Argentine info n° 17

dimanche 5 novembre 2006, par frank

Argentine info n° 17

(Fin de rédaction 04.11.06)

Les Argentins disent de leur pays qu’il est capable du pire comme du meilleur. En voici deux exemples :

"J’aime l’Argentine parce que, comme le dit ma mère, j’y ai mangé longtemps. [...] je l’ai aimé, je l’aime dans chacun de ses habitants. Même de ceux qui ne m’aiment pas. [...] Une partie de moi-même est enterrée en Argentine. Un petit morceau de mon corps était tué chaque fois qu’on tuait un de mes amis. Un petit morceau pour chaque disparu. Il faut raconter aux jeunes ces jours terribles, car les peuples qui perdent leur mémoire perdent la clé de leur histoire. Il faut le leur raconter et leur rappeler nos morts et alors, pour sûr, il n’y aura plus de peines et plus d’oublis." (Déclarations du chanteur catalan Joan Manuel Serrat à la revue espagnole "Interviù", Madrid, décembre 1983, citée par Carlos Pigna dans "Lo pasado pensado (entrevistas con la Historia argentina - 1955-1983)" Buenos Aires, 2005, p. 454)

Brad Will - reporteur d’Indymedia des Etats-Unis assassiné à Oaxaca par des nervis du gouvernement mexicain - fut interviewé en castillan en février 2006 lors du Forum social alternatif de Caracas et il disait en conclusion sur son militantisme : « Face à cela nous sommes en train de créer de nouveaux espaces comme Indymedia et d’autres, créer un monde nouveau maintenant, tous les jours, avec une mentalité totalement différente. Nous allons voir ce que ça donne. Nous ouvrons un espace très grand, avec l’inspiration du zapatisme et de l’Argentine. Il existe un sens, un goût difficile à oublier. Et nous allons continuer dans cette communauté horizontale en essayant de changer le monde. »

Argentine 1976-2006 : Jorge Julio López témoin du danger
1976 Instauration de la dictature militaire, pour une meilleure flexibilité de la main d’oeuvre, 30.000 disparus en majorité syndicaliste, imposition du néo libéralisme et de la dette extérieure, avec l’expérience algérienne transmise par des officiers français, la bénédiction des Etats-Unis et du FMI et compagnie.

2006, une centaine d’enfants qui meurent quotidiennement de faim et de maladies aisément curables, des centaines de milliers d’autres qui souffrent entre 0 et 3 ans de carences alimentaires et vitaminiques (avec des conséquences irréversibles sur le développement intellectuel) ,18 millions de pauvres (certains sont la 3 ème génération de chômeurs), dont la moitié d’indigents, le retour de l’analphabétisme. Mais un développement de 9 % annuel, un remboursement d’une grosse partie de la dette [illégale] au FMI, une hausse de l’emploi (comprendre une heure au moins par semaine, en incluant le travail au noir), des exportations florissantes de pétrole (par les multinationales) et de soja (50 % de transgéniques, autorisé par la loi argentine).

Des "piqueteros", (chômeurs revendiquant un emploi digne) actifs appuyés en partie par des associations de défense des droits de l’homme créées sous la dictature, dénoncent constamment les insuffisances du gouvernement actuel. D’autres "piqueteros", cédant aux appels et aux chèques d’un gouvernement archi démago dont le seul acquis est de claironner qu’il va condamner les crimes du génocide des 30.000 disparus, font tout pour couvrir de rose la pourriture en cours.

Et soudain une cassure, alors que le premier génocidaire est condamné à perpétuité dans une prison de droit commun, le jour même du verdict, le 18 septembre 2006, le principal témoin Jorge Julio López disparaît. A l’évidence c’est un coup de semonce des partisans de la dictature. “Moins de 5 % des répresseurs sont en prison. Tandis que 95 % sont libres, nous sommes en danger. Je ne parle pas de nous les témoins, je parle de nous comme société.”(Nilda Eloy ex disparue comme Jorge Julio López, plaignante dans le même procès, portail lavaca 29.09.06). Après trois ans de pouvoir, le président de la république Néstor Kirchner n’a entrepris aucune épuration sérieuse ni dans l’armée ni dans la police (nationale, fédérale) où les ex tortionnaires demeurent et leur esprit est présent et puissant. Les menaces écrites se multiplient contre les juges et les avocats les plus en vue. Des rumeurs sinistres se répandent avec l’angoisse. La droite pro dictatoriale et néo libérale revendique ses morts (manife du 5 octobre).

Pour un panorama synthétique, voici celui du bulletin n° 15 (01.09.06)

Evocation globale socio économique voir n° 4, Résumé bref : augmentation de la répression et de la fracture sociale, persistance de la misère des plus pauvres, surtout des enfants, indifférence d’une grande partie des classes moyennes, refus d’action en profondeur du gouvernement.
Et en fait le contenu était une bonne présentation du bilan argentin actuel : 1) Chiffres de la répression et de la misère, malgré les cocoricos de Kirchner ; 2) Echo des luttes ; 3) Usines récupérées ; 4) Mouvement des droits de l’homme et la marche de Blumberg ; 5) Mères et libertaires gouvernementalistes ; 6) Misère du catholicisme sur le plan sexuel [a) L’avortement à la une ; b) La prostitution dans l’ombre] ;7) Nécessité de la récupération de la mémoire

Le contenu est assez semblable, mais les points « 3 » et « 6 » ajoutent quelques angoisses et des espoirs.

