Kosovo, nationalisme et syndicalisme révolutionnaire

mercredi 27 décembre 2006, par frank

Les Temps maudits, n°6, octobre 1999.

Kosovo, nationalisme et syndicalisme révolutionnaire
Le nationalisme

Le mythe de la pureté raciale

« Des Grecs se sont implantés en Gaule, des Gaulois en Grèce ; les Pyrénées n’ont pas empêché le passage des Germains. La mobilité de l’homme s’est frayée un chemin dans des contrées inaccessibles et inconnues. [...] Enfin, tu auras peine à trouver une seule terre qui soit jusqu’à maintenant habitée par sa population d’origine : ce ne sont que métissages et greffes successives. »
(Sénèque, Consolation, éd. Rivages, pp. 48-50, écrit vers 45 après I.-C.)

Mythe de la langue de la patrie

« Que resterait-il, par exemple, des langues allemandes ou hollandaises si on les dépouillait des mots d’origine latine ou française, sans compter les mots d’autres origines ? Que resterait-il de la langue espagnole sans les mots pris aux Germains et aux Arabes ? [...] Le hollandais est aujourd’hui une langue, parce que les Néerlandais possèdent leur État ; s’il en était autrement, le hollandais serait très probablement considéré comme un dialecte bas allemand. Il en va de même entre le danois et le suédois. » (Rocker, Nationalisme et Culture.)

Mythe de l’amour de la patrie et patrie

« Il n’est pas besoin de longues explications pour démontrer que le lopin de terre où l’homme a passé ses années de jeunesse a profondément imprégné ses sentiments. [...] Le sens du terroir n’a aucun rapport avec la prétendue conscience nationale, bien que souvent on les confonde et les revête de leurs valeurs identiques à l’instar des faux-monnayeurs. » (Rocker.)
Du jour au lendemain, les habitants de telle ou telle région du globe - Alsace, Macédoine, Tibet, etc. - ont changé de nationalité. Il n’y a ainsi donc pas d’unité dans une nation.

Mythe de la patrie généreuse

« L’amour de sa nation n’a pas encore empêché un industriel d’embaucher des ouvriers étrangers, lorsqu’ils lui reviennent moins chers et lui améliorent ses comptes. Pour lui, il est sans importance que ses propres concitoyens soient lésés dans l’affaire [...] Chaque couche sociale, chaque classe, chaque partie de la société engendre son propre style de vie où celui qui n’en fait pas partie se trouve difficilement à l’aise. Il n’est pas exagéré d’affirmer que parmi la population ouvrière des différentes nations, il existe plus d’habitudes et de genres de vies communs qu’entre les secteurs des propriétaires et des déshérités d’une même nation (Rocker.)

La Commune de Paris permit aux bourgeois français d’exterminer plus de 35000 hommes, femmes et enfants du prolétariat de Paris. Et puis, on sait que les conflits les plus cruels sont les guerres civiles, et dans les guerres, souvent, les massacres viennent de frères ennemis (Oradour et les SS alsaciens).

Le nationalisme ressemble beaucoup à l’alcool, un peu réchauffe, beaucoup rend fou.

Un remerciement spécial au « Jewish Labor Committe des USA (Comité juif du travail) qui vers 1939-1940 refusa faire partir de France aux États-Unis un certain nombre de juifs. «  Ces gens furent laissés à la merci des nazis, simplement à cause de différences de croyance politique. » Il s’agissait, bien entendu, d’anarchistes dont une partie mourut dans les chambre gaz. (Affirmation de Boris Yelensky, In the struggle for Equality : the story of the Anarchist Black Cross, New York, A. Berkman Aid Fund, 1958, p. 73 ; le tout de F. Mintz dans CPCA, n° 15, 2 mars 1982.)

Mythe de l’internationalisme

Les grandes causes nationalistes du xix et du xx siècle couvraient de fortes revendications sociales, que les politiciens ont dévoyées, en dépit de l’action des socialistes et des anarchistes.

Les attitudes spontanées des groupes ethniques sont pratiques et limitées dans les effets. Les exploités turcophones de l’ex URSS, de Chine, des Balkans et de Turquie n’arrivent pas à nouer des contacts. C’est du reste à peu près la même chose pour les syndicalistes anticapitalistes d’Amérique latine et d’Espagne ; avec l’anglais, heureusement, il semble que les contacts soient réels. La langue et la culture sont un véhicule, mais on milite d’abord dans son entreprise, son quartier ou son village, parce que l’exploitation y est très forte.

