La dictature bolchevique vue par les anarchistes : dix ans de pouvoir bolchevique

vendredi 19 janvier 2007, par Delo Truda

Bref hommage aux camarades russes pour l’anniversaire 1917 - 2007

La dictature bolchevique vue par les anarchistes : dix ans de pouvoir bolchevique

Большевистская диктатура на свете на анахизма (десят лет советской власты)

Paris, 1928, 141 p. ; édition de l’organisation des anarcho-communistes russes Delo Truda et de la fédération des groupes anarcho-communistes d’Amérique du nord et du Canada.

Le livre est divisé en douze chapitres d’inégale longueur.

I Caractère de la révolution russe

La grande révolution russe, animée par les puissants courants des paysans et des ouvriers, adopta instinctivement les idées et les formes d’intervention anarchistes. Ce furent précisément les mots d’ordre anarchistes d’action directe et de prise en main immédiate des terres et des moyens de production, que les révolutionnaires et le peuple appliquèrent effectivement à l’époque.

Les anarchistes participèrent aux côtés des bolcheviks, mais ils furent éliminés par leur arsenal policier.

II Les anarchiste, leurs erreurs pendant la révolution

Il s’agit de la reprise de l’analyse de la Plateforme d’Archinov et de Makhno, avec un optimisme certain.
Dix ans d’échec successif des utopies étatiques et de permanence dans les oubliettes de l’histoire ont servi de leçon à l’anarchisme. Il a uni ses forces dispersées, guéri à jamais son amorphisme maladif. Et cela lui a, enfin, donné un programme anarchiste réel.

III Le bolchevisme, théorie et pratique de la révolution bolchevique

Long chapitre d’analyse.

Dans la pratique, dans le fond, et non pas selon, la presse officielle, les utopies, ou les connaissances méthodologiques, le régime de la dictature soviétique est le capitalisme. [...] La caractéristique fondamentale du capitalisme -l’antagonisme entre les formes et les rapports sociaux- n’est effacé que formellement, par les décrets juridiques. Cet antagonisme dans les faits existe et il développe profondément et sûrement l’esprit de rebellion. L’esclavage dans le travail, la suppression, dans la fonction de travailleur et d’employé, de l’individu en tant que personnalité, l’extension du rôle exploiteur de l’État, l’augmentation du chômage, l’impossibilité caractérisée pour les masses travailleuses de défendre leurs intérêts, quand ils sont menacés par les directives du pouvoir, la transformation des syndicats en perroquets impuissants du parti, les sanctions impitoyables contre les individus qui protestent, l’accroissement monstrueux des forces de répression, l’éducation offerte aux groupes de parasites et de privilégiés, qui ont uniquement une fonction de surveillance et de contrôle, telles sont les caractéristiques principales du système étatique et capitaliste soviétique.

Seuls les philistins et les fanatiques peuvent voir dans la forme soviétique de salariat l’émancipation des travailleurs. Ce que nous venons de dire des ouvriers s’applique également aux paysans...

La violence vis à vis du prolétariat dans toutes ces formes, en commençant par les exécutions et en finissant pat le travail obligatoire, est, quelque paradoxal que cela puisse paraître, la méthode pour former l’humanité communiste à partir des individus issus de l’époque capitaliste.

IV L’économie soviétique : la NEP

... il est évident que les indicateurs économiques naturels n’existent pas, la comptabilité socialiste est une énigme vide, les prévisions des organes de planification ne sont que de la voyance.

V L’économie agricole et la politique agraire soviétique

VI Chômage et situation des travailleurs en URSS

Mobilité des travailleurs : Une telle fluctuation de la main d’œuvre entraîne une période de grande désorganisation, un travail de qualité inférieure, et c’est un sérieux obstacle à une rationalisation ultérieure de l’économie.

VII Syndicats et coopérativisme en URSS

Jusqu’à présent, la tranquillité de la mort règne dans les syndicats. Les fondements de l’égibilité, de la glasnot [déjà un mot d’ordre !], de la subordination, de la responsabilité sont annulés dans la pratique. L’obéissance aveugle aux directives et aux ordres, la discipline de caserne, la bureaucratisation mécanique ont transformé les syndicats en appendices sans âmes des organes centraux du Parti.

VIII La situation de la science

Le leninisme est un enseignement religieux, canonique, qui ne permet que la vénération du parti communiste. L’objection est le signe soit de la folie soit de la politique réactionnaire.

IX La bureaucratie soviétique

Reconnaissance du souci de la lutte contre la bureaucratie :

Mais le combat contre la bureaucratie et la paperasse est envisagé d’une façon complètement mensongère, c’est pourquoi non seulement leurs effets ne sont pas écartés, mais au contraire ils en sont stimulés. [...] La perestroika [encore un mot d’ordre repris] fébrile des tâches fondamentales qui incombent aux organes administratifs soviétiques, dépend des hésitations de la politique, des victoires ou des revers tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Elle engendre donc la lassitude, le scepticisme et l’indifférence dans l’accomplissement des tâches.

X La politique des bolcheviks sur l’alcool

Selon la terminologie soviétique, toute utilisation de l’alcool par un parti est scandaleuse. Mais l’état-major bolchevique, pour couronner son œuvre, ne dédaigne pas l’argent. Allait-il s’arrêter devant les préjugés des siens pour en avoir ? Les maladies, les risques de mort, de pillage ne comptent pas. Que la vodka coule à flot, que les jeux de hasard se fassent. Que les gens dépensent (c’est un signe de progrès), que les gens en crèvent (c’est la punition suprême), du moment qu’il y a des bénéfices savoureux. Par la forte et magique dialectique de Lénine et Staline, l’ivrognerie et la dépravation deviennent une source de l’accumulation sociale.

XI L’opposition dans rangs du Parti

Deux groupes s’opposent qui ont appliqué la dialectique des manœuvres et des zig-zags jusqu’à devenir des virtuoses de la question. [...] C’est pour cette raison que le prolétariat, qui observe les deux groupes de charlatans, attend [...] et montre une relative tranquillité quant aux opposants crucifiés et en train de l’être.

Trotski, Zinoviev, Kamenenv et tutti quanti, une fois installés au pouvoir, n’auraient-ils pas appliqué la même politique despotique insensée contre ceux qui n’ont fait qu’ouvrir la bouche ? N’y-a-t’il pas dans la conscience de l’opposition actuelle autant de fautes grandes et petites que celles qu’elles collectionnaient il n’y a pas encore si longtemps ? Si un coup de théâtre de l’histoire faisait que les troskistes tuent les staliniens du Kremlin et qu’ils prennent le pouvoir, ne reverrait-on pas le même cirque ? La pratique soviétique abandonnerait-elle le favoritisme, la création de laquais, la paperasse, la censure, les emprisonnements et les exécutions ? Tout cela serait comme avant et chacun le sait.

XII Un crime par rapport à la révolution

Jamais les perceptions anarchistes que possèdent les masses ouvrières n’ont été confrontées aussi profondément et largement à la pratique du communisme d’État. Et c’est pourquoi jamais encore l’organisation prolétarienne libre, la coopération libre, l’union volontaire des communes sur la base de la volonté de ses membres, n’ont eu une aussi profonde force, une telle conviction pratique.

C’est le moment historique où les masses, après avoir franchi toutes les étapes des sophismes et des mensonges de l’État. se lancent seules, sans tutelles ni décret, pour construire leur monde. L’esprit de la destruction est celui de la création.