CGT info n° 11

mardi 7 novembre 2006, par frank

CGT-e info n° 11

(Fin de rédaction 07.11.06)

Evocation globale socio économique voir n° 2

Résumé bref !

- Agressivité des multinationales espagnoles dans le pillage du tiers monde et de l’Amérique latine en particulier (héritage des conquistadores) ;

- Stagnation et baisse du niveau de vie, avec perte des acquis, pour la majorité des salariés ;

- Rideau de fumée sur la répression franquiste et la récupération de la mémoire historique.

Contenu :

1) Luttes en cours

2) Récupération de la mémoire

3) Sacré pays

1)Luttes en tours (luttes en soi, internationalisme, culture anticapitaliste)

Les travailleurs d’Iberia qui avait occupé spontanément l’aérodrome de Barcelone après l’annonce de licenciement de la direction subissent des séquelles judiciaires. (CGT, 09.10.06) La Garde civile accuse 16 d’entre eux de sédition et d’insurrection, passible d’au maximum 10 ans de prison.

Tele-marketing : face à un secteur fondé « sur l’externalisation de tous les processus et l’implantation d’un modèle consistant en contrats-sous-contrats, d’où précarité et insécurité, durée sur le poste de travail dépendant des besoins de l’entreprise mère », un modèle syndicale en évolution est proposé.

Deux axes fonctionnent. D’abord, la Coordination nationale de Tele-marketing car (CET) regroupant toutes sections syndicales, indépendamment de leur localisation, elles ont en commun la même convention collective, mais chaque entreprise est différente, avec une précarité identique. « On cherche à donner une réponse commune aux agressions, puisqu’on sait que ce qui concerne l’une, va toucher tôt ou tard les autres. C’est la façon de faire adopté dans le chemin de fer où la CGT mise sur l’unification des actions sur l’embauche et les contrats suite à la libéralisation du secteur. Mais la différence est qu’il existe trois conventions collectives.

Ensuite, il apparaît des zones territoriales, comme dans la région d’Algesiras-Campo de Gibraltar, avec des boîtes de la métallurgie et de la chimie. « Indépendamment de la convention collectives, toutes les sections syndicales sont regroupées. Le modèle est emprunté à la Coordination du transport routier, avec des disparités d’horaires, des écarts vis-à-vis des règlements et des temps de pause, d’où une action syndicale forte qui a mené à la création de sept sections en Andalousie.

Un fort dégraissage à la radiotélévision publique est en cours. Dès l’annonce et pendant plusieurs mois, il y eut de nombreuses mobilisations : manifes, occupations de studios, grève de 24 heures « suivies par un pourcentage très élevé du personnel » et avec une grande visibilité de la CGT. Le 12 juillet les syndicats officiels signèrent un accord avec la Direction, sans consultation des employés, pour 3.000 emplois en moins et 4.150 travailleurs considérés comme excédentaires. Au retour des vacances, les travailleurs ont dû se prononcer en quelques jours sur un référendum pour ou non les accords signés. Un chantage commence alors, de la part des syndicats signataires, avec l’argument que la Direction avait un plan bien pire et qu’il faut donc avaler la pilule. La CGT défendait le « non » et une proposition de plus de production locale avec des postes fixes et des pré retraites volontaires.

Le chantage a été payant puisque le 7 septembre 9.870 employés devaient y participer, 69 % le firent soit 6.879. Sur ce total 76,5 % votèrent oui, 15,6 % - 1.073 travailleurs - pour le non, 7,8 % - 536 - de votes blancs. Reste à savoir le prix que vont payer maintenant tous les employés !

Le quinzomadaire madrilène Diagonal abordant « l’actualité critique » offre une vision complémentaire, seulement différente dans la mesure où le culturel est plus accentué.