L’accentuation des politiques libérales et la pression de la langue anglaise ont un petit côté positif parce qu’elles permettent une compréhension immédiate de l’intérêt à s’unir pour résister. En ce sens, la manifestation contre la précarité à Cologne en mai 1999 et le cortège noir et rouge posent des jalons nécessaires d’un internationalisme à renforcer et à étendre.

Futur mythe d’un nationalisme distinct dans la Communauté européenne

Les Allemands sont en train de réagir sur le plan de la légalité. Le droit du sang et des origines fonde la nationalité allemande, mais les Allemands, à force de voir des compatriotes à 95 % russes, hongrois, etc., se sont aperçus que les Turcs de leur quartier (nés et élevés en Allemagne) étaient beaucoup plus proches d’eux, tout en n’ayant pas droit à leur nationalité. Le passage à une nationalité fondée sur la résidence est l’abandon d’une conception toute médiévale.

Dans la Communauté européenne, indépendamment de son caractère capitaliste, il faut reconnaître que l’imposition de règles de plus en plus collectives (moins le domaine bancaire, pour conforter la corruption inhérente au capitalisme [penser le contraire équivaudrait à prendre les capitalistes pour des anarchistes communistes]), la disparition des contrôles frontaliers habituels (il reste les aéroports) et l’introduction de la monnaie unique, poussent aux grands ensembles socio-économiques Aquitaine-Pays basque, nord-est de la France, Luxembourg, Belgique, Hollande, Suisse et ouest de l’Allemagne, etc.

Un exemple est l’incorporation simultanée de l’Espagne et du Portugal, contre la volonté des intéressés, qui sont en train de se découvrir en profondeur sur tous les plans, depuis la fin des années 80. Par contre, les Basques indépendantistes, sauf erreur de ma part, sont incapables de se situer dans la CE et de montrer en quoi leur situation quotidienne serait différente s’ils étaient indépendants (comme si les décisions importantes ne venaient pas de Bruxelles depuis des années). Quant aux non indépendantistes et autonomistes de toutes les régions d’Espagne, ils se bornent à toucher des fonds bruxellois, à payer le moins possible pour autrui et à s’inventer un nouveau passé.

Autrement dit, les revendications nationalistes (tant des pars constitués que celles des régions « soumises ») sont parfaitement anodines et dépassées par des ensembles économiques en voie de formation, qui recoupent bien souvent les noyaux de développement classique (Toulouse, Barcelone, Montpellier ; Grenoble6Turin-Milan-Genève, etc.).

Ces ensembles peuvent pousser à des alliances syndicales inter régionales et inter linguistiques qui nous intéressent et crée de nouveaux foyers de revendications où notre présence serait logique.

Le syndicalisme révolutionnaire

Les anarchistes ont d’abord appuyé les nationalismes, puis positions divergentes sont nées, comme pour le positionnement vis-à-vis des guerres mondiales. En fait, la présence, plus ou moins forte sur place, a toujours été la principale règle.

Mythe de « Faut-il prendre position sur le nationalisme ?

« Il est de mode entre socialistes de dire que tous ces mouvements [nationalistes] ne nous regardent pas, que le travailleur est lui même sous le joug et qu’il n’a pas à s’occuper des autres. D’abord le joug des travailleurs n’est pas comparable à celui des nationalités opprimées. Si, en plus du joug économique que ces nationalités subissent - toujours plus brutal encore -, le travailleur européen avait à subir le joug que subissent l’Arménien, le Crétois, le Polonais et aussi l’Irlandais, il y a belle lurette qu’il se serait révolté autrement qu’il se révolte aujourd’hui. [...] Comment peut-on dire alors aux travailleurs que puisqu’ils sont opprimés eux-mêmes, ils n’ont pas à s’intéresser à d’autres opprimés comme eux, et auxquels on défend en plus de parler polonais, de porter une écharpe verte ou de chanter la Verte Erin dans les rues de Dublin, ou qu’on égorge quelqu’un en Turquie pour lui enlever sa fille ! » (Kropotkine, les Temps nouveaux, article « La dernière guerre », 12-18 juin 1897).

