CGT-e info N° 12

mercredi 6 décembre 2006, par frank

CGT-e info n° 12

(Fin de rédaction 06.12.06)

Evocation globale socio économique voir n° 2

Résumé bref !

- Agressivité des multinationales espagnoles dans le pillage du tiers monde et de l’Amérique latine en particulier (héritage des conquistadores) ;

- Stagnation et baisse du niveau de vie, avec perte des acquis, pour la majorité des salariés ;

- Rideau de fumée sur la répression franquiste et la récupération de la mémoire historique.

Contenu :

1) Luttes en cours

2) Sacré pays

3) Récupération de la mémoire

1) Luttes en cours

Victoire syndicale de la CGT chez Seat Volkswagen

Le licenciement par la direction de cette multinationale de l’automobile des délégués CGT (surtout des femmes) a été jugé nul et inapplicable par un certain nombre de magistrats. Quelle est la situation de ses camarades ? Ils perçoivent normalement leur salaire, mais la direction leur interdit de retourner à leur tâche précédente.

Cette situation est illégale et entraîne donc de nouveaux procès qui sont en cours.

Il est évident que la position des syndicats réformistes (UGT socialiste et Commissions ex PC) devient délicate et que la CGT va certainement décoller dans les élections syndicales que vont avoir lieu les mois prochains.

La CGT se mobilise à Valence contre les 810 licenciements à la Poste, manifestation le samedi à 11 h 30, devant la poste près de l’hôtel de ville de Valence. (Rebelion, 02-11-06)

Selon des données du syndicat, sur le total des licenciés 10 sont de Valence et presque tous du centre de traitement automatisé des postes de Quart de Poblet. Ces derniers viennent d’être exclus des “ bourses de travail” parce qu’ils ont exercé le droit fondamental de réclamer sur le plan judiciaire un emploi fixe dans l’entreprise, en accord avec une sentence de « l’Audiencia Nacional ».

Le syndicat CGT des PTT (CGT-Correos) dénonce le fait que les syndicats Commissions, CGT et CSIF ont collaboré avec la « Société d’État des Postes et des télégraphes d’Espagne, S.A. » pour ces licenciements. Dans ce sens, la section syndicale a affirmé que les syndicats réformistes « n’hésitent pas à vendre des travailleurs et à se positionner en faveur des licenciements et des stratégies des entreprises. Ces syndicats ne se soucient pas des intérêts de la classe travailleuse. »

2) Sacré pays

Longue évocation la situation de l’émigration espagnole jusqu’à 1973 et la déclaration de fin octobre des dirigeants des syndicats UGT et commissions (Fidalgo et Cándido) sur la nécessité de limiter l’entrée des travailleurs roumains et bulgares en Espagne. (Rebelión, 01-11-06) Un bel exemple d’amnésie et d’égoïsme patriotard (remarque personnelle)

Record des bénéfices de la banque... Endettement maximum des familles.(Joan Arnau, Kaosenlared, Rebelion 02-11-06)

13 milliards et 240 millions de bénéfices accumulés par la grande banque augmente de 52 % des recettes de 2004. La moitié revient à la banque Santander de Botín [...] Rien que les bénéfices de la banque Santander pourraient payer les pensions de 10 millions de personnes, et ce serait amplement suffisant pour en doubler le montant. [...]

En attendant, l’endettement des familles s’élève à 110 % de leurs revenus bruts disponibles, ce qui interdit complètement la possibilité d’épargner. Toute opération pour acquérir un logement, une voiture, monter une petite entreprise, se transforme en obligation de transférer une bonne partie du travail aux banques. [...] Il est pas étonnant que la dette financière des familles (fondamentalement des prêts hypothécaires et des crédits individuels) atteignent 2005 un nouveau maximum historique, environ 700 milliards de €. [...] Alors qu’en 1997 les dettes financières des familles revenaient à 28 % de leurs actifs, fin 2005 elles atteignent 46 %. [...] L’augmentation de la richesse générée va de pair avec l’approfondissement de la fracture sociale [entre riches et pauvres]. [...]