1) Disparition de López et disparition probable des procès des génocidaires

2) Autres disparitions

3) Luttes en cours

4) Récupération de la mémoire

5) Entreprises récupérées

6) Les sous Argentins ou la vision des peuples originaires

1)Disparition de López et disparition probable des procès des génocidaires

Brève interprétation archi personnelle : la disparition de López dans un pays super contrôlé par la flicaille équivaut à un coup d’état bien réel de la police contre le gouvernement, qui cède aux flics et va écarter les procès des génocidaires (95 % en pleine activité et en pleine liberté et représentant la génération des jeunes tortionnaires ayant aujourd’hui entre 55 et 65 ans).

Le 27.09.06 à La Plata lors du manifestation pour la réapparition de López, un document a été publié : “nous apprenons maintenant, de la bouche du ministre de la Sûreté de la Province de Buenos Aires, que 60 policiers de Buenos Aires ayant servi dans des camps de concentration étaient encore en fonction jusqu’à vendredi dernier. C’est une aberration qui ne fait que générer davantage d’impunité : fallait-il la disparition de Julio [López] et notre réclamation pour qu’on les vire ? Nous nous posons une question : il n’y en a que 60 dans la police de Buenos Aires ? Combien sont encore en fonction dans l’armée, la marine, les forces de l’Air, la gendarmerie, [...] ?
Ces faits et d’autres, autorisés et bidouillé depuis le pouvoir de l’Etat, facilitent la nostalgie de la dictature et la confiance et un regain de force de leurs partisans actuels afin de lancer des actions comme celle que nous vivons aujourd’hui, nous, l’ensemble des Argentins avec la nouvelle séquestration de Julio López. [...] Et aujourd’hui, comme hier, avec la même douleur, la même colère, la même force, nous crions « Maintenant, c’est maintenant que c’est indispensable, apparition en vie et châtiment des coupables !
 » (Signatures de tous les organismes de droits de l’homme et de la gauche)

Le 3 novembre, pour une nouvelle marche à La Plata, le document est : « Six semaines se sont passées depuis la séquestration et la disparition de Jorge Julio López et le gouvernement ne donne aucune réponse. Six semaines et nous continuons à entendre las mêmes excuses, les mêmes prétextes qui ne servent qu’à semer des doutes sur la victime. Ce mécanisme nous le connaissons bien, c’est le même qu’utilisait la dictature pour transmettre la peur et la démobilisation. »

Eduardo Aliverti, Página 12 (23.10.06) écrit : “pourquoi certains organismes de droits de l’hommes, dans le cas López, ne soutiennent pas la demande que le gouvernement épure une fois pour toute les forces de sécurité de tous les répresseurs ? Pourquoi ? Comment se fait-il que le kirchnerisme les ait acheté idéologiquement au point qu’ils renoncent à l’exigence de balayer les ordures ? [...] Pourquoi triple-t-on la sécurité policière - pour lui donner un nom - pour les matchs Boca-Racing, All Boys-Atlanta, Almirante Brown-Laferrere, Chacarita-Tigre ou Alem-Luján ; »

Nouveau tournant judiciaire (02.11.06) le juge Raúl Acosta, en poste à San Rafael, demande pour supplément d’informations sur des cas de disparitions des années 1970 la comparution de membres du gouvernement précédent la dictature militaire - péronisme de droite -. Il s’agit de la dernière épouse de Perón María Estela Martínez de Perón (Isabel) [à Madrid et à l’écart de toute activité], de Carlos Ruckauf, ex ministre du Travail et actuellement député ; Ángel Federico Robledo, ex ministre de l’Intérieur (décédé) ; Manuel Arauz Castex, ex ministre des Affaires étrangères ; Tomás Vottero, ex ministre de la Défense, Carlos Emery, ex ministre du Bien être social et Antonio Cafiero, ministre de l’Economie en 1975 - 1976 (en remplacement de Celestino Rodríguez).

Interprétation : toutes ces personnes sont très âgées, et tout en étant complices des génocidaires, leur éventuel procès n’est qu’un passe-temps en attendant que les génocidaires ayant 45-55 ans prennent leur retraite et/ou fuient à l’étranger. Le seul intérêt est de rappeler que les lois adoptées alors ont servi au génocide, mais c’est archi connu.

2) Autres disparitions

Une autre disparition gênante : les réserves pétrolières : Página 12 (14.09.06) titrent “Chute des réserves de gaz et de pétrole [...] Elles représentent à l’heure actuelle 8,2 et 8,6 ans, respectivement. Avant la privatisation des hydrocarbures il y avait du gaz pour 35 ans. »

Le rapport officiel est du 22 de août dernier. Les réserves constatées de pétrole ont baissé entre 2004 et 2005 de 11,4 % (de 393,9 millions de mètres cubes à 349,1 millions, [...] 40 % de la population argentine manque de gaz naturel, entre autre, de vastes zones de la banlieue de Buenos Aires, le nord de Santa Fe et la plus grande partie du Nord-est et du Nord-ouest. [...] le pouvoir exécutif n’a jamais accepté l’intervention d’autres entreprises d’audits [que les officielles] ni n’a fait un pas vers la création d’un corps d’inspection de l’Etat [des compagnies étrangères d’hydrocarbure].

