Argentine info n° 18

samedi 9 décembre 2006, par frank

Argentine info n° 18

(Fin de rédaction 09.12.06)

Pour un panorama synthétique et les problèmes actuels du pays, voici le sommaire du bulletin n° 15 (01.09.06, pour un plan socio-économique détaillé, voir le N° 4) :
1) Chiffres de la répression et de la misère, malgré les cocoricos de Kirchner ;
2) Echo des luttes ; 3) Usines récupérées ;
4) Mouvement des droits de l’homme et la marche de Blumberg ;
5) Mères et libertaires gouvernementalistes ;
6) Misère du catholicisme sur le plan sexuel [a) L’avortement à la une ; b) La prostitution dans l’ombre] ; 7) Nécessité de la récupération de la mémoire ;

Plus brièvement :
Augmentation de la répression et de la fracture sociale,
Persistance de la misère des plus pauvres, surtout des enfants,
Indifférence d’une grande partie des classes moyennes et refus d’action en profondeur du gouvernement.

Il existe dans tous les bulletins publiés une complicité de María Esther Tello, mère de la place de Mai, Línea Fundadora.

Le contenu de ce numéro est assez semblable.

1) organismes des droits de l’homme et la disparition de Jorge Julio López, disparition probable des procès des génocidaires

2) Autres disparitions

3) Luttes en cours

4) Récupération de la mémoire

5) Entreprises récupérées

6) Pays voisins

1) organismes des droits de l’homme et la disparition de Jorge Julio López, disparition probable des procès des génocidaires

Le cas López (disparition du témoin principal de la première condamnation à perpétuité d’un génocidaire, le jour du verdict) et la série de menaces (et d’agressions) contre juges, avocats, témoins, plaignants de procès en cours et futur est un traumatisme pour les piqueteros. Eduardo Aliverti, critique aigu de la société, écrivait le 20 novembre 2006 dans Página 12 : l’appareil d’Etat - dans le meilleur des cas- est d’une ineptitude pour ainsi dire inqualifiable, d’abord pour protéger un témoin ponctuel contre un génocidaire et ensuite pour enquêter sur son enlèvement. Et de plus, ou avant même cela, il y a le fait que les médias et la société se permettent de ne pas voir les choses en face. Ou de ne pas voir, tout simplement. Par commodité, par incertitude ou par impuissance, qu’importe. Ceux qui seront d’accord avec ce diagnostic, le seront également sur la constatation que, au lieu de se demander ce qui a pu arriver à ce pauvre López, il est beaucoup plus exact de dire : pauvres de nous.

En effet, les procès en cours semblent au point mort, ce qui tend à prouver que la campagne nationale de menaces et d’intimidation des partisans de la dictature militaire portent ces fruits et que la police de Buenos Aires l’a définitivement emporté sur la gouvernement du président Kirchner (qui comme par hasard accentue ses distances vis-à-vis des chefs d’Etat de la pseudo gauche que les Européens s’échinent à voir, se rapporter au point 6).

24 heures pour les droits de l’homme - du 7 à 18 h au 8 décembre 18 h - est une date traditionnelle, et cette année les organismes des droits de l’homme et les Mères de Línea Fundadora mettaient en avant la disparition de Jorge Julio López. Bien entendu les Mères dirigées par Hebei de Bonafini n’ont pas participé puisque elles appuient le gouvernement actuel qui ferait tout pour les droits de l’homme. Evidemment plusieurs mères commencent à douter de l’intelligence de ce choix de Bonafini.

Laissons de côté le fait que beaucoup plus de gens que les autres années y ont participé, mais voyons l’aspect purement pratique. Il est évident que pour un groupe de femme entre 76 et 86 ans, il est éprouvant de passer un jour et une nuit pour la défense de droits fortement concrets pour elles puisqu’ils concernent la disparition de l’être ou des êtres qu’elles ont le plus aimés, dont pour l’écrasante majorité les tombes sont inconnues et les enfants ne sont pas identifiés.