Il y a quelques semaines nous avons appris qu’une personne sur cinq en Espagne vit sous le seuil de pauvreté, et ne dispose que de 371 € par mois. [...] 2 millions de chômeurs, les contrats intérimaires représentent plus de 30 %, la moitié des Espagnols a du mal à finir le mois, les salaires augmentent de moins de 3 %, les revenus agraires baissent, des milliers de petites et moyennes entreprises sont menacés par la délocalisation, les jeunes ne peuvent accéder au logement et ceux qui en ont un devront consacrer la moitié de leur salaire durant toute leur vie pour payer l’hypothèque. [...] C’est le ciel vous quelques uns et l’enfer, à différents degrés, pour la majorité.

«  Diagonal » donne la parole à deux éducateurs de rue. L’un situe la profession comme apparaissant dans les années 1970, d’abord dans la province de la Rioja et de Barcelone. La tâche d’éducateurs de rue était « la prolongation de la fonction éducative de la famille et de l’école. Mais les élèves de la rue sont précisément ceux qui ne vont pas fréquemment à l’école [...] Ils trouvent souvent une bande organisée où le chef, le leader, dirige tout le groupe avec agressivité et une certaine justice de survie dans la jungle de l’asphalte »les éducateurs de rue sont chargés d’éviter que les jeunes ne tombent dans la spirale de la violence. Les éducateurs de rue étudient une zone et cherche à se gagner la confiance des jeunes « à partir de là, un chemin compliqué d’avancer et de recul débute, et, s’il n’aboutit pas à une rupture, de fréquentes, commence progressivement à donner des fruits. « 

Julio Rugero, à d’autres éducateurs de rue, est interrogé à propos des chiffres du ministère de l’éducation sur l’échec scolaire (30 % des élèves ne finissent pas le CES) et d’un rapport sur la violence et le harcèlement scolaire en Espagne (25 % des élèves qui de mauvais traitements). Il pense qu’une »la femme éducative, pour progressive qu’elle soit, échoue si nous les profs et les parents, nous ne changeons pas notre mentalité [...] et nos visions de la société. [...] pour comprendre la société globalisatrice où nous vivons une fois abordée l’étude depuis l’interdisciplinarité et la compréhension au-delà de la raison. »

Concrètement, Julio Rugero propose « la création d’un corps unique d’enseignants formés sur le plan scientifique et pédagogique [...pour le primaire et le secondaire] bien que spécifique en fonction des secteurs de travail. De plus, il faut en finir avec cette école sélective dans l’échec scolaire est le symptôme le plus évident. Nous produisons un système fermé. »

Anniversaire de « rebelion.org », journal digital créé en 1996 à partir du besoin des changes d’information sur un projet formé dans un local de quartier du parti communiste. Le système marche à la stupéfaction des initiateurs, vu la nécessité de s’informer et d’informer sur une foultitude d’événements, de lutte marginalisée pour « les citoyens qui ne pouvaient connaîtraient une autre réalité que celle des grands médias. », effectivement c’est une source pour l’Espagne et l’Amérique latine, avec les voix de Petras, Chomsky, Dietrich, etc.

3) Récupération de la mémoire

« Notre frère Salvador », par les soeurs de Salvador Puig Antich

Dans la même cellule et face à un fonctionnaire, le militaire avec un uniforme impeccable, lui a transmis que deux condamnations à mort ont été prononcées contre lui. D’après des témoins, Salvador pleurait.

Salvador Puig Antich était le troisième de six frères et sœurs. De tout petit, il avait une prédisposition à être l’avocat des pauvres. Il a été exclu du collège de la Salle Bonanova, pour avoir défendu un élève qu’un professeur avait injustement traité. En plein milieu de l’année il était difficile de trouver un collège et en plus avec la condition aggravante d’avoir été exclu. Mais il put rentrer au collège des capucins de Pompeya, et l’année suivante il entra au collège des salésiens de Mataró, où il passa le baccalauréat de lettres. Il y connut le père Manero qui, quelques années plus tard, l’accompagna pour son ultime nuit.