Le n° 38 de la mi octobre signale un accident typique dans le Bâtiment dans tous les pays. David Marín, 22 ans, est embauché pour le démontage d’une scène de concert le 23 juin 2006 après un grand concours de chanteurs au stade Vicente Calderón, pour un groupe de presse super connu et puissant (Prisa). Une poutrelle métallique lui tombe sur la tête et il meurt au bout de cinq jours de coma. Extrait du communiqué publié par ses collègues de chantier : « quelques minutes après l’accident l’entreprise Pase Producciones S. L. accéléra le démontage des installations pour éviter la constatation de l’absence totale de mesures de sécurité et se chargea de répartir les casques de sécurité pour échapper aux fautes en cas d’inspection. David Marín n’avait pas de contrat et était payé 5 € l’heure. Un simple casque aurait suffi pour empêcher sa mort. »

La fin de la grève des travailleurs de Mercadona de la CNT et la poursuite de débrayages hebdomadaires partiels sont signalées. Le site de la CNT-AIT signale que de nombreuses manifestations de solidarité persistent (fin octobre et début novembre).

Face à la précarité, un article signale l’exemple du collectif de Baracaldo « Bureau alternatif du bien-être social, berri-otxoak » créé en août 1997 « qui donne des informations sur les aides sociales. [...] Une de nos revendications est obtenir que le revenu minimum d’insertion existant dans la communauté autonome basque atteigne la quantité du salaire minimum interprofessionnel et que les aides d’urgence sociale aient un budget abondant et suffisant pour couvrir 100 % des demandes et la quantité complète de ce qui est sollicité. A long terme, notre but est d’arriver à ce que les prestations sociales cessent de dépendre des services sociaux et des techniques de contrôle. »

La lutte contre le passage du TGV à Urbina (Pays basque), village coincé par des autoroutes et des zones industrielles, est visiblement ressentie par les 130 habitants et leur maire. De même que la Rencontre radicale de femmes d’Espagne et d’ailleurs près d’Oviedo fin septembre.

La multinationale Repsol permet de séparer à peine les luttes internationales des nationales, en incluant l’Argentine et la Bolivie, les luttes au Paraguay, avec 50 % de la population sous le seuil de la pauvreté, avec 35 % de ces derniers, soient 17,5 % de la population, dans l’indigence et une corruption énorme.

Contramarcha n° 33, octobre novembre, diffusion gratuite, coût 1 €, aborde les problèmes de sécurité du métro de Madrid en signalant des accidents mortels évitables et les contradictions de la direction entre les vœux pieux et la politique néo libérale criminelle de baisse des coûts d’entretien du matériel. Une ouverture d’esprit qui donne des infos sur le métro de Barcelone avec un texte de la CGT.

Solidarité internationale

Création d’un Groupe de travail CGT-Palestine en octobre, annoncé dans Rojo y Negro, avec un quatre pages composé d’un chronologie, du compte-rendu d’un voyage en juillet 2005 avec des camarades de la CNT-f et de la SAC, avec une présentation d’organisations, des actions de la CGT-Aragon en solidarité avec la Palestine (depuis juin 2004) et des « Notes pour une géo politique de la libération ».

La CGT a manifesté à Madrid pour protester et montrer sa solidarité contre la répression syndicale en Pologne le 26 octobre. Le même jour en Pologne avait lieu une manifestation de solidarité pour Slawomir Kaczmarek et les travailleurs des agences d’emploi intérimaires à Lodz à l’appel du syndicat Initiative des travailleurs (OZZ Inicjatywa Pracownicza) contre la compagnie Uniontex S.P. de Lodz. Ce camarade a été viré en décembre 2004, malgré le fait qu’il soit protégé légalement contre le licenciement. C’était le résultat du plan de la direction pour de débarrasser des travailleurs cofondateurs de l’usine et récupérer leurs parts. Uniontex S.P. fut créée en 2003 comme entreprise propriété de ses employés, pour sauver les postes de travail quand Uniontex S.A. -entreprise de l’industrie du coton - a été fermée. [...]

Le tribunal a modifié la procédure de licenciement de Kaczmarek en le passant de disciplinaire à normal. La compensation a été également notifiée -l’équivalent d’un salaire. Le camarade a donc gagné, mais la demande principale du Syndicat Initiative des travailleurs était la réadmission de Kaczmarek. Donc le syndicat va faire appel. Slawomir Kaczmarek est un des travailleurs licenciés soutenus par le Comité d’aide et de défense des travailleurs réprimés. Krzysztof Labadz, de KWK Budryk, et Darek Skrzypczak, de Goplana Poznan, ont déjà été réadmis. La sentence pour le cas de Jacek Rosolowki, viré pour tentative de création d’un syndicat dans la compagnie Impel-Tom, n’était pas connue.