En outre, cette journée doit être préparée, et c’est par exemple ce qu’on fait certaines d’entre elles comme la « jeune » Nora (Cortiñas, 76 printemps) et la toujours active Mirta (Baravalle, 82 ans). Vers trois du matin Mirta et d’autres sont allées consulter Pepa (la doyenne de 86 ans) pour lui demander d’aller se reposer. Elle leur a répondu « D’accord, mais réveilliez-moi à 7 h) et où a dormi Pepa ? Dans une voiture garée sur la place ! Et à la fin des 24 h, la jeune Nora est allée au local des Mères (à 5 minutes à pied). Elle s’est douchée et a pris sa valise toute prête et est parti prendre son avion pour se rendre à La Paz en Bolivie, assister à un sommet de leaders latino-américains. Petite remarque : passer de Buenos Aires (altitude 10 ou 20 mètres) à La Paz (4.500) suppose une bonne santé, surtout après plus de 24 heures de veille.

Après, - pour les moins âgés, on éprouve une certaine gêne à se sentir fatiguer ...

Dernier détail : un livre vient de paraître consacrée à Chicha Mariani (voir les chroniques précédentes), fondatrices de « Abuelas », les grands-mères de la place de Mai qui cherchent à identifier leurs petits-enfants enlever par les militaires et les forces de sécurité. Le livre donne notamment le témoignage de Mirta (voir le paragraphe précédent) qui explique que lors des évolutions de cette organisation, Chicha, excédée par les magouilles internes, est parti « ce qui a laissé le champ libre à Estela (de Carlotto) ». Comme Hebe de Bonafini, c’est une mère qui au-delà de qualités humaines, a su trouver dans la cause des droits de l’homme un support politique pour elle et sa famille, entièrement active au gouvernement actuel.

On sait que l’exemple des Mères de la place de Mai a été repris dans le monde entier d’Israël et de la Palestine au Rwanda. Indymedia México (08.11.06) rapporte que “ plus de 4000 femmes membres de “ la coordination des femmes d’Oaxaca 1er août” et du” Comité de 10 membres des familles et des amis des disparus, des assassiné et des prisonniers politiques d’ Oaxaca en marché l’après-midi du 7 novembre dans les rues de la ville pour exiger le départ des forces d’occupation militaire et l’apparition en vie de presque 100 personnes qui ont été arrêtées le 29 octobre. Les femmes reçues comme réponse les jets d’eau d’un engin militaire. Vêtues de noir, les femmes portaient des cierges et des pancartes et criait "el puño de la mujer atenta contra el poder” [le poing de la femme s’oppose au pouvoir].

2) Autres disparitions

(Argenpress, 04.11.06) Le 6 novembre, le président du « Mouvement pour la récupération de l’énergie nationale orientatrice » (MORENO, allusion à un héros du XIX siècle contre l’oligarchie et mystérieusement disparu), le cinéaste Fernando “Pino” Solanas, accompagné de Salvador María Lozada et Julio Raffo, a présenté un recours en justice contre les préjudices occasionnés par la politique pétrolière actuelle. Il s’agit d’une remise en cause de la politique sur le pétrole et le gaz depuis 15 ans. Le même mouvement a présenté une plainte contre la fraude fiscale aggravée des entreprises pétrolières, ainsi qu’une fuite des capitaux.

On peut en déduire que c’est l’indépendance nationale qui a également disparu, comme le démontre « mémoires d’un saccage ».

3) Luttes en cours

29.11.06 Violente répresion ((coups, tirs de balles de plomb, gaz) à La Plata contre une dénonciation publique (escrache) d’un génocidaire, Rodolfo González Conti, ex directeur de la Sûrete de Buenos Aires. Les plus réprimés ont été mes membres de HIJOS (les fils et les filles des disparus). Paradoxal pour un gouvernement partisans des droits de l’homme !