L’année suivante il entra dans l’enseignement professionnel tout en s’inscrivant au lycée Maragall. Il y étudia dans une branche scientifique, car il voulait étudier la carrière des sciences économiques. Il y connut également des camarades avec lesquelles plus tard ils formèrent le MIL (Mouvement ibérique de libération).

Durant cette année scolaire se rendit compte que les sciences économiques ne répondaient pas à ses intérêts et il alla à la faculté de philosophie et de lettres. En 1968 il commença sa lutte clandestine contre le régime franquiste en participant à différentes manifestations des commissions ouvrières.

A cette époque, il vivait chez notre soeur aînée, qui suivait avec attention le changement existentiel que Salvador éprouvait. Il était nerveux, dormait mal ... il était évident que sa vie prenait une autre direction et finalement en 1971, il passa à une étape importante en entrant dans le MIL.

Le MIL était un mouvement anticapitaliste, qui se proposait de combattre le capital sous toutes ses formes et qui voulait renforcer l’auto organisation et l’autonomie de la classe ouvrière. Il critiquait également la conception hiérarchique de la vie sociale et le syndicalisme en tant qu’outil d’intégration des travailleurs dans la société capitaliste.

La vie clandestine fit que Salvador s’éloigna de la famille. Encore que dans la pratique, sentimentalement et émotivement, il été très proche et à cause des problèmes de santé de notre mère il s’intéressait à ce qui nous arrivait.

Le 7 février 1973, lorsque notre mère est morte, Salvador a abandonné la clandestinité pour venir chez nous, nous soutenir en tout pour partir ensuite. Ce fut la dernière fois que nous l’avons vu libre.

Le mardi 25 septembre, il fut arrêté en compagnie de Xavier Garrega. La police les avait identifiés depuis longtemps, après avoir arrêté un militant du MIL Santiago Soler Amigó, ce dernier servit d’appât pour l’arrestation de ses camarades.

Soler Amigó, contrôlée par la police et concrètement par le groupe chargé de désarticuler le MIL, se rendit à un rendez-vous avec les inspecteurs Francisco Rodriguez et Timoteo Fernandez avec les sous-inspecteurs Francisco Anguas et Luis Algar. Le lieu du rendez-vous, le bar « Funicular », était à l’angle de la rue Girona et Consell de Cent. Immédiatement un corps à corps commença, les policiers réussirent à maîtriser momentanément Salvador et son ami et à les conduire dans l’entrée du numéro 70 de la rue Girona, juste à côté du bar. La bagarre et la confusion ont repris, aggravée par un échange de coups de feu, entraînant des blessures pour Salvador et le sous-inspecteur Anguas, mortelles dans son cas. Tous les deux furent transportés à l’hôpital clinique de Barcelone.

La famille fut informée de ce qui s’était passé le lendemain en lisant la presse. Ce fut un coup terrible pour tous, surtout pour notre père. Un des titres des journaux était « un cambrioleur tue un policier. » nous ne pouvions nous fier à rien. Nous ne savions pas non plus où il avait été amené. Notre crainte était qu’il soit au commissariat de Via Laietana, tristement célèbre pour la grande quantité de personnes qui y ont été torturées. Ces heures furent très angoissantes.

"El Caso", hebdomadaire sensationnaliste de faits divers, fut implacable. Il accusait Salvador de nombreux délits qu’il n’avait pas commis. Jusqu’à son exécution il fut utilisé comme bouc émissaire parfait pour la situation générale du régime.