La logique a également disparu chez une partie de la communauté juive Página 12 (22.09.06) « Les plus importantes organisations juives des Etats-Unis se sont réunies hier avec la sénateur Cristina Fernández de Kirchner et le ministre des Affaires étrangères Jorge Taiana et ont présenté leurs différences avec le gouvernement, en plus de leur préoccupation pour ce qu’elles considèrent comme des signes d’un regain antisémite en Argentine. [...] les représentants de la communauté juive ont soutenu l’argument que tout acte cherchant à délégitimer l’Etat d’Israël doit être considéré comme de l’antisémitisme. [Tous les Juifs équilibrés dénoncent Israël, à commencer par Noam Chomsky] »

Dans le même genre de crétinisme (même source, 22.09.06), on lit, à propos de débats dans la communauté juive argentine sur l’accusation judiciaire contre Rubén Beraja pour malversation de fonds publics pour une prétendue recherche de renseignement [sur un attentat antisémite contre un immeuble de la communauté en 1986] qu’un dirigeant (Kirzembaum) a affirmé au nom de la communauté juive qu’il s’agit d’antisémitisme. Des associations comme Memoria Activa et Nueva Sión ont critiqué cette position absurde.

Eduardo Aliverti, toujours soucieux de la logique économique a écrit, Página 12 (25.09.06) « on nous dit que la pauvreté en Argentine a très fortement baissé. “Il ne reste”, indique l’Indec, qu’un peu plus de 30 % de pauvres et d’indigents. Quelques 12 millions de personnes [...] Les chiffres officiels viennent d’admettre que, malgré les taux de croissance à la chinoise de l’économie, un Argentin sur trois continue à vivre dans un foyer pauvre. Cela sur le plan des moyennes, car s’il s’agit des villes de Resistencia, Salta, Posadas, Corrientes ou Formosa, quand on parle de pauvre c’est un habitant sur deux. [cette baisse de la pauvreté est calculé selon les revenus, or] la pauvreté n’est pas une question de revenus qui fluctuent de mois en mois un peu vers le haut ou un peu vers le bas, mais c’est une cause structurelle en rapport avec la qualité de vie en terme de services auxquels on accède et de perspectives d’amélioration (si je n’ai pas de tout à l’égout, ni de quoi m’acheter des vêtements, ni de distraction minimum de consommation, sauf un boulot qui m’apporte un moment 100 pesos de plus à ce que je gagne, est-ce que je cesse d’être pauvre ?), même ainsi les chiffres diffusés et acceptés sont effroyables à présent et pour le futur.

Le collègue Sebastián Campanario, de “Clarín”, l’a précisé, en donnant un sens aux chiffres [...] Même avec le plus favorable des scénarios, avec une croissance élevé du PBI et une diminution accélérée du chômage à 5 %, un quart de la population argentine continuera à être sous la ligne de la pauvreté. Dans ce “meilleur des mondes”, sur 40 millions d’Argentins, 10 millions seront pauvres et 4 millions indigents. Mais si on suit le schéma actuel, dans 3 ans, un tiers des moins de 15 ans sera pauvre. Et un million et demi sera indigent. [...] On doit se demander si l’hypothèse de la pauvreté perpétuelle peut être vraie. Mais auparavant il faut répondre à une autre question : le reste de la société se soucie-t-il d’être entourée par une pauvreté perpétuelle et ce sujet doit-il être vu comme une priorité nationale ? » 

3)Luttes en cours

“Grève de la faim contre la justice dans les prisons de la province de Buenos Aires, dix mille prisonniers sans pain et sans eau [plus de la moitié qui réclament « l’application raisonnable » de la détention préventive en accord avec la législation existante et le droit international] » « Página 12 » (03.10.06)

Comme par hasard ces clauses ont toujours été appliquées à des policiers accusés d’assassinat. La grève a été en partie victorieuse.

Miracle à Misiones” une province du Nord-ouest coincée entre le Paraguay et le Brésil, avec un élu corrompu briguant un troisième mandat en changeant la constitution, la passivité du gouvernement Kirchner et un candidat inattendu, Joaquín Piña, un évêque dénonçant tous les scandales et qui a été élu fin octobre, comme gouverneur. « Qu’ils en tirent la leçon » déclare-t-il,Página 12 (31.10.06) en annonçant « le grand gagnant est le peuple de Misiones, la démocratie, c’est ce qu’il faut souligner. [...] Je ne pense pas du tout continuer dans la voie politique. Le pape l’a dit récemment, la politique est pour les laïcs. Je n’ai jamais accepté et je ne vais pas accepter une charge public [...] J’ai 76 ans et j’ai droit à un peu de repos et de retraite. [Mon action] a servi pour que les gens prennent conscience de leurs droits, sache comment se défendre et s’organiser. [...] On ne peut séparer la foi de la vie, de la vie de tous les jours. [...] On peut comprendre le mot politique de plusieurs manières, il y a une grande politique, qui serait la science du bien commun, celle qui nous revient à chacun, celles des droits de l’homme, de la dignité des gens, mais c’est regrettable dans la langue de tous les jours, les gens comprennent la politique comme la lutte pour le pouvoir, la politicaillerie, nous n’allons pas dans cette basse politique. »

CEAMSE (Coordinación Ecológica Area Metropolitana Sociedad del Estado), entreprise leader dans le développement de l’environnement en Argentine. En Amérique Latine c’est la première et la plus importante expérience régionale [...] de réduction, minimisation et recyclage des déchets de l’aire métropolitaine de Buenos Aires, la ville et la banlieue. » Cette définition sur la page web de l’entreprise fait plaisir, mais les habitants du quartier González Catán de la Matanza (banlieue de Buenos Aires) ont une sensation différente. Depuis le 31 octobre 2006, ils bloquent la route menant à un site de la CEAMSE en exigeant l’application d’un arrêté judiciaire de juin dernier qui interdit le versement de nouveaux déchets.