Le même Kaczmarek apparaît dans cet aspect de l’immigration : « Sans salaire ni nourriture dans la maison verte : plusieurs travailleurs polonais dénoncent une entreprise de Valence qui les obligeait à vivre dans des conditions d’esclaves » titre El País, 02.11.06, dans un article qui indique que « l’entreprise nie les accusations et assure que les conditions de travail "sont normales". Ils se lavaient sur la place du village, volaient pour manger, dormaient sur des matelas pourris et pour le salaire promis, pas un mot. C’est l’entreprise Personnel & Finances, qui les avait recruté dans leur pays pour la récolte des oranges et des mandarines à Valence, en les exploitant et en les obligent à vivre dans des conditions d’esclavage. "C’était une vieille maison avec des matelas pourris. On l’appelle la maison verte à cause des plantes de marihuana sur le toit. Quand on est arrivé le choc a été total. On voulait profiter de nous", nous raconte Mariusz Kaczmarek, qui, après s’être endenté pour tenter sa chance à Valence, s’est enfui au bout d’une semaine. [...], Personnel & Finances lui avait proposé un travail de chauffeur, pour conduire es intérimaires dans les plantations. Pour cette mission il devait toucher 1.500 euros et le logement était à la charge de l’entreprise. Mais une fois arrivé à Alzira, il se retrouva dans la maison verte avec 15 autres collègues, les termes du contrat avaient changé. "On nous demandait 50 euros pour le logement, 5 par tour de transport, 18 de location de sécateur pour les mandarines, 70 d’assurance médicale et 250 pour la commission de l’entreprise", explique par téléphone Kaczmarek, 45 ans avec quatre enfants. [Il s’est enfui avec un camarade de travail ...]

Magda, intermédiaire de Personnel & Finances en Espagne, dit connaître les deux personnes ayant abandonné leur travail pour retourner en Pologne. "Ce qu’ils ont dit est un mensonge. Je ne sais pourquoi ils l’ont fait. C’est une entreprise représentée à Londres, en Allemagne et en Espagne. Nous faisons venir des centaines de Polonais, nous travaillons avec des Lithuaniens, et nous n’avons jamais eu aucun problème » [...] Le cas d’Alzira se produit à peine une semaine après le démantèlement par la police d’un réseau à Cullera dirigé par des Polonais et des Arméniens pour forcer des immigrants à travailler 14 heures par jour dans la cueillette des oranges. Ce réseau a un rapport avec l’entreprise Perssonel & Finances. [...] En Pologne le cas d’Alzira, découvert par “Gazeta Wyborcza », occupe depuis deux jours les JT. Ce n’est pas la première fois que les médias se font l’écho des conditions inhumaines de leurs compatriotes à l’étranger. En août dernier, est apparu ce qu’en Pologne on connaît comme "le camp de concentration italien", une plantation de tomates au sud de l’Italie, où les travailleurs vivaient dans des hangars sans lumière et sans eau, surveillés par des gardes armés.

Petit commentaire, si on compare avec les situation des chicanos et des sans papiers aux USA, le travail des enfants (usines et bordels) en Asie et une partie de l’Amérique Latine, il ne fait pas de doute qu’on revient à des conditions de la fin du XIX siècle en Europe. Le problème est soit de savoir quand est-ce qu’on arrivera à la journée de travail de 16 heures, ou bien on peut se dire quand va-t-on obtenir un RMI équivalent du SMIC sur toute la planète ? A moins que la pollution ne règle les deux questions. C’est pour moins attendre que j’aime Makhno et Durruti.

La CGT a Publié en 2004 un livre sur Chiapas (dont les bénéfices vont aux populations indiennes en dissidence) « Miradas, ecos y reflejos ... del zapatismo a la utopía y viceversa », [regards, échos y reflets ... du zapatisme à l’utopie et vice-versa] 300 p. + DVD, 18 €.