Mythe de « Comment choisir une position ? »

« Adversaire de tout État, nous rejetons, bien entendu, les droits et les frontières dits historiques. Pour nous, la Pologne ne commence, n’existe réellement que là où les masses laborieuses reconnaissent qu’elles sont et veulent être polonaises ; elle finit là où, refusant tout lien particulier avec la Pologne, ces masses entendent contracter librement d’autres liens nationaux. »
(Bakounine, Fédéralisme, socialisme, antithéologisme, 1868).

« Nous proclamons le droit du peuple travailleur ukrainien (et de toute autre nation) à l’autodétermination, non pas dans le sens de « l’autodétermination de la nation », mais dans celui de l’autodétermination des travailleurs. »
(Projet de déclaration de l’Armée insurgée makhnoviste d’Ukraine, 20 octobre 1920, CPCA et cité par Skirda, Nestor Makhno, p. 451).

Pour avoir une position nette, il suffit de remplacer « Pologne », « Ukraine » par Bretagne, Congo, Albanie, etc. Si les conditions paraissent obscures, Malatesta donne une position

« La Crète s’est insurgée contre le dominateur turc ; la Macédoine est sur le point de le faire et toute la péninsule balkanique sera peut-être bientôt en feu. Quelle chose devons-nous, pouvons-nous faire par rapport à ces événements ? Certains socialistes et certains anarchistes se sont préparés pour aller en Crète. De toutes parts, nous recevons des nouvelles de camarades qui voudraient partir et sont seulement retenus par le manque de moyens. [...] Vu ce que nous avons dit, il nous semble qu’à cause des conditions réelles - les nôtres et celles de la Crète -, nous ne pouvons rien faire. Consolons-nous : nous avons beaucoup d’actions à mener, si nous le voulons, contre les Turcs d’Italie. »
(« Pour la Crète » dans L’Agitazzione, Ancône, 14 mars 1897 ; reproduit dans Volontà, II, n° 9, 1 er mars 1948).

Quels rapports avoir avec les nationalistes grands industriels ou gros propriétaires, voire antisémites ? La question a toujours été résolue par le refus violent, en France et en Ukraine. Et Malatesta est clair dans le même texte

« Si nous pouvions apporter une aide efficace à ces insurgés, nous devrions le faire au nom de nos idées [...] Nous devrions combattre pour que ces peuples aient la liberté réel¬le de choisir leur destin. Mais nous ne pourrions être les soldats d’un roi, nous ne pourrions accepter d’avance les responsabilités de toutes les vexations, dont les Crétois et les autres seront victimes de la part de la bourgeoisie grecque, qui souvent -nous en sommes sûrs- fera regretter le Turc. »

Deux exemples d’action concrète montrent les difficultés pratiques.

« 1) Complète indépendance et liberté la plus grande du peuple macédonien pour établir le système social qu’il désire.

2) Puisque la Macédoine est peuplée de différentes ethnies, le Comité déclare qu’il n’a pas à protéger les unes aux dépens des autres ; il n’a pas à aiguiser les antagonismes nationaux. Bien au contraire, il s’efforce d’unir ces minorités dans un seul but contre le pouvoir turc en Macédoine. Quand ce pouvoir sera abattu, on posera le problème de l’union de la Macédoine à un des États voisins ou de la constitution d’une unité politique séparée.

3) Pour la solution de ce dernier point, le Comité ne permettra aucune ingérence étrangère. Il veut que la population se détermine elle-même, sans aucune pression extérieure.

4) Le Comité déclare ennemis non seulement les autorité turques, mais tous les individus, quels qu’ils soient, qui gêner ses activités, ou troublent, directement ou pas, la cause de 1 libération du peuple.

5) La population turque pacifique n’est pas considéré comme ennemie, et au contraire le Comité peut accepter a non son aide, dans le cas où elle manifesterait le désir d’agir avec nous pour écraser le pouvoir illimité du Sultan. »

(Programme du MIRK - Makedonski Taen Revoliusionen Komitet (Comité révolutionnaire secret macédonien) - rédigé par des anarchistes en 1897, reproduit dans Balkanski, Natsionalno Osvobojdenie i Sotsialna revoliutsia, Paris, 1969).