La polémique est causée par une montagne de 30 mètres d’ordure (« Página12 » 31.10.06) et les habitants s’opposent au passage de camions d’ordure en provenance de Morón, Ezeiza, Hurlingham, La Matanza, Almirante Brown y Esteban Echeverría. Même situation le 4 novembre, mais avec une intervention de la police pour continuer les versements. Le président de CEAMSE reconnaît que le lieu « est très mauvais » mais il allègue le refus des autres municipalités à recevoir les déchets. Les habitants envisagent une manifestations nationale avec des secteurs lésés par l’environnement dangereux Gualeguaychú (usines de papiers proche en Uruguay), de Punta Lara, les mères qui luttent contre la contamination à Ituzaingó (province de Córdoba), les habitants d’Esquel (contre les polluants d’une mine d’or) et Villa Dominico (banlieue de Buenos Aires, un local de déchet fermé, mais présence de maladies dues à la pollution).

Telefónica continue à réprimer les travailleurs (Rebelion, 30.10.06)

Une société sous-traitante Foetra est en grève générale et en assemblée permanente. Depuis un mois les employés titulaires de Telefónica et de Telecom empêchent le travail des entreprises traitantes et sous traitantes de Telefónica et de Telecom et réclament l’application de la convention collective. Les travailleurs des entreprises non officielles touchent selon la productivité, c’est-à-dire, par ligne installée ou par tâche effectuée. Ils travaillent souvent au noir, sans les outils et sans les conditions adaptées ; bien entendu, sans ancienneté, sans couverture sociale et sans stabilité professionnelle.

La réponse de Telefónica dès les premières semaines de lutte a été frappante. Fermeture de locaux et lock out patronal grâce à l’agence "Sécurité et protection", un groupe séparé des travailleurs et formé de para policiers avec des liens bien huilés auprès des appareils de répression. De plus, le ministère du Travail a envoyé des inspecteurs pour tenter d’imposer une conciliation obligatoire. Celle-ci a été repoussée et depuis le 23 octobre les locaux fermés sont occupés par les travailleurs, y compris les centres stratégiques de la capitale. Le conflit demeure.

3) Récupération de la mémoire

Marcos Suárez, un autre petit-fils récupéré « Página 12 » (22.09.06) ; C’est le 85 ième « Marcos fut séquestré le 10 décembre 1976, avec son père, Hugo Suárez. Sa mère, María Rosa Vedoya, était disparue depuis octobre de la même année. » Par déduction, il paria que sa mère l’avait adopté mais il voulait identifier son père. Les recherches ADN lui ont redonné ses parents.

Pocho Lepratti, l’ange de la bicyclette, le 19 décembre 2001, lors des grandes manifestations et des fortes répressions, à Rosario, Claudio “Pocho” Lepratti, 35 ans, monta sur le toit de l’école où il préparait le repas des enfants et harangua les policiers qui tirait en l’air devant la foule « baissez vos armes, ici il n’y a que des gamins qui mangent » Un policier l’abattit d’une balle de plomb tirée à 7 mètres. C’était un ex séminariste qui pensait que la foi et l’action vont de pair, d’où son éloignement de l’Eglise et son militantisme dans l’éducation populaire (VIH, santé mentale, contre le travail des enfants pour les droits de l’homme). Il arpentait la ville à bicyclette ; « Aujourd’hui Pocho est un symbole de lutte et de solidarité, dignité et travail. Son nom est visible sur les pancartes, les affiches, le tract, les chansons. [...] León Gieco lui a consacré une chanson et un grand nombre de cantines
Populaires le rappellent comme un emblème. » argenpress (30.10.06)

Argenpress présente de nombreux cas historique. Le 23.05.06 un long dossier de l’historienne Victoria Basualdo concernait les entreprises Acindar, Astarsa et Dálmine Siderca sous le titre de « Complicité patronale -militaire durant la dernière dictature argentine » (article publié par la CTA en mars 2006). Au passage, on peut rappeler que Mercedes Benz, et aussi Fiat et Peugeot, se sont rendus célèbres par l’efficacité des disparitions de syndicalistes.

Astarsa, chantier naval depuis 1920, 1.500 employés dans les années 1970. Vu les mauvaises conditions de travail et la mollesse du syndicat existant, des jeunes lancent une « liste marron » en 1972. Des accidents du travail mortels, des licenciements entraînent l’occupation de la boîte en 1973. Ce groupe se renforce jusqu’à 1975 et obtient des conquêtes syndicales comme la création de la Commission ouvrière d’hygiène et de sécurité, en liaison avec l’Institut de médecine du travail et l’Université technologique nationale. Elle rejoint la JTP (Juventud Trabajadora Peronista, jeunesse du travail péroniste), et en 1975 plusieurs militants sont enlevés et torturés par des groupes para militaires. Mais l’intense mobilisation des travailleurs permet leur libération. En janvier 1976 trois autres militantes sont enlevés et retrouvé morts et défigurés.