Oriol Arnau et Francesc Caminal tenait un cabinet d’avocats dans la Gran Via. Oriol était un ami de Carmen, une des soeurs, il connaissait Salvador, puisqu’il l’avait conseillé pour un fait ponctuel. Carmen lui téléphona et Oriol et Francesc commencèrent à agir. Ils se présentèrent à la police comme étant les avocats de Salvador. On les informa qu’il était à l’hôpital clinique, et que son état était grave, mais ils purent le voir.

Avec cette information, Carmen et Imma sont allées à l’hôpital. La police leur posa de nombreuses questions tout en les empêchant de voir leur frère. Alors elles se mirent à crier : "Salvador estem aqui [Salvador nous sommes là].

Un peu plus tard, étant à la prison "Modelo", Salvador leur dit qu’il les avait entendus. Ce fut pour lui la première démonstration que nous l’aimions et que nous étions ses côtés.

Trois jours après l’échange de coups de feu, il était encore à l’hôpital, menotté et attaché au lit, sans pouvoir recevoir des visites. La haine remplissait l’atmosphère. Le 1 octobre, afin de fixer sa mandibule cassée, on lui plaça des élastiques dans la bouche, et avec ce terrible aspect il fut interné à la prison "Modelo" le 2 octobre, cellule 443, cinquième galerie. Comme il était accusé d’assassinat, on lui appliqua le régime d’isolement total. Mais pour nous, ce fut très positif car nous pourrions enfin le voir.

La première visite fit une situation très étrange très intense. Nous sommes arrivés au parloir, il nous attendait déjà. On le voyait gauche, lent, épuisé. Physiquement il était très faible, mais quand il nous entendit parler, il eut la même sensation que nous. Il était très content de voir. Malgré tout il nous dit qu’il était extrêmement gêné et nous impliquer dans cette affaire. Nos rapports furent profonds jusqu’au moment de son exécution.

Le 19 octobre, il y eut une reconstitution des faits sur le lieu même de l’arrestation. Le 23 octobre les militaires acceptaient le désistement de la juridiction ordinaire et il était évident qu’ils assumaient définitivement l’affaire.

Oriol Arnau et Francesc Caminal, ses avocats, ont essayé de chercher un défenseur adapté. Ils était jeunes et avait une expérience relativement brève. Il voulait une personne prestigieuse dans le domaine juridique et avec une certaine respectabilité vis-à-vis du régime. Ce ne fut pas une tâche facile. Finalement la défense fut acceptée par Francesc Condomines Valls, premier doyen du collège des avocats de Barcelone et président de l’académie de législation et jurisprudence de Catalogne. Le 27 octobre il fut officiellement désigné comme avocats défenseur de Salvador tandis que Oriol Arnau devenait avocat remplaçant.

Nous commencions alors à prendre conscience de la gravité des faits. La coordination des groupes libertaires se mit en contact avec les étudiants libertaires de Catalogne, pour constituer le Comité libertaire anti répression afin de mobiliser en faveur des membres du MIL emprisonnés. Des contacts furent pris avec des libertaires français qui dans leur publication cherchaient à décrire l’identité du MIL. Il fallait revendiquer le caractère politique du MIL et élaborer un dossier MIL qui fut distribué par la presse clandestine et qu’on fit parvenir à des organisations et à des personnalités politiques.

Le 26 novembre, dans sa cellule, Salvador entendit de la bouche d’un militaire, la demande de l’avocat général : il demandait deux peines de mort. La réaction ne fit pas attendre ; des actions furent intensifiées bien que de nombreuses organisations se soient montrées réticentes aux méthodes employées par le MIL. Timidement, les partis et les groupes antifranquistes et le mouvement ouvrier réclamaient l’abolition de la peine de mort.

La solitude et le plus grand problème auquel s’affronte quotidiennement une personne privée de liberté. Des visites des membres de la famille avaient lieu deux fois par semaine, pendant 20 minutes et on denait toujours parler en castillan. Salvador fit face à la solitude en lisant et en écrivant.