Côté Espagne, malgré les efforts positifs pour surmonter les oppositions régionales péninsulaires et établir des liens avec l’Amérique latine prolétaire, la CNT a buté sur un os de sa fondation de 1936 à 1939 : « C’est triste à dire, mais le mouvement ouvrier libertaire espagnol, qui a été relativement un des plus forts du monde, n’a été à aucun moment, si ce n’est en 1909, un obstacle sérieux aux crimes de l’État espagnol au Maroc. Cela veut dire deux choses : il n’y a pas eu dans le prolétariat révolutionnaire espagnol de notion de la réaction militariste qui couvait dans le Rif, ni non plus de sentiment de solidarité envers la population du Rif massacrée par les troupes espagnoles. »
(Abad de Santillán, « Los anarquistas y la politica colonial de los estados civilizados » dans La Protesta, suplemento literario, 12 janvier 1925).

Mythe des « Problèmes théoriques sur le choix »

Marx et Engels, partisans du centralisme autoritaire, choisirent le maintien des empires austro-hongrois et turc pour contrer le désir d’indépendance de certaines minorités (tchèques, croates, slovènes, bulgares, etc.).

Bakounine et Kropotkine, partisans des petites unités librement confédérées, appuyaient les luttes nationales.

Les interventions des uns et des autres se sont faites selon les forces locales.

Côté libertaire, les déviations de Bakounine et de Kropotkine (tout en étant internationalistes dans leur vie et leurs analyses), attribuant à certaines nations des caractères positifs et négatifs pour le développement des idées révolutionnaires (illusion typique du xix siècle), ont entraîné deux positions durant la Première Guerre mondiale (refus de la guerre capitaliste et appui aux Alliés). Pendant la Seconde, la lutte antifasciste fut principalement adoptée comme réaction évidente à un régime dictatorial, sans analyser le fait qu’on justifiait apparemment les arguments interventionnistes de Kropotkine. Et c’est normal, puisque la leçon logique est qu’un État est à la fois démocratie et dictature : la France de 1945luttant contre le nazisme et écrasant les Malgaches et les Algériens demandant des droits ; les USA de 1944-1945 combattant le fascisme et conservant les autorités locales en Algérie, Italie. Philippines, etc. Et aujourd’hui, le doute n’est plus possible.

Le Kosovo

Mythe de « Concrètement comment arrêter le massacres et la guerre au Kosovo ? »

Depuis les années 80, j’ai entendu dire que la situation est proche de la guerre civile (avec annonce de l’intervention albanaise !). C’est à peu près à la même époque que les économiste yougoslaves ont commencé à appliquer les recettes du FMI, avec des pénuries jamais connues auparavant pour des denrées courantes. Et au moment où, grâce à l’Occident, le pays semblait sur la bonne voie, en 1991, la Yougoslavie a craqué là où elle était la plus riche et « moderne ». Bien entendu, les promesses de marks allemands ont étayé un nationalisme déjà existant.

Autrement dit, les années 80 ont martelé l’oppression de Albanais du Kosovo, et cette situation gangrenée a évolué vers l’explosion annihilatrice. Ni l’Otan, ni les États-Unis, Il l’URSS, ni les dirigeants d’autres peuples de Yougoslavie n’ont voulu élever leur voix, et encore moins intervenir. L’origine du mal aurait dû être traitée bien des années auparavant, avec de moyens importants.

Pour le Kosovo, « on », les politiciens obnubilés par lest arrivisme, les machiavels de pacotille, nous livre leur merde et, par-dessus le marché, ils quémandent notre compréhension pour leur crétinisme. Un ahuri nous téléphonerait en disant « Je suis sans vivre et sans vêtement chauds en montagne, il fait nuit, que faire ? », la réponse serait en gros : « Je vais voir ce qu je peux faire, et je ne te cache pas que c’est difficile vu les erreur que tu as faites... ».