Le jour du coup d’état, 24 mars 1976, l’armée pénètre dans plusieurs entreprises, dont Astarsa. La direction collabore et 60 ouvriers et délégués syndicaux sont arrêtés, dont 16 ont disparu. Un des dirigeants de l’entreprise, Rampoldi, eut un rôle prépondérant. En 2003, Rampoldi (ex vice ministre du Travail de Carlos Ruckauf - péroniste de droite - dans la Province de Buenos Aires) est désigné comme Directeur national de migrations. Une preuve de plus du non vouloir d’épuration du gouvernement actuel.

Acindar, entreprise d’acier fondée en 1942 à Rosario, avec une usine à Villa Constitution, province de Santa Fe. Une forte activité syndicale amena en novembre 1974 l’élection d’une liste marron avec plus de 65% des voix. En mars 1975, Villa Constitution et d’autres localités du cordon industriel du fleuve Paraná, furent occupé par l’armée sous le prétexte d’une conspiration. 300 syndicalistes furent arrêtés. Une grève de 61 jours fut déclanchée dans les usines, dont Acindar. 400 licenciements suivirent, et des enlèvements. Acindar collabora avec la police sur le plan logistique (véhicules, héliport), y compris en cédant un local pour les policiers et les groupes para policiers (utilisé pour les interrogatoires et des détentions). Des témoignages de policiers l’ont confirmé. Rodolfo Peregrino Fernández, ex commissaire de la police fédérale a déclaré à la Commission argentine des droits de l’homme, en 1983 que “Acindar était devenu une sorte de forteresse militaire avec des fils de fer barbelés. Les officiers de police qui protégeaient l’usine étaient logés dans des maisons réservées aux cadres supérieurs de l’entreprise...". José Alfredo Martínez de Hoz, président d’Acindar jusqu’à 1976, a occupé le poste de ministre de l’Economie à partir du putsch, d’où de nombreux avantages pour l’entreprise.

Dálmine Siderca, propreté du groupe Techint et aujourd’hui de TenarisSiderca. Un des cas les moins connus de complicité avec la répression, mais aussi clair qu’Acindar. En dépit de la présence de soldats et d’officiers en armes, une grève eut lieu, partiellement victorieuse, et plusieurs disparus ensuite.

Mario Landaburu, avocat depuis les années 1970, Página 12 (03.11.06), évoque les similitudes entre le gouvernement de la veuve de Perón et la dictature militaire. “Evidemment nous avons été des précurseurs”, admet ironiquement Landaburu en rappelant comment est apparue la disparition : “L’origine est en Allemagne, en 1944. C’est Hitler qui a imposé la modalité de la Nuit et du Brouillard (qui a donné ensuite, à cause des initiales -Nacht und Nebel- l’emploi de NN [sur les tombes, peut être aussi « No Nomine »). Utilisé après au Brésil...”. En arrivant en Argentine, ce n’était plus une nouveauté. C’est pourquoi, cet avocat demande qu’on cite les premières disparitions, subies par les anarchistes durant les années 1930 : “Il faut parler de gens comme Miguel Arcangel Rosinia, Andrés Paredes et Fernando Malvicini”.

5) Entreprises récupérées

Triomphe des ouvriers de Zanon : le juge de la faillite approuve la gestion ouvrière pour trois ans de plus. (23.10.06) en autorisant la prolongation sollicitée par les céramistes pour continuer l’exploitation et la commercialisation de l’entreprise comme coopérative FaSinPat jusqu’en 2009. Une des raisons est le développement et la croissance de la gestion,"la présentation des bilans et des paiements à terme impeccables et au-delà des espérances" a commenté Godoy à Anred [...] "Cette reconnaissance de la gestion ouvrière est le produit de la lutte non seulement de Zanon mais de l’ensemble des organisations qui nous soutiennent". Il demeure une bataille juridique tant sur le plan de la province de Neuquén que sur le plan national. Et à la différence de l’accord précédent, pour les trois ans à venir des impôts mensuels de 12 mille pesos +TVA, plus élevés qu’actuellement.

Les ouvriers de Zanon continuent à embaucher des travailleurs pour l’entreprise Anred 10.08.06) Lors d’une conférence, l’annonce de l’embauche de 15 nouveaux travailleurs, présents, a été faite (dans les secteurs de sélection, presse, émail, porcelaine, électronique, électricité). Depuis 2002, les céramistes ont crée plus de 200 emplois pour des chômeurs, des mapuches, des céramistes licenciés avant la fermeture de l’entreprise. Au total, ils sont 466. De plus, comme chaque année, une fête des enfants des employés est prévue.

Dans ce bulletin n° 8-9 un compte-rendu inachevé de “ Obreros sin patrón (sistemetización de la experiencia de los obreros y obreras de Zanón) ” [ouvriers sans patrons, systématisation de l’expérience des ouvriers et ouvrières de Zanón] (Buenos Aires, août 2005, 159 p., 14 pesos, environ 4 €) qui finissait sur la solidarité avec les exploités de la ville de Neuquén, 10.000 manifestants en 2003 lors d’une menace d’expulsion, y compris les scolaires et les prisonniers.

Le reste du livre aborde le rôle des femmes. Avec la gestion patronale, elles étaient non seulement dépréciées, mais évincées (de 50 au départ pour arriver à 8). Avec la lutte ce sont les épouses qui ont cherché la solidarité des habitants de Neuquén, école après école, maison par maison, entreprise publique après entreprise publique. Avec la gestion ouvrière, elles sont 20.