Maquettage soigné, confessions intimes, poèmes, quelques 150 photos pleine page, c’est un grand respect qu’évoque cet ouvrage. «  Ils ont dit et ils disent qu’ils veulent un monde où celui qui commande le fasse en obéissant [aux décisions prises horizontalement, comme dans la tradition indienne], un monde où nous ayons tous une place, où il n’y ait plus ceux d’en haut et ceux d’en bas, les maîtres et les esclaves. Ils ont dit et ils disent qu’ils sont une seule personne, des êtres humains, et aussi des Mexicains, réclamant leur juste droit à la terre, à la nourriture, à la santé, l’éducation, le logement, le travail ... Ils ont dit et ils disent qu’ils résistent, luttent et meurent pour pouvoir vivre, et que leur meilleur miroir s’appellent dignité. »

« Jusqu’à une date récente, sauf rares exceptions, rien ou peu n’a été dit de la condition des indigènes et on ne trouve pas non plus de livres sur la situation actuelle des indigènes du continent américain. Et cela non pas parce que leur condition se soit améliorée. L’extermination continue. »

Un troisième volet des luttes est la déformation des stéréotypes capitalistes, comme « materiales de reflexion » de chaque numéro de Rojo y Negro . Celui d’octobre vise un projet de loi organique d’égalité entre les femmes et les hommes, qui permet de démonter complètement la vision machiste, hiérarchique et utilitariste. Diagonal est tout entier consacré à cet effort. Contramarcha le fait en accentuant le côté anarchiste

2)Récupération de la mémoire

Contramarcha a sorti fin octobre un numéro spécial gratuit de 24 pages grand format sur « la revolucion española ». Des citations en exergue systématiquement d’auteurs non anarcho-syndicalistes, des photos très souvent inédites, avec des commentaires savoureux, de nombreux interviews sur des entreprises réquisitionnées et autogérées, la reproduction d’un article de José Peirats
« A-t-on renoncé à la révolution ? » et « Réponse de José Peirats » Deux traductions de José Peirats de Noir et Rouge N°36, décembre 1966 et N° 38, juin juillet 1967. http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=300 [texte castillan http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=299] . Enfin Solidaridad Obrera organise une semaine une semaine d’activité (cinéma, poésie, débat) pour le 70 ème anniversaire de la révolution espagnole et le 75 ème de la rébellion en Patagonie.

Gonzalo Acosta Bono, José Luis Gutiérrez Molina, Lola Martínez Macías, Ángel del Río Sánchez “El canal de los Presos (1940-1962 trabajos forzados : de la represion política a la explotacion económica) “ [le canal des prisonniers (1940-1962 travaux forcés : de la répression politique à l’exploitation économique)] Barcelone, Crítica, 2004, 448 p.

C’est la CGT d’Andalousie qui a lancé des universitaires sur cette piste (avec comme auteurs respectivement un géographe, un historien, une juriste, un anthropologue), voir le dernier bulletin et l’intervention de Cecilio Gordillo. Un « aspect presque inconnu ou ignoré dans la bibliographie [...] le facteur humain, dans ce cas, consciemment ou pas, n’a même pas méritée une mention. [Ce livre veut] exprimer la reconnaissance d’une dette et la réparation morale, pour le moins, auprès de ceux qui ont souffert et subi un régime qui ôta les libertés et instaura un système dictatorial. » (pp. X, XI). «  En 1940, pris en charge par l’Etat et avec un coût infime d’acquisition de terrains, sans besoin d’aucun investissement de sa part et grâce au travail d’esclave des prisonniers de guerre et des victimes de représailles politiques, les grands propriétaires ont obtenu gratuitement la transformation de leurs latifundia de terre sèche en zone irrigable. [...] Une amélioration présentée, comble du cynisme, comme un des succès les plus frappants de la réforme agraire du nouveau régime, étant donné qu’à côté des latifundia irrigués, on installa des propriétés minuscules pour servir de main d’œuvre, reconnaissante et servile, pour la forte demande nécessaires aux cultures de terre humide. » De nouvelles localités sont nées Palmar de Troya, Torreblanca, Bellavista, etc., pour les familles des prisonniers intégrées dans des bataillons de travail. » (Prologue, p. XIX)