La différence entre le Kosovo et des cas horribles : la famine en Corée du Nord (entre 400 000 et 1500 000 victimes), 4 assassinats et morts de faim en Amérique latine, etc., c’est que les criminels (l’Otan, Milosévitch) s’adressent à nous pour nous soutirer notre assentiment. La réponse est : « Vous êtes entièrement coupables. »

Mythe de « La différence balkanique »

Les notions de droits historiques et de solidarité nationale fonctionnent mal depuis des siècles dans les Balkans. Presque toute la Péninsule était sous occupation turque (avec une forte pression religieuse des Grecs, chargés par les autorités turques de contrôler les orthodoxes de toutes ethnies) qui avait, à la fin du xix siècle, l’adhésion de la plupart des responsables économiques des différentes minorités puisque l’Empire turc était un marché plus intéressant que chaque petit marché des futures contrées indépendantes. Cependant, ces « collaborationnistes », sentant la pression nationaliste, poussaient les Ottomans à faire des concessions (autorisation d’ouvrir des écoles et de pratiquer le culte sans les Grecs), ce qu’ils firent mais très tardivement.

Les exemples de la Grèce, puis de la Roumanie, démontraient que les puissances occidentales dépeçaient l’Empire turc, en jouant des revendications identitaires, pour se forger des sphères d’influence (Grande-Bretagne en Grèce, France en Roumanie). D’où le peu d’entrain des « collaborationnistes » à abandonner la carte turque, vu la concurrence prévisible d’hommes d’affaires occidentaux, dès la proclamation de l’indépendance.

L’exploitation turque touchait également les paysans turcs établis dans les Balkans, d’où la possibilité pour les révolutionnaires socialistes bulgares (Levski, Botev au courant des idées de Proudhon et de Bakounine) de revendiquer l’indépendance pour tous, y compris les minorités non bulgares, et de l’étendre aux autres pays. Bref, dans le patrimoine patriotique balkanique, il n’y a pas que des nationalistes puants.

De plus, il y a des îlots ethniques séculaires dans chaque pays - Grecs en Albanie, Bulgarie et Roumanie, sans compter les minorités hongroises, turques, slaves, tziganes et juives. Les différents pays, peu habiles à surmonter leurs difficultés intérieures, n’ont guère essayé de se rallier ces minorités à l’étranger, qu’ils étaient incapables d’assimiler économiquement. De leur côté, les pays à la recherche de boucs émissaires prenaient plutôt les juifs et les Tziganes, pour éviter de possibles pressions politiques de pays de la même culture que les victimes.

Il existe une exception, la Macédoine, province bulgare sous législation turque, annexée en 1912 par la guerre victorieuse la Serbie et ses alliés (dont la Turquie !), délaissée par la Bulgarie dans les années 20 et 30 (puis envahie et réprimée en 1941-1944. par l’armée bulgare pro hitlérienne), qui a fini par se créer un sentiment d’indépendance, reconnu par le PC de Tito en 1944 Mais les revendications vis-à-vis des Macédoniens de Bulgarie d’Albanie et de Grèce étaient et sont discrètes, vu la nervosité â ces pays au sujet de leurs minorités.
La Slovénie adopte la même prudence pour les minorités slovènes en Italie et en Autriche.

En conclusion, il est évident que les politiciens balkaniques, se sachant à la remorque des grandes puissances, n’ont guère pris d’initiatives conciliatrices. Le problème endémique de la Dobroudja, entre la Roumanie et la Bulgarie, a été réglé par Hitler, efficacement puisque apparemment il n’y a plus de frictions. Mais quand Tito et Guéorgui Dimitrov ont voulu unir la Yougoslavie et la Bulgarie, Dimitrov fut empoisonné par les Soviétiques avas la signature... Autrement dit, depuis que les États européens ont dominé les Turcs, ils ne cessent pas de lancer et de préparer de guerres dans la Péninsule.

Bilan actuel sur les minorités ethniques dans les Balkans

Les Albanais du Kosovo ou de Macédoine connaissent leur région, mais sont coupés depuis des générations de l’Albanie et ne sentent pas la notion de Grande Albanie que leur attribuer les Serbes. C’est la vision des politiciens et des intellectuels que d’échafauder des stratégies ethniques globalisantes, coma Hitler s’appuyant sur les minorités allemandes de Tchécoslovaquie pour envahir le pays.