La lutte a politisé les travailleurs, indifférents auparavant aux autres conflits, aux disparus. : « On n’est plus étranger à la misère de l’Argentine, au chômage, au fait qu’on continue à tuer des ouvriers. Et on a envie de lutter tous les jours. »(p. 57). En novembre 2004, des travailleurs de Zanon sont allé une semaine à Buenos Aires pour populariser leur gestion en animant un chapiteau. Le livre reproduit quelques discussions de cette semaine, de l’animateur Raúl Godoy, de l’avocat des ouvriers Mariano Pedrero, Osvaldo Bayer, de représentants d’organisations et d’autres entreprises récupérées. La dernière partie est théoriquement consacrée à la présentation du texte du livre aux travailleurs de Zanon en mars 2005. En fait c’est une redite, mais avec beaucoup de ferveur.

Les nobles recherches est le titre d’un texte d’Osvaldo Bayer, « Página 12 » (21.10.06) rendant hommage aux entreprises récupérées et gérées par leurs travailleurs et en particulier à l’imprimerie coopérative Chilavert « les livres d’art produits avec une brillante perfection, des livres de sociologie [...] des albums sur les droits de l’homme [...] des productions qui mêlent la beauté et l’intérêt social. Ce qui est vraiment épique dans cette atelier c’est suivre tout le processus depuis avril 2002 face à l’évidence que le propriétaire de l’entreprise avait commencé à la vider, les ouvriers décidèrent d’y passer la nuit justement à côté de leurs machines, c’est-à-dire, faire une “occupation”. C’est ainsi qu’a commencé une période de sept mois durant lesquels les travailleurs étaient assiégés par la police. Les soi-disant “autorités” envoyèrent une voiture de police pour chaque ouvrier et encerclèrent l’immeuble du quartier Nueva Pompeya. On leur coupa l’eau, l’électricité, le gaz, les téléphones. Mais les travailleurs reçurent l’aide immédiate des voisins, des assemblées de quartiers de la zone, des assemblées ouvrières, des mouvements des bidonvilles et des étudiants qui érigèrent une véritable barrière humaine et empêchèrent l’évacuation. Et les ouvriers imprimeurs des ateliers n’ont pas seulement résisté à l’invasion policière. En outre ils ont continué con la production qu’ils sortaient
par la maison d’un voisin - du nom de Julio Berlusconi- à travers un trou dans le mur [mitoyen]par où passaient les livres fraîchement imprimés. Aujourd’hui, ce trou de la résistance est recouvert de briques et est encadré, comme un signe de dignité et de solidarité.
 »

En octobre 2002, une loi apparut autorisant les ouvriers à gérer durant deux ans les entreprises. «  Le 25 novembre, enfin, la grande nouvelle : l’expropriation temporaire devenait définitive. [...] Mais la coopérative Chilavert ne s’est pas contentée de donner vie à l’imprimerie, elle a également consacré le premier étage de l’immeuble à un espace d’activités culturelles et artistiques, une bibliothèque, une galerie d’art et des archives sur le sujet des usines récupérées.

6) Les sous Argentins ou la vision des peuples originaires

Prensadefrente (01.11.2006) a publié un texte de la rencontre nationale paysanne indigène à Mendoza : “Le modèle actuel ne produit pas de nourriture pour la population

Plus de 600 délégués d’organisations de presque toutes les provinces, ce qui signifie un pas important pour la consolidation de cet espace d’union du secteur rural en lutte. La déclaration finale montre de fortes critiques contre tous les ressorts formant le modèle agro exportateur actuel : “Luttons contre un ennemi commun : les valeurs du capitalisme”. [...] Dans ce texte final - qui inclut aussi la demande d’apparition en vie de Julio López -, il est dit : “Nous voyons quotidiennement la coupe et la destruction indiscriminée par le feu des forêts, l’avance de la désertification, la contamination de l’eau, les expulsions violentes et frauduleuses, l’exploitation dans les travaux des champs et dans les propriétés, l’exode vers les villes vers les villes, l’usage exagéré des agro toxiques, les sols abîmés, les inondations conséquence de la déforestation, la concentration de la terra en peu de mains, et des millions d’Argentins et d’Argentines qui aujourd’hui ne peuvent accéder à une alimentation minimum étant donné que le modèle de notre pays ne donne pas actuellement de nourriture pour la population”.

La situation est que 82% des producteurs du pays sont des familles paysannes et des travailleurs occupant uniquement 13% de la terre ; tandis que 4% des “exploitations dites agro élevage” possèdent presque 65 % de la terre utilisée pour la production. On estime à 200 mille les familles paysannes expulsées de la campagne des dernières années. Et cependant la pauvreté rurale touche 50 % des ruraux. La monoculture du soja a détruit d’énormes superficies de bois et liquidé d’autres activités d’agro élevage.

Silencieuse extinction des mbya guaranis par Marcela Valente (IPS NOTICIAS, 02.11.06)

”Les fonctionnaires ne comprennent pas ce que arrive et sont à la traîne des événements. Les fillettes et les garçons mbya guaranis, originaires de la jungle subtropicale de la province argentine nord orientale de Misiones, meurent de causes évitables, et il n’y a pas d’argent, de médicaments et de nourriture pour freiner la catastrophe. Ces deux derniers mois, 21 enfants mbya sont morts de problèmes respiratoires ou de dénutrition, et 13 autres sont hospitalisés. La quantité est grande si on la compare à la population de cette ethnie, 4.083 personnes, d’après l’Institut national de statistiques et de recensement (Indec), ou un peu plus de 3.000, selon des données privées.