Petit oubli, me semble-t-il, car ce dernier détail montre la supériorité du totalitarisme catholico-falangiste sur les marxistes léninistes soviétiques incroyants négligeant de faire travailler les familles des forçats dans le goulag. Curieux également que les journalistes espagnols n’aient pas multiplier les reportages comparatifs sur les travaux forcés chez les franquistes et chez les léninistes, la récupération de la nourriture destinée aux prisonniers revendue par les gardiens dans les marchés, la location des prisonniers travailleurs par l’Etat aux entreprises en Espagne, y compris pour des fouilles archéologiques (Ampurias pour un professeur de Barcelone, bien pensant, forcément). Comme l’écrit l’universitaire républicain Nicolás Sánchez-Albornoz « Toute personne ayant des relations dans les sphères gouvernementales, avec ou sans chemise bleu [symbole de la Phalange de José Antonio, noire pour Mussolini, marron pour Hitler), put demander des prisonniers pour ses petites affaires. » (p. XXV). Et à la lecture de l’ouvrage on note « Vu la corruption généralisée du régime franquiste il pouvait sembler normal que le chef de la colonie [pénitentiaire] crée une entreprise pour intervenir dans les travaux du SCPM [Service des colonies pénitentiaires militarisées]. [Témoignage d’ex prisonniers...] Il s’est fait construire une sacrée villa à Dos Hermanas, et les maçons l’ont bâti avec du matos du SCPM, du magasin de ciment qu’il y avait à Dos Hermanas. Faisait tout ce qui voulait, c’était le chef de la colonie. » (p. 153).

Concrètement, il y eut 300.000 prisonniers et entre 1939 et 1960 le Service des colonies pénitentiaires militarisées, avec des chantiers dans toute l’Espagne. Plus de 1.500 hommes ont travaillé au canal de la zone inférieure du Guadalquivir, qui s’inscrit dans la poursuite de travaux commencé avant la guerre civile. Il s’agit de multiples interventions sur des canaux adjacents de canaux principaux déjà en place et de nouveau canaux principaux, sur une longueur de 150 km ; des travaux complexes près de routes et de chemins de fer (Dos Hermanas). La partie consacrée aux prisonniers va des pages 181 à 407 et évoque brièvement des cas d’emprisonnement depuis le début même de la guerre. Puis la vie des camps est évoquée : nourriture, sanctions, évasions, activité politiques, corruption et affaire.

Un chapitre traite (première dans la littérature sur les prisonniers) des femmes et de la reconstruction du tissu social. « La malédiction d’être « rouge » affecte tout affecte tout le contexte familial de toute personne ayant eu un minimum d’activité ou de sympathie pour la cause républicaine. De cette façon, pour la pensée fasciste, les femmes des « rouges » sont stigmatisées tout autant comme « rojas », indépendamment du fait qu’elles aient eu ou non une activité politique. [...] Dans les villages et les villes qui tombèrent rapidement aux mains des factieux après le putsch militaires du 18 juillet, beaucoup d’hommes se réfugièrent dans la montagne ou s’enfuirent dans la zone républicaine, en laissant aux femmes le soin des enfants et des maisons. Dans ces cas, les femmes ont été les premières victimes de la répression. On les humiliées en les promenant dans les villages la tête rasée et en leur appliquant de l’huile de ricin. On les a torturées pour qu’elles dénoncent leurs maris, ou leurs enfants, ou leurs frères. Et, parfois, assassinées. [Des pressions étaient exercées pour leur enlever leurs enfants ou les confier à des institutions religieuses...] Il fut également très fréquent que les femmes se chargent des enfants des frères et des sœurs qui étaient morts ou avaient été assassinés. D’autre part, on leur confisqua leurs biens, maigres ou pas, comme le logement, le commerce ou de petits moyens, qui leur servaient pratiquement de survie. En outre, le stigmate de « roja » prit toute sa portée en les empêchant non seulement d’exercer un travail, mais également de solliciter une aide certaines institutions « caritatives ». Dans les entretiens, nous avons souvent attendu des phrases comme celle-ci : « Nous avons beaucoup souffert ; sauf pute, on a tout fait, n’importe quel boulot et même voler » (pp. 260-261, 264-265)