Córdoba, 04.11.06, les “Cartoneros” et les recycleurs de déchets des différentes provinces argentines se sont réunis dans cette ville pour impulser la formation de coopératives de travail, proposé la création d’usines de recyclage en zone urbaine et obtenir leur reconnaissance comme interlocuteur valable lors de l’élaboration des politiques environnementales pour le traitement des déchets solides urbains. « Dans ce sens nous pensons que le « cartonero” doit être un agent écologiste, un vert, vis-à-vis la communauté [...] Bien que notre activité soit considérée comme informelle, la réalité est que grâce à nous des matériaux abandonnés qui auraient perdu toute leur valeur sanitaire peuvent être réintégrées dans la chaîne de production par l’intermédiaire du triage et de la vente aux fournisseurs.

Ce processus emploie des milliers de personnes dans les villes (par exemple 6000 à Córdoba) et plus importants du pays et rend service à la communauté sur deux plans : l’écologie et l’économie. D’autre part, cette activité ne va pas à l’encontre des entreprises de déchets, au contraire, elle complète leur activité.

Début octobre 2006, on peut lire dans deux ans“ Construyendo Poder Popular para el Cambio Social” [construire de pouvoir populaire pour le changement social] « Alphabétisation à La Plata (depuis avril) et à Lanús (depuis mars) : apprendre à écrire la lutte

À partir d’une demande concrète et des envies d’apprendre, des ateliers d’alphabétisation pour adultes ont été créés. De nombreux camarades des deux sexes, ont commencé à lire et écrire leur histoire, celle qu’ils connaissent, celle qui lutte pour une amélioration quotidienne, celle qu’ils peuvent transmettre à leurs enfants, celle qu’ils écrivent dans les marches, les cantines, les travaux collectifs de production, les assemblées. 35 personnes à La Plata (quartiers de Futuro, Malvinas, Altos del Sol, Las Rosas et Puente de Fierro) On trouve des réalités différentes selon les quartiers : des camarades qui ont étudié au collège, des camarades boliviennes ne parlent que le quechua, d’autres qui savent lire et écrire avec difficulté.

4) Récupération de la mémoire

02.11.06 19 ans après le massacre de Budge (trois jeunes gens assassinés dans la police Oscar Humberto Aredes (19), Roberto Antonio Argañaraz (24) et Agustín Antonio Olivera (20).), le major Juan Ramón Balmaceda, à été arrêté. Le 19 septembre un autre ex officier avait également été arrêté. C’est l’entêtement des familles et les avocats et de vie de Correpi (voir le dernier bulletin, organisme de dénonciation des méfaits des force de « l’ordre ») qui a permis ces arrestations et condamnations.

5) Entreprises récuperées

La coordination des usines récupérées avance (Argenpress, 10.11.06). Elle a eu lieu dans l’hôtel récupéré Bauen. 70 expériences dans 10 provinces “ avec l’intention de discuter des problèmes communs [....] tenter d’avancer dans une coordination à caractère national, en mettant l’accent sur les expropriations d’immeubles”. Il y avait une certaine hétérogénéité avec la coopérative de transport “El Salvador” de la ville de Jujuy, bien consolidée et d’autres en train de se créer. C’est le cas de la coopérative de céramique Cuyo (50 familles), de la ville de Mendoza, encore sous la menace d’une vente aux enchères le 14 novembre.

De son côté, Mario Barrios, de « la Unión Solidaria de Trabajadores de Villa Domínico », explique comment partant de zéro le collectif a réussi à obtenir un contrat de cinq ans, démontrant ainsi que les semaines et y travailler. Ils ont ainsi pu acheter leur propre machine : Nous avons du mal à nous rendre compte que nous sommes propriétaires de notre travail. C’est un processus qui comme tout le processus connaît des avances et des reculs, mais qui démontre que nous sommes capables de nous organiser et de gérer comme n’importe quel patron. Mais nous ne vivons pas, bien sûr, que nous sommes des travailleurs et non pas des patrons.