Quim, le frère aîné qui vivait aux États-Unis, en apprenant la demande de l’avocat général, arriva immédiatement à Barcelone. Le directeur de la prison nous accorda un permis spécial, car la capacité des parloirs était de quatre personnes et nous étions cinq. Salvador en voyant son frère aîné et pour rompre la glace, lui posa des questions avec humour sur les scientifiques nord-américains. Qim sortit bouleversé de cette entrevue. Il n’allait plus se revoir.

Entre les allées et venues à la prison "Modelo", en gardant toujours un espoir, une chape de réalisme tomba sur Salvador : le 20 décembre un attentat mettait un terme à la vie de l’amiral Carrero Blanco, la main droite de Franco. Lorsque nous sommes arrivées au parloi,r il nous a dit : "ETA m’ha matat" [L’ETA m’a tué]. Il ne se trompait pas.

Le 5 janvier 1974 le conseil de guerre fut convoqué le huit du même mois dans la salle de justice du gouvernement militaire de Barcelone.

À ce moment-là les militaires démocrates étaient, évidemment, peu nombreux et mal organisés. Il pensait que la situation évoluait vers une démocratie mais ils se heurtaient toujours aux partisans d’une involution qui, avec l’extrême droite, se groupaient autour de Blas Pinar Girón et du général Iniesta Cano.

Vu la situation politique et la pression des militaires, le jugement fut un autodafé ou deux peines de mort furent demandées. À la fin du procès, dans la salle même, nous avons pu le voir et lui parler. En arrivant à la "Modelo", Salvador déclara que ça ne valait pas la peine de s’être déplacé.

Le 11 février à Madrid, devant le conseil suprême de justice militaire, sans la présence des accusés et des témoins, un recours est étudié. Nous étions, Inmaculada et Carmen Puig, les seules femmes dans la salle. L’avocat Condomines parla pendant une heure et finit en disant que l’Espagne n’avait besoin ni de vigueur ni de violence. L’affaire dépendait de la décision du conseil suprême de justice militaire, qui avait également huit jours pour dicter sa sentence.

En attendant, la solidarité envers Puig Antich continuait en France, en Italie et dans d’autres pays d’Europe, le 19 février, à la fin du temps réglementaire, le conseil suprême de justice militaire entérina la sentence.

À partir de ce moment le conseil des ministres du gouvernement de Franco devait donner son accord. Dès que cela serait fait, la peine de mort devait être appliquée dans un délai de 12 heures, sauf si une grâce était accordée. La vie de Puig Antich ait été exclusivement entre les mains du dictateur. Dès la confirmation de la sentence, l’angoisse s’empara de nous tous.

Les demandes de grâce devenaient une pression constante devant l’imminence que le conseil des ministres donnent son accord. Des manifestations, des télégrammes, des réunions, la pose d’engins proliférait également ...Toute une série d’action isolée qui prétendait arrêter cette haine.

Le conseil de l’Europe siégeant à Strasbourg, dont faisait partie des pays du marché commun, sollicita le gel des pourparlers sur l’accord préférentiel de l’Espagne avec la CEE, tant que la peine de mort ne serait pas commuée et il demanda la concession des libertés politiques.

Finalement le vendredi 1 mars, le ministre de l’information et du tourisme Pio Cabanillas indiquait que le gouvernement avait donné son accord pour les deux peine de mort et que Heinz Chez et Puig Antich devait entrer en cellule condamnée à mort selon l’article 860 du code de justice militaire. Heinz Chez était un Polonais qui avait été accusé d’avoir tué un garde civil. Il était seul et n’avait pas famille. Durant la même conseil des ministres, la peine de mort appliquée au garde civil Antonio Franco, accusé d’avoir tué un supérieur, fut commuée.

Salvador était couché quand on lui annonça qu’il devait se lever. Il ne dit rien. Ça faisait longtemps qu’il attendait ce moment. On le conduisit dans une une salle le juge instructeur Nemesio Alvarez, en uniforme de parade, lui communiqua l’accord du gouvernement.