Les indigènes et les ambientalistes soutiennent que la cause de cette crise démographique est la déforestation, qui avance sur les terres des mbya guaranis et détruit leur nourriture. Pour ce peuple, la coupe des arbres signifie de plus la perte d’une "pharmacie naturelle" où ils ont identifié 150 plantes médicinales. A Misiones, il y a une intense activité d’entreprises du bois et des industries du papier. En outre, les cultures du tabac et du maté se répandent au détriment de la forêt. [...] Le guide spirituel mbya, un vieillard de 105 ans, avait donné un diagnostic catégorique sur l’enfant [mystérieusement malade] : "Il a des petites pierres dans le cœur et son cœur s’épuise". C’est ce qui est arrivé au bout d’un an d’hospitalisation et d’une opération chirurgicale. [...]

Des données provisoires de l’Enquête complémentaire sur les peuples indigènes - de l’Indec en 2004 - 2005-et diffusées en septembre indiquent 450.000 personnes appartenant ou descendants en première génération de 25 groupes aborigènes dans ce pays de presque 39 millions d’habitants. Des estimations indépendantes antérieures parlent plus d’un million. Il s’agit de communautés ayant une espérance de vie de 40 ans où la mortalité la plus forte touche les enfants. "Ils ont perdu l’estime d’eux-mêmes et aujourd’hui, il n’ont presque pas de futur" Au ministère de la Santé de la Nation il existe un Programme de santé indigène qui au début de l’année a doublé les fonds pour Misiones. A la Direction des affaires guaranis on accorde des logements, des outils, des bourses alimentaires, on forme les indigènes en agriculture, élevage et production artisanale comme la vannerie, mais tout semble vain. [...]

Martínez considère difficile la tâche "d’insérer" dans la société de consommation les indigènes expulsés de leurs territoires. "On dirait qu’ils ont copié nos pires vices, ils se sont habitués à vivre de l’assistentialisme, et beaucoup sombrent dans l’alcoolisme et la mendicité. Ils ne veulent pas planter", souligne-t-elle. "Certains émigrent au Brésil ou au Paraguay, mais beaucoup meurent", conclut la fonctionnaire.

Le cacique Alejandro Méndez, de la communauté mbya de Yraká Mirí, a une autre explication du déclin démographique et de l’absence de vitalité de son peuple. Ses grands parents et ses parents vivaient dans la forêt vierge. Mais "avec la déforestation, on ne trouve plus la viande et les fruits qui nous rendaient sains", dit-il à IPS. [...] Méndez assure que dans son monde, les guides spirituels diagnostiquent les maux et indiquent les remèdes. "Nous avons toujours eu des maladies, mais maintenant il y en a qui sont inconnues pour nous", et "l’aide" extérieure empire parfois la situation. "Cette année on nous a envoyé du lait périmé", affirme-t-il.

Pour l’ONG Fundación para la Defensa del Ambiente (Funam), l’agonie de ce peuple est un "génocide caché", comme l’a expliqué à IPS le biologiste Raúl Montenegro, directeur de l’organisation et récompensé en 2004 par le prix connu comme le Nobel Alternatif (Right Livelihood Award), décerné par le parlement suédois. Cette année, la Funam a dénoncé le fait que dans la réserve de biosphère Yabotí, à l’Est de Misiones, l’entreprise Moconá Forestal a coupé 120 arbres d’usage courant pour les mbya, avec la permission du ministère de l’Ecologie provincial. [...] Montenegro précise que ce peuple utilise 240 espèces de plantes, dont 150 ont des propriétés médicinales, 61 sont utilisées comme combustible, 54 pour fabriquer des objets et des logements et 35 comme nourriture. Les mbya guaranis distinguent, de plus, 229 espèces d’oiseaux, selon une étude de l’Université nationale de Misiones.

"Seule une culture très ancienne et ayant un long processus de cohabitation avec la jungle peut avoir une connaissance aussi parfaite et minutieuse de la bio diversité avoisinante et de ses propriétés bénéfiques pour la survie", souligne Montenegro dans son travail pour The Lancet. [...]

On cherche à incorporer la médecine aborigène au système de santé (30.08.06)

L’heure de la prise en compte des savoirs des peuples qui étaient sur cette terre avant l’arrivée des Espagnoles est-elle venue ? Ils se passe quelque chose au ministère de la Santé de la province de Buenos Aires qui envisage d’incorporer la médecine aborigène au système de santé officiel. Le 9 août il y eu à La Plata une rencontre, un atelier où ont participé environ 200 aborigènes de différents peuples. Le travail concernait trois secteurs :

Soin durant l’accouchement : "A la maison, accroupi, verticalement, avec des couvertures [...] démonstration de la technique pour soulever, qui est la façon de replacer le bébé, ce qui explique qu’il y ait si pue de cas de césariennes".

Santé mentale : "L’enfermement n’est pas vu comme une technique de guérison. Sur ce plan nous avons beaucoup à apprendre d’eux".