Ce critère représente une constante : Enrique Garagiolo, de la Cooperative Incorp, raconte l’histoire du frigorifique à Bahía Blanca. Les travailleurs n’ont pas encore les autorisations qu’on leur réclame pour la mise en marche, on nous met des bâtons dans les roues pour que nous devenions des prestataires de services. Nous ne devons pas oublier l’histoire d’où sont issues les coopératives autogérées. Si nous n’oublions, nous n’allons rien changer.

6) Pays voisins

A propos des gouvernements de gauche, une opinion d’un théologien brésilien, Leonardo Boff, dans « Página 12 » (04.12.06) J’ai l’impression qu’en Amérique latine on peut reprendre le projet socialiste qui n’existe plus en Europe. Nous avons ici la possibilité de ressusciter le projet socialiste, n’ont pas comme dans l’Europe de l’Est, mais comme une radicalisation de la démocratie, avec l’inclusion des masses, avec le peuple, en respectant les peuples indigènes, les différences culturelles, en socialisant les richesses. En tenant compte que la base de ce continent possède la biodiversité la plus riche de la planète, la richesse la plus grande des prochaines décennies. Ce nouveau socialisme pourrait être guidé par un grand penseur comme Mariátegui [marxiste péruvien inspiré par l’anarchiste Gonzalez Prada] : ce sont nos idées, la valeur de nos cultures, la dimension religieuse et mystique, un regard utopique. Cela n’existe presque pas chez les classiques européens. Ce serait un socialisme créole, latino-américain. Dans ce sens, je crois que les sujets historiques porteurs de projets de changement profond ne sont pas les Etats, ce sont les mouvements sociaux, le MST [sans terre], la Vía Campesina, des groupes de noirs, d’indigènes. Tous revendiquent socialisme, et non pas une social-démocratie, ils veulent une démocratie sociale, il démocratie « incluant », participative, distributive. Le roi d’Espagne intervient dans la crise sur les usines de papiers entre l’Argentine et l’Uruguay, mais le processus est lent.

Au Chili on peut remarquer les merveilleuses maladies de Pinochet à chaque inculpation et ces guérisons quand elle s’estompe. Ceux sont les médecins militaires qui opèrent ces miracles.

Brésil :
• plus de 25 % des familles v. ivent sous la ligne de la pauvreté (IBGE, 1996).
• Plus de 15 % des enfants souffrent de sous-alimentation (PSN, 1989).
• Plus de 13 % d’analphabètes et 26 % d’analphabètes fonctionnels (IBGE, 2000-2002).
• 14 millions ont souffert de la faim en 2004 (IBGE, 2006).
• Huitième pays au monde pour les inégalités sociales (Gini, 2003).
• 47 % des revenus du pays sont aux mains des 10 % les plus riches. Les 10 % les plus pauvres touchent 0,7 % des revenus du Brésil (Gini, 2003).
• 33% de la population n’a pas un accès régulier aux services de santé (IBGE, 1998).

Bolivie :
• 65% de la population vit dans la pauvreté, dont 37 % dans une pauvreté extrême (MECOVI, 2002).
• 16% de la population uniquement a accès à une utilisation basique de l’eau, l’hygiène, l’énergie d’éducation et la santé. (Censo, 2001).
• Une forte émigration a lieu dans des conditions infra humaines. Plus de 100 000 boliviens vivent dans des conditions de smi esclavage dans l’industrie textile (Censo, 2001).
• Plus de 90% de la population considèrent la distribution des revenus injuste ou très injuste (Latinbarometer, 2001).
• Moins de 40 ans, telle est l’espérance de vie des travailleurs des mines en Bolivie, vu leurs conditions de travail quotidiennes.

Extrait de Felipe Correa “MOBILIZAÇÕES SOCIAIS NA AMÉRICA LATINA Da Nacionalização dos Recursos Bolivianos à Resistência no México”, sur ce site