On lui proposa l’assistance du curé de la prison. Il refusa. Il devait entrer dans la galerie des condamnées à mort, il n’y avait aucun drame, il n’y avait que le silence.

Oriol Arnau avait eu connaissance de l’accord directement par l’intermédiaire du juge Nemesio Alvarez ; Arnau pris contact avec ses collègues et ils se retrouvèrent au collège des avocats, où commença une assemblée permanente. C’est de la qu’ils firent des tentatives désespérées pour sauver la vie de Salvador, en se mettant contact avec des chefs d’État de Grande-Bretagne, France, Allemagne. Lorsque le Dr Puigvert, médecin personnel de Franco, intercéda, tout était déjà décidé.

Comme on était vendredi, la famille était en attente de la décision du conseil des ministres. Oriol vint nous chercher et nous encouragea. Ils noos dit que Salvador était dans la galerie des condamnés à mort, et nous sommes allés à la "Modelo". Nous étions à nouveau réunis.

Salvador entendit à nouveau la question de s’il voulait un aumônier et répondit qu’il aimerait parler avec le père Manero, ancien professeur des salesiens de Mataró, où il avait étudié, et qu’il considérait comme un ami.

Nous étions dans une salle, assis sur de petits fauteuils mal commodes et nous sommes passés par de nombreuses phases. Comme la situation tellement surréaliste, pour casser cette tension nous nous sommes même racontés des blagues, nous avons parlé de ses anciens amis, etc.

Mais la nuit avançait, et l’espoir d’une grâce s’éloignait de plus en plus. La commission permanente du collège des avocats n’a pas cessé pendant toute la nuit. L’abbé de Montserrat, Cassia Just, se mit en communication avec le Vatican et ce dernier avec El Pardo [palais de Franco] pour demander la clémence.

Les sujets de conversation s’épuisaient et l’arrivée du père Manero fut cruciale, nous sommes revenus à un ton détendu jusqu’à ce qu’un militaire appelle Imma. Pour lui demander où nous voulions l’enterrer. " C’est vous qui le tuez, c’est vous qui l’enterrez", tel fut sa réponse.

Nous attendions tous la grâce jusqu’à neuf heures du matin où on nous a fait sortir. Personne ne fut autorisé à rester avec lui. Imma et Oriol Arnau demandèrent à être à ses côtés jusqu’à la fin, mais on ne le leur a pas permis. Salvador voulut savoir comment et où on allait l’exécuter.

Salvador fut exécuté par le garrot "vil" [ terme officiel, c’est-à-dire une mort relativement lente réservée aux brigands par opposition au peloton d’exécution - mort rapide - pour les politiques et les militaires] à 9 h 30.

À 10 heures et quart le 2 mars, le fourgon qui emportait le corps de Salvador Puig Antich sortait de la "Modelo" vers le cimetière de Montjuic.

Ce même 2 mars dans la prison de Tarragone, Heinz Chez fut exécuté. Lui, personne n’a pleuré.

La haine pèse davantage que la vie.

(Reproduit dans Contra Franco (testimonios y reflexiones), Madrid, Cedall & Vosa, 2006, pp. 321-329)

Congrès sur la guerre civile 1936-1939

Il est indubitable que ce congrès à Madrid (27, 28, 29 novembre 2006) a été un succès étant donné la multiplicité et la nouveauté des communications, la pluralité des points de vue, la liberté d’expression, la bonne organisation, les aides prévues pour les participants des différentes régions d’Espagne et de l’étranger. Lors de l’inauguration, la ministre de la culture a fortement souligné l’image de la Transition et Jorge Semprún a évoqué avec raison l’utopie franquiste et la mystification véhiculée par les anciens combattants.

Cependant, dans les discours des poids lourds des historiens officiels, une caractéristique constante a été l’omission de la situation légale victime du franquisme, sur les plans de l’identification des répresseurs et de l’usurpation des biens. Néanmoins, la restitution d’une partie du patrimoine syndical est une reconnaissance pour un groupe social d’une réparation qui n’est pas envisagée pour les individus.

