fédérales. C’est-­à-dire que sa tactique militaire était cel­le habituelle des organisations de guérilla À ce moment-là, l’ensemble des troupes des insurgés comptait un total d’approximativement 1.500 hommes, mais le nombre des armes récupérées était insuffisant.

Anselmo Gómez, un autre leader du mouvement partit avec une centaine d’hommes vers l’é­tat d’Hidalgo dans le but d’établir là-bas, une autre base de soutien. Il passa ensuite vers l’état de Veracruz où il prit le village de Chicontepec. A cette époque il comp­tait plus de 150 combattants dont une par­tie était membre des brigades d’auto-défense dont la mission était de protéger les prises effectuées.

Dans la région de Chalco et Texcoco, López Chávez passa à l’application pratique de son programme agraire : il prenait possession des haciendas et procédait à la répartition de la terre entre les peones et il rendait aux communautés les parcelles qui leur avaient été enlevées. La réforme agraire par l’action directe lui attira de nouveaux sympathisants et la prise des haciendas lui permit de réunir des quantités appréciables d’argent. Si militairement la guérilla démontra une assez grande habileté pour berner les troupes fédérales, les difficultés se présentèrent quant à l’obtention d’armes et de munitions.

L’influence du mouvement paysan armé ne se limita pas seulement à ceux qui militaient activement dans l’insurrection. Quelques notables locaux, petits commerçants et pay­sans, en voyant la force que pouvait pren­dre le mouvement armé, proposèrent au gou­vernement la réalisation de réformes concrètes dans la région. "Le mouvement de Julio López - disaient-ils en dénaturant les ob­jectifs concrets du leader anarchiste - a trouvé des sympathisants dans les villages du district parce qu’il ne proclame pas la désobéissance au gouvernement suprême, mais il se présente seulement comme une protes­tation contre les hacendados despotiques, riches, qui tentent d’anéantir le pauvre dans la misère". Et pour atteindre la pacification de la zone ils proposaient "que les propriétaires d’haciendas dans le dis­trict présentent rapidement les titres de propriétés qu’ils possèdent indûment, pour que, vérifiant la délimitation nécessaire, elles soient à nouveau la propriété commu­ne des villages à qui elles appartiennent". La proposition ne reçut aucun écho de la part de Benito Juárez qui, en revanche, préféra continuer de combattre l’insurrec­tion avec une violence similaire à celle qu’emploiera quelques années plus tard le dictateur Porfirio Díaz.

Toutefois le sort en était jeté. Malgré les succès militaires des premières opéra­tions, l’insuffisance en armes et en muni­tion rendait les troupes des paysans rebelles très vulnérables à n’importe quelle at­taque frontale de l’armée fédérale. Jusque là ils avaient pu habilement l’éviter et c’est pour cela qu’ils combattaient encore. Mais quand Cuellar réussit enfin à surpren­dre López Chávez et à l’obliger à une ba­taille de front il en finit d’un seul coup avec l’insurrection. A quelques 27 kilomè­tres au Nord de Pachuca, alors que les in­surgés se préparaient à prendre Actopan - un village relativement grand dans lequel ils auraient pu se ravaitailler et amélio­rér leur parc en munitions - ils furent surpris par les troupes fédérales qui, dans une bataille inégale, exterminèrent le mouvement paysan armé. Et le 1 septembre 1869, sur l’ordre personnel de Benito Juárez, l’insurgé anarchiste fut fusillé dans la cour de l’"Escuela del Rayo y del Socialismo". L’armée fédérale reprit, pour un certain temps, le contrôle de la région et rétablit les hacendados dans leurs propriétés.

Insuffisamment étudié, en partie à cause du manque de matériaux informatifs - une grande quantité de documents fut brûlée avec l’école de Chalco -, le mouvement paysan anarchiste de López Chávez revêt une importance très singulière qui marquera dans le futur le processus des luttes paysannes jusqu’à la Révolution zapatiste. En effet, avec lui sont laissés en arrière les jacqueries et les pillages et on passe à une remise en cause idéologique de l’Etat mexicain, avec lui le mouvement agraire acquiert une "idéologisation" dans laquelle on introduit le concept de lutte de classes et, finalement, c’est avec lui qu’est obtenue la première ébauche plus ou moins claire de la revendication ancestrale de gouvernements autono­mes, c’est-à-dire les communes libres et fédérées entre elles. Egalement, pour la première fois, les aspirations millénaris­tes chrétiennes fusionnent avec un élément idéologique extérieur - anarchiste - ce qui lui permet d’élaborer un projet alternatif de société qui, bien qu’il soit superficiel et simplificateur, signifie un pas en avant dans le développement de la conscience paysanne.

(1) Bakounine dans la "Proposition motivée au Comité Central de la Ligue de la Paix et de la Liberté" ou "Fédéralisme, Socialisme et Anti-théologisme" (Oeuvres, 1895, Vil. I, p.39) écrit . "Le double tort des fourié­ristes consistera d’abord en ce qu’ils cru­rent sincèrement que la seule force de leur persuasion et de leur propagande pacifique, ils parviendraient à toucher le coeur des riches, au point que ceux-ci finiraient par venir d’eux-mêmes déposer le surplus de leur richesse aux portes de leurs phalanstères, et en second lieu, et en second lieu, en ce qu’ils s’imaginèrent qu’on pouvait théoriquement, à priori, construire un pa­radis social... ".Le même point de vue au­rait pu être exprimé par Zalacosta sur Rhodakanaty.

CPCA [Centre propagande et de cilure anarchiste], n° 25, mai-juin 1984.