La vision sous-jacente est bien celle de la pureté ethnique comme si les Albanais du Kosovo, les Turcs de Macédoine, les Bulgares de Roumanie, les Hongrois de Serbie, etc., ne se mariaient qu’entre eux et que leurs enfants ne songeaient qu’à la « patrie » que leur fixent les hommes politiques. Le problème de bien des Croates et des Serbes est de « cacher » que des membres de leur famille proche sont « étrangers ». Et on a le cas de la femme de lettre Drakulic refusant de se considérer comme croate et traitée de « poubelle ambulante » par la clique au pouvoir.

Un phénomène aggravant est la contradiction quotidienne que vivent les Serbes - ainsi que les Russes, du reste - depuis quelques années. La volonté d’un nationalisme agressif s’accompagne du refus d’aide aux compatriotes expulsés de certains territoires (voir le film de Paskalievitch Bune barout).

En période de déclin économique, le nationalisme est la face exacerbée de la reconnaissance d’un échec collectif. On privilégie la nation parce qu’on espère que c’est un espoir de salut pour se sortir d’un présent intolérable. La vision de com¬patriotes réfugiés à l’abandon, clochardisés, parce que le gouvernement n’a pas assez de moyens pour remédier à la situation, est intolérable pour les nationalistes. Loin de réagir en condamnant le gouvernement et en adoptant par exemple une autre attitude de reconstruction du pays (à la base, collectivement), la haine envers les réfugiés est une façon de nier la réalité. Plus intimement, l’enfoncement dans une demande nationaliste exaltée peut représenter une solution individuelle lucrative (postes de dirigeants politiques ou militaires). Il y eut une attitude semblable dans la période 1938-1943 parmi les juifs en France : ceux de nationalité française accusaient les « étrangers » d’être la cause de leur malheur, même s’ils étaient dans les mêmes camps de triage (Drancy). C’était sans doute la recherche d’une illusoire aide des antisémites de souche, pour leur faire sentir qu’ils partageaient les mêmes valeurs, qu’ils étaient différents de ceux qui avaient l’accent yiddish, et mangeaient oignons et soupes aux choux...

La France et le Portugal ont pu intégrer une part importante de réfugiés après la perte de l’Algérie, de l’Angola et du Mozambique, mais c’était une phase économique en expansion.

Les destructions militaires décidées par l’Otan font que la Yougoslavie est condamnée à demeurer un pays « cassé » ou à accepter la mainmise européenne des crédits à long terme et des filiales étrangères, pour devenir une colonie, comme la Pologne, la Tchéquie, etc., mais avec une violente xénophobie plus ou moins latente.

Résumé sur la crise du Kosovo

Le nationalisme actuel est plutôt urbain et lucratif. Les bandes armées ont fleuri, au point que dans la Krajina il y eut même des alliances entre villages croates et serbes pour tenter d’enrayer patriotes de la mitraillette, venant saisir l’argent, les voitures, l’électroménager, au nom de la patrie. Mais avec une bonne poignée de marks allemands, la plupart de gens de n’importe que minorité ont pu partir des zones dangereuses.

Nous avons donc une délinquance et une criminalité, une couche de nouveaux riches et de chefs de bandes armées qui utilisent le nationalisme des politiciens pour les servir. Chacun sert les autres. Certains charniers de Bosniaques et de Kosovars sont l’oeuvre de leurs propres frères pour les rançonner et accentuer la tension (qui justifie l’action des bandes armées). Le pire, pour les nationalistes armés, serait que la paix s’instaure.

L’avenir proche, et le fait que les élites et les jeunes abandonnent le pays pour échapper à la guerre et aux crimes, ne comptent pas. La soif de fric et de pouvoir rapidement acquis écrase tout autre sentiment. Bien entendu, ces avantages ne seront abandonnés que sous la menace de la violence.

L’Otan a rajouté une couche de destruction matérielle su destruction morale régnante - fruit habituel de l’application socialisme réel par les marxistes-léninistes -, avivée par sa complicité dans les ventes d’armes lourdes à la Croatie et à la Slovénie de l’ex-Allemagne de l’Est et de la Hongrie.

Les héros de cette tension sont ceux qui restent et n’acceptent pas la démagogie et luttent syndicalement, malgré l’autogestion à la sauce marxiste-léniniste, malgré les nouveaux États dans l’ex Yougoslavie.