Herbes médicinales : "En Argentine cela a été considéré peu important, mais au Brésil on a étudié des milliers d’herbes médicinales, dont certaines ont une efficacité clinique. Les peuples originaires disent : ’si je m’en sis servi durant 500 ans, pourquoi ai-je besoin qu’on me dise que c’est bien ?’. C’est une conception solidaire de la médecine : la médecine occidentale demande une validation scientifique".

Demande d’un centre sanitaire mapuche
Xagun aux Toldos. Les drapeaux annoncent en mapuche une rencontre à l’école 6, à l’appel du groupe Epu Bafkeh (deux yeux d’eau). [...] Les mapuches sont placés en cercle et pendant l’assemblée ils se passent le micro. Ils demandent la restitution de terres, un centre de santé mapuche et que leur façon de soigner ne soit pas considérée comme exercice illégal de la médecine.

Le vrai problème de la classe moyenne est qu’une vie saine réduirait de 80 % les problèmes du cœur, « Página 12 » (21.09.06) La « Fundación Cardiológica » a alerté sur la consommation de pomme de terres frites dans les fast food. Des signes d’artériosclérose ont été trouvés chez 30 % des jeunes de 16 à 20 ans morts pour d’autres causes.

Jujuy, « Página 12 » (10.08.06), les aborigènes sont arrivés à un accord avec le gouvernement provincial et ont décidé de libérer les routes coupées depuis mardi dernier. Des portes paroles du gouvernement et des indigènes ont indiqué que les autorités provinciales se sont engagées à livrer dès aujourd’hui et jusqu’à la fin de l’année 29 titres de propriété communitaire, ce qui implique 25 % des terres recensées comme appartenant aux différents peuples originaires qui habitent Jujuy. De même, le gouvernement assure qu’en 2007 le reste des titres sera fournis.

Un massacre aborigène vérifié scientifiquement Página 12 (18.03.06)

A Formosa, un groupe de chercheurs a trouvé les restes de 27 cadavres de membres de la communauté pilagá prétendument exterminés par la gendarmerie en 1947 [en plein péronisme, mais Perón était fort peu sensible à ses origines indiennes]. Presque 50 ans après, la science est sur le point der démontrer un fait historique que pendant des décades on a essayé de nier : le massacre d’une communauté aborigène pilagá a Formosa. A Rincón Bomba 600 indigènes environ ont été exécutés lors d’une demande pacifique de nourriture et de travail.

“Notre montagne est pleine de cadavres assassinés par l’homme blanc”, affirme un membre de la communauté pilagá après confirmation de la découverte. Les corps appartiennent à une femme, un enfant et 25 hommes [avec des impacts de balles] et ils ont été déterrés à 60 centimètres de profondeur dans la localité de La Felicidad, à plus de 300 kilomètres de la capitale de la province, par l’Equipe scientifique de médecins légistes. [...]

Etre mocoví à Berisso Aujourd’hui (Indymedia, 18.10.06)

[... ] Une famille est partie de Calchaquí, province de Santa Fe, (centre Nord) et a erré dans la banlieue de Buenos Aires pour échouer à La Plata, à la gare d’autobus. Patricia, la nièce, rappelle comment on les déplaça pour finalement les laisser à Berisso. Maintenant il y a une trentaine de familles. Certaines ont voulu revenir à Calchaquí mais avec la déforestation, elles n’ont rien retrouvé.

Une après-midi, il y a 5 ans, dans une réunion avec des camaradas du PCR ma maman a dit ‘bon, nous sommes mocoví’. Avant je n’en avais jamais entendu parlé”, explique Patricia en affirmant que, depuis, ils ont ajouté à leurs revendications de nouvelles ayant trait à leurs origines et leur identité. [...] Pour moi, ça a été une découverte totale. Ma maman nous a dit qu’elle l’avait caché pour nous protéger parce qu’elle, dans son enfance, avait connu beaucoup de discrimination”. Patricia apporte ses souvenirs : “Quand j’allais à l’école, à Pergamino, je ne savais pas lire en castillan. Et à chaque fois on me mettait au coin ou à genoux parce que je ne prononçais pas correctement. Tous les j’avais une note dans le carnet : la petite ne sait pas parler, elle se sent seule, elle ne communique avec personne, elle ne veut pas faire les devoirs... Mais depuis peu, bien des années plus tard, en m’assumant mocoví, je me suis mis à penser au pourquoi de ce qui m’était arrivé. [...] Aujourd’hui, et depuis quelques années, une autre lutte occupe la poignée de familles mocoví : obtenir des droits définitifs sur une terre conquise. [...] nous avons fait des marches, nous sommes allés à la Maison des terres de la Province. Nous nous mobilisé la communauté au grand complet, en marchant dans la rue 50. Pour beaucoup de gens ce fut une surprise. Peu d’entre eux connaissaient l’existence d’une communauté mocoví. Nous avons fait une banderole ‘Mocoví en lutte-CCC’ [Corriente Clasista Combativa, voir le livre de Raúl Zibechi, édité par la CNT] et nous avons présenté aux fonctionnaires notre nécessité de vivre en communauté, de ne pas perdre les coutumes, la langue...”

Patricia sent que se reconnaître comme faisant partie du peuple originaire et entreprendre cette lutte pour la terre et le logement a donné un sens nouveau et fort à sa vie et à celle de nombreux jeunes. “Le Courent et le Parti nous aident. C’est l’outil pour continuer à avancer”.