D’autres faits passés sous silence sont les raisons qui ont fait que la guerre civile espagnole a eu un tel écho international, la vigueur des réalisations révolutionnaires, le génocide appliqué la gauche en général avec la bénédiction catholique.

Il est inquiétant, encore que logique dans le fond, que Ucelay-da Cal (historien en vogue et avec des « poulains » comme Godichaud en France - voir « les Temps Maudits », n 24 - pour une évocation du manque de sériaux) après une brillante stimulante réflexion sur la mémoire historique, fondée en partie sur son expérience aux Etats-Unis, ne connaissent pas le sens du mot génocide depuis 1946 et refuse de reconnaître qu’il y en eut un en Argentine. « Par génocide on comprend un des actes cités ci-après, perpétré dans l’intention de détruire, totalement ou partiellement, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, en tant que tel : a) massacre de membres du groupe. b) lésions graves à l’intégrité physique ou mentale des membres du groupe. c) Exposition intentionnelle du groupe à des conditions d’existence pouvant entraîner sa destruction physique, totale ou partielle. d) mesures destinées à empêcher les naissances au sein du groupe. e) transports forcés d’enfants d’un groupe un autre groupe “ (ONU 9 décembre 1948).

Quant à la seconde affirmation de Ucelay-da Cal sur l’Argentine, si elle démontre l’ignorance crasse de la réalité la plus importante du pays, elle est en accord avec sa vision de la CIA, ce qui est en définitive la pensée politiquement correcte des gagnants de la société capitaliste. Et il n’est pas non plus surprenant qu’il n’expose aucun critère pour orienter la mémoire historique ni non plus qu’il ne réagisse pas quand j’ai proposé de se référer aux critères d’un document récent des Mères de la place de Mai Línea Fundadora fondée sur les droits de l’homme, la lutte contre l’exploitation sociale, contre the American way of life. “[...] Encore que cela faisse 21 ans que nous vivons en démocratie, les inégalités sociales et économiques sont encore actuelles et l’impunité demeure encore sous différentes formes. Et nous arrivons ainsi à 2006, pour voir comment le rêve de nos enfants d’un pays juste et solidaire s’échappe des mains. Cette réalité nous impose de continuer notre lutte et de lui redonner un sens ; c’est pourquoi nous proposons de travailler avec les secteurs les plus nécessiteux, en mettant en oeuvre notre dernière consigne « solidarité et engagement sociale ».

Parce que nous nous reconnaissons dans la douleur de chaque mère qui a perdu un fils à cause d’un forfait de la police, puisque les mêmes personnes et les mêmes pratiquent qui ont tué nos enfants sont encore employées dans les forces de sécurité. Parce que nous nous reconnaissons dans chaque enfant qui meurt de faim, dans chaque chômeur, dans chaque pauvre et dans chaque marginalisé et parce que tous sont victime du même modèle social et économiques contre lequel ont combattu les 30 000 disparus : aujourd’hui plus que jamais nous croyons au rêve de nos enfants. contre lequel ont combattu les 30 000 disparus : aujourd’hui plus que jamais nous croyons au rêve de nos enfants. [...]

Les pauvres aujourd’hui sont les disparus d’hier. Si les génocides et les exterminations passés ne résonnent pas en nous avec ceux du présent, nous ne faisons pas acte de mémoire, nous nous bornons à soulager nos blessures. Nous croyons qu’une mémoire vive relie les offenses d’aujourd’hui aux offenses du passé.