Perdre la guerre ne représentait pas uniquement la faim, la mort, les humiliations et la peur, cela impliquait également que les difficultés augmentaient quant aux perspectives de futur des enfants. Apprendre à lire et à écrire devenait une chimère hors de portée pour de nombreux enfants de « rouges ». [Passage rapide à l’état adulte ou] Les écoles devinrent aussi des fiefs des vainqueurs et des espaces de railleries, où on les endoctrinait sur le mal causé par leurs parents et où on leur inculquait les nouveaux hymnes et les nouvelles normes qu’il fallait suivre pour être de « bons Espagnols. [...] Les mariages entre membres de familles de prisonniers ont été très fréquents, formant une sorte d’endogamie dans le groupe qui a contribué à renforcer son identité politique puisque la condition de « prisonnier » est présente dans les deux branches d’ascendance. (pp. 265, 273)

Diagonal du 13 au 25 octobre publie une page contre le film Salvador (voir le CGT info n° 10) avec des contributions du spécialiste Txema Boffil et d’un membre de l’équipe du film le dessinateur Mutis. Leur point de vue est tout à fait recevable d’un point de vue militant et historien. Le problème, à mon avis, est qu’après le passage du rouleau compresseur franquiste et de la transition (franquistes et gauche officielle, tous unis pour ne rien faire en profondeur), on a un film qui permet de réfléchir contre le régime catholico-falangiste et l’absence de réhabilitation actuelle, avec un budget et une diffusion grand public. C’est mieux que rien.

3) Sacré pays

Pour chaque euro consacré à la recherche dans la santé, le gouvernement en placera 5 sur le plan militaire (Rebelion, 28.10.06) C’est une des conclusions qui se dégage du « Rapport 2007 sur les budgets pour la recherche et le développement civils et militaires de l’Etat espagnol, élaboré par la Fundació per la Pau [...]

20 ans après la Loi de dépénalisation de l’avortement en Espagne (rebelion, 26.10.06)

« La loi rachitique de 1985 modifiant l’article 417 bis du Code pénal, établissant les trois conditions où l’avortement n’était pas punissable [« "lorsque selon l’opinion de la femme la poursuite de la grossesse entraînerait un conflit personnel, familial ou social grave" » et - sauf erreur de mémoire -danger pour la santé de la parturiente, inviabilité du futur nouveau né], fut présentée par le PSOE qui gouvernait alors avec la majorité absolue comme un premier pas. [...] La régulation de l’interruption volontaire de Grossesse (IVE) a échoué dans un labyrinthe complexe. » La pression de la droite et de l’Eglise a causé des reculs sur le plan sanitaire et une stagnation juridique.

 Les derniers chiffres publiés par le ministère de la Santé, pour l’évolution de 1995 à 2004, donnent :

· Une augmentation constante tout au long de cette période du nombre d’avortements
pour 1000 femmes entre 15 y 44 ans, qui part de 5,53 en 1995 et arrive à 8,94 en 2004.

· La hausse du taux pour mille femmes et par groupe d’âge est particulièrement intense chez les plus jeunes. Elle passe, pour le groupe de 20 à 24 ans de 8,16 en 1995 à 15,37 en 2004, les niveaux les plus élevés sont pour les moins de 19 ans, tranche d’âge où elle passe de 4,51 en 1995 à 10,57 en 2004.

· La distribution en pourcentage des avortements réalisés dans des centres publiques et
privés demeure fondamentalement stable et souligne une écrasante majorité effectués dans des institutions mercantiles : 97,33% en 1995 et 96,44% en 2004. Il faut indiquer que cette très faible diminution ne reflète pas une tendance stable, puisque les années précédentes ont des % plus élevés qu’en 1995.

· La distribution en pourcentage des avortements réalisés selon le motif de l’intervention demeure stable dans le cas de la santé de la mère (autour de 97%) et le viol (autour de 0,04%). On enregistre une augmentation soutenue tout au long de la décennie des avortements à cause d’un risque pour le fétus, passant de 1,64% en 1995 à 3,06% en 2004, probablement à cause d’un recul de l’âge de la maternité et de facteurs environnementales. Sans soute, les deux groupes à risques plus clairs ces dernières années sont les femmes adolescentes et las femmes immigrantes.