Parce que la fidélité à la mémoire réside dans cette capacité de la conter chaque fois différemment, et ce faisant, d’effacer le récit antérieur et à en reconstruire un autre parce qu’on raconte toujours à la lumière d’un présent qui pose de nouvelles questions et de nouveaux engagements.
(texte complet http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=458)

L’idée de la nécessité d’appliquer un Espagne schéma argentin (suivi de façon discutable et de plus en plus insuffisante) d’annulation des lois d’obéissance obligée et de point final, n’a pas été appréciée. Santos Juliá (organisateur du congrès et historien reconnu), pour la clôture du congrès, a affirmé que l’amnistie adoptée après la mort de Franco n’était ni une amnésie ni une loi de point final. La définition d’amnistie est “ un acte du pouvoir souverain qui octroie l’oubli total d’une certaine sorte de délit, par l’abolition de l’action pénale ou l’extinction de la peine et de tous ses effets, » (dictionnaire espagnol Vox). Par conséquent, l’amnésie a été effectivement l’aspect légal de la Transition acceptée par les leaders politiques soi-disant de gauche.

L’intérêt de Ángel Viñas (historien spécialiste de la politique financière franquiste durant la guerre civile) pour l’anarchisme, afin de l’enfoncer, m’a paru important en particulier avec une question qui était, vu l’importance de l’aspect négatif de la violence anarchiste durant la guerre, comment s’explique cette position libertaire ? La personne à laquelle s’adressait la question a répondu avec justesse qu’il existait un plan exterminations du général Mola [une simple imitation du génocide du général Gallifet pour réprimer la Commune de Paris, 30.000 fusillés, homme, enfants et femmes, avec l’autorisation de la bourgeoisie française, ce que j’ajoute] et que dans son village aragonais situé dans la zone franquiste des exécutions ont été nombreuses.

Le même sujet évoqué pendant l’été 1936 par la droite d’une partie de la gauche. Le camarade Liberto Sarrau m’a expliqué (en 1962) qu’à Barcelone dans plusieurs séminaires et des couvents les cénétistes avaient trouvé des cellules et des cadavres de religieux et de nonnes enceintes. Ces cadavres furent exposés dans les rues, sans qu’il y ait par conséquent de profanation de sépultures, pour condamner les bourreaux qui avaient assassiné sous le prétexte de l’amour divin. Le vision fondamentaliste et de croisade que Franco appliquait par la grâce de Dieu fut justifié par le Torquemada de l’époque, le cardinal Gomá. Ce dernier déclarait 1935 : “nous avons cru vivre au milieu d’un peuple profondément religieux [...] Nous avons dû rectifier un jugement que l’histoire d’abord et la routine ensuite nous avaient fait formuler ”. Pendant la guerre il rectifia son opinion (grâce au poteau sanctificateurs) : “ Pourquoi ne devons-nous pas croire que le Dieu de nos pères vit, encore que caché, au fond de l’âme populaire ?” (Source Autogestión y anarcosindicalismo en la España revolucionaria).

Ce n’est pas une nouveauté dans l’histoire de l’Europe, qu’on veuille nous la décrire comme humaniste pour justifier des guerres humanitaires des États-Unis au Moyen-Orient (avec ou sans sa colonie israélienne) ou de la France en Afrique. L’inquisition a été créée par le christianisme romain pour écraser l’hérésie albigeoise qui niait le droit de propriété et la hiérarchie cléricale. Du côté orthodoxe, la même chose est arrivée au même mouvement, les bogomiles des Balkans, qui “ insultent les riches et enseignent à leurs proches et à leurs amis à ne pas se soumettre aux maîtres, à haïr le roi, à insulter les anciens, a repoussé les seigneurs. Ils pensent que dieu exècrent tous ceux qui agissent pour le roi. » (Historia na makedonskiot narod - histoire du peuple macédonien -, Skopie, 1969).

Il est symptomatique que, quand on évoque la guerre civile de 1936-1939, les clichés médiévaux de cette Europe occidentale créatrice du colonialisme de l’impérialisme et de l’extermination de ses parias continue à peser. Il n’est pas moins symptomatique qu’il soit difficile de les combattre. Mais ce congrès a été une excellente occasion avec trois jours de discussion et d’échange qui, s’ils n’ont pas comblé tout le monde, ont certes permis une meilleure